Avril 5, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

La triste fin de la sortie

TĂ©moignage

ÉlisĂ©e Reclus, 41 ans , gĂ©ographe

.. Le gĂ©nĂ©ral Duval, qui se trouvait sur le plateau de ChĂątillon avec 2.000 hommes, dĂ©pourvus de vivres et munitions, et qu’entourait la foule grandissante des Versaillais, avait instamment demandĂ© du renfort. On battit le rappel dans notre arrondissement, autour du PanthĂ©on, et hier, vers 5 heures, environ 600 hommes Ă©taient rassemblĂ©s sur la place. Pleins d’ardeur, nous dĂ©sirions marcher immĂ©diatement au feu, en compagnie des autres corps envoyĂ©s des quartiers mĂ©ridionaux de Paris, mais il paraĂźt que ce mouvement n’eĂ»t pas Ă©tĂ© conforme aux prĂ©cĂ©dents militaires, et l’on nous dirigea vers la place VendĂŽme oĂč, privĂ©s de toute nourriture, de tout objet de campement, nous n’eĂ»mes, pendant plus de la moitiĂ© de la nuit, d’autre rĂ©confort que d’entendre chanter dans le ministĂšre voisin les brillants officiers du nouvel État-major:   « Buvons, buvons, Ă  l’IndĂ©pendance du monde! Â»

À 2 heures de la nuit, un ordre du gĂ©nĂ©ral fait quitter Ă  notre troupe, dĂ©jĂ  bien diminuĂ©e par la dĂ©sertion, l’abri prĂ©caire de la place VendĂŽme et l’on nous mĂšne Ă  la place de la Concorde, oĂč nous essayons de dormir sur des dalles, jusqu’à 6 heures du matin. C’est alors qu’on nous dirige vers ChĂątillon, les os rompus par ce premier bivouac et sans nourriture aucune. Pendant la marche, notre petite bande se fond encore, et partis 600 la veille, nous arrivons 50 sur le plateau, une demi-heure avant que les troupes versaillaises, feignant de passer en armes Ă  la cause de la RĂ©volution, se fassent aider Ă  l’escalade des remparts, aux cris rĂ©pĂ©tĂ©s de « Nous sommes frĂšres! embrassons-nous! Vive la RĂ©publique! Â»â€Š

Le gĂ©nĂ©ral PĂ©llĂ©, qui commandait les troupes versaillaises qui entourĂšrent les 2000 hommes dirigĂ©s par Duval s’engage, s’ils se rendent, Ă  ce qu’ils aient la vie sauve.

Cet engagement n’est pas respectĂ©, dĂšs les fĂ©dĂ©rĂ©s se rendent, des gardes sont saisis et fusillĂ©s.  Les autres prisonniers sont acheminĂ©s vers Versailles entre deux haies de chasseurs.

Sur la route, le convoi rencontre le gĂ©nĂ©ral Vinoy, qui ordonne de fusiller les officiers. Le chef d’escorte rappelle la promesse faite.

Vinoy demande s’il y a un chef. Duval s’avance, « oui moi ! Â», et deux autres le suivent, Émile Lecoeur commandant du 103Ăšme et Joseph Mauger commandant des volontaires de Montrouge. Vinoy dĂ©clare alors « Vous ĂȘtes d’affreuses canailles, qu’on les fusille !».

Emile Duval, 31 ans, ouvrier fondeur en fer

NĂ© dans un milieu ouvrier parisien, il reçoit une bonne Ă©ducation, et devient ouvrier fondeur en fer. AprĂšs avoir Ă©tĂ© un des animateurs de la grĂšve des fondeurs en 1864, il devient responsable de la sociĂ©tĂ© de prĂ©voyance de la profession, qui joue le rĂŽle d’un syndicat.

En 1867, presque tous les membres du bureau dĂ©cident d’adhĂ©rer Ă  l’Internationale.

C’est Ă©galement Ă  partir de 1867 qu’il s’intĂšgre Ă  l’organisation blanquiste, dont il dirige le 5Ăšme groupe de combat dans le XIĂšme arrondissement. Il se retira du groupe blanquiste, opposĂ© Ă  la stratĂ©gie des coups de main. Il milite alors dans la Fonderie Gouin dans le XIĂšme.

Il joue un rĂŽle central dans l’organisation d’une nouvelle grĂšve des fondeurs en fer en 1870, Ă  la suite de laquelle la sociĂ©tĂ© des fondeurs en fer adhĂšre en bloc Ă  l’Internationale.

CondamnĂ© Ă  plusieurs reprises, il est libĂ©rĂ© le 5 septembre 1870. Il fonde un club socialiste dans le XIIIĂšme arrondissement qui adhĂšre lui aussi en bloc Ă  l’Internationale.

Il est un des 43 socialistes rĂ©volutionnaires prĂ©sentĂ©s aux Ă©lections du 8 fĂ©vrier par l’Internationale, la Chambre fĂ©dĂ©rale des sociĂ©tĂ©s ouvriĂšres et la DĂ©lĂ©gation des vingt arrondissements de Paris, sans ĂȘtre  Ă©lu.

A partir de mars 1871, il est à l’origine de nombreux coups de mains des gardes nationaux rive gauche. Le 18 mars, il organise l’occupation de toutes les usines et des postes de police du XIIIùme.

Élu membre de la Commune  avec 6 630 voix, il a Ă©tĂ© dĂ©signĂ© membre de la Commission exĂ©cutive et de la commission militaire.

Picard annonce plus de 2000 prisonniers et que «leurs principaux chefs, Flourens et le GĂ©nĂ©ral Duval, ont pĂ©ri Â» . Un autre officier supĂ©rieur dĂ©clare « quant au nommĂ© Duval, cet autre gĂ©nĂ©ral de rencontre , il avait Ă©tĂ© fusillĂ© dĂšs le matin au Petit BicĂȘtre, avec deux officiers d’état major de la Commune. Tous trois avaient subi en fanfarons le sort que la loi rĂ©serve Ă  tous chefs d’insurgĂ©s pris les armes Ă  la main Â».

Lorsque les prisonniers arrivent Ă  Versailles, l’émigration parisienne les reçoit en les frappant des poings, des cannes, des ombrelles, arrachant kĂ©pis et couvertures.

Picard tĂ©lĂ©graphie partout «La cavalerie qui escortait les prisonniers a eu la plus grande peine, Ă  son entrĂ©e dans Versailles Ă  les protĂ©ger contre l’irritation populaire. Jamais la basse dĂ©magogie n’avait offert aux regards affligĂ©s des honnĂȘtes gens des visages plus ignobles Â».

Dans la soirĂ©e, la description de l’exĂ©cution de Duval et de Flourens, la sauvagerie des Versaillais, car il est Ă©galement fait mention de tirs contre les ambulances soignant les blessĂ©s fĂ©dĂ©rĂ©s, y compris de la croix rouge, provoquent la fureur. Edouard Vaillant lance «  Nous avons des otages, il faut rendre coup pour coup ! Â». Rigault veut qu’on fusille l’archevĂȘque, les curĂ©s, les jĂ©suites arrĂȘtĂ©s. Le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la justice Protot a du mal Ă  se faire entendre : « on peut  ĂȘtre terrible avec ses ennemis en restant justes et humains
 Â». Il est chargĂ© de rĂ©diger un dĂ©cret sur les otages.

 

La Commune affiche une proclamation

Commune de Paris

PROCLAMATION AU PEUPLE DE PARIS

Citoyens,

Les monarchistes qui siĂšgent Ă  Versailles, ne vous font pas une guerre d’hommes civilisĂ©s ; ils vous font une guerre sauvage.

Les Vendéens de Charette, les agents de Piétri fusillent les prisonniers, égorgent les blessés, tirent sur les ambulances.

Vingt fois les misĂ©rables qui dĂ©shonorent l’uniforme de la ligne ont levĂ© la crosse en l’air, puis, traĂźtreusement, ont fait feu sur nos braves et confiants concitoyens.

Ces trahisons et ces atrocités ne donneront pas la victoire aux éternels ennemis de nos droits.

Nous en avons pour garants l’énergie, le courage et le dĂ©vouement Ă  la RĂ©publique de la garde nationale.

Son héroïsme et sa constance sont admirables.

Ses artilleurs ont pointĂ© leurs piĂšces avec une justesse et une prĂ©cision merveilleuses. Leur tir a plusieurs fois Ă©teint le feu de l’ennemi, qui a dĂ» laisser une mitrailleuse entre nos mains.

Citoyens,

La Commune de Paris ne doute pas de la victoire.

Des résolutions énergiques sont prises.

Les services, momentanément désorganisés par la défection et la trahison, sont, dÚs maintenant, réorganisés.

Les heures sont utilement employées pour votre triomphe prochain.

La Commune compte sur vous, comme vous pouvez compter sur elle.

BientĂŽt il ne restera plus aux royalistes de Versailles que la honte de leurs crimes.

A vous, citoyens, il restera toujours l’éternel honneur d’avoir sauvĂ© la France et la RĂ©publique.

Gardes nationaux,

La Commune de Paris vous félicite et déclare que vous avez bien mérité de la République.

Paris, 4 avril 1871.

                           La commission exĂ©cutive :

                                   BERGERET, DELESCLUZE, DUVAL, EUDES, FÉLIX PYAT, G. TRIDON,

                                   E. VAILLANT

L’échec a des consĂ©quences militaires, la perte de milliers de combattants, le fait que les versaillais vont se sentir autoriser Ă  attaquer, et la Commune va devoir faire des efforts importants pour se dĂ©fendre.

Il a aussi des consĂ©quences politiques : comment dĂ©fendre la crĂ©dibilitĂ© des lĂ©gitimes exigences de la Commune? Elle donne aussi de l’audace aux ennemis du dedans, qui reprennent la lutte assoupie depuis le 26 mars.

 

Cluseret délégué à la guerre

A la sĂ©ance de nuit, Bergeret fait l’éloge de la sortie, met la dĂ©faite sur le compte de retards fĂącheux, et le comitĂ© central de la garde nationale vient redemander l’intendance et le droit de rĂ©organiser la garde nationale.

Contre ces fanfaronnades, la commune dĂ©cide de confirmer la choix de Gustave Cluseret comme dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre. Il a deux mĂ©rites au yeux de la Commune : il n’est pas membre du ComitĂ© Central de la garde nationale, et il refuse l’aventure de l’offensive.

Étrange personnage que ce militaire de carriùre.

En tant que chef de bataillon mobile il participa Ă  la rĂ©pression de l’insurrection de juin 1848. Contestataire, accusĂ© de propager les idĂ©es rĂ©publicaines dans l’armĂ©e, accusĂ© d’’exercer des activitĂ©s commerciales lors de la colonisation, il dĂ©missionne de l’armĂ©e française en 1858. Il rejoint Garibaldi pour son expĂ©dition en Italie, puis part aux États Unis pour prendre part Ă  la guerre de sĂ©cession du cĂŽtĂ© nordiste. En contact avec des socialistes, il devient rĂ©volutionnaire, adhĂšre Ă  l’AIT, participe aux rĂ©unions des chambres syndicales, et lors de son retour en France en 1870 participe aux activitĂ©s du comitĂ© central des 20 arrondissements. Candidat Ă  la Commune, il n’a pas Ă©tĂ© Ă©lu.

Il prend comme chef d’État major Louis Rossel, un militaire de carriĂšre qui a rejoint la rĂ©volution.

Ceux qui critiquent cette nomination estiment qu’il n’a pas confiance dans lecourage de la garde nationale ni surtout Ă  la possibilitĂ© de tirer profit, pour les opĂ©rations militaires, des convictions politiques.

Une réorganisation radicale de la garde nationale

Trois dĂ©cisions ont pour objectif affichĂ© d’éviter la reconduction de situations telles Ă  celles qui se sont produites ces deux derniers jours, en renforçant la hiĂ©rarchie et la discipline. Il s’est produit une rupture dans la confiance des gardes envers  leurs chefs, on l’a vu dans ces deux journĂ©es, avec de nombreuses dĂ©sertions dans les bataillons. Les choix faits visent Ă  centraliser les pouvoirs de dĂ©cision et Ă  militariser la garde nationale.

La Commune dĂ©cide ainsi qu’à l’avenir, toute demande Ă  la garde nationale doit passer par le ministĂšre de la guerre et que  Â« tout ordre relatif au mouvement des troupes sera signĂ© du gĂ©nĂ©ral Bergeret, commandant la place de Paris Â» qui recevra pour cela les instructions du dĂ©lĂ©guĂ© de la guerre. Cela implique que tout autre ordre ou rĂ©quisition de troupes devra ĂȘtre considĂ©rĂ© comme nul et non avenu.

Cluseret fait adopter une réorganisation des compagnies de marches, celles qui vont au feu. Elle prévoit que les soldes à partir du 7 avril seront différenciées en fonction du grade, 1 franc 50 et les vivres pour les gardes, 2 francs pour les sous-officiers et 2 fr 50 pour les officiers. En outre les compagnies de guerre éliront un chef de bataillon spécial.

La modification principale concerne la composition de ces bataillons de guerre puisque qu’il est dĂ©cidĂ© que « font partie des bataillons de guerre tous les citoyens de 17 Ă  35 ans non mariĂ©s, les gardes mobiles licenciĂ©s, les volontaires de l’armĂ©e ou civils Â».

C’est donc la mobilisation gĂ©nĂ©rale autoritaire, qui laisse de cotĂ© tous les vieux rĂ©volutionnaires convaincus. C’est une mesure dĂ©sastreuse mĂ©connaissant la puissance et l’énergie que peuvent donner des convictions rĂ©flĂ©chies, pour substituer Ă  cette spontanĂ©itĂ© une certain forme d’enrĂ©gimentement. Pour la motivation, dĂ©cisive pour une force militaire comme la garde nationale, la question de l’ñge n’est rien. Dans la garde nationale chaque bataillon, chaque compagnie forme une famille, un groupe soudĂ©, composĂ© de voisins, d’habitants d’une mĂȘme rue, du mĂȘme immeuble, de camarades d’atelier, sĂ©parer ce groupe c’est atteindre, peut-ĂȘtre dĂ©truire une unitĂ© autrement sĂ©rieuse et profonde.

Tribune

Arthur Arnould, 38 ans, journaliste et homme de lettres

 â€Š une guerre civile, une guerre politique, dont toute la grandeur et toute la justification rĂ©sident dans la conviction des combattants, qui ne sont pas seulement des soldats,  mais qui sont des idĂ©es vivantes, ne peut se conduire comme la guerre contre un envahisseur Ă©tranger.
LĂ , nulle scission, nulle hĂ©sitation possible
.. en face de Versailles, quelle diffĂ©rence !

Évidemment Ă  Paris, comme dans le reste de la France, tout le monde n’est pas d’accord, tout le monde ne souhaite pas d’un cƓur Ă©gal le triomphe de la rĂ©volution sociale ; quelques uns la regardent mĂȘme comme l’abomination et la dĂ©solation.
Ceux-lĂ , quoiqu’on dit ou qu’on dĂ©crĂ©tĂąt, il est impossible de les faire marcher, ou s’ils marchent, une fois, ce peut ĂȘtre avec l’arriĂšre pensĂ©e , soit de passer Ă  l’ennemi, soit de lĂącher pied au premier coup de fusil, de crĂ©er la panique ou d’amener la dĂ©faite 
. souvent, parmi les non-combattants du fait de la loi, il se trouve des hommes dĂ©vouĂ©s, rĂ©solus, Ă©nergiques, qui eussent versĂ© leur sang avec joie sous le drapeau rouge Ă  frange d’or, tandis  qu’on peut avoir de la peine Ă  recruter dans les limites d’ñge, les compagnies destinĂ©es Ă  aller au feu
.

La garde nationale, avant d’ĂȘtre une force militaire, est une force morale. Chaque garde pense, rĂ©flĂ©chit, raisonne, a une volontĂ©. Il faut aussi songer Ă  l’opinion des femmes, qui exercent une action considĂ©rable sur leurs maris, leurs amants, leurs fils, leurs frĂšres, leurs pĂšres. Quand deux hommes habitent sur le mĂȘme palier, vous ferez difficilement comprendre Ă  l’un de ces hommes, et surtout Ă  sa femme, qu’il doit se faire tuer, parce qu’il a trente neuf ans et onze mois, tandis que son voisin restera Ă  l’abri du danger, parce qu’il a quarante ans et quelques jours.

ExposĂ©s ensemble aux mĂȘme pĂ©rils, ils se piqueront d’émulation et se battront carrĂ©ment. 
.

Enfin il officialise la dĂ©fensive jusqu’à la rĂ©organisation complĂšte des troupes de la commune, susceptible de permettre une nouvelle offensive. C’est le retour Ă  la tactique du siĂšge. Il est vrai que les conditions du siĂšge ont changĂ© depuis juin 1848, aujourd’hui les parisien-nes insurgĂ©-es ne sont plus des dĂ©sespĂ©rĂ©-es, derriĂšre des pavĂ©s, rĂ©duit-es Ă  charger leurs fusils de lingots et de pierres. La Commune possĂšde plus de soixante mille gardes aguerris, des centaines de milliers de fusils, 1200 canons, cinq forts, une enceinte, des munitions en quantitĂ©.

Face Ă  cela, il est clair que Versailles, ne voyant dans Paris que des insurgĂ©s, ne se contera pas des conseils de guerre, se donnera le droit d’exĂ©cuter sommairement les prisonniers, se prĂ©pare Ă  gĂ©nĂ©raliser les exĂ©cutions de ces derniers jours.

Comment inverser le rapport de force, car la partie militaire est mal engagĂ©e si la province ne se lĂšve pas ?

Incident avec la presse hostile Ă  la Commune

Parait dans le Journal officiel petite Ă©dition du soir :

Les dĂ©lĂ©guĂ©s de la commune Ă  l’IntĂ©rieur viennent d’adresser au directeur de Paris-journal la note suivante :

« La rĂ©daction de Paris-journal , en prĂ©sence du sang qui coule, Ă  la vue de nos frĂšres Ă©gorgĂ©s par les gendarmes et les sbires de Versailles, continue avec acharnement ses calomnies haineuses contre la Commune et l’hĂ©roĂŻque garde nationale de Paris.

Il est criminel et faux de dire que « Paris dĂ©clare la guerre Ă  la France »; il est faux  de dire que la garde nationale ait fusillĂ© un parlementaire, quand elle a Ă©tĂ© au contraire traĂźtreusement attaquĂ©e par des hommes qui levaient la crosse en l’air pour tromper la vigilance.
La libertĂ© de presse n’est pas le droit de s’embusquer prudemment derriĂšre un journal pour redoubler les horreurs d’une lutte que Paris n’a pas commencĂ©, mais dans laquelle il fera triompher la RĂ©publique et la Commune Â»

RĂ©action de Paris-Journal : 

« nos lecteurs ne nous pardonneraient certainement pas de rĂ©pondre aux invectives anonymes qui partent d’un ministĂšre dont personne ne soupçonnait l’existence. Bornons nous donc Ă  souhaiter que l’avertissement donnĂ© Ă  Paris-Journal serve de leçon Ă  nos confrĂšres de la presse. Il est bien avĂ©rĂ© aujourd’hui que le rĂ©gime communal s’accommode fort bien des procĂ©dĂ©s de l’empire : nous n’en sommes encore qu’aux communiquĂ©s ; Ă  bientĂŽt sans doute les avertissements, Ă  quand les suppressions ?

Les conciliateurs réapparaissent

Deux courants pour la conciliation ont repris leur activitĂ©. Mais celle-ci pour avoir du sens suppose la reconnaissance de droits rĂ©ciproques. Au moment oĂč des centaines de cadavres jonchent le sol, au moment oĂč Versailles attaque, ils devraient commencer par dire : Que Versailles la premiĂšre arrĂȘte ses coups!

Un parti rĂ©publicain modĂ©rĂ©, composĂ© de certaines notabilitĂ©s de l’ancienne presse rĂ©publicaine dite radicale et de la bourgeoisie rĂ©publicaine ayant fait partie de l’administration du 4 septembre, dĂ©putĂ©s, anciens maires (ils n’ont pas participĂ© aux Ă©lections de la commune ou en ont dĂ©missionnĂ©) crĂ©ent une Ligue d’Union rĂ©publicaine des droits de Paris qui constate les responsabilitĂ©s de l’assemblĂ©e et de Thiers, ainsi que celles de la Commune.

Elle réaffirme la reconnaissance de la République, et du droit de Paris à avoir un conseil élu et souverain, avec sa police, ses finances, son assistance publique, son enseignement et sa garde nationale.

L’autre groupe est l’Union nationale des chambres syndicales, qui regroupe  plus de 50 chambres syndicales patronales et ouvriĂšres, plus de 7000 industriels et commerçants Ă  Paris, qui peut mĂȘme encore s’agrandir avec d’autres. Elle reprĂ©sente l’essentiel des chambres patronales, quelques chambres ouvriĂšres et quelques coopĂ©ratives, et traite avec Thiers et la Commune, comme elle l’a fait pour le courrier.

Elle est inquiĂšte d’une situation qui peut causer le tort le plus grave aux intĂ©rĂȘts Ă©conomiques de la ville, veut qu’elle cesse au plus vite. L’union dĂ©clare qu’elle est en prĂ©sence de faits accomplis et que « Paris a fait une rĂ©volution aussi acceptable que toutes les autres, et, pour beaucoup d’esprits, c’est la plus grande qu’il ait jamais faite, c’est l’affirmation de la

RĂ©publique et la volontĂ© de la dĂ©fendre Â». Elle propose de faire l’ expĂ©rience sĂ©rieuse de ces nouvelles institutions qui ne coĂ»teront jamais plus que l’ancien ordre de choses vient de nous coĂ»ter.

Cette union propose la discussion d’une bonne loi municipale, et l’élection d’une assemblĂ©e constituante, car les Ă©lus pour signer la paix ne sont pas ceux qu’il convient pour Ă©laborer une constitution.

Leurs  programmes sont au fond identiques : il s’agit de faire succĂ©der Ă  la Commune, essentiellement composĂ©e de travailleurs dĂ©vouĂ©s Ă  la rĂ©volution sociale, un conseil municipal, Ă©lu dans de telles conditions que l’élĂ©ment bourgeois conservateur y soit dominant, et qu’ainsi l’ordre, c’est-Ă -dire le maintien des privilĂšges, soit sauvegardĂ©.

Sur la forme, le programme des premiers, l’Union rĂ©publicaine est plus prĂ©cis que celui de l’Union nationale qui, propose d’accepter la loi municipale provisoire qui serait votĂ©e au premier jour par l’assemblĂ©e, laquelle devait en mĂȘme temps rĂ©gler le mode d’élection du nouveau Conseil municipal, appelĂ© Ă  succĂ©der Ă  la Commune.

Dans l’expression l’Union rĂ©publicaine semble plus Ă©nergique que l’Union nationale, puisqu’elle dĂ©clare que si Versailles n’accĂšde pas Ă  son programme, elle invitera ses adhĂ©rents Ă  appuyer la Commune, mĂȘme par les armes.

En province, il y a également des pétitions et des manifestes pour une république démocratique et laïque, la fin de la guerre civile.

Hier un article de la Tribune de Bordeaux, journal rĂ©publicain radical qui ouvre ses pages aux internationalistes, se prononce pour la conciliation : « nous prions la municipalitĂ© de provoquer dans le plus court dĂ©lai une action commune des grandes citĂ©s afin quelles offrent leur mĂ©diation fraternelle aux combattants Â».

Tribune de MILLlÈRE – DÉCLARATION parue dans  La Commune

MalgrĂ© le profond dĂ©goĂ»t que m’inspirent les passions haineuses et violentes de la majoritĂ©, j’ai cru de mon devoir de rester dans l’AssemblĂ©e nationale tant qu’il m’a semblĂ© possible d’y remplir le mandat que le peuple de Paris m’a confĂ©rĂ©, c’est-Ă -dire tant que je pourrais lutter pour la cause de la justice et combattre les partis du dĂ©sordre, coalisĂ©s contre la RĂ©publique.

Sans me permettre de juger, et moins encore de blĂąmer les citoyens qui, par un sentiment consciencieux et dĂ©sintĂ©ressĂ©, comprennent leur devoir d’une autre façon, je pense qu’une dĂ©mission pure et simple n’est pas le meilleur moyen d’accomplir la tĂąche imposĂ©e Ă  un reprĂ©sentant du peuple.

J’ai Ă©tĂ© confirmĂ© dans cette opinion par les conseils d’un grand nombre de membres des comitĂ©s Ă©lectoraux qui ont proposĂ© ma candidature, et j’ai pu en apprĂ©cier 1a justesse lorsque j’ai vu avec quelle satisfaction nos ennemis ont recueilli la dĂ©mission de plusieurs des Ă©lus du parti rĂ©publicain.

Mais l’abominable attentat commis par le pouvoir exĂ©cutif, le crime que le gouvernement de Versailles consomme en ce moment contre le droit, contre l’humanitĂ©, offre aux reprĂ©sentants de Paris la plus grave occasion de faire un dernier et suprĂȘme usage de leur mandat en rĂ©prouvant solennellement une politique dont le but Ă©vident est de noyer la  RĂ©publique dans le sang du peuple, qui ne connaĂźt d’autres moyens de pacification que la guerre civile, et dont le rĂ©sultat, s’il Ă©tait rĂ©alisĂ©, serait la perte dĂ©finitive de la patrie.

C’est dans ces dispositions d’esprit que je voulais me prĂ©senter Ă  la sĂ©ance d’aujourd’hui.

Je me proposais d’interpeller le Gouvernement sur l’attaque Ă  main armĂ©e qu’il dirige contre Paris, et de dĂ©montrer au pays, trompĂ© par les mensonges de M. Thiers, quelle est la vĂ©ritable situation de la capitale. Il est bon que la France entiĂšre sache que Paris est, non pas en Ă©tat d’Insurrection, mais bien en Ă©tat de lĂ©gitime dĂ©fense; qu’il n’a jamais fait qu’user pacifiquement de son droit, du droit qui lui appartient au mĂȘme titre qu’à toutes les autres communes de France; qu’aprĂšs l’avoir livrĂ© Ă  l’ennemi par la plus infĂąme des trahisons dont l’histoire ait conservĂ© le souvenir, les misĂ©rables qui ont ainsi sacrifiĂ© la patrie Ă  leur ambition veulent encore Ă©touffer dans Paris l’esprit de libertĂ© politique et d’indĂ©pendance municipale, qui ne leur permettrait pas de jouir impunĂ©ment du fruit de leurs forfaits; et que, malgrĂ© les outrages, les dĂ©fis et les provocations, la population parisienne calme, paisible, unanime, n’avait tentĂ© aucune agression, commis aucune violence, causĂ© aucun dĂ©sordre lorsque le gouvernement l’a fait attaquer par les anciens policiers de l’empire, organisĂ©s en troupes prĂ©toriennes sous le commandement d’ex-sĂ©nateurs.

VoilĂ  comment je comprends le devoir d’un reprĂ©sentant du peuple. C’est ainsi que j’aurais accompli mon mandat si j’avais pu me transporter Ă  Versailles. Du haut de la tribune, j’aurais Ă  la face du monde dĂ©clarĂ© la majoritĂ© rĂ©actionnaire et son pouvoir exĂ©cutif responsables des nouvelles calamitĂ©s qu’ils dĂ©chaĂźnent sur notre malheureuse patrie, et j’aurais quittĂ© l’assemblĂ©e en secouant la poussiĂšre de mes souliers.

En bref

 â–   Versailles, en plus de nous priver des correspondances de province, a essayĂ© de suspendre la circulation des chemins de fer. Le gouvernement s’est adressĂ© aux directeurs des compagnies. Trois, Nord, OrlĂ©ans et Lyon-MĂ©diterranĂ©e  ont poliment dĂ©clinĂ©  cette demande.

 â–   A partir de ce jour, mardi 4 avril, les dĂ©pĂȘches de Paris Ă  destination des dĂ©partements et de l’étranger seront rĂ©guliĂšrement expĂ©diĂ©es. La derniĂšre heure des levĂ©es des boĂźtes de quartiers est fixĂ©e Ă  sept heures du soir. Toutes les correspondances laissĂ©es en souffrance dans les boĂźtes de Paris depuis le dĂ©part de l’administration pour Versailles, ont Ă©tĂ© expĂ©dies dĂšs ce matin.

 â–   Il est nommĂ© une commission d’initiative pour tout ce qui a rapport au travail et Ă  l’échange. Cette commission, qui .siĂ©gera au ministĂšre des travaux publics, est composĂ©e de citoyens Minet, TeuliĂšre, E.Rouiller, Paget -Lupicin, Serailler, Loret, Henri Gou11Ă©, Ernest MoullĂ© et LĂ©vy-Lazare,

 â–    Plus de cent marins ont rĂ©pondu Ă  l’appel Ă  se mobiliser affichĂ© dans les rues de Paris.

 â–   La peste bovine sĂ©vit avec une telle vigueur, qu’on a dĂ» suspendre toutes les foires en Normandie, oĂč se font Ă  cette Ă©poque de l’annĂ©e les ventes de bestiaux. Les bƓufs qui alimentent Paris viennent tous maintenant du Portugal.

 â–   La foire aux jambons a ouvert, moins de cent boutiques au lieu des 500 habituelles.

 â–   Huit thĂ©Ăątres sur 27 sont ouverts et quelques unes de ces salles sont pleines tous les soirs On joue le Canard Ă  trois bec, une piĂšce tout Ă  fait propice Ă  distraire des dandys des boulevards Ă©lĂ©gants des soucis de la guerre civile. Quand minuit approche, les cafĂ©s ferment. Le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  l’ex-prĂ©fecture de police a pris habitude d’envoyer des compagnies de gardes nationaux qui surveillent la fermeture des Ă©tablissements publics. Mais cette prĂ©caution comme tant d’autres est inutile. Il y a des portes secrĂštes qui Ă©chappent aux plus minutieuses investigations
.

Journal Officiel (petite Ă©dition du soir)

Rubrique humoristique ça et là

On m’annonce que la paroisse de la rue des Marais a maintenu au rituel de ses cĂ©rĂ©monies l’invocation pour l’empereur . Le Domine salvum fac imperatorem nostrum Napoleonem! (Traduction libre : Pour dominer les hommes, les impĂ©riaux nocent trop. -NapolĂ©on.)’ Hier matin on chanta1t encore cette petite machine monarchico ridicule Ă  l’office du jour. Fier toupet ! Messieurs les calotins ! Que vont dire les ruraux 1

À Marseille  

Les intrigues entre la Commission et le Conseil Municipal, sous la pression du Â« petit Versailles Â» installĂ© Ă  Aubagne finissent par user les membres de la Commission.

Aujourd’hui l’armĂ©e a envahi Marseille, aprĂšs avoir occupĂ© les forts Saint Nicolas et Notre-dame-de-la-garde. En outre trois bateaux dans le port ont leurs canons braquĂ©s sur la ville. Des barricades se sont dressĂ©es contre l’avancĂ©e des troupes loyalistes, les gardes nationaux, les francs tireurs, soutenus par la population opposent une rĂ©sistance. Deux bataillons fraternisent avec la population.

Le gĂ©nĂ©ral ordonne le bombardement de la PrĂ©fecture, avant de l’occuper vers 19h00.

La Commune de Marseille est dĂ©faite dans le sang, mĂȘme si on ne connaĂźt pas encore le nombre de morts du cĂŽtĂ© du peuple, on parle de plus de cent cinquante.

Le membre le plus connu de la Commission, Gaston CrĂ©mieux s’est rendu volontairement Ă  ceux qui le cherchaient.

En dĂ©bat : Quelles leçons tirer de l’échec de la sortie vers Versailles ?

La dĂ©termination, le courage, l’abnĂ©gation ne remplacent pas le rapport de force politique et militaire.
Oui il y a nĂ©cessitĂ© d’empĂȘcher cette assemblĂ©e de la capitulation, cette assemblĂ© monarchique de sĂ©vir. Oui il est urgent de bloquer la politique destructrice du gouvernement Thiers. Mais cette AssemblĂ©e, ce gouvernement, ont des forces rĂ©elles, sans commune mesure avec celles qui restaient aux bonapartistes au moment de effondrement de l’empire.

Deux occasions se sont prĂ©sentĂ©es de prendre Versailles. La premiĂšre les 18 et 19 mars, alors qu’il n’y avait plus d’armĂ©e capable de contrer cette marche, aprĂšs les fraternisations Ă  Paris. La seconde dans la semaine suivante lorsqu’une action militaire dans Versailles Ă©tait prĂ©parĂ©e pour ĂȘtre rejointe par une marche de la garde nationale. Cette prĂ©paration n’a pas Ă©tĂ© suivie d’effet. Depuis, la situation a changĂ©, le gouvernement a rĂ©ussi en urgence avec l’aide de Bismark Ă  reconstituer une armĂ©e. Et il continue Ă  la renforcer.

Aller vers Versailles aujourd’hui, la sortie l’a montrĂ©, ce ne sera pas une marche pacifique, mais une bataille d’importance dans laquelle Thiers est prĂȘt Ă  tout. D’autant que lâ€˜Ă©chec des communes de province laisse pour le moment Paris seul face Ă  ce pouvoir. Or l’objectif de se dĂ©barrasser de l’AssemblĂ©e et du gouvernement est peut ĂȘtre trop pour les seules forces sociales, politiques et militaires de Paris insurgĂ©. Lorsque les rĂ©volutions de Paris se sont rĂ©pandues en France et on changĂ© le cours national, elles Ă©taient plus ou moins en convergence avec une large partie de la population.

Comment frapper Versailles, montrer son rapport de force, bien au-delĂ  d’une mesure contre les biens de quelques responsables, mais les empĂȘcher de mener leur politique ? En utilisant le poids Ă©conomique de Paris, de la Banque de France, de la Bourse ?

Comment dĂ©lĂ©gitimer politiquement Versailles, le gouvernement et l’AssemblĂ©e, pour faire progresser l’exigence d’un autre pouvoir ? Ne faut-il pas frapper Versailles politiquement, en rendant impossible  aux yeux de larges parties de la population  ces crimes ? Comment dĂ©fendre une perspective pour toute la population ouvriĂšre et pauvre du pays ?

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Source: Contretemps.eu