Avril 7, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire

La nuit derniÚre, les gardes nationaux ont continué à fortifier les défenses dans Neuilly.

Dans la matinĂ©e, les troupes versaillaises se sont avancĂ©es jusqu’au rond-point de Courbevoie, couvertes par les mitrailleuses et les canons du Mont-ValĂ©rien. Elles avaient pour objectif la prise du pont de Neuilly et de la barricade barrant ce pont, construite par les fĂ©dĂ©rĂ©s sur la rive droite de la Seine.

Un combat acharnĂ©, trĂšs meurtrier pour les fĂ©dĂ©rĂ©s, s’est engagĂ©.  AprĂšs plusieurs heures de lutte, les Versaillais ont pĂ©nĂ©trĂ© dans Neuilly, toujours soutenus par leur artillerie et le feu du Mont-ValĂ©rien, qui canonne maintenant les quartiers de Neuilly, des Champs-ÉlysĂ©es et des Ternes. Les fĂ©dĂ©rĂ©s tiennent bon Ă  la porte maillot. Le colonel Bourgoin, 36 ans, teneur de livres dans une maison de librairie avant la guerre, chef de la tĂ©lĂ©graphie militaire, ami de Flourens, est tuĂ© par un obus Ă  3h15 du soir.

A la tombée de la nuit, les Versaillais repassent le pont, qui est toujours sous le feu de leurs batteries du rond-point de Courbevoie.

Sur la rive gauche il n’y a eu, entre les forts et les batteries versaillaises, qu’un Ă©change de canonnade sans importance.  L’avenue de la Grande-ArmĂ©e est encombrĂ©e d’une foule de voitures ou de charrettes de dĂ©mĂ©nagement des habitants de Neuilly, de Nanterre, de Boulogne et d’AsniĂšres, qui viennent se rĂ©fugier Ă  Paris.

On apprend que tous les matins le directeur des chemins de fer est invitĂ© Ă  8 heures chez Thiers pour dresser l’état des trains disponibles  entre la province et Versailles, afin de faire circuler les trains prioritaires pour amener au plus vite les troupes et piĂšces de canon Ă  Versailles.

 

Les funérailles des gardes nationaux morts ces jours derniers

La foule s’est portĂ©e Ă  l’hĂŽpital Beaujon, oĂč avaient Ă©tĂ© exposĂ©s, visages dĂ©couverts, les cadavres. Les Vengeurs de Paris ouvraient la marche funĂšbre, suivis par des musiques de la garde nationale.

DerriĂšre venaient trois immenses chars funĂšbres, contenant des dizaines de cercueils, enveloppĂ©s de voiles noirs, pavoisĂ©s de faisceaux de drapeaux rouges, escortĂ©s de gardes nationaux qui tenaient leur arme renversĂ©e. Delescluze et les membres de la Commune, revĂȘtus de leurs insignes, conduisaient le deuil, les parents des dĂ©funts, leurs femmes et leurs mĂšres Ă©plorĂ©es venaient ensuite ; puis une foule, peut-ĂȘtre deux cent mille, peut-ĂȘtre plus, immortelle Ă  la boutonniĂšre, toutes les fenĂȘtres pleines de monde au passage.

Le cortĂšge a pris le boulevard Victor Hugo, les grands boulevards jusqu’à la place de la Bastille, dont il a fait le tour ; puis par la rue de la Roquette jusqu’au cimetiĂšre du PĂšre-Lachaise. Les passants se dĂ©couvraient sur le passage du triste cortĂšge, Ă©mus par ce spectacle funĂšbre. Sur la tombe, plusieurs membres de la Commune, entre autres le citoyen Delescluze, prononcĂšrent de brĂšves allocutions rappelant pour quelle cause Ă©taient morts les citoyens, au courage, Ă  l’abnĂ©gation desquels on rendait un suprĂȘme hommage.

Extraits d’un article à paraütre dans le Cri du Peuple

Jules VallĂšs, 29 ans, journaliste et Ă©crivain

LES MORTS

Le peuple, qui aujourd’hui, a vu passer nos morts, ne pardonnera pas ! Entre les meurtriers et lui, il y a un abĂźme d’effroi ou de haine, creusĂ© aussi profond que la fosse Ă©norme dans laquelle on a descendu les cadavres.

Ceux mĂȘme qu’épouvantait le drapeau rouge qui flottait au coin des catafalques noirs, se souviendront de l’enterrement sinistre du 6 avril, et les hommes de Versailles, quoiqu’il arrive, vivront enveloppĂ©s d’une rĂ©probation silencieuse et sombre, qui les suivra, eux aussi, jusqu’au cimetiĂšre, qu’il y arrivent par le chemin glorieux du Capitole, ou qu’ils y tombent mutilĂ©s du haut de la riche tarpĂ©ienne !

On n’entendait pas un cri au-dessus de cette foule qui roulait comme un fleuve noir et muet de chaque cĂŽtĂ© des voitures funĂšbres, mais on entendait partout le murmure d’une douleur affreuse, rĂ©flĂ©chie et menaçante.

Plus vous entassez de cadavres, et plus vous avez de ces triomphes, plus le gĂ©missement sera long et plus il pĂšsera d’horreur autour de ce charnier !

Allons ! Jusque dans nos deuils, l’espoir rĂ©volutionnaire reste debout.

  

Nouvelles dĂ©cisions concernant la dĂ©fense 

La Commune de Paris veut encore renforcer l’unitĂ© de commandement militaire, qu’il estime mise en cause par des ordres Ă©manant des sous-comitĂ©s d’arrondissements issus du ComitĂ© central de la garde nationale qui ne sont pas en cohĂ©rence avec le commandement et ont failli compromettre les opĂ©rations de dĂ©fense par leur ingĂ©rence. Un arrĂȘtĂ© de la Commune prononce leur dissolution.

Des sanctions sont prises contre les gardes nationaux qui manquent Ă  leur service :

La Commune de Paris,

ConsidĂ©rant que les gardes nationaux ont reçu l’arme et reçoivent la solde pour dĂ©fendre la RĂ©publique ;

Considérant que plusieurs manquent à leur service, tout en touchant leur paye, et gardent leur fusil inutile ainsi dans leurs mains,

DÉCRÈTE :

Article 1er. Tout garde national réfractaire sera désarmé.

Art. 2. Tout garde désarmé pour refus de service sera privé de sa solde.

Art. 3. En cas de refus de service pour le combat, le garde réfractaire sera privé de ses droits civiques, par décision du conseil de discipline.

Paris, le 6 avril 1871.  La Commune de Paris

La révolution décide par ce texte de désarmer ses adversaires et ceux qui veulent rester neutres dans la lutte. Le désarmement des gardes nationaux réfractaires est laissé aux mairies.

Adresse de la Commune aux départements

Enfin la Commune, pour contrebalancer la propagande de Versailles dans toute la France, s’adresse directement à celles et ceux qui peuvent devenir ses meilleurs soutiens.

Elle affirme que Paris ne veut pas gouverner la France, mais seulement en fondant la RĂ©publique et en conquĂ©rant ses franchises communales, servir d’exemple pour d’autres communes. Elle appelle Ă  se joindre aux efforts parisiens, en concluant : « Nous reprĂ©sentons le droit et la justice, c’est-Ă -dire le bonheur de tous par tous, la libertĂ© pour tous et pour chacun sous les auspices d’une solidaritĂ© volontaire et fĂ©conde Â». Il s’agit donc d’un appel aux dĂ©partements Ă  rejoindre la dĂ©marche parisienne, pas d’un programme.

COMMUNE DE PARIS

AUX DÉPARTEMENTS

Vous avez soif de vĂ©ritĂ©, et, jusqu’à prĂ©sent, le gouvernement de Versailles ne vous a nourris que de mensonges et de calomnies. Nous allons donc vous faire connaĂźtre la situation dans toute son exactitude.

C’est le gouvernement de Versailles qui a commencĂ© la guerre civile en Ă©gorgeant nos avant-postes ; trompĂ©s par l’apparence pacifique de ses sicaires ; c’est aussi ce gouvernement de Versailles qui fait assassiner nos prisonniers, et qui menace Paris des horreurs de la famine et d’un siĂšge, sans souci des intĂ©rĂȘts et des souffrances d’une population dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ©e par cinq mois d’investissement. Nous ne parlerons pas de l’interruption du service des postes, si prĂ©judiciable au commerce, de l’accaparement des produits de l’octroi, etc., etc.

Ce qui nous prĂ©occupe avant tout, c’est la propagande infĂąme organisĂ©e dans les dĂ©partements par le gouvernement de Versailles pour noircir le mouvement sublime de la population parisienne. On vous trompe, frĂšres, en vous disant que Paris veut gouverner la France et exercer une dictature qui serait la nĂ©gation de la souverainetĂ© nationale. On vous trompe, lorsqu’on vous dit que le vol et

l’assassinat s’étalent publiquement dans Paris. Jamais nos rues n’ont Ă©tĂ© plus tranquilles. Depuis trois semaines, pas un vol n’a Ă©tĂ© commis, pas une tentative d’assassinat ne s’est produite.

Paris n’aspire qu’à fonder la RĂ©publique et Ă  conquĂ©rir ses franchises communales, heureux de fournir un exemple aux autres communes de France.

Si la Commune de Paris est sortie du cercle de ses attributions normales, c’est Ă  son grand regret, c’est pour rĂ©pondre Ă  l’état de guerre provoquĂ© par le gouvernement de Versailles. Paris n’aspire qu’à se renfermer dans son autonomie, plein de respect pour les droits Ă©gaux des autres communes de France.

Quant aux membres de la Commune, ils n’ont d’autre ambition que de voir arriver le jour oĂč Paris, dĂ©livrĂ© des royalistes qui le menacent, pourra procĂ©der Ă  de nouvelles Ă©lections.

Encore une fois, frĂšres, ne vous laissez pas prendre aux monstrueuses inventions des royalistes de Versailles. Songez que c’est pour vous autant que pour lui que Paris lutte et combat en ce moment. Que vos efforts se joignent aux nĂŽtres, et nous vaincrons, car nous reprĂ©sentons le droit et la justice, c’est-Ă -dire le bonheur de tous par tous, la libertĂ© pour tous et pour chacun sous les auspices d’une solidaritĂ© volontaire et fĂ©conde.

Paris, le 6 avril 1871.

La commission exécutive :

COURNET, DELESCLUZE, FÉLIX PYAT,

TRIDON, VAILLANT, VERMOREL

Le gouvernement de Versailles surveille tout ce qui sort de Paris pour laisser la province dans une complÚte ignorance sur la réalité des événements qui se passent dans la capitale. Aucun journal publié à Paris ne peut pénétrer dans les départements.

Les courriers, porteurs de dĂ©pĂȘches, sont saisis. Thiers et Picard se rĂ©servent le droit de renseigner la province, affirment qu’à Paris on s’entr’égorge, que la ville est devenue inhabitable ! Chaque jour les personnes arrivant des dĂ©partements sont stupĂ©faites de trouver Paris calme, de pouvoir y circuler normalement, d’y exprimer leurs opinions sans ĂȘtre inquiĂ©tĂ©es.

Déjouant la surveillance des agents du gouvernement de Ver- sailles, des citoyens dévoués et courageux, envoyés par la commission des relations extérieures, partent dans les départements pour répandre cette adresse, imprimée sur papier petit format, pour faire connaßtre la véritable nature du mouvement communaliste parisien, pour pousser les républicains à agir et enfin essayer de freiner les recrutements pour Versailles.

La réunion des conciliateurs interdite

Une rĂ©union Ă©tait prĂ©vue Ă  huit heures Ă  la Bourse par la Ligue d’Union RĂ©publicaine des Droits de Paris, pour y adopter un programme de conciliation entre Paris et Versailles.

La foule, qui commençait Ă  arriver vers sept heures et demie, a trouvĂ© les portes de la Bourse fermĂ©es. Sur l’une d’elles Ă©tait collĂ©e une affiche Ă©crite Ă  la main disant que « La rĂ©union qui devait avoir lieu ce soir est suspendue ». La rĂ©union a Ă©tĂ© interdite par un arrĂȘtĂ© de la Commission exĂ©cutive, sachant « de source certaine que des VendĂ©ens et des gendarmes dĂ©guisĂ©s doivent figurer dans ces rĂ©unions dites conciliatrices Â».

Il Ă©tait donc impossible de permettre, alors que les combats faisaient rage, que les rĂ©actionnaires de tout poil utilisent cette rĂ©union pacifique pour une nouvelle manifestation violente hostile Ă  la Commune dans Paris, en provoquant une scĂšne analogue Ă  celle qui ensanglanta la place VendĂŽme, le 22 mars. Est-ce pour autant indispensable d’indiquer dans ce mĂȘme arrĂȘtĂ© que « la conciliation avec les chouans et les mouchards qui Ă©gorgent nos gĂ©nĂ©raux et frappent nos prisonniers dĂ©sarmĂ©s â€“ la conciliation, dans de telles circonstances c’est la trahison Â», Ă  moins de penser simplement que ceux qui ne sont pas avec la Commune sont contre elle et qu’il est mĂȘme impossible de dĂ©battre avec eux ?

Une négociation est entamée avec Thiers pour échanger Blanqui contre les otages

Gaston Da Costa, secrétaire du Comité de sûreté générale, fait part des informations suivantes.

Ce matin dans le bureau de Rigault, il lui a Ă©tĂ© demandĂ© d’entreprendre une dĂ©marche auprĂšs de l’archevĂȘque Darboy et de l’abbĂ© Deguerry, afin d’en obtenir une protestation Ă©crite contre les exĂ©cutions sommaires faites par les Versaillais au cours des journĂ©es des 2, 3 et 4 avril. S’il obtenait ces protestations, il devra charger un des prisonniers de les porter Ă  Versailles, avec mission verbale de parlementer pour l’échange de Blanqui avec les otages. L’abbĂ© Deguerry a promis une lettre pour le lendemain.

Notons que cette démarche est faite en dehors des décisions de la Commune.

Bismarck, le discours et les actes

Alors qu’on sait que Bismarck autorise Thiers Ă  avoir une armĂ©e de 80 000 hommes, peut-ĂȘtre mĂȘme 100 000, qu’il libĂšre les prisonniers et autorise leur rapatriement rapide pour faciliter le travail de Versailles, le discours prononcĂ© au parlement expliquant qu’il ne veut pas faire une immixtion maladroite dans les affaires intĂ©rieures de la France en dit long derriĂšre son aspect mesurĂ©. Il y a bien une immixtion, l’alliance des possĂ©dants contre celles et ceux d’en bas qui veulent dĂ©cider de leur propre destinĂ©e, une alliance internationale du capital contre le travail.

Parution dans le JO du matin du compte rendu sténographié de la séance du 1er avril du Parlement allemand, avec le texte des déclarations faites par M. Bismarck au sujet des relations avec la France


 Pour ce qui est de savoir si les affaires extĂ©rieures donneront lieu Ă  des nĂ©gociations, je ne puis encore formuler d’opinion Ă  cet Ă©gard. Nous devons attendre encore quelque temps le dĂ©veloppement des Ă©vĂ©nements en France. Les gouvernements alliĂ©s sont intĂ©ressĂ©s et rĂ©solus Ă  faciliter au gouvernement de la RĂ©publique, avec lequel ils ont conclu la paix prĂ©liminaire, sa tĂąche autant que possible sans la lui rendre plus pĂ©nible par une immixtion maladroite (ungeschickt) dans les affaires intĂ©rieures de la France.

Le point de dĂ©marcation est dans ce cas difficile Ă  fixer, et il sera plutĂŽt reconnaissable Ă  des yeux français qu’étrangers ; l’intention de l’empereur et des gouvernements a donc Ă©tĂ© jusqu’ici, avant comme aprĂšs, de s’abstenir de toute intervention dans la maniĂšre dont ce grand peuple voisin entend rĂ©gler ses destinĂ©es futures.

Quant Ă  savoir si cette rĂ©solution peut ĂȘtre rĂ©ellement exĂ©cutĂ©e jusqu’à la limite oĂč les intĂ©rĂȘts allemands seraient menacĂ©s par une plus longue abstention ou si les rĂ©sultats de la paix prĂ©liminaire pourraient ĂȘtre mis en question par cette circonstance qu’un gouvernement de fait, soit le gouvernement actuel ou un nouveau — je ne veux pas dire n’aurait pas le pouvoir de mettre cette paix Ă  exĂ©cution — l’avenir seul nous l’apprendra.

Si cette limite devait ĂȘtre atteinte, d’aprĂšs notre conviction, qui puise son point d’appui dans la situation gĂ©nĂ©rale de l’Europe, aussi bien que de la France, nous mettrions fin avec regret, mais avec la mĂȘme rĂ©solution que nous avons montrĂ©e jusqu’ici, Ă  l’épilogue de la guerre.

La guillotine brûlée dans le XIÚme

Alors que les morts se comptent par centaines dans les combats, le jour de la publication dans le Journal Officiel du dĂ©cret sur les otages qui a Ă©tĂ© adoptĂ© hier, alors que des dizaines d’ecclĂ©siastiques et de gendarmes sont arrĂȘtĂ©s pour ĂȘtre ces otages, le peuple du XI Ăšme, avec un sous-comitĂ© de la Garde nationale et un bataillon de l’arrondissement, a brĂ»lĂ© la guillotine.

Ils sont allĂ©s la chercher, et y ont mis le feu sur la place, pas loin de la statue de Voltaire, pour « la purification de l’arrondissement et la consĂ©cration de la nouvelle libertĂ© Â».

Texte du placard affichĂ© pour cette cĂ©rĂ©monie :

Citoyens,

InformĂ© qu’il se faisait en ce moment une nouvelle guillotine, payĂ©e et commandĂ©e par l’odieux gouvernement dĂ©chu (guillotine plus portative et accĂ©lĂ©ratrice).

Le sous-comité du XIe arrondissement a fait saisir ces instruments serviles de la domination monarchique et en a voté la destruction pour toujours.

En consĂ©quence, la combustion va en ĂȘtre faite sur la place de la Mairie, pour la purification de l’arrondissement et la consĂ©cration de la nouvelle libertĂ©, Ă  dix heures, 6 avril 1871.

                        Les membres du sous-comitĂ© en exercice, soussignĂ©s :

DAVID, CAPELLARO, ANDRÉ, IDJIEZ ; DORGAL, C. FAVRE, PERIER, COLLIN,

                        Pour copie conforme :      VICTOR IDJIEZ.   bibliothĂ©caire-directeur Ă  la mairie.

Il y avait foule pour voir disparaĂźtre cet instrument de mort. C’est tout un symbole, et on peut voir dans cet acte la volontĂ© de faire disparaĂźtre les homicides judiciaires et des condamnations capitales, l’espĂ©rance de l’abolition de la peine de mort, dĂ©battue depuis des annĂ©es.

Extraits du discours de Victor Hugo du 15 septembre 1848 contre la peine de mort

L’AssemblĂ©e constituante avait adoptĂ© un article abolissant la peine capitale pour raisons politiques mais rejetĂ© plusieurs amendements en faveur d’une abolition totale dĂ©fendus par Victor Hugo, farouche abolitionniste.

Le citoyen Victor Hugo : 

Vous venez de consacrer l’inviolabilitĂ© du domicile ; nous vous demandons de consacrer une inviolabilitĂ© plus haute et plus sainte encore : l’inviolabilitĂ© de la vie humaine.

Messieurs, une constitution, et surtout une constitution faite par et pour la France, est nĂ©cessairement un pas dans la civilisation ; si elle n’est point un pas dans la civilisation, elle n’est rien. (TrĂšs bien ! trĂšs bien !) Eh bien, songez-y !

Qu’est-ce que la peine de mort ? La peine de mort est le signe spĂ©cial et Ă©ternel de la barbarie. (Mouvement.) Partout oĂč la peine de mort est prodiguĂ©e, la barbarie domine ; partout oĂč la peine de mort est rare, la civilisation rĂšgne. (Mouvement.)

Ce sont lĂ  des faits incontestables.

L’adoucissement de la pĂ©nalitĂ© est un grand et sĂ©rieux progrĂšs. Le 18e siĂšcle, c’est lĂ  une partie de sa gloire, a aboli la torture ; le 19e abolira certainement la peine de mort. (AdhĂ©sion Ă  gauche.)

Plusieurs voix. Oui ! Oui !


.

Messieurs, je suis montĂ© Ă  cette tribune pour vous dire un seul mot, un mot dĂ©cisif, selon moi ; ce mot, le voici : (Écoutez ! Ă©coutez !)

AprĂšs fĂ©vrier, le peuple eut une grande pensĂ©e : le lendemain du jour oĂč il avait brĂ»lĂ© le trĂŽne, il voulut brĂ»ler l’échafaud. (TrĂšs bien ! — Sensation.)

Ceux qui agissaient sur son esprit alors ne furent pas, je le regrette profondĂ©ment, Ă  la hauteur de son grand cƓur.

A gauche : TrĂšs bien !

Le citoyen Victor Hugo. On l’empĂȘcha d’exĂ©cuter cette idĂ©e sublime.
Eh bien, dans le premier article de la constitution que vous vous votez, vous venez de consacrer la premiĂšre pensĂ©e du peuple, vous avez renversĂ© le trĂŽne ; maintenant consacrez l’autre, renversez l’échafaud. (Vif assentiment sur plusieurs bancs.)

Je vote l’abolition pure, simple et dĂ©finitive de la peine de mort.

En bref

■  Les Ă©lections (complĂ©mentaires) Ă  la Commune auront lieu le lundi 10 avril, de huit heures du matin Ă  huit heures du soir.

■    Des milliers de personnes ont quittĂ© Paris depuis quarante-huit heures par les gares du Nord et de Lyon.

■   Sur le boulevard Saint-Michel, il y a eu des batailles entre les Ă©tudiants hostiles Ă  la Commune, qui ne veulent pas reconnaĂźtre M. Naquet, le nouveau doyen, et des ouvriers.

■   De nombreux fonctionnaires ayant quittĂ© leur poste, l’enregistrement de divers services, dont les successions, les actes d’huissiers et de justice de paix, les actes sous signatures privĂ©es et quelques autres est centralisĂ© 13 rue de la Banque.

■ La quantitĂ© de houille disponible actuellement dans les usines Ă  gaz de Paris est fort restreinte, les arrivages ayant totalement cessĂ© depuis huit jours, l’administration Ă©prouve, paraĂźt-il, des craintes sĂ©rieuses quant Ă  l’alimentation de l’éclairage parisien

Nouvelles du Havre

Le ComitĂ© Central RĂ©publicain de SolidaritĂ© a tenu une nouvelle rĂ©union dans laquelle un perruquier, Godeaux, affirme : « En ce moment, ce n’est plus 10 000 hommes, 20 000 hommes qui marchent pour notre cause, c’est 200, c’est 300 000 hommes, les femmes et les enfants s’en mĂȘlent. Â»

Une autre structure rĂ©publicaine, le ComitĂ© Central rĂ©publicain du Havre qui rassemble la plupart des membres du Conseil Municipal et de nombreux « radicaux Â» se prononce pour la conciliation entre Paris et Versailles. Il envoie une adresse aux dĂ©putĂ©s rĂ©publicains qui proclame le droit Ă  l’auto dĂ©termination communale :

« Il regrette que la majoritĂ© de l’assemblĂ©e de Versailles n’ait pas immĂ©diatement affirmĂ© le maintien de la RĂ©publique. Il attribue aux provocations et aux rĂ©sistances parlementaires des partis monarchistes, la rĂ©volution qui a provoquĂ©, Ă  Paris la revendication des droits municipaux 
 mais il dĂ©plore et il blĂąme Ă©nergiquement les excĂšs et les erreurs qui ont dĂ©naturĂ© le mouvement parisien
 Son approbation se borne Ă  la juste revendication des libertĂ©s communales de Paris.

Il rĂ©serve, au mĂȘme titre, le droit du Havre Ă  son indĂ©pendance communale
il rĂ©clame une large extension de l’autonomie administrative des communes françaises
 il supplie ses frĂšres de Paris, les membres du gouvernement et les rĂ©publicains de l’AssemblĂ©e de mettre un terme Ă  une lutte sans honneur et si contraire Ă  l’avenir du pays et au dĂ©veloppement des institutions rĂ©publicaines et dĂ©mocratiques.
Vive la rĂ©publique ! Vive l’Autonomie Communale !
 Â»

En dĂ©bat : pas d’indignation aveugle, le vrai otage c’est la Banque de France !

Il y a toujours Ă  Paris de vrais otages essentiels au fonctionnement du gouvernement Thiers et au systĂšme capitaliste dans son ensemble, la Banque de France, l’enregistrement  et des domaines, la Caisse des DĂ©pĂŽts et Consignations. Sans exposer un homme, la Commune peut dire : « transige ou meurs. Â»

La Banque de France ne peut dĂ©mĂ©nager, Ă  moins de cent fourgons et d’un corps d’armĂ©e. Selon certaines informations, la Banque renferme 77 millions en numĂ©raire, 166 millions en billets de banque, 899 millions en portefeuilles, 900 millions en titres dĂ©posĂ©s, 120 millions en valeurs en garantie d’avance, 11 millions en lingots, 7 millions en bijoux, soit 2 milliards 180 millions. Huit cents millions en billets n’attendent que la griffe du caissier. La Commune a donc trois milliards sous la main, dont un milliard en liquide. En outre la Banque de France est le pivot du systĂšme de crĂ©dit de la deuxiĂšme puissance Ă©conomique de la planĂšte, le cƓur de la vitalitĂ© commerciale et industrielle de la France.

La Banque de France accepte de satisfaire les demandes trĂšs modestes de la Commune. Jourde, le dĂ©lĂ©guĂ© aux finances, qui doit trouver chaque jour de quoi solder la garde nationale, payer le traitement des employĂ©-es et les pensions, s’y rend, car c’est la Banque de France qui avance rĂ©guliĂšrement de l’argent pour boucler le budget, en se faisant tirer l’oreille, en ergotant, refusant 600 000 francs par jour, acceptant 400 000 ! Mais par derriĂšre, la Banque de France avance dix Ă  quinze fois plus d’argent Ă  Versailles qu’à la Commune !

Le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la Banque de France, Beslay, proudhonnien modĂ©rĂ©, homme d’affaires expĂ©rimentĂ©, a rĂ©ussi Ă  convaincre la Commune qu’il faut protĂ©ger la Banque contre ceux qui veulent la piller, pour Ă©viter une dĂ©valuation, ou l’impression de nouveaux billets Ă  Versailles.

Il y a pourtant lĂ  un moyen de pression sur Thiers sans commune mesure avec quelques dizaines d’otages !

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Source: Contretemps.eu