Avril 17, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire

Au sud

AprĂšs les attaques rĂ©pĂ©tĂ©es des derniĂšres nuits, un calme relatif s’est rĂ©tabli.

À l’ouest

La porte Maillot est toujours canonnée avec vigueur, subit des dégùts considérables, mais est réparée rapidement.

Par une attaque violente commencĂ©e dans la nuit, les Versaillais ont pris le chĂąteau de BĂ©con, ce qui fragilise l’occupation d’AsniĂšres par les fĂ©dĂ©rĂ©s qui tiennent tĂȘte.

TĂ©moignage de A. de Balathier Braguelonne, 60 ans, journaliste

Sur la grande avenue des Ternes les obus et les balles mĂȘme arrivent par rafales ; aussi les omnibus s’arrĂȘtent-ils au boulevard JĂ©rĂŽme. Ce matin, au moment de commencer leur service, conducteurs, cochers, chevaux et voitures, restĂšrent plusieurs heures sans pouvoir sortir du dĂ©pĂŽt : une de ces trombes de fer les tenait emprisonnĂ©s. À la premiĂšre accalmie, tout le monde partit au galop pour aller stationner Ă  la limite du faubourg.

Pendant cette tempĂȘte, un pĂątissier de l’avenue, M. Soudet, qui courrait chez le boucher voisin pour faire ses provisions, fut atteint par un Ă©clat d’obus qui le renversa, foudroyĂ© ; le malheureux avait la poitrine ouverte.

Un peu plus loin, deux passants furent presque au mĂȘme instant renversĂ©s sur le trottoir.

Dans une des maisons d’angle de cette mĂȘme avenue, une bombe crĂšve un mur, traverse la chambre d’un conducteur d’omnibus qui s’apprĂȘtait Ă  partir pour son travail, atteint le pauvre homme et va Ă©clater plus loin.

Dans La Commune

Héroïsme républicain

Depuis le commencement de la guerre, un ancien soldat de l’Ile-de-France, Louis Kapell, s’est signalĂ© par plusieurs actions d’éclat.

Le dimanche de PĂąques, il a pris avec un camarade Ă  la barricade de Neuilly, qui venait d’ĂȘtre abandonnĂ©e par l’ennemi, mais oĂč les balles continuaient Ă  tomber, une mitrailleuse avec les munitions. Ces deux braves l’ont conduite Ă  l’HĂŽtel de Ville, oĂč l’on leur en a dĂ©livrĂ© un reçu.

Le mĂȘme Kappel s’est emparĂ© d’un colonel de gendarmerie chez un marchand de vin de Neuilly. Le gendarme s’est rendu sans opposer la moindre rĂ©sistance. DĂ©jĂ , Louis Kapell, assistĂ© de son frĂšre Antoine et de Henry Martin, avait fait prisonnier un officier supĂ©rieur de gendarmerie.

Il y a dans le seul 35e bataillon six vieillards qui se distinguent quotidiennement. Nous en avons vu un qui se plaignait de n’avoir pas fait partie de l’attaque de Neuilly et d’ĂȘtre restĂ© Ă  la Porte Maillot, ou pourtant le danger ne manque pas.

Un canonnier du fort d’Issy nous Ă©crit : « je dois vous informer que les rĂ©actionnaires du deuxiĂšme arrondissement sont aujourd’hui les dĂ©fenseurs du fort, qui n’en est pas moins bien dĂ©fendu pour cela, Ă  preuve la belle dĂ©fense de la nuit derniĂšre. Â»

Les gardes nationaux qui se conduisent de la sorte ne sont pas des « rĂ©actionnaires Â», mais de courageux et braves citoyens. Ils ont pu un instant n’ĂȘtre pas de la mĂȘme opinion que les bataillons adhĂ©rents au ComitĂ© central ; mais aujourd’hui qu’ils se battent pour les droits de Paris, ils n’en sont que plus dignes, aussi sommes-nous au regret de ne pas connaĂźtre le numĂ©ro des bataillons, nous aurions Ă©prouvĂ© un vĂ©ritable plaisir Ă  les mettre Ă  l’ordre du jour.

La construction des barricades continue

Au coin de la place de la Concorde et de la rue Saint-Florentin, deux cents ouvriers environ construisent un ouvrage impressionnant de dix mÚtres de largeur, principalement composé de sacs de terre superposés.

Une barricade semblable se monte en mĂȘme temps rue de Castiglione, Ă  quinze mĂštres de la rue Saint-HonorĂ©.

Le citoyen dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre apprend qu’on fait des travaux de barricades qui ne lui ont pas Ă©tĂ© soumis, et qu’on promet une haute paye pour ce travail. Il prĂ©vient que cette haute paye ne sera pas payĂ©e.

La Cour martiale se met en place

Elle a tenu ce soir sa premiĂšre sĂ©ance, et rĂ©digĂ© un arrĂȘt rĂ©glant la procĂ©dure et les peines, qui sera demain affichĂ© partout dans Paris. Le prĂ©sident de la Cour martiale invite en mĂȘme temps les officiers, sous-officiers ou gardes qui sont licenciĂ©s en droit Ă  se faire inscrire au siĂšge de la Cour martiale (Ă  la prison du Cherche-Midi), et Ă  assister aux sĂ©ances de la Cour, pour lui prĂȘter leur concours pour l’instruction des affaires, les fonctions du ministĂšre public et la dĂ©fense.

Cet arrĂȘt rĂšgle la procĂ©dure, prĂ©voit que les magistrats sont autorisĂ©s Ă  faire saisir les inculpĂ©s, les faire conduire immĂ©diatement Ă  la prison du Cherche-Midi, sans pouvoir s’introduire dans une maison particuliĂšre, si ce n’est avec l’assistance du juge de paix ou de son supplĂ©ant ou du maire, ou d’un adjoint, ou du commissaire de police. Le dĂ©fenseur, choisi par l’accusĂ© ou dĂ©signĂ© d’office, a droit de communiquer avec l’accusĂ© et avoir communication des piĂšces de la procĂ©dure. Les sĂ©ances sont publiques. L’arrĂȘt de condamnation est exĂ©cutĂ© dans les vingt-quatre heures aprĂšs qu’il a Ă©tĂ© prononcĂ©, ou, dans le cas de condamnation Ă  mort, dans les vingt-quatre heures aprĂšs la sanction de la commission exĂ©cutive.

Le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre apprend que des officiers des postes ou des gardes nationaux portent atteinte Ă  la libertĂ© individuelle en arrĂȘtant arbitrairement, sans mandat rĂ©gulier, dans les domiciles particuliers, dans les lieux publics ou sur la voie publique, des citoyens suspectĂ©s Ă  plus ou moins bon droit.

En attendant que la Commune ait pris Ă  cet Ă©gard des mesures dĂ©finitives, le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre rappelle Ă  tous les gardes nationaux qu’ils ne peuvent faire d’arrestations et intervenir dans l’ouverture et la fermeture des lieux publics qu’en vertu d’ordres rĂ©guliers Ă©manant de l’autoritĂ© compĂ©tente.

Toute infraction au présent avis sera déférée aux conseils de guerre.

Versailles et ses Ɠuvres

Se dĂ©bat Ă  l’AssemblĂ©e de Versailles une loi pour rĂ©primer les dĂ©lits qui portent atteinte aux « fondements Ă©ternels de la morale et de la sociĂ©tĂ© Â» et aux thĂ©ories qui y conduisent, comme la nĂ©gation de la propriĂ©tĂ©, de la famille et de tous les droits primordiaux de la sociĂ©tĂ©. On y cherche Ă  savoir quel tribunal sera le plus efficace pour dĂ©fendre mieux la sociĂ©tĂ© et ses Ă©ternels fondements comme « dogme de l’existence de Dieu et de l’immortalitĂ© de l’ñme Â» qui sont au-dessus de la discussion selon un dĂ©putĂ©, M. Gavardie.

Le dĂ©putĂ© dĂ©missionnaire Édouard Locroy, qui se rendait en voiture Ă  sa maison de campagne, muni d’un laissez-passer de la Commune, a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© par les soldats versaillais et immĂ©diatement conduit en prison Ă  Versailles.

Dans La commune

ManƓuvre fiscale

Une manƓuvre de la Chambre Ă  signaler. M Thiers ne pouvant rĂ©duire ce qu’il appelle l’insurrection, soit par la force, soit par la famine, essaye de la priver de toute ressource. Il cherche Ă  tarir, pour la ville de Paris, toutes les sources de revenus. C’est ainsi qu’il vient de prendre une mesure inqualifiable.
Le chef de l’exĂ©cutif force maintenant les expĂ©diteurs de marchandises Ă  acquitter les droits de douane, soit Ă  l’entrĂ©e en France, soit au lieu de dĂ©part. Il s’ensuit que, si la douane de Paris veut percevoir comme autrefois ce qui lui est dĂ», on lui rĂ©pond que les droits sont entiĂšrement soldĂ©s et que la marchandise doit entrer en franchise. Si la douane rĂ©clame, le destinataire refuse le colis, et le tour est jouĂ©.

Malheureusement, M Thiers n’a pas songĂ© que les trĂ©sors des Ă©glises Ă©taient Ă  peu prĂšs inĂ©puisables, et que la Commune trouverait dans cette propriĂ©tĂ© nationale et des sous et de l’argent.

La Commune Ă  propos des Ă©lections de dimanche dernier

Le citoyen Vaillant a lu un rapport sur les rĂ©sultats approximatifs, et souhaite qu’une commission soit nommĂ©e pour vĂ©rifier les opĂ©rations Ă©lectorales. Tandis que les citoyens Beslay, Arnaud, Billioray et Dupont Ă©mettent le vƓu qu’on ne se dĂ©partĂźt pas de la base du huitiĂšme des Ă©lecteurs inscrits pour la validitĂ© des Ă©lections, les citoyens Mortier, Dereure et Allix demandent eux que l’on s’en tienne Ă  la majoritĂ© relative. Le citoyen P. Grousset demande, de son cĂŽtĂ©, que l’on s’en rĂ©fĂšre Ă  une Ă©valuation approximative du chiffre actuel de la population dans chaque arrondissement, et propose de baser cette Ă©valuation sur la consommation des farines Ă  ce moment, comparĂ©e Ă  cette mĂȘme consommation Ă  l’époque oĂč les listes Ă©lectorales ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es. La dĂ©cision sur ce point a Ă©tĂ© remise Ă  la sĂ©ance suivante.

Conclusion du débat sur les échéances

Enfin le dĂ©bat trouve sa conclusion aujourd’hui, par ce dĂ©cret adoptĂ© Ă  l’unanimitĂ© moins 7 voix.

Loi sur les échéances

La Commune

DÉCRÈTE :

Art. 1er. Le remboursement des dettes de toute nature souscrites jusqu’à ce jour et portant Ă©chĂ©ance, billets Ă  ordre, mandats, lettres de change, factures rĂ©glĂ©es, dettes concordataires, etc., sera effectuĂ© dans un dĂ©lai de trois annĂ©es Ă  partir du 15 juillet prochain, et sans que ces dettes portent intĂ©rĂȘt.

Art. 2. Le total des sommes dues sera divisĂ© en douze coupures Ă©gales, payables par trimestre, Ă  partir de la mĂȘme date.

Art. 3. Les porteurs des crĂ©ances ci-dessus Ă©noncĂ©es pourront, en conservant les titres primitifs, poursuivre le remboursement desdites crĂ©ances par voie de mandats, traites ou lettres de change mentionnant la nature de la dette et de la garantie, conformĂ©ment Ă  l’article 2.

Art. 4. Les poursuites, en cas de non-acceptation ou de non-paiement, s’exerceront seulement sur la coupure qui y donnera lieu.

Art. 5. Tout dĂ©biteur qui, profitant des dĂ©lais accordĂ©s par le prĂ©sent dĂ©cret, aura pendant ces dĂ©lais dĂ©tournĂ©, aliĂ©nĂ© ou anĂ©anti son actif en fraude des droits de son crĂ©ancier, sera considĂ©rĂ©, s’il est commerçant, comme coupable de banqueroute frauduleuse, et, s’il n’est pas commerçant, comme coupable d’escroquerie.

Il pourra ĂȘtre poursuivi comme tel, soit par son crĂ©ancier, soit par le ministĂšre public.

Paris, le 16 avril 1871.

Le texte reporte une nouvelle fois le remboursement des dettes de trois mois puisque celui-ci est prĂ©vu Ă  partir du 15 juillet prochain, alors que le projet initial faisait partir le dĂ©lai de remboursement le 15 avril. La demande de Frankel de repousser le remboursement des dettes de toute nature plus tard, jusqu’au 15 juillet 1872 est repoussĂ©e.

Il n’y a pas d’intĂ©rĂȘt sur les dettes, et leur remboursement s’étalera sur trois ans (le projet initial de Jourde Ă©tait de deux ans, une annĂ©e a Ă©tĂ© ajoutĂ©e sur proposition de Paschal Grousset), en douze versements, un par trimestre. Il est donc possible d’engager chaque trimestre des poursuites en cas de non-paiement.

Cet arrangement longuement discutĂ© donne satisfaction au commerce et Ă  l’industrie : si l’on dit ici ou lĂ  qu’on a fait trop ou pas assez, le principe adoptĂ© est admis sans contestation. Cela Ă  la diffĂ©rence avec la position de la loi adoptĂ©e Ă  Bordeaux par l’assemblĂ©e, dite loi des cent mille faillites, contre laquelle pĂ©titions et rĂ©clamations se sont accumulĂ©es venant tant du gros que du petit commerce parisien, des chambres de commerce et des industriels.

Le projet Tridon qui a Ă©tĂ© Ă©cartĂ© prĂ©voyait l’interdiction de toutes poursuites pendant trois ans, mais un intĂ©rĂȘt de 2 % jusqu’au paiement. Les raisons invoquĂ©es pour le rejet sont qu’il est « nĂ©cessaire de stimuler le dĂ©biteur, et, dans l’intĂ©rĂȘt mĂȘme de son crĂ©dit, de l’inciter Ă  de continuels efforts pour arriver Ă  l’extinction de sa dette 
 ce projet 
 a le tort grave de laisser le dĂ©biteur dans une sĂ©curitĂ© qui lui pourrait devenir fatale au point de vue de son crĂ©dit ultĂ©rieur, et de son honorabilitĂ© commerciale, en mĂȘme temps qu’il mĂ©connait trop les droits et les besoins des crĂ©anciers [
] Les droits du crĂ©ancier [
] sont en somme aussi sacrĂ©s que ceux de son dĂ©biteur. Il y a eu livraison de marchandises, de produits quelconques ou d’effets. Il y a donc perte rĂ©elle en cas de non-paiement de la valeur en souffrance Â».

La comparaison avec l’exonĂ©ration des loyers pendant 9 mois dĂ©cidĂ©e le 29 mars par la Commune est sans objet, car « le loyer impayĂ© n’a pour effet, quant au propriĂ©taire, que d’interrompre, pour ce dernier, le payement de son revenu ; le capital lui reste Â».

Le projet Beslay Ă©tait similaire au texte finalement adoptĂ©, mais il voulait crĂ©er en plus un comptoir spĂ©cial, le « Comptoir commercial de liquidation Â» subventionnĂ© par la Commune, qui centraliserait les opĂ©rations de recouvrement. Or cela « compromettrait les intĂ©rĂȘts de la Commune, qui deviendrait, gratuitement en somme, garante pour une part quelconque de la valeur totale des effets en souffrance. Cette garantie demandĂ©e Ă  la Commune, outre qu’elle n’est point lĂ©gitime dans l’espĂšce, aurait de plus un caractĂšre quasi immoral, en ce qu’elle viendrait en aide Ă  un grand nombre d’opĂ©rations vĂ©reuses
 Â».

RĂ©organisation de la justice

Un certain nombre d’études d’huissier ont volontairement fermĂ©, et un certain nombre de ces officiers ministĂ©riels refusent d’agir, mĂȘme dans les affaires purement civiles ou commerciales.

Le délégué de la Justice décide donc la création de plusieurs offices nouveaux, les candidats doivent envoyer leur demande de suite à la délégation de la justice, en produisant un extrait du casier judiciaire, ou à son défaut des piÚces quelconques pouvant le remplacer.

La nomination de tous les magistrats devant se faire Ă  l’élection, et celle des juges de paix et de commerce devant avoir lieu dans un dĂ©lai trĂšs rapprochĂ©. Les commerçants sont invitĂ©s Ă  se concerter Ă  l’avance sur le choix des candidats.

Les Ă©lecteurs de Paris, les comitĂ©s des arrondissements, les administrateurs des municipalitĂ©s peuvent adresser dĂšs aujourd’hui Ă  la dĂ©lĂ©gation de la justice les noms de leurs candidats aux fonctions de juge de paix dans les vingt arrondissements de la Commune.

RĂ©organisation de l’école de mĂ©decine

La situation actuelle ne peut durer plus longtemps : les cours sont suspendus Ă  l’École de mĂ©decine, car les professeurs ont abandonnĂ© leur poste. En outre, Ă  Versailles, le gouvernement Ă©tudie un projet de transfert des Écoles de MĂ©decine et de Droit Ă  Bordeaux.

La commission de l’enseignement a dĂ©cidĂ© de rĂ©unir samedi prochain, 22 avril, heure de midi, les docteurs en mĂ©decine et les officiers de santĂ© de chaque arrondissement dans leurs mairies respectives, pour nommer deux dĂ©lĂ©guĂ©s par arrondissement. Au mĂȘme moment, les Ă©tudiants en mĂ©decine inscrits Ă  l’École, les internes et externes des hĂŽpitaux, sont Ă©galement invitĂ©s Ă  se rĂ©unir au grand amphithĂ©Ăątre de l’École, afin de nommer dix dĂ©lĂ©guĂ©s. De leur cĂŽtĂ©, les citoyens docteurs DuprĂ© et Rambaud et leurs collĂšgues, professeurs libres, Ă©liront trois dĂ©lĂ©guĂ©s.

Il est confiĂ© Ă  ces divers mandataires la responsabilitĂ© d’arrĂȘter un projet de rĂ©organisation mĂ©dicale lors d’une rĂ©union qui se tiendra le dimanche 23 avril, heure de midi, au grand amphithĂ©Ăątre de l’École de mĂ©decine.

Le projet, ainsi que le procĂšs-verbal rĂ©sumant les discussions, seront communiquĂ©s Ă  la commission de l’enseignement, et prĂ©sentĂ©s par elle en sĂ©ance gĂ©nĂ©rale de la Commune, appelĂ©e Ă  statuer dĂ©finitivement.

Fédération des artistes de Paris.

Les élections à la commission fédérale des artistes ont eu lieu au Louvre,

Sont Ă©lus :

Peintres. Bonvin. Gluck. Corot. HĂ©reau (Jules). Courbet. Lançon. Daumier. Leroux (EugĂšne). Durbec (Arnaud). Manet (Édouard). Dubois (Hippolyte). Millet (François). Feyen-Perrin. Oulevay. Gautier (Armand). Picchio.

Sculpteurs. Becquet. Moreau-Vauthier. Chapuy (AgĂ©nor). Moulin (Hippolyte). Dalou. Ottin. Lagrange. Poitevin. Lindeneher (Édouard). DeblĂ©zer.

Architectes. Boileau fils. Oudinot (Achille). Delbrouck. Raulin. Nicolle.

Graveurs lithographes. Bellenger (Georges). Gill (André). Bracquemond. Huot. Flameng. Pothey.

Artistes industriels. Aubin (Émile). Meyer. Boudier. Ottin fils. Chabert. Poittier (Eugùne).

Chesneau. Reiber. Fuzier. Riester.

Cette commission entre immédiatement en fonction.

Dans Le Cri du Peuple

Les rĂ©dacteurs du Cri du Peuple sont chacun Ă  leur poste, celui-ci Ă  l’hĂŽtel de ville, comme membre de la Commune ; celui-lĂ , dans une mairie, comme prĂ©sident de section ; cet autre commande un bataillon aux avant-postes. Il s’agit de sauver la RĂ©publique et d’affranchir pour jamais Paris.

Que les lecteurs du Cri du Peuple ne s’étonnent point de ne pas voir de signature au bas d’articles que n’avons ni le temps ni le courage de rĂ©diger, dans cette odeur de poudre et cette tempĂȘte de canons.

Il ne faut pas peser les gouttes d’encre, quand il coule des flots de sang, et ce n’est pas avec une plume, mais une baĂŻonnette, que doit ĂȘtre Ă©crite cette histoire admirable de Paris, debout et victorieux.

Donc, nous laissons parler la poudre, et ce sont les combattants qui, de loin, du fort d’Issy ou du pont d’AsniĂšres, rĂ©digent, en ces jours d’hĂ©roĂŻsme, notre journal rĂ©publicain.

Le Cri du Peuple

Un projet d’organisation du travail

Permettez-moi de vous exposer le moyen qui me paraĂźt le plus logique et le plus praticable que nous puissions prendre avec la sociĂ©tĂ© dans laquelle nous vivons, et dont l’organisation est tout Ă  fait en opposition avec le principe que nous cherchons Ă  Ă©tablir.

Je soumets Ă  l’Internationale la proposition suivante dans le but d’accĂ©lĂ©rer son Ɠuvre, de grouper dans la ville de Paris tous ses adhĂ©rents par corporations qui seraient ensuite divisĂ©es par sections ou par arrondissements s’il y a lieu ; que toutes les corporations se choisissent des chefs les plus capables qu’ils pourront trouver chacune ; et que ces chefs soutenus du crĂ©dit de l’Internationale toute entiĂšre puissent former une maison avec des ateliers communs pour la corporation et dont la mission serait d’entreprendre tous les travaux Ă  faire sur la place de Paris Ă  des prix aussi avantageux qu’il se pourrait ; mais, aussi, dans le cas de concurrence de la part des patrons, Ă  des prix qui ne permettraient pas Ă  ces derniers de pouvoir tenir plus longtemps Ă  moins d’exploiter horriblement les ouvriers qui leur seraient attachĂ©s, ce qui les forcerait Ă  se ranger parmi nous pour leur intĂ©rĂȘt personnel et, par cette raison, ils formeraient, en se rangeant parmi nous, la grĂšve la mieux soutenue.

Pour arriver Ă  ce rĂ©sultat, il faudrait que l’Internationale qui est notre mĂšre commune Ă©tablit Ă  Paris avec ses propres ressources ou au moyen d’une cotisation faite par tous les membres une ou deux corporations des plus indispensables et des plus nombreuses en adhĂ©rents qui, une fois Ă©tablie, s’emparerait de tous les travaux Ă  faire qu’elle pourrait rencontrer d’abord. Cette corporation ou ces deux corporations travaillant et fonctionnant avec avantage pourrait aisĂ©ment prĂ©lever sur le produit de leurs travaux une somme de dix ou quinze pour cent qui servirait Ă  Ă©tablir d’autres corporations. Cette somme serait le remboursement des avances qui leur auraient Ă©tĂ© accordĂ©es par les cotisations.

Comme vous devez le voir, l’administration de la premiĂšre corporation Ă©tablie pourrait servir de modĂšle et de moyen pour Ă©tablir tous les corps les uns aprĂšs les autres et quand une fois nous aurions par ce moyen aboli toutes les exploitations particuliĂšres des patronages et que nous serions maĂźtres de nos travaux, nous rĂ©duirions facilement le commerce et le capital Ă  nos lois.

Toutes les corporations des autres pays en feraient autant par le mĂȘme procĂ©dĂ© et toujours avec le concours de l’Internationale pour arriver Ă  l’association universelle. Quand nous serions parvenus Ă  ĂȘtre ainsi maĂźtres de nos travaux, que l’Internationale aurait attirĂ© dans son sein les ouvriers les plus capables de toutes les industries, elle pourrait fonder alors de vastes magasins nationaux oĂč seraient vendues au compte de la sociĂ©tĂ© Ă  dix ou quinze pour cent seulement de bĂ©nĂ©fice des marchandises produites par tous les sociĂ©taires. Ces magasins seraient tenus par des citoyennes ou des citoyens de l’Internationale et toutes les marchandises ou produits divers ne pourraient ĂȘtre vendus qu’à ceux qui en feraient partie et pour leur propre consommation personnelle. Les produits de l’Internationale livrĂ©s aux consommateurs Ă  quinze pour cent de bĂ©nĂ©fice seraient encore presque en moyenne Ă  trente-cinq pour cent meilleur marchĂ© que les produits sortis de chez les patrons et exploitĂ©s par les commerçants Ă  cause des bĂ©nĂ©fices Ă©normes qu’ils sont forcĂ©s de prĂ©lever 


Il rĂ©sulterait plusieurs avantages sĂ©rieux de cette mise en pratique, le premier des avantages est qu’il ne choquerait en rien les lois sociales Ă©goĂŻstes et absurdes qui nous rĂ©gissent. Le deuxiĂšme est qu’il procurerait des travaux constants Ă  tous les ouvriers des corporations Ă©tablies et la constance de ces travaux indemniserait largement des dix pour cent que ces corporations seraient obligĂ©es de concĂ©der pour Ă©tablir les autres, le troisiĂšme serait la consĂ©quence forcĂ©e de l’abolition du patronat, exploitation de l’homme par l’homme [
]

Un ouvrier sculpteur

En bref

Une perquisition a Ă©tĂ© faite aux Invalides dans le but de trouver le reliquaire de NapolĂ©on. Mais elle a Ă©tĂ© vaine : le reliquaire avait Ă©tĂ© cachĂ© lors de l’entrĂ©e dans Paris des Prussiens.

La place d’Italie, situĂ©e dans le XIIIe arrondissement, s’appellera dorĂ©navant place Duval. L’avenue qui aboutit Ă  cette place gardera son nom d’avenue d’Italie.

La rue qui s’appelait Mac-Mahon depuis le 4 septembre, auparavant rue de Morny, s’appelle aujourd’hui rue de la Commune.

Tous les parcs, jardins et autres lieux publics de promenade, fermés pour cause de sûreté militaire, seront ouverts et mis à la disposition du public, de six heures du matin à sept heures du soir.

Instruction primaire. La commission d’enseignement siĂ©geant Ă  l’HĂŽtel-de-Ville, prie les directeurs et les directrices des Ă©coles primaires et des salles d’asile publiques de Paris de lui adresser un Ă©tat de situation dĂ©taillĂ© du personnel de leur Ă©tablissement.

Echanges de K. Marx

17 avril 1871

Cher Kugelmann,

Ta lettre est bien arrivée. Je suis en ce moment accablé de besogne. Aussi quelques mots seulement. Je ne peux absolument pas comprendre comment tu peux comparer des démonstrations petites-bourgeoises à la[1] 13 juin 1849[2], etc., avec la lutte actuelle à Paris.

Il serait Ă©videmment fort commode de faire l’histoire si l’on ne devait engager la lutte qu’« avec des chances infailliblement favorables Â».

D’autre part, elle serait de nature fort mystique si les « hasards Â» n’y jouaient aucun rĂŽle. Ces cas fortuits rentrent naturellement dans la marche gĂ©nĂ©rale de l’évolution et se trouvent compensĂ©s par d’autres hasards. Mais l’accĂ©lĂ©ration ou le ralentissement du mouvement dĂ©pendent beaucoup de semblables « hasards Â», parmi lesquels figure aussi le « hasard Â» du caractĂšre des chefs appelĂ©s les premiers Ă  conduire le mouvement.

Pour cette fois, il ne faut nullement rechercher le « hasard Â» malheureux et dĂ©cisif dans les conditions gĂ©nĂ©rales de la sociĂ©tĂ© française, mais dans la prĂ©sence des Prussiens en France et dans leur position si prĂšs de Paris. Les Parisiens savaient trĂšs bien cela. C’est ce que savaient bien aussi les canailles bourgeoises de Versailles. C’est justement pourquoi elles placĂšrent les Parisiens devant l’alternative ou de relever le dĂ©fi ou de succomber sans combat. Dans le dernier cas, la dĂ©moralisation de la classe ouvriĂšre serait un malheur bien plus grand que la perte d’un nombre quelconque de « chefs Â». GrĂące au combat livrĂ© par Paris, la lutte de la classe ouvriĂšre contre la classe capitaliste et son État capitaliste est entrĂ©e dans une nouvelle phase. Mais, quelle qu’en soit l’issue, nous avons obtenu un nouveau point de dĂ©part d’une importance historique universelle.

Karl Marx

Nicolas Outine[3] Ă  Karl Marx, GenĂšve, le 17 avril 1871

Je n’ose pas trop vous interroger sur les affaires de Paris
 Vingt fois j’ai pensĂ© qu’il faudrait que nous y allions tous, et puis je m’arrĂȘtais Ă  des doutes sur le succĂšs dĂ©finitif, et je me disais que notre Cause internationale perdrait plutĂŽt que de gagner si toutes les tĂȘtes seraient rasĂ©es d’un seul coup de VendĂ©ens de Thiers et Cie et que, partant de lĂ , notre devoir est plutĂŽt de rester Ă  notre poste pour continuer l’Ɠuvre entamĂ©e.

Ma conviction profonde a toujours Ă©tĂ© et l’est encore, que la lutte avec l’ordre actuel se videra dĂ©finitivement par le sang, car je ne crois pas que la bourgeoisie puisse cĂ©der lĂ©galement et paisiblement, mais qu’il s’agit pour moi de savoir quel sera le moment opportun de se dire que c’est l’heure du brĂ»ler les vaisseaux. Est-ce bien le moment aujourd’hui, et faudrait-il en effet que tous ceux qui sont prĂȘts de soutenir leur propagande par les actes et la vie, aillent maintenant Ă  Paris ? VoilĂ  les questions qui m’agitent et vous me pardonnerez facilement que je vienne, sans en avoir peut-ĂȘtre le droit, Ă  vous avec cette franchise, mais vous voudrez bien considĂ©rer que cette franchise n’est que l’expression fidĂšle du respect et de la confiance illimitĂ©e que m’inspirent votre esprit, votre tact politique et votre sincĂšre dĂ©vouement de toute la vie Ă  la Cause que nous servons tous et dont le drapeau a Ă©tĂ© arborĂ© par vous. Je n’ai pas besoin d’ajouter que cette lettre est toute personnelle et privĂ©e de ma part, et je vous serai reconnaissant si j’ai un mot de rĂ©ponse avant samedi, car je me dĂ©barrasserai pour samedi d’un travail pressant, salariĂ©, et je tĂącherai d’ĂȘtre libre pour pouvoir, selon les circonstances, partir aussi pour Paris, quoique je ne sache pas trop par quelle voie y passer et Ă  qui m’adresser en y arrivant ?

Recevez, mon cher citoyen et maĂźtre (vous me permettrez de vous appeler ainsi ?) l’expression de mon profond respect et de mes sentiments fraternels.

N. Outine

En débat

Le temps joue-t-il pour la Commune ?

Le faible nombre de votants aux Ă©lections qui se sont dĂ©roulĂ©es hier est un mauvais signe, mĂȘme s’il y a des explications.

Non seulement il fait une ombre Ă  l’élection des votants, mais il donne des arguments Ă  ceux qui interrogent l’autoritĂ© et la reprĂ©sentativitĂ© de la Commune Ă©lue, mĂȘme si personne ne la remet au cause dans les quartiers populaires oĂč elle reste la reprĂ©sentation incontestable du peuple ouvrier de Paris. Dans ces quartiers la mobilisation est toujours lĂ , massive, dĂ©terminĂ©e, enthousiaste, tant pour les milliers de combattant-es en face des troupes versaillaises que de toutes celles et tous ceux qui font vivre la capitale, qui dĂ©battent dans les clubs, qui changent la vie de tou-tes, Ă  l’école, au travail, malgrĂ© les conditions difficiles.

Les mesures prises par le pouvoir communal amĂ©liorent la situation des femmes et des hommes du peuple ouvrier de Paris, mais c’est en mĂȘme temps avec les contraintes d’un blocus, qui fait suite Ă  la guerre et au siĂšge, et surtout en mĂȘme temps que des affrontements militaires permanents : les pertes du cĂŽtĂ© parisien sont dĂ©jĂ  Ă©normes, des centaines de morts, des milliers de blessĂ©s et prisonniers, en tout plusieurs milliers de communeux-ses qui ne sont plus dans les combattant-es.

Les combats semblent stables, les Versaillais n’avancent pas.

La question principale que nous devons nous poser est de savoir comment modifier le rapport des forces. Qui peut penser que sans modifier les forces politiques et sociales, donc militaires en prĂ©sence dans l’affrontement, le seul face-Ă -face entre Parisien-nes et Versaillais puisse conduire Ă  la victoire de l’insurrection parisienne ?

Certain-es d’entre nous sont convaincu-es que Thiers ne pourra entrer dans Paris. Aujourd’hui c’est indiscutable, mais demain c’est moins certain, on l’a vu en juin 1848, les rĂ©publicains bourgeois sont prĂȘts Ă  tout.

D’autres sont dĂšs maintenant persuadĂ©s que la situation est dĂ©sespĂ©rĂ©e.

Il ne s’agit pas de faire des pronostics, mais de discuter Ă  quelles conditions la victoire est possible, et de tout faire pour rĂ©unir ces conditions.

Cela impose de desserrer l’étau militaire et donc politique et social qui est placĂ© autour de Paris.

Notes

[1] En français dans le texte.

[2] Le 13 juin 1849, la Montagne organisa une démonstration à Paris pour protester contre le renversement violent de la République romaine par les troupes françaises. Elle fut trÚs facilement dispersée, et ce fut le signal de la banqueroute de la démocratie révolutionnaire petite-bourgeoise.

[3]   Militant russe, 30 ans, ancien dirigeant de la sociĂ©tĂ© secrĂšte russe « Terre et LibertĂ© Â», condamnĂ© Ă  mort par contumace, exilĂ© en Suisse depuis 1864. Membre de l’Internationale, dans laquelle il dĂ©fend ardemment les positions de Marx.

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Source: Contretemps.eu