Mai 2, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire

À l’ouest

À Neuilly et AsniĂšres, aprĂšs une nuit Ă©pouvantable, la matinĂ©e a Ă©tĂ© assez calme. Vers une heure, un duel d’artillerie a repris entre les batteries versaillaises d’AsniĂšres, du chĂąteau de BĂ©con et de Courbevoie, et les batteries fĂ©dĂ©rĂ©es des remparts, du pont d’AsniĂšres et du pont de Clichy. En soirĂ©e, les tirs versaillais ont visĂ© Batignolles et Montmartre, oĂč les obus tombaient au-delĂ  du cimetiĂšre.

D‘aprùs le National :

À cinq heures du soir, au moment oĂč cinq enterrements se tenaient au cimetiĂšre Montmartre, deux obus sont tombĂ©s dans le champ de repos. L’un d’eux, prĂšs de la voĂ»te, s’est enfoncĂ© dans la terre. L’autre, rasant le faite des monuments qui sont sur la gauche de l’allĂ©e par laquelle on se rend Ă  la fosse commune, allĂ©e frĂ©quentĂ©e entre toutes, l’a traversĂ©e pour Ă©clater sur le coin gauche d’un sarcophage Ă©rigĂ© Ă  feu Lebel Sainte-Marie, au deuxiĂšme rang des tombes, en Ă©cornant fortement le tombeau de la famille Gudel, situĂ© au premier rang, Ă  cinq places de la tombe de MĂŒrger. Des Ă©clats d’obus ont plus ou moins endommagĂ© un certain nombre de monuments funĂšbres environnants jusqu’au sixiĂšme rang. C’est un vĂ©ritable miracle que l’obus, tombant en cet endroit Ă  pareille heure, n’ait causĂ© la mort de personne.

Au sud

Les troupes versaillaises attaquent de nouveau les forts du Sud, spĂ©cialement Montrouge et Issy, qui, toujours canonnĂ©, n’est plus qu’un amas de ruines.

Le ComitĂ© de salut public est instaurĂ© ! 

La sĂ©ance d’aujourd’hui sur le vote pour le ComitĂ© de salut public a Ă©tĂ© trĂšs mouvementĂ©e.

Hier, trois articles avaient Ă©tĂ© adoptĂ©s  :

Art. 2. Il sera composé de cinq membres, nommés par la Commune, au scrutin individuel.

Art. 3. Les pouvoirs les plus Ă©tendus sur toutes les dĂ©lĂ©gations et commissions sont donnĂ©s Ă  ce comitĂ©, qui ne sera responsable qu’à la Commune.

Les membres de la Commune ne pourront ĂȘtre traduits devant aucune autre juridiction que la sienne

Il restait donc le vote sur le premier article, le nom de l’instance, et sa composition.

Le vote du ComitĂ© de salut public contre le ComitĂ© exĂ©cutif qui avait donnĂ© hier un rĂ©sultat nul (26/26) a aujourd’hui Ă©tĂ© favorable au ComitĂ© de salut public par 34 voix contre 28.

Pour la formation d’un ComitĂ© de salut public :

Amouroux, Ant. Arnaud, Bergeret, Billioray, Blanchet, Champy, Chardon, E. Clément, J.-B. Clément, Demay, Dupont (Cl.), Durand, Ferré, Fortuné (Henry), Gambon, Géresme, Grousset, Johannard, Ledroit, Lonclas, L. Melliet, Miot, Oudet, Parisel, Pillot, Philippe, F. Pyat, Ranvier, RégÚre, Rigault, Trinquet, Urbain, Vésinier, Viard.

Pour la formation d’un ComitĂ© exĂ©cutif:

Andrieu, Arthur Arnould, Avrial, Allix, Babick, Beslay, Clémence, V. Clément, Courbet, FrÀnckel, Gérardin, Jourde, Langevin, Lefrançais, Longuet, Ostyn, Pindy, Pottier, Rastoul, Serraillier, Sicard, Tridon, Theisz, Vaillant, VallÚs, Varlin, Verdure.

Le vote global sur le dĂ©cret, 45 pour contre 23, fut quelque peu diffĂ©rent. Il y avait six votants de plus et plusieurs membres qui avaient votĂ© pour la mise en place d’un ComitĂ© exĂ©cutif ont finalement votĂ© le texte instaurant le ComitĂ© de salut public, comme Allix, Dereure, Frankel, Pottier, Vaillant, Verdure. Cela confirme que dans l’esprit des 45 membres qui l’instituent, le caractĂšre rĂ©el du ComitĂ© de salut public n’est pas nettement dĂ©fini.

Votants : 68. Majorité absolue : 35.

Pour l’adoption : 45

Amouroux, Arnaud, Allix, Bergeret, Billioray, Blanchet, Brunel, Champy, Chardon, Clément (E.), Cournet, Demay, Dereure, Dupont (Cl.), Durand (J.), Ferré, FrÀnckel, Fortuné (H.), Gérardin (C.), Géresme, Grousset, Ledroit, Lonclas, Martelet, Melliet, Miot, Oudet, Parisel, Pillot, Pottier, Philippe, Pyat, Ranvier, RégÚre, Rigault, Sicard, Trinquet, Urbain, Vaillant, Vésinier, Viard, Verdure.

Contre : 23

Andrieu, Art. Arnould, Avrial, Babick, Beslay, Clémence, Clément (V.), Courbet, Gérardin (E.), Jourde, Langevin, Lefrançais, Longuet, Malon, Ostyn, Pindy, Rastoul, Serraillier, Tridon, Theisz, VallÚs, Varlin, Vermorel.

*

Paris, le 1er mai 1871.

La Commune,

Art. 1er. Un comité de salut public sera immédiatement organisé.

Art. 2. Il sera composé de cinq membres, nommés par la Commune, au scrutin individuel.

Art. 3. Les pouvoirs les plus Ă©tendus sur toutes les dĂ©lĂ©gations et commissions sont donnĂ©s Ă  ce comitĂ©, qui ne sera responsable qu’à la Commune.

La Commune.

DÉCRÈTE :

Les membres de la Commune ne pourront ĂȘtre traduits devant aucune autre juridiction que la sienne (celle de la Commune)

La discussion s’est alors tendue entre les deux parties qui venaient de se sĂ©parer sur ces votes.

D’abord sur les modalitĂ©s d’élection des cinq membres. Un Ă©lu a dĂ©cidĂ© de ne pas participer au vote pour une institution dictatoriale, mais surtout plus de vingt autres membres ont dĂ©cidĂ© de s’abstenir.

ConsidĂ©rant qu’ils ont votĂ© contre l’institution dite ComitĂ© de salut public, dans laquelle ils n’y ont vu que l’oubli des principes de rĂ©formes sociales sĂ©rieuses pour lesquelles est sortie la rĂ©volution communale du 18 mars ;

Le retour dangereux ou inutile, violent ou inoffensif à un passé qui doit nous instruire, sans que nous ayons à le plagier :

DĂ©clarent qu’ils ne prĂ©senteront pas de candidats et qu’ils regarderont, en ce qui les concerne, l’abstention comme la seule attitude digne, logique et politique.

Ch Longuet, Lefrançais, Arthur Arnould, Andrieu, Ostyn, Jourde, B. Malon, Serrailler, Ch Beslay, Babick, Clémence, Courbet, EugÚne Gérardin, Langevin, Rastoul, J. VallÚs, Varlin.

*

Vu que nous ne pouvons nommer personne à une institution considérée par nous comme aussi inutile que fatale, nous nous abstenons.

Avrial, V. Clément, Vermorel, A. Thiesz, G. Tridon, Pindy, E. Gérardin.

*

Considérant que le Comité de salut public est une institution dictatoriale incompatible avec le principe essentiellement démocratique de la Commune, je déclare ne pas prendre part à la nomination des membres de ce Comité.

C. Langevin

Le scrutin Ă©tait d’emblĂ©e dĂ©valorisĂ©, il n’y eut que trente-sept votants pour mettre en place ce ComitĂ© qui derriĂšre les mots ronflants instaurait un pouvoir sans autoritĂ©. Les citoyens Ranvier, Antoine Arnaud, LĂ©o Meillet, Ch. GĂ©rardin, FĂ©lix Pyat furent Ă©lus.

Antoine Arnaud, par 33 voix ; employĂ© de chemin de fer, 40 ans, prĂ©sident d’une section parisienne de l’Internationale, Ă©lu du IIIĂšme.

Gabriel Ranvier, par 27 voix ; peintre dĂ©corateur sur laque, 43 ans, blanquiste et membre de l’Internationale, franc maçon, Ă©lu du XXĂšme.

LĂ©o Melliet, par 27 voix ; clerc d’avouĂ©, 28 ans, membre de l’Internationale, franc maçon, Ă©lu du XIIIĂšme.

Felix Pyat, par 24 voix ; homme de lettres, homme politique, 61 ans.

Charles GĂ©rardin, par 22 voix ; courtier de commerce, 28 ans, Ă©lus dans le XVIIĂšme, un des membres du complot qui avait envisagĂ© jeudi dernier, le 27 avril, de mettre en place une dictature avec Dombrowski, Wrobelski, Rossel, et qui avait Ă©chouĂ© suite au refus d’Aminthe Dupont.

Tous ces dĂ©bats accentuent les affrontements. Trois dĂ©missions sont posĂ©es sur le bureau du prĂ©sident et le blanquiste Bergeret dĂ©clare :

« Ce qui vient de se passer est trĂšs grave ; il vient dans le sein de notre assemblĂ©e de se faire une gauche et une droite. Il ne faut pas que les braves citoyens qui nous ont confiĂ© la mission que nous remplissons et qui nous ont imposĂ© un mandat impĂ©ratif sachent que quelques-uns parmi nous paraissent avoir abandonnĂ© les sentiments qui les ont fait arriver Ă  la Commune. Gardons par-devers nous seuls les faits qui viennent de se passer et que je ne crains pas d’appeler une honteuse manƓuvre. Que le public ne soit pas soumis Ă  l’influence funeste de quelques dĂ©fections ».

L’internationaliste Babick rĂ©pond :

« Je vois avec regret qu’il y a deux camps qui se forment dans l’assemblĂ©e. Mais cependant je ne comprendrais pas que l’on traitĂąt d’ennemis ceux de vos collĂšgues qui ne pensent pas comme nous. Pour moi, je me dĂ©clare partisan de ceux qui ont votĂ© contre le ComitĂ© de salut public, mais je reconnais parfaitement Ă  tous le droit de voter autrement et d’exprimer leur opinion avec la plus entiĂšre libertĂ©. Les membres qui ont votĂ© pour le ComitĂ© de salut public peuvent trĂšs bien croire qu’ils ont assurĂ© le salut de la sociĂ©tĂ©, mais vous me permettrez bien de garder cette pensĂ©e que la Commune pouvait se sauver elle-mĂȘme ».

Les motivations des votes sont écrites (voir partie En débat).

La majoritĂ© est formĂ©e des jacobins et des blanquistes, auxquels se sont ralliĂ©s quelques membres de l’Internationale et veut apparaĂźtre comme les continuateurs des rĂ©volutionnaires de 1793 prĂȘts Ă  des mesures autoritaires.

La minoritĂ© est formĂ©e par la majoritĂ© de ceux qui animent le conseil fĂ©dĂ©ral parisien de l’Internationale, mais plusieurs internationalistes ont votĂ© pour et trois en sont membres. Le blanquiste Tridon fait partie de cette minoritĂ©. Pour eux, les questions Ă©conomiques et sociales l’emportent sur le politique ; ils travaillent pour des transformations sociales immĂ©diates, et sont convaincus que cette orientation est en opposition avec les aspirations de la rĂ©volution du 18 mars.

Que va rĂ©ellement changer cette dĂ©cision, en quoi cela va donner des moyens supplĂ©mentaires Ă  la Commune ?

Mais les manƓuvres contre la Commune continuent

TĂ©moignage – Gaston Da Costa, 21 ans

Le soir de l’élection du ComitĂ© de salut public, composĂ© de FĂ©lix Pyat, A. Arnaud, LĂ©o Meillet, Ranvier et Ch. GĂ©rardin, le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre dĂźnait Ă  l’HĂŽtel de Ville et faisait aux membres du nouveau ComitĂ© l’exposĂ© des mesures militaires qu’il comptait prendre.

Une discussion assez animĂ©e s’éleva entre lui et FĂ©lix Pyat, et des paroles aigres-douces furent Ă©changĂ©es.

Pour quiconque a connu Pyat, on doit penser qu’il n’oublia rien et fit par la suite tout le possible pour montrer Ă  Rossel qu’il avait bonne mĂ©moire. Aminthe Dupont arriva Ă  la fin du repas et vit lĂ  Rossel pour la premiĂšre fois.

Ce fut Girardin qui le lui prĂ©senta. Au moment du dĂ©part, le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre offrit Ă  Dupont une place dans sa voiture, et tous deux se rendirent Ă  la prĂ©fecture de Police oĂč Rigault, prĂ©venu par GĂ©rardin, les attendait en compagnie de RĂ©gnard, de Eudes et de Da Costa. Rossel, plutĂŽt nerveux, exposa rapidement son projet. Rigault approuva le principe d’un coup d’État contre la Commune mais il subordonna son concours Ă  l’arrivĂ©e de Blanqui, dont il espĂ©rait l’évasion. Rien Ă  faire sans le vieux, dit-il en substance :

« Vous, citoyens Rossel, Dombrowski, Wroblewski et Eudes, vous ferez tous d’excellents auxiliaires de Blanqui ; seuls, vous ne pouvez rien contre la Commune. Si nous ne parvenons pas Ă  dĂ©livrer Blanqui, nous verrons Ă  tenter quelque chose avec Delescluze, mais ce sera beaucoup plus problĂ©matique. En attendant, il faut discrĂštement prĂ©parer l’opinion et annuler le plus possible l’action militaire du ComitĂ© central, dont nous aurions plus de mal Ă  nous dĂ©barrasser que de la Commune ».

On se sĂ©para dans la nuit, aprĂšs avoir dĂ©cidĂ© de rechercher l’appui de certains groupes et le concours du PĂšre DuchĂȘne.

Rossel se rendait bien compte que Rigault avait raison et qu’il fallait confier la dictature Ă  un homme connu par un long et glorieux passĂ© d’action. II ne nĂ©gligea rien cependant pour se crĂ©er la rĂ©putation d’un soldat Ă©nergique.

TĂ©moignage – Martial Senisse, 20 ans, maçon limousin

Ce matin, le PĂšre DuchĂȘne annonce Ă  ses lecteurs la crĂ©ation de notre bataillon [les enfants du pĂšre DuchĂȘne]. GĂ©rardin, qui a Ă©tĂ© nommĂ© membre du ComitĂ© de salut public par la Commune, s’efforce de grouper les officiers pour faire confier Ă  Rossel le pouvoir politique. L’équipe du PĂšre DuchĂȘne travaille avec lui. C’est pour ça que Vermersch Ă©crit des articles dans lesquels il critique les membres de la Commune. Il m’a dit qu’il voulait faire de Rossel le nouvel HĂ©bert de la RĂ©volution. Depuis que je suis capitaine des Enfants du PĂšre DuchĂȘne, personne ne se gĂȘne plus pour tout raconter devant moi. J’ai portĂ© pour la premiĂšre fois l’uniforme des officiers fĂ©dĂ©rĂ©s.

Frankel ne m’a pas cachĂ© qu’il Ă©tait mĂ©content de me voir entrer dans les vues de Vuillaume. À la Commune, Jourde, VallĂšs, Serailler, Malon et Gustave Courbet feront tout pour empĂȘcher GĂ©rardin d’imposer la dictature de Rossel. Thoumieux, militant blanquiste, qui avait d’abord marchĂ© pour Rossel n’est plus dans le coup. Il m’a dit aujourd’hui : « je ne sais pas oĂč GĂ©rardin veut en venir, mais dans la minoritĂ© qui s’est opposĂ©e Ă  la crĂ©ation du ComitĂ© de salut public, il y a les meilleurs chefs de la rĂ©volution Â». Il me conseille de ne pas aller plus loin avec Vuillaume. Que faire ?

Du cÎté des clubs

Église Saint-Nicolas des Champs

Une rĂ©union de 5000 citoyens a votĂ© une demande de mettre toutes les Ă©glises de Paris Ă  la disposition du peuple le soir, « afin que l’instruction et l’éducation politique des citoyens puisse se faire et qu’ils soient tenus au courant de la marche des affaires publiques Â», aprĂšs avoir fĂ©licitĂ© la Commune d’avoir mis en place le ComitĂ© de salut public pour « persĂ©vĂ©rer Ă©nergiquement et rĂ©solument dans la voie rĂ©volutionnaire, qui seule peut la sauver et assurer le triomphe dĂ©finitif de la RĂ©publique Â».

Club Sainte-Elisabeth

Dans l’église Sainte-Élisabeth
Le curĂ© Josselin et le premier vicaire Castillon, menacĂ©s d’arrestation ce matin, sont finalement laissĂ©s en libertĂ© et ce soir s’est installĂ© un club, Ă©manation de celui de Notre-Dame-des-Champs devenu trop important. Il s’installe dans la partie droite de l’église, tandis qu’à gauche persiste la chapelle de la Vierge Marie. OrganisĂ© par Joseph Paysant, il s’ouvre sous la prĂ©sidence d’un certain Laurent.

En bref 

 â€“ Le membre de la Commune dĂ©lĂ©guĂ© au ministĂšre des finances arrĂȘte que la compagnie du chemin de fer de Ceinture versera dans la huitaine l’arriĂ©rĂ© de ses impĂŽts de toute nature, depuis le dernier payement effectuĂ© jusqu’au 30 avril 1871 inclusivement. À partir du 1er mai, le compte des impĂŽts du chemin de fer de Ceinture sera rĂ©guliĂšrement arrĂȘtĂ© et payĂ© tous les dix jours.

– Les compagnies des chemins de fer de l’Est, d’OrlĂ©ans et de Lyon ont versĂ© ce matin au trĂ©sor de la Commune les sommes imputables Ă  l’arriĂ©rĂ© de leurs impĂŽts.

– FĂ©dĂ©ration artistique.

La Commune de Paris a autorisĂ© la FĂ©dĂ©ration artistique Ă  disposer gratuitement des salles de thĂ©Ăątre disponibles Ă  l’effet d’y donner des reprĂ©sentations au bĂ©nĂ©fice des veuves, orphelins et blessĂ©s de la Garde nationale.

Pour inaugurer ces représentations, une grande solennité musicale et dramatique aurait lieu le 7 mai prochain, dans la caste salle du Chùtelet.

La grande famille artistique est pauvre, mais elle est riche par le cƓur et les sentiments gĂ©nĂ©reux qui l’animent : c’est Ă  ce titre qu’elle doit contribuer pour une large part Ă  faire entrer un rayon de soleil, une lueur d’espĂ©rance et un peu de bien-ĂȘtre dans la mansarde de celui qui souffre.

Le comitĂ© de la FĂ©dĂ©ration artistique informe le public qu’il est complĂštement Ă©tranger aux nombreuses reprĂ©sentations donnĂ©es sans son concours, sous le couvert d’un bĂ©nĂ©fice pour les victimes de la guerre.

Le but poursuivi par la FĂ©dĂ©ration artistique n’est pas de venir en aide Ă  un groupe ou Ă  un quartier quelconque ; ses vues sont plus larges et plus humanitaires ; toutes les recettes provenant de ses reprĂ©sentations seront centralisĂ©es par les soins d’une commission choisie par la Commune, et distribuĂ©es aux victimes des vingt arrondissements de Paris.

Les affiches du comitĂ© portent en tĂȘte, comme signe distinctif : FĂ©dĂ©ration artistique.

Richard Reinhardt Ă  Karl Marx

Paris le 1er mai 1871

Cher ami,

Il n’est pas facile d’écrire au milieu de cette excitation incessante, mais nĂ©anmoins, je vous faisais, sous pli fermĂ©, parvenir Ă  tous, pendant les meilleures journĂ©es, un journal relatant les Ă©vĂ©nements, Ă  l’adresse d’Engels. C’est ce que j’ai fait encore la derniĂšre fois avant-hier, aprĂšs la manifestation des francs-maçons qui fut chargĂ©e Ă  coup de bombes, et qui hier soir aprĂšs une autre manifestation « pacifique Â» trĂšs nombreuse des provinciaux habitants Paris, fut suivie du plus brillant bombardement du Mont-ValĂ©rien avec des bombes incendiaires contre une partie des maisons du quartier des Ternes Ă  l’intĂ©rieur des fortifications. D’immenses incendies furent allumĂ©s, toute la ville fut effrayĂ©e par la violente canonnade. Cela est un autre avantage, puisqu’il a jetĂ© dans nos bras une autre partie considĂ©rable des indiffĂ©rents, en montrant tout Ă  coup Ă  leurs yeux indignĂ©s les cannibales de Versailles Ă  l’Ɠuvre, tandis que les autres s’amusaient poliment de cette nouvelle preuve tangible de la rage impuissante de Thiers. Le bonhomme voulait absolument remporter au moins un de ces jours, avec sa superbe armĂ©e, une victoire sur la « petite poignĂ©e Â» des  « insurgĂ©s Â» de Paris, victoire qu’ils annonçaient comme dĂ©finitive et prochaine depuis quatre semaines, Ă  corps et Ă  cris, comme un spectacle de cirque ou de thĂ©Ăątre. Il avait besoin d’une rĂ©clame pour les Ă©lections municipales de la veille en France. Mais il doit prendre patience. Malheureusement nous aussi, nous devons aussi patienter un peu, les rĂ©volutions dĂ©cisives plus ou moins imminentes d’autres grandes villes se faisant pour le moment attendre. Mais elle ne tarderont pas Ă  Ă©clater. En attendant nos admirables hĂ©ros nationaux de Belleville et d’ailleurs font de leur mieux pour maintenir au moins le statu quo, fermement rĂ©solus Ă  donner au besoin le coup de grĂące Ă  l’armĂ©e impĂ©riale, Ă  Paris mĂȘme, derriĂšre les barricades, si cette armĂ©e savait pĂ©nĂ©trer dans la ville par les fortifications. Pendant ce temps, les rĂ©acs, qui ne sont pas tous devenus tĂŽt ou tard des Francs fileurs, seront dĂ©sarmĂ©s l’un aprĂšs l’autre, d’autant plus sĂ»rement, que nous nous sommes dĂ©barrassĂ©s maintenant de l’équivoque Cluseret. Donc, toujours bravement de l’avant ! Ça ira !

Cordialement dévoué, votre vieux Reinhardt.

Le DĂ©mocrate socialiste de Berlin vient de publier une adresse « aux travailleurs français », qui aurait Ă©tĂ©, dit ce journal, votĂ©e Ă  l’unanimitĂ© dans une rĂ©union tenue Ă  Hanovre, et Ă  laquelle environ 3 000 personnes auraient pris part.

« Travailleurs de la France, est-il dit dans cette piĂšce, quoique vaincus dans la lutte contre la puissance militaire allemande, vous ĂȘtes restĂ©s fidĂšles Ă  vos devoirs envers vous-mĂȘmes et envers tout le prolĂ©tariat. Vous saviez, 1789, 1830, 1848 vous l’avaient appris, que le droit du travail est sacrifiĂ© autant par la rĂ©publique bleue que par l’empire et la royauté   En vous soulevant contre ce gouvernement, au moment mĂȘme oĂč il prĂ©parait un acte criminel qui, s’il avait rĂ©ussi, vous eĂ»t infligĂ© la plus profonde humiliation, l’invasion de l’arbitraire et la domination des traqueurs de place et de trĂŽnes, vous avez accompli le plus saint de vos devoirs.

Non, vous n’ĂȘtes pas une bande de brigands, d’assassins, de pillards. Nous voyons en vous le prolĂ©tariat combattant pour les droits de l’homme. Travailleurs français ! Vous ĂȘtes l’avant-garde de l’armĂ©e qui marche pour la dĂ©livrance du monde entier qui a les yeux fixĂ©s sur vous, ses sympathies vous seront acquises, il compte sur vous. »

Élections municipales

Il faudra attendre quelques jours pour faire un bilan complet de ces élections. Les premiers résultats connus confirment la poussée du vote républicain, et du vote radical dans les villes.

Nouvelles du Havre

RĂ©sultats des Ă©lections municipales.

Il y a eu plus d’électeurs qu’aux Ă©lections municipales de 1870, 57,5 % contre 46,9 %. Elles se sont tenues dans le plus grand calme. Il n’y avait pas de liste clairement conservatrice, seulement une liste rĂ©publicaine et une liste « communale  ».

Guillemard, candidat sur les deux listes est plĂ©biscitĂ©, le vieux rĂ©publicain, glorieux dĂ©fenseur du Havre pendant la guerre, dont la rĂ©sistance a Ă©vitĂ© la prise de la ville par les prussiens obtient plus de 93% ! La liste rĂ©publicaine a obtenu environ 70% des suffrages exprimĂ©s.

Insurrection Ă  la GuillotiĂšre, Ă  Lyon

Hier, le 30 avril, un appel au boycott des Ă©lections avait Ă©tĂ© lancĂ©. La mairie a Ă©tĂ© occupĂ©e par les gardes nationaux avec l’appui de la majoritĂ© de la population. Des barricades ont Ă©tĂ© dressĂ©es Grand rue de la GuillotiĂšre et cours des Brosses. L’armĂ©e arrivĂ©e de Perrache a fait face Ă  une foule de 20 000 Ă  25 000 personnes qui crie « Ne tirez pas ! Crosse en l’air ! On vous fait marcher contre le peuple ! ». L’armĂ©e a tirĂ©, les insurgĂ©s ont ripostĂ© de derriĂšre les barricades de la grand rue qui ont tenu jusqu’à 11h20. Il y a des dizaines de morts.

En dĂ©bat 

VOTES MOTIVÉS SUR LA CRÉATION D’UN COMITÉ DE SALUT PUBLIC

TH. FERRÉ : « J’ai acceptĂ© le mandat impĂ©ratif ; je crois ĂȘtre logique avec mes paroles et mes engagements en votant pour le ComitĂ© de salut public Â».
F. GOURNET : « Absent lors de la discussion sur la qualification de ComitĂ© de salut public et sous le bĂ©nĂ©fice des observations que j’avais Ă  prĂ©senter sur le titre mĂȘme de « ComitĂ© de salut public », je vote pour Â».

PARISEL : « ConsidĂ©rant que, vu les dangers de la patrie, jamais le nom de salut public n’est plus en situation ; que le ComitĂ© de salut public ne saurait ĂȘtre une dictature dangereuse, puisqu’il est sous le contrĂŽle de la Commune, je vote pour Â».

PYAT : « Attendu que le mot de salut public est absolument de la mĂȘme Ă©poque que celui de RĂ©publique française et de Commune de Paris, je vote pour Â».

CHARLES GÉRARDIN : « Me conformant au mandat impĂ©ratif qui m’a Ă©tĂ© confĂ©rĂ© par mes Ă©lecteurs, je vote pour le ComitĂ© de salut public, parce qu’il est urgent que la Commune reste dans le sens le plus large du mouvement rĂ©volutionnaire qui l’a nommĂ©e Â».

CH. LEDROIT : « Je vote pour le ComitĂ© de salut public comme mesure rĂ©volutionnaire indispensable dans l’état actuel de la situation Â».

URBAIN : « ConsidĂ©rant qu’aucune mesure trop Ă©nergique ne saurait ĂȘtre prise par la Commune dans les circonstances actuelles, et voulant rester fidĂšle au mandat impĂ©ratif que j’ai reçu de mes Ă©lecteurs, je vote pour Â».

BLANCHET, CLOVIS DUPONT : « Je vote pour un ComitĂ© de salut public, attendu que, si la Commune a su se faire aimer de tous les honnĂȘtes gens, elle n’a pas encore pris les mesures indispensables pour faire trembler les lĂąches et les traĂźtres, et que, grĂące Ă  cette longanimitĂ© intempestive, l’ennemi a peut-ĂȘtre obtenu des ramifications dans les branches essentielles de notre gouvernement Â».

TH. RÉGÈRE : « AttaquĂ©s impitoyablement et sans motifs lĂ©gitimes, j’estime que nous devons dĂ©fendre avec la plus grande Ă©nergie la RĂ©publique menacĂ©e Â».

J. ALLIX : « Je vote pour, attendu que la Commune dĂ©truira le ComitĂ© de salut public quand elle voudra Â».

ÉMILE OUDET : Â« Je vote pour le ComitĂ© de salut public, attendu que notre situation est plus terrible encore que celle oĂč nos pĂšres de 93 se sont trouvĂ©s et que ceux qui l’attaquent ne voient pas clair Â».

RAOUL RIGAULT : « Ă‰spĂ©rant que le ComitĂ© de salut public sera en 1871 ce que l’on croit gĂ©nĂ©ralement, mais Ă  tort, qu’il a Ă©tĂ© en 1793, je vote pour Â».

ANDRIEU, LANGEVIN, OSTYN, VERMOREL, V. CLÉMENT, THEISZ, SERRAILLIER, AVRIAL, MALON, LEFRANÇAIS, COURBET, EUGÈNE GÉRARDIN, CLÉMENCE, ART. ARNOULD, BESLAY, VALLÈS, JOURDE :

« ConsidĂ©rant que l’institution d’un ComitĂ© de salut public aura pour effet essentiel de crĂ©er un pouvoir dictatorial qui n’ajoutera aucune force Ă  la Commune ;

Attendu que cette institution serait en opposition formelle avec les aspirations politiques de la masse électorale, dont la Commune est la représentation ;

Attendu en consĂ©quence que la crĂ©ation de toute dictature par la Commune serait de la part de celle-ci une vĂ©ritable usurpation de la souverainetĂ© du peuple, nous votons contre Â».

V. CLÉMENT : « Si j’eusse assistĂ© Ă  la sĂ©ance d’hier, j’aurais combattu la proposition d’un ComitĂ© de salut public, que je considĂšre comme une dictature. ObligĂ© de prendre une rĂ©solution dans ce cas, je vote pour la dĂ©nomination exĂ©cutive Â».

CH. BESLAY : « Par suite d’indisposition, je m’étais retirĂ© Ă  six heures et demie. Si j’eusse Ă©tĂ© prĂ©sent, j’eusse votĂ© contre toute la proposition, et je me rallie Ă  la proposition qui me paraĂźt la moins grave, et je vote pour l’exĂ©cutif Â».

JOURDE : « Contraint de me prononcer pour une formule, je vote pour le mot : exĂ©cutif. Mais en faisant toutes mes rĂ©serves sur les articles du projet Miot Â».

GÉRESME : Â« Je vote, parce que le terme « salut public » a Ă©tĂ©, est et sera toujours de circonstance Â».

POUR L’ENSEMBLE :

G. RANVIER : « Je vote pour, parce que l’indĂ©cision depuis un mois nous a compromis, et qu’une plus longue hĂ©sitation Ă  prendre des mesures Ă©nergiques perdrait la Commune et la RĂ©publique Â».

EUGÈNE POTTIER : « La situation exigeant Ă©nergie et unitĂ© d’action, malgrĂ© son titre, je vote pour Â».

E. CLÉMENT : « Comme j’ai reçu de mes Ă©lecteurs le mandat impĂ©ratif, je vote pour Â».

J. MIOT : Â« Vu la gravitĂ© des circonstances et la nĂ©cessitĂ© de prendre promptement les mesures les plus radicales et les plus Ă©nergiques pour rĂ©primer les trahisons qui pourraient perdre la RĂ©publique, je vote pour Â».

LÉO FRÄNCKEL : « Quoique je ne vois pas l’utilitĂ© de ce ComitĂ©, mais ne voulant pas prĂȘter Ă  des insinuations contraires Ă  mes opinions rĂ©volutionnaires socialistes, et tout en rĂ©servant le droit d’insurrection contre ce ComitĂ©, je vote pour Â».

A. LONCLAS : Â« ConsidĂ©rant que mes Ă©lecteurs m’ont confiĂ© le mandat impĂ©ratif de poursuivre le triomphe de la rĂ©volution par les mesures les plus Ă©nergiques, et que le ComitĂ© de salut public, Ă  mon sens, est seul capable d’atteindre ce but, je vote pour Â».

A. SICARD : Â« Je vote pour parce que je suis d’avis de prendre des mesures radicales et sĂ©rieuses, mais que, dĂ©testant les mots ronflants qui restent souvent lettre morte, je m’étais opposĂ© par mon vote aux mots salut public Â».

JACQUES DURAND : « Je vote pour parce que j’ai conscience de la situation et tiens Ă  rester consĂ©quent avec les engagements pris par moi devant les Ă©lecteurs Â».

H. CHAMPY : « Restant d’accord avec les Ă©lecteurs qui m’ont nommĂ©, et dĂ©sirant comme eux qu’on n’hĂ©site devant aucune mesure nĂ©cessaire, je vote pour Â».

E. VAILLANT : « Je vote pour sur l’ensemble du dĂ©cret, tout en ayant votĂ© contre l’article 3 et le titre de ComitĂ© de salut public qui, dans l’esprit des prĂ©sentateurs, dĂ©termine l’esprit du projet, parce que, conformĂ©ment Ă  ce que je soutenais il y a peu de jours, malgrĂ© l’illusion de l’assemblĂ©e, elle ne fait qu’ajouter aux rouages de son organisation un rouage qui manquait, et consacrer une division nĂ©cessaire des pouvoirs, un contrĂŽle plus effectif du travail des commissions. (En votant contre l’article 3, j’ai votĂ© contre l’erreur de l’assemblĂ©e, qui croit faire ce qu’elle dit et ne fait encore que dĂ©crĂ©ter sans effet). Mais je ne partage pas l’illusion de l’assemblĂ©e, qui croit avoir fondĂ© un ComitĂ© politique directeur, un ComitĂ© de salut public, alors qu’elle ne fait que renouveler avec une Ă©tiquette nouvelle sa Commission exĂ©cutive des premiers jours. Si l’assemblĂ©e voulait avoir un rĂ©el ComitĂ© exĂ©cutif, pouvant vraiment prendre la direction de la situation, parer aux Ă©ventualitĂ©s politiques, elle devrait commencer par se rĂ©former elle-mĂȘme, cesser d’ĂȘtre un petit parlement bavard, brisant le lendemain aux hasards de sa fantaisie ce qu’il a crĂ©Ă© la veille et se jetant au travers de toutes les dĂ©cisions de sa Commission exĂ©cutive. La Commune ne devrait ĂȘtre qu’une rĂ©union de commissions se rĂ©unissant pour discuter les rĂ©solutions, les rapports prĂ©sentĂ©s par chaque commission, Ă©coutant le rapport politique de son ComitĂ© exĂ©cutif, et jugeant si ce ComitĂ© remplit son devoir, s’il sait donner l’unitĂ© d’impulsion, de direction, s’il a l’énergie, la capacitĂ© nĂ©cessaire pour le bien de la Commune. Au ComitĂ© exĂ©cutif seraient renvoyĂ©es les affaires politiques, aux commissions diverses toutes les affaires du ressort de ces diverses commissions, et les sĂ©ances se passeraient, sans incidents inutiles, Ă  prendre des rĂ©solutions et non plus Ă  discourir.
Pour un ComitĂ© exĂ©cutif de cet ordre, et seul pouvant vraiment porter le titre de « Salut public Â», qui n’a pas d’ailleurs d’importance et qui a le dĂ©savantage d’ĂȘtre une rĂ©pĂ©tition, je voterai oui sans phrases.
En un mot, il faut organiser la Commune et son action, faire de l’action, de la rĂ©volution, et non de l’agitation, du pastiche Â».

CONTRE L’ENSEMBLE :

A. VERMOREL : « En me rĂ©fĂ©rant aux motifs Ă©noncĂ©s par Andrieu, et surtout pour le motif que je ne crois pas Ă  l’efficacitĂ© du ComitĂ© de salut public ; ce n’est qu’un mot, et le peuple s’est trop longtemps payĂ© de mots, je vote contre Â».

A. CLÉMENCE : Â« ConsidĂ©rant que l’établissement du ComitĂ© de salut public est une atteinte portĂ©e aux droits que les membres de la Commune tiennent de leurs Ă©lecteurs, je vote contre Â».

BABICK : « Le citoyen Babick, contre. La Commune, n’étant pas en danger, n’a pas besoin de ComitĂ© de salut public. Elle se sauvera par elle-mĂȘme Â».

RASTOUL : Â« Je vote contre l’ensemble du projet, parce qu’il aboutit en rĂ©alitĂ© Ă  la confusion des pouvoirs, qui amĂšne des conflits et produit le dĂ©sordre et l’anarchie, et que je voulais la sĂ©paration des fonctions avec la responsabilitĂ© effective devant la Commune de cette Commission exĂ©cutive, ayant pleins pouvoirs sur toutes les autres commissions, mais laissant Ă  la Commune tout entiĂšre le rĂŽle de ComitĂ© de haute surveillance, avec puissance de la briser et de la rĂ©voquer, tout en s’abstenant de toute intervention directe dans l’exĂ©cution et la direction.

G.TRIDON : « Contre. Parce que je n’aime pas les dĂ©froques inutiles et ridicules qui, loin de nous donner de la force, nous enlĂšveront celle que nous avons Â».

JOURDE : « AdhĂ©rant Ă  la dĂ©claration de FrĂ€nckel, je vote contre, comme membre de cette Commune et comme dĂ©lĂ©guĂ© aux Finances Â».

CH. LONGUET : « Ne croyant pas plus aux mots sauveurs qu’aux talismans et aux amulettes, je vote contre pour les raisons d’ordre et de droit dĂ©veloppĂ©es par Andrieu, et aussi pour le motif de bon sens et de bonne politique indiquĂ© par Babick Â».

PROPOSITION :

GUSTAVE COURBET : « Je dĂ©sire que tous les titres et mots appartenant Ă  la rĂ©volution de 1789 et 1793 ne soient appliquĂ©s qu’à cette Ă©poque. Aujourd’hui, ils n’ont plus la mĂȘme signification et ne peuvent plus ĂȘtre employĂ©s avec la mĂȘme justesse et dans les mĂȘmes acceptions. Les titres : Salut public, Montagnards, Girondins, Jacobins, ne peuvent ĂȘtre employĂ©s dans ce mouvement socialiste rĂ©publicain. Ce que nous reprĂ©sentons, c’est le temps qui s’est passĂ© de 1793 Ă  1871, avec le gĂ©nie qui doit nous caractĂ©riser et qui doit relever de notre propre tempĂ©rament. Cela me paraĂźt d’autant plus Ă©vident que nous ressemblons Ă  des plagiaires, et nous rĂ©tablissons Ă  notre dĂ©triment une terreur qui n’est pas de notre temps. Employons les termes que nous suggĂšre notre rĂ©volution.

RASTOUL : « Je dĂ©clare dĂ©poser un bulletin blanc sur les noms, parce que le dĂ©cret, tel qu’il a Ă©tĂ© votĂ©, me paraĂźt consacrer le funeste soi-disant principe de la division du pouvoir, qui engendre fatalement les conflits entre les diverses dĂ©lĂ©gations, le ComitĂ© de salut public et la Commune ; ce qui, en dĂ©finitif, ne change rien, quant au fond, Ă  la situation actuelle, dont le caractĂšre dominant, essentiel, est le dĂ©sordre, la confusion, l’anarchie, produits nĂ©cessaires du manque d’organisation et d’administration vraiment rĂ©publicaines.

Dans ces conditions, et pour les autres motifs exprimĂ©s dans mon vote contre l’ensemble du projet, partisan rĂ©solu de l’unitĂ© du pouvoir, mais de la sĂ©paration et de la spĂ©cialisation des fonctions, avec responsabilitĂ© rĂ©elle des fonctionnaires, je ne puis que dĂ©poser dans l’urne un bulletin blanc, exprimant ainsi le regret que la Commune ne se soit pas ralliĂ©e Ă  mon projet que j’avais prĂ©sentĂ© sous forme d’amendement Ă  l’article 2 et qui consistait, dans les circonstances exceptionnelles que nous traversons, Ă  nommer un ComitĂ© exĂ©cutif de trois membres, une espĂšce de triumvirat pris en dehors de la Commune, et avec pleins pouvoirs sur toutes les commissions, pour la haute direction et l’exĂ©cution des affaires, en vertu d’une action extĂ©rieure et intĂ©rieure prompte et puissante.

De ces trois membres, toujours responsables devant la Commune, transformĂ©e provisoirement, et jusqu’à la fin de la lutte contre Versailles, en Commission de haute surveillance, avec puissance de les briser et de les rĂ©voquer en totalitĂ© ou en partie, l’un serait dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la Guerre et chargĂ© de l’administration de ce service et de l’organisation des bataillons ; le second, placĂ© Ă  la tĂȘte de toutes les forces militaires actives, pour une action Ă©nergique et dĂ©cisive ; et le troisiĂšme ayant pouvoir et mission spĂ©ciale d’organiser la partie financiĂšre et administrative des services de l’intĂ©rieur Â».

TRIDON, VERMOREL, AVRIAL, V. CLÉMENT, THEISZ, PINDY, E. GÉRARDIN : Â« Vu que nous ne pouvons nommer personne Ă  une institution considĂ©rĂ©e par nous comme aussi inutile que fatale, et oĂč nous voyons poindre un comitĂ© de capitulation, nous nous abstenons Â».

AMOUROUX : « Je vote pour le ComitĂ© de salut public pour qu’il fasse exĂ©cuter les dĂ©crets de la Commune, et prendre les mesures d’urgence Â».

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Source: Contretemps.eu