Mai 6, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps va publier du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire

A l’ouest

A  Neuilly, aprĂšs une nuit tranquille, les combats d’artillerie ont recommencĂ©. A AsniĂšres, c’est Ă  quatre heures matin qu’une grĂȘle de projectiles s’est abattue sur nos positions.

TĂ©moignages

Elie Reclus, 44 ans, journaliste

La commune vient de me charger d’un emploi plus honorable qu’ important et dans lequel il ne me sera pas possible avant quelque temps de rendre au public trĂšs grand service. On avait besoin d’un homme de confiance, on a jetĂ© par hasard les yeux sur moi, on m’a proposĂ© et j’ai acceptĂ©. J’avais besoin de me compromettre moi aussi pour la commune et de faire autre chose pour elle que des vƓux impuissants et donner ça et lĂ  quelques conseils inutiles. Je suis loin d’admirer la commune, je la blĂąme mĂȘme souvent, ignorant peut-ĂȘtre toutes les difficultĂ©s contre lesquelles il lui faut lutter., tantĂŽt je lui reproche le trop et tantĂŽt le trop peu.  le quand et le comment mais je sens que si la commune pĂ©rit, nous pĂ©rissons tous avec elle. La conduite de nos gĂ©nĂ©raux, la direction qu’ils donnent Ă  la campagne ne me plaĂźt qu’à demi, mais que notre armĂ©e triomphe ou soit vaincue je veux avoir comptĂ© dans ses rangs. Et puisque je n’ai pas de concours militaire Ă  lui donner je lui donnerai tout ce que j’ai, toute mon activitĂ©, mes soucis de jour et de nuit, ma responsabilitĂ©.

Ma conscience est Ă©mue, quand au crĂ©puscule, je vois dĂ©filer un de leurs bataillons de marche allant au fort d’Issy ou Ă  la furie de Neuilly. Et En avant la musique remplit les airs et les cƓurs des accents du Chant du dĂ©part. Mais, dans les rangs, on est silencieux : les jeunes gens ont un entrain qui ressemble Ă  la gaĂźtĂ©, mais les barbes grises sont tristes. Il a des femmes dans les rangs, ambulanciĂšres pour la plupart, on ne les distingue que par un petit bidon en fer blanc, par des brassards. Il y a des pĂšres qui portent le dernier nĂ© dans leurs bras, un motard s’accroche Ă  leur capote, la mĂšre marche Ă  cĂŽtĂ© d’un pas ferme, portant le fusil du mari, je salue leur drapeau rouge, tĂȘte nue, je les regarde passer.

*

Victorine brochet, 31 ans, piqueuse en bottines , ambulanciĂšre

Le 4 mai dans la matinĂ©e, nous quittĂąmes Issy ici pour retourner Ă  Paris. Lorsque nous dĂ©filĂąmes notre drapeau en tĂȘte, percĂ© par plusieurs balles et entourĂ© d’un crĂȘpe noir en signe de deuil, notre tristesse enthousiasma  la foule, dans les rues, sur les boulevards et particuliĂšrement dans la rue de Rivoli, oĂč on nous jeta des fleurs et des branches de feuillage.

Cette manifestation Ă©tait vraiment imposante, grandiose, je sentais en mon cƓur vibrer la grande Ăąme de Paris ; cette sensation sublime qui pĂ©nĂštre et vous transporte comme un rĂȘve sur les ailes d’un avenir meilleur.


.

En arrivant Ă  la caserne, on nous prĂ©senta les armes. Nous comptions 72 morts, le vide Ă©tait grand. Nous parlĂąmes beaucoup du courage des absents, lesquels ne reviendront jamais !

Les cadavres de nos morts seront l’humus qui enrichira notre ample domaine et nos neveux rĂ©colteront le fruit de nos sacrifices.

Au sud

La situation du point clef de la dĂ©fense de Paris au sud, les forts d’Issy, Vanves et Montrouge, qui peuvent s’appuyer mutuellement, avec un rĂ©seau de tranchĂ©es couvertes s’est un peu amĂ©liorĂ©e, mais au prix de lourdes pertes fĂ©dĂ©rĂ©es. A l’occasion de l’arrivĂ©e de Rossel, une offensive impliquant Wroblewski et Dombrowski, venu de l’ouest, a permis de reprendre la gare de Clamart et une partie du village d’Issy et le chĂąteau d’Issy a Ă©tĂ© Ă©vacuĂ© par les versaillais. Des travaux de rĂ©paration du fort d’Issy ont Ă©tĂ© engagĂ©s.

Au Sud est de Paris, dans la nuit, la redoute du Moulin-Saquet Ă  Vitry a Ă©tĂ© envahie par les versaillais. Aucune tranchĂ©e ne la protĂ©geait, deux sentinelles seulement veillaient. Un groupe se prĂ©sente, un homme se dĂ©tache, et donne le mot d’ordre, « Vengeur Â» ; passe et derriĂšre lui la troupe versaillaise, qui terrasse les sentinelles, envahit le camp, larde les dormeurs de coups de baĂŻonnettes, font quarante morts ( Rossel annonce 15 tuĂ©s et 5 blessĂ©s), attellent les canons (deux versent et sont abandonnĂ©s) et les emmĂšnent avec des centaines de prisonniers : la position n’est pas tenable pour qui n’a pas les forts voisins.

La redoute a Ă©tĂ© rĂ©occupĂ©e presque aussitĂŽt par le commandant Quiniou, Ă  la tĂȘte du 133e bataillon, qui a procĂ©dĂ© aujourd’hui Ă  son rĂ©armement.

Des commencements de l’enquĂȘte, le commandant Gallien, du 55e bataillon, est gĂ©nĂ©ralement accusĂ© d’avoir donnĂ© ou vendu le mot d’ordre Ă  l’ennemi, ou tout au moins de l’avoir publiquement divulguĂ© dans le cafĂ© de Vitry. Des tĂ©moins affirment que 270 prisonniers, dont quelques soldats de l’armĂ©e rĂ©guliĂšre, sont arrivĂ©s Ă  Versailles escortĂ©s par un rĂ©giment de lanciers

La terrifiante nouvelle se propage dans Paris. Les dĂ©faites sont douloureuses, les trahisons Ă©cƓurantes ou irritantes. Le dĂ©sastreux rĂšgne du soupçon s’empare des dĂ©bats, y compris dans la Commune.

Le délégué à la guerre Rossel accuse le comité de salut public

Rossel, qui est de plusieurs complots depuis quelques jours, a modifiĂ© la cible de ses critiques. Il n’est pas impossible qu’il ait Ă©tĂ© convaincu par Charles Gerardin qu’il Ă©tait prĂ©fĂ©rable d’arrĂȘter de s’opposer au ComitĂ© central de la garde nationale et de concentrer les attaques, avec celui-ci, contre la Commune et son ComitĂ© se Salut Public.

Il se rend Ă  la rĂ©union de la Commune, et rend le ComitĂ© de Salut Public responsable des lourdes pertes de l’offensive vers Issy,  le comitĂ© de salut public aurait donnĂ© des ordres diffĂ©rents des siens aux responsables militaires, et serait donc intervenu directement dans les opĂ©rations militaires. Il accuse en outre le dĂ©lĂ©guĂ© aux Affaires Ă©trangĂšres d’avoir introduit un parlementaire prussien au fort de Vincennes.  A la suite d’un dĂ©bat mouvementĂ©, il apparaĂźt que Rossel avait donnĂ© des indications Ă©crites pour la visite du fort de Vincennes. Pour le reste on est dans l’incertitude sur ce qui s’est rĂ©ellement passĂ©.

La seule dĂ©cision prise par le ComitĂ© de salut public est la suppression du rĂŽle militaire du ComitĂ© central de la Garde national siĂ©geant place VendĂŽme, ce qui augmente d’autant les pouvoirs de Rossel, et annule tous les pouvoirs de la commission de la guerre de la Commune.

Afin de sceller son accord tactique avec le ComitĂ© central de la garde nationale auquel il dĂ©lĂšgue tous les services administratifs et d’organisation dĂ©pendant de la dĂ©lĂ©gation Ă  la guerre, Rossel publie la proclamation suivante  :

Aux généraux, aux colonels et chefs de service dépendant de la délégation de la guerre.

Citoyens,

Le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre, par la circulaire suivante, annonçait aux chefs placĂ©s sous ses ordres qu’il confiait au ComitĂ© central les services d’administration et d’organisation dĂ©pendant de son dĂ©partement.

J’ai l’honneur de vous informer que d’accord avec le ComitĂ© de salut public, j’ai admis en principe et je vais mettre immĂ©diatement en pratique le concours complet du ComitĂ© central de la fĂ©dĂ©ration de la garde nationale, pour tous les services administratifs, et pour la plus grande partie des services d’organisation dĂ©pendant de la dĂ©lĂ©gation de la guerre.

Cette séparation de pouvoirs pourra amener dans le personnel un changement dont je tiens à vous avertir.

Cet accord a été motivé de la part par les raisons suivantes :

L’impossibilitĂ© de recruter en temps utile le personnel administratif nĂ©cessaire au service.

La convenance de sĂ©parer absolument l’administration du commandement ;

La nĂ©cessitĂ© d’employer de la maniĂšre la plus efficace, non seulement la bonne volontĂ©, mais la haute autoritĂ© rĂ©volutionnaire du ComitĂ© central de la fĂ©dĂ©ration.

Salut et fraternité.

Rossel accentue son emprise sur la garde nationale

Il prend plusieurs décisions qui militarisent encore un peu plus les forces armées de la Commune.

Il dĂ©cide de faire subir un examen aux officiers d’état-major de la garde nationale avant leur nomination, sous la prĂ©sidence du citoyen Arnold, membre de la Commune et du ComitĂ© central, chargĂ© de composer le jury d’examen. Chaque officier devra prĂ©senter ses Ă©tals de service et ses titres. Le jury dĂ©livrera, Ă  la suite de cet examen, des commissions signĂ©es du dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre, et dont la liste sera insĂ©rĂ©e Ă  l’Officiel.

Attendu que les connaissances et les aptitudes militaires sont trĂšs peu rĂ©pandues dans la garde nationale, l’examen actuel portera principalement sur les aptitudes intellectuelles et la valeur morale et politique des candidats, sans prĂ©judice de l’examen purement militaire qu’ils auront Ă  subir dans deux mois, et oĂč ils auront Ă  faire preuve de leurs connaissances des rĂšglements, des principes et des dĂ©tails de la guerre, et Ă  la suite duquel il leur sera dĂ©livrĂ© dĂ©finitivement un certificat d’aptitude aux fonctions subalternes, de capitaine ou d’officier supĂ©rieur. Le jury d’examen enverra Ă  domicile des lettres de convocation aux candidats qui auront formulĂ© leur demande et envoyĂ© leurs titres.

Paris, le 4 mai 1871.

Il centralise les distributions d’effets d’habillement, d’équipement et d’armement nĂ©cessaires tant aux officiers qu’aux gardes, pour «introduire l’ordre et le contrĂŽle dans ce service Â» dans les mains d’une commission de quarante membres qui se partagera le travail de vĂ©rification et distribution sur les demandes des bataillons.

Quel est le rĂŽle du ComitĂ© de salut public ?

Tous ces affrontements relancent le dĂ©bat sur les fonctions du ComitĂ© mis en place il y a quatre jours, ce qui illustre le fait qu’elles n’avaient pas Ă©tĂ© clairement dĂ©finies. Il s’agit d’abord de demander au ComitĂ© de salut public d’ĂȘtre prĂ©sent lors des sĂ©ances de la Commune, ce qui semble Ă©lĂ©mentaire !

A partir de lĂ  s’ouvre une violente mise en cause du ComitĂ© se salut public pour avoir 
 transmis aux membres de la Commune un nouveau texte conciliateur de trois membres de la Ligue rĂ©publicaine des Droits de Paris demandant une trĂȘve de 20 jours. Ce dĂ©bat est l’occasion de nouvelles surenchĂšres verbales, proposant par exemple de soumettre au vote un projet de dĂ©cret « tendant Ă  dĂ©clarer traĂźtres Ă  la cause du Peuple quiconque fait en ce moment un appel Ă  la prĂ©tendue conciliation avec Versailles. Â»   Face Ă  une situation grave, plutĂŽt que de chercher les raisons des difficultĂ©s, les moyens d’agir, le raccourci est de traquer les traĂźtres ! Â« Parler encore de conciliation, aprĂšs les dĂ©clarations rĂ©itĂ©rĂ©es du gouvernement de Versailles, parler de conciliation quand le canon gronde, quand nos frĂšres tombent sous les balles des assassins de Versailles, c’est trahir, c’est Ă©nerver la dĂ©fense de Paris, c’est exciter les citoyens Ă  la dĂ©faillance et Ă  la dĂ©sertion; c’est en rĂ©alitĂ© parler de capitulation et de dĂ©faite. Je dis donc que le ComitĂ© de salut public manque Ă  son devoir en apportant ici l’écho de ces criminelles manifestations, et je demande qu’un blĂąme lui soit infligĂ© par la Commune Â».

Pour ceux qui Ă©taient opposĂ©s Ă  l’instauration du comitĂ© de salut public, ce qui paraĂźt dangereux, c’est d’avoir le mot et pas la chose. « Vous avez, malgrĂ© nous, nommĂ© le ComitĂ© de salut public; il faut que nous l’ayons rĂ©ellement Â». Deux membres du comitĂ© de salut public prĂ©sentent leur dĂ©mission, Pyat et Chalain, le dĂ©bat s’enlise
 et la discussion sur les monts de piĂ©tĂ© est une nouvelle fois repoussĂ©e.

Des substituts au procureur de la Commune ont été nommés.

Par décision en date du 1er mai et sur la proposition du citoyen

Raoul Rigault, procureur de la Commune, le Comité de salut public a nommé les citoyens :

Ferré (Théophile),

Da costa (Gaston),

Martainville,

Huguenot,

substituts du procureur de la Commune

Le Journal Officiel publie l’état des comptes de la Commune prĂ©sentĂ© le 2 mai et les votes motives sur le comitĂ© de salut public

Des propositions de réquisition

Au cours des Ă©changes, deux propositions de rĂ©quisition d’entreprises faites par des membres de l’Internationale sont restĂ©es en l’air, sans dĂ©bat et sans dĂ©cision.

La premiĂšre provenait du tourneur en bronze, Louis Chalain, qui prenant en compte les plaintes du dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre selon lequel une foule de choses manquent au matĂ©riel d’artillerie, propose que l’on prenne les ateliers Cail pour fabriquer ce dont l’armĂ©e a besoin. Ces ateliers qui occupent entre 1000 et 2000 ouvriers, fabriquent des locomotives et des ponts de chemins de fer ont en effet tout le matĂ©riel nĂ©cessaire pour rĂ©pondre aux besoins de l’armĂ©e.

Ateliers Cail – Jacques Rougerie, « Paris InsurgĂ© Â»
Louis Chalain, 26 ans

À la suite, le cheminot Pierre VĂ©sinier fait une proposition plus gĂ©nĂ©rale de rĂ©quisition de tous les grands ateliers, monopoles et leur « cession provisoire Â» aux associations ouvriĂšres en faisant la demande :

Pierre VĂ©sinier, 47 ans

Proposition Vesinier non discutée:

La Commune décrÚte:
1° La rĂ©quisition, aprĂšs inventaire et indemnitĂ© ultĂ©rieure fixĂ©s par des experts, de tous les grands ateliers, les monopoles de leurs outils
, matiĂšres premiĂšres, agencements, locaux;
2° Cession provisoire de ces ateliers aux associations ouvriÚres qui en feront la demande;
3° Adjudication des fournitures de la Commune à ces associations ouvriÚres;
4° Ouverture d’un crĂ©dit nĂ©cessaire Ă  ces associations;
5° La Commission du travail et d’échange est chargĂ©e de l’exĂ©cution du prĂ©sent.

Des propositions de travail pour les associations

Le dessinateur sur Ă©toffes, lui aussi membre de l’Internationale, EugĂšne Pottier, propose, pour donner immĂ©diatement aux citoyens pauvres un travail abondant, « qu’outre l’habillement, vareuses et pantalons, on s’occupe immĂ©diatement d’ateliers de lingerie militaire pour la Garde nationale Â» car les gardes nationaux manquent de linge, chemises et caleçons et la matiĂšre premiĂšre ne nous manque pas.

L’architecte Georges Arnold demande qu’on installe des ateliers nationaux, de requĂ©rir les coupeurs, auxquels on donnera un salaire de 8 et mĂȘme de 10 francs par jour et toutes les ouvriĂšres, munies d’attestations dĂ©livrĂ©es par les dĂ©lĂ©guĂ©s d’arrondissement, pourraient venir chercher de l’ouvrage en Ă©vitant l’intermĂ©diaire des exploiteurs.L’ouvrier tourneur Charles Ostyn s’oppose Ă  cette proposition, pour lui il faut faire appel aux chambres syndicales car l’important est de dĂ©centraliser le travail.

Pour prendre une dĂ©cision concernant les travaux Ă  faire pour l’intendance militaire, l’orfĂšvre LĂ©o Frankel, membre de l’Internationale, propose et fait adopter l’arrĂȘtĂ© suivant :

Au nom de la Commission du travail et de l’ Ă©change, la Commune arrĂȘte:

Art. 1er. La Commission du travail et de l’échange se fera reprĂ©senter par des dĂ©lĂ©guĂ©s aux diffĂ©rents services de l’intendance militaire;
Art. 2. Les délégués prendront connaissance des marchés conclus par les chefs de service et dresseront des rapports de toutes les opérations.»

Organisation du travail, suite

La commune a confiĂ© Ă  deux militants de l’Internationale, Lazare Levy, membre de la chambre syndicale des ouvriers opticiens, et le tailleur Edmond Evette, militant de la chambre fĂ©dĂ©rale des sociĂ©tĂ©s ouvriĂšres, une mission relative Ă  la confection des vĂȘtements militaires.

Ils ont terminĂ© leur rapport, qui est transmis Ă  la Commune. Il leur est pĂ©nible de faire un rapport peu en harmonie avec « un gouvernement socialise Â» : pour faire des Ă©conomies, la Commune paie 30 % Ă  35 % de moins que le gouvernement du 4 septembre la façon pour les vareuses et les pantalons, et privilĂ©gie les exploiteurs plutĂŽt que les sociĂ©tĂ©s ouvriĂšres. La commune devra Ă©tudier ce rapport et prendre des dĂ©cisions.

MarchĂ©s pour l’habillement militaire

Rapport aux citoyen délégué aux travaux publics

Dans notre examen des marchĂ©s passĂ©s jusqu’au 25 avril 1871, nous avons constatĂ© que les vareuses Ă©tĂ© payĂ©es 6 francs de façon par la ville, et les pantalons 3 francs 50. Avec cette rĂ©tribution, il Ă©tait possible de faire manger les ouvriers et ouvriĂšres qui faisaient ce travail. Mais, Ă  partir de cette date, le prix de confection de ces vĂȘtements a Ă©tĂ© offert par des exploiteurs au prix de 4 francs et mĂȘme de 3 francs 75 par vareuse, les pantalons Ă  2 francs 50. Ces marchĂ©s sont en voie d’exĂ©cution. Il en rĂ©sulte que le prix dĂ©jĂ  si faible de façon sera baissĂ© de prĂšs de moitiĂ©, et que ceux qui feront ce travail ne pourront vivre; de sorte que la rĂ©volution aura amenĂ© ceci, que le travail de la commune, pour la garde nationale, sera payĂ© beaucoup moins que sous le gouvernement du 4 septembre, et alors on pourra dire que la RĂ©publique sociale Ă  fait ce que ce qui nous assiĂšgent actuellement, n’ont pas voulu faire, diminuer les salaires.

Car il s’agit de savoir si la commune veut aider le peuple Ă  vivre par l’aumĂŽne ou par le travail; on nous dit que le gouvernement est forcĂ© de compter et de faire des marchĂ©s au plus bas prix possible .

Nous tenons Ă  constater et Ă  bien Ă©tablir que le cas prĂ©sent n’est ni commercial ni spĂ©cial, qu’au contraire toute la population ouvriĂšre y est intĂ©ressĂ©e; il est Ă©vident que si, au lieu de gagner 2 francs par jour, l’ouvriĂšre ne gagne que 1 franc, il faut nĂ©cessairement qu’elle s’adresse aux cantines ou aux bureaux de secours; ce qui revient au mĂȘme comme dĂ©boursĂ© par la commune, il est incontestable que la moralitĂ© en souffre.

Il nous est pĂ©nible d’ĂȘtre contraints de faire un rapport si peu en harmonie avec ce qui devrait ĂȘtre relatifs aux actes d’un gouvernement socialiste, mais nous constatons avec peine que les exploiteurs qui offrent les plus bas prix, sont encore privilĂ©giĂ©s.

Les associations ouvriĂšres ne peuvent pas se rĂ©soudre Ă  remplir un rĂŽle qui consiste Ă  profiter de la misĂšre publique pour baisser le prix du travail; et cependant si la commune veut avoir de bonnes fournitures et du travail bien fait, elle doit s’adresser aux ouvriers eux-mĂȘmes qui composent la corporation des ouvriers tailleurs de Paris; car nous affirmons qu’il n’est pas possible d’établir des vĂȘtements dans des conditions convenables avec les prix qui ont Ă©tĂ© soumissionnĂ©s par les derniers signataires des marchĂ©s.

Nous tenons Ă  mettre la Commune en garde contre un pareil Ă©cueil qui serait un coup portĂ© au plus grands principes de la rĂ©volution sociale que nous devons Ă  tout prix conserver pure de toute tĂąche de ce genre et ne pas affaiblir par de petites spĂ©culations la grandeur et le prestige du mouvement qui s’accomplit.

Il faut absolument que le citoyen dĂ©lĂ©guĂ© aux travaux publics fasse comprendre Ă  la Commune qu’elle ne doit pas s’appesantir sur les bas prix qui lui sont offerts par les exploiteurs .

Il est reconnu que les associations ouvriĂšres ne peuvent lutter aujourd’hui concurremment, et qu’elles ne pourront jamais si elles ne trouvent un appui matĂ©riel et moral .

La baisse des prix de production ne viendra, que lorsque les associations appartiendront.

Nous concluons en demandant que les prix des façons des vĂȘtements de la garde nationale restent tels qu’ils ont Ă©tĂ© depuis 8 mois, et que tous les marchĂ©s et entreprises concernant l’habillement, soient autant que possible, livrĂ©s Ă  la corporation des ouvriers tailleurs .

Associations, Chambre Syndicale, société de résistance, ces trois groupes qui en sont les mandataires, viennent déposer entre nos mains un contrat fédératif qui met à notre disposition les 20 ou 30000 ouvriers de cette profession.

Les dĂ©lĂ©guĂ©s Ă  l’habillement militaire  Levy Lazare, Evette

En bref

■   Affiche placardĂ©e depuis ce matin : Il est dĂ©fendu de laisser sortir de Paris aucun cheval ; il est dĂ©fendu de laisser passer aucun cheval aux avant-postes. Les chefs de postes des portes et les commandants des forces actives sont chargĂ©s de l’exĂ©cution du prĂ©sent ordre. Une exception est faite pour le passage des portes en faveur des estafettes munies d’un ordre rĂ©gulier du ministre de la guerre, des officiers gĂ©nĂ©raux, des convois de vivres, munitions et matĂ©riaux, munis d’ordres rĂ©guliers.

Tout individu qui cherchera Ă  faire sortir de Paris ou des lignes un cheval de selle ou de trait, sera puni d’une amende lĂ©gale au triple de la valeur du cheval.

■  Une note du directeur des contributions directes faisait appel aux nĂ©gociants en vins et leur demandait de verser Ă  la Commune les droits de location des magasins d’entrepĂŽt . Les nĂ©gociants en vins, loin d’avoir eu Ă  souffrir du siĂšge, ont rĂ©alisĂ© des bĂ©nĂ©fices d’autant plus grands que les difficultĂ©s de la vie augmentaient Ă  Paris. Il est donc Ă©quitable de faire rentrer dans les caisses de la Commune les droits de commerce affĂ©rents aux caves et magasins de vins. Nous comptons sur l’esprit de justice des nĂ©gociants et leurs rappelons que la location des magasins des entrepĂŽts se rĂšgle six mois d’avance.

Nouvelles du Havre

les trois loges maçonniques se rĂ©unissent, rĂ©digent et votent Ă  l’unanimitĂ© une adresse Ă  Versailles et Ă  la Commune de Paris, les adjurant d’arrĂȘter l’effusion de sang français, et de faire de mutuelles et lĂ©gitimes concessions

PubliĂ© dans le Journal Officiel aujourd’hui

Algérie, un message du 26 avril :

Dra el Mizan est dans une situation critique. Le village a été presque entiÚrement incendié. Les colons et la garnison sont dans le Bordj, dont le camp a déjà fait subir des pertes considérables aux Kabyles.

Le gĂ©nĂ©ral CerĂšs averti, dirige ses opĂ©rations de ce cotĂ©. Il doit partir demain pour Bouira, et il sera aprĂšs-demain sous Dra el Mizan. Une dĂ©pĂȘche du colonel Fourchault annonce qu’il a trouvĂ© au village de Palestro quarante cadavres de colons massacrĂ©s ;  il croit avoir reconnu dans le presbytĂšre les cadavres d ‘un curĂ© et d’un capitaine entiĂšrement carbonisĂ©s par l’incendie. Au milieu des ruines, on a trouvĂ© un seul Arabe surpris en train de piller ; il a Ă©tĂ© immĂ©diatement passĂ© par les armes .

En débat

Editorial de La Sociale – L’opinion de la province

Un des arguments les plus frĂ©quemment employĂ©s par les anti-communeux pour combattre le mouvement du 18 mars est celui-ci : Paris ne peut imposer sa volontĂ© Ă  la France. Il ne peut que la convaincre et l’entraĂźner par son exemple.

Or, grĂące Ă  la suppression radicale de tous les organes parisiens dans les dĂ©partements, grĂące Ă  l’investissement moral de Paris pratiquĂ© par M. Thiers, grĂące aux calomnies lancĂ©es par ses agents, le mouvement du 18 mars est aujourd’hui tellement mal connu de la province qu’au lieu de la conquĂ©rir Ă  l’idĂ©e rĂ©publicaine,  il n’a fait que l’en Ă©loigner davantage et que la France est plus monarchique aujourd’hui qu’elle ne l’était avant le 4 septembre.

Ainsi, s’il fallait en croire ces profonds pessimistes, loin d’avoir servi la cause rĂ©publicaine, la RĂ©volution de Paris n’aurait fait que la compromettre gravement, et le pas en avant fait ici aurait eu pour consĂ©quence un pas en arriĂšre fait partout autour de nous.

Un tel raisonnement ne se dĂ©truit pas au moyen d‘une argumentation, Les faits seuls peuvent en avoir raison.

Et les faits ont parlé.

AppelĂ©e Ă  se prononcer par le vote, la province a criĂ© non Vive le Roi, mais Vive la RĂ©publique !

Dans quelques centres mĂȘme, elle a dit : Vive la Commune !

C’est vive la Commune que crient Ă  Lyon les combattants de la GuillotiĂšre et de la Crois-Rousse, qui font le coup de fusil contre les troupes royalistes de Versailles. On dit que le PrĂ©fet Valentin a demandĂ© des renforts.

C’est : Vive la Commune ! Aussi, qu’on inscrit sur leurs bulletins des Ă©lecteurs de l’Aude, ceux de Saint Étienne, ceux de PĂ©rigueux, ceux du Mans, et d’autres encore.

Les journaux de Thiers l’avouent.

Mais ce qui, dans ces Ă©lections, a triomphĂ© surtout d’une façon Ă©clatante, c’est l’idĂ©e rĂ©publicaine.

Cette idĂ©e rĂ©publicaine qu’on disait effacĂ©e, disparue, anĂ©antie dans le cataclysme parisien.
Toute la province a voté pour la République.

Aux Ă©lections du 8 fĂ©vrier, les monarchistes de toutes nuances : orlĂ©anistes, lĂ©gitimistes et mĂȘme bonapartistes l’avaient emportĂ©. Il semble maintenant que ces partis n’existent plus.

Et cette terrible Révolution du 18 mars, qui devait les faire revivre, leur a donné le coup de grùce.

A Toulouse, au Havre, Ă  St Quentin, Ă  Lille, Ă  Limoges, Ă  Angers, Ă  Bordeaux, Ă  Cahors, Ă  Marseille, Ă  Caen, partout la liste rĂ©publicaine l’a emportĂ©.

A Reims ; la ville royale, liste rĂ©publicaine.

A Nantes, ville bretonne, liste républicaine.

A  Versailles mĂȘme, jusqu’à Versailles, liste rĂ©publicaine.

Quelle rĂ©ponse Ă  ceux qui prĂ©tendent que Paris a dĂ©goĂ»tĂ© la France de la RĂ©publique !

Et comme le Soir, organe de la majoritĂ© de l’AssemblĂ©e rurale, a bien raison de descendre en lui-mĂȘme et de faire tristement cet aveu : «  que le rĂ©sultat est de nature Ă  inspirer de sĂ©rieuses rĂ©flexions, et qu’il doit donner Ă  penser aux hommes qui, sans autre souci que le bien de la patrie, suivent d’un esprit ouvert et d’un Ɠil clairvoyant les rapides et multiples Ă©volutions de l’esprit public en France Â».

Oui, certes, il est bien fait ce rĂ©sultat prĂ©vu par bous, inattendu pour eux, il est bien fait pour donner Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  ceux qui s’imaginaient duper encore le suffrage universel tant de fois dupĂ© dĂ©jĂ .

L’éternel malentendu qui depuis cent ans a jetĂ© toutes nos rĂ©volutions dans les bras du premier restaurateur de monarchie venu, s’est enfin dissipĂ©. La France s’est retrouvĂ©e. Elle sait ce qu’elle est, d’oĂč elle vient, oĂč elle va, ce qu’elle veut. On ne la trompera plus.

Vous pouvez, M. Thiers, donner votre dĂ©mission, il n’y a plus rien Ă  faire ici pour vous.

La France ne sera plus jamais une monarchie.

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Source: Contretemps.eu