Avril 27, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire

À l’ouest

Entre Neuilly et  Clichy, on ne signale que des escarmouches sans consĂ©quences importantes, sur les barricades de l’avenue du Roule et de la rue Perronet. Les Versaillais continuent  Ă  Ă©tablir des batteries Ă  Gennevilliers.

Au sud

Les forts de Vanves et surtout d’Issy, ont Ă©tĂ© bombardĂ©s toute la nuit. Les Versaillais commencent trĂšs sĂ©rieusement les opĂ©rations d’attaque, ils annoncent avoir pris Moulineaux, et ont attaquĂ© le fort de Montrouge. Le fort d’Issy est annoncĂ© par eux comme quasiment rĂ©duit au silence, il est vrai que la canonnade a Ă©tĂ© terrible, a fait des destructions importantes dans ce qui restait du fort.

À Paris

De nouvelles barricades ont Ă©tĂ© Ă©levĂ©es autour de la place VendĂŽme, rue Saint-HonorĂ© notamment, au soubassement en pavĂ©s couronnĂ©s de sacs de terre. Elles rendent la place VendĂŽme inattaquable de tous cĂŽtĂ©s. La place n’est pas seulement une forteresse, c’est un camp permanent, une cantine monstre avec des dizaines de foyers, ou cuisent des pommes de terre frites, du riz des lĂ©gumes secs, du bƓuf, du mouton voire mĂȘme de la morue et des harengs, avec des cantiniĂšres vendant leur vin, et de tous cĂŽtĂ©s se lĂšvent des pyramides de pain hautes comme des barricades. Sur les trottoirs convertis en dortoir les gardes nationaux dorment, se reposant des fatigues de la veille, et se prĂ©parant pour celles du lendemain.

Rapport sur l’assassinat des prisonniers à Villejuif

Aujourd’hui la Commission a fait un rapport dĂ©taillĂ© Ă  l’AssemblĂ©e de la Commune des circonstances de l’assassinat de quatre gardes nationaux, aprĂšs avoir rencontrĂ© sur son lit d’hĂŽpital de garde survivant, le citoyen Scheffer. Deux des gardes nationaux tuĂ©s sont restĂ©s sur le terrain et n’ont pu ĂȘtre retrouvĂ©s encore, le cadavre du 4Ăšme garde national a Ă©tĂ© retrouvĂ© non loin du lieu du massacre. Il apparaĂźt que le coupable est l’officier qui a accompli ces exĂ©cutions successives, les soldats versaillais, non seulement n’ont point tirĂ© un seul coup de fusil contre les prisonniers, mais leur attitude prouvait qu’ils Ă©taient indignĂ©s de la lĂąchetĂ© sanguinaire de leur chef. Le rapport de la commission sera affichĂ©.

TĂ©moignage

Victorine brochet, 31 ans, ambulanciĂšre

Dans la le 27 Ă  3h du matin, nous reçûmes l’ordre de nous diriger sur Issy, 
 nous quittĂąmes le Champs de Mars avec plaisir, tous Ă©taient joyeux et entonnĂšrent le chant de dĂ©part pour soutenir la marche. Ils Ă©taient heureux, espĂ©rant faire payer aux Versaillais de tout acabit les souffrances du siĂšge de Paris de toutes les hontes de la dĂ©faite. 
 en arrivant prĂšs de la Porte de Versailles 
 quand j’entendis le bruissement des chaĂźnes du pont-levis lorsqu’il s’abaissa, , un serment de cƓur oppressa ma poitrine, il me semblait que nous entrions dans un immense tombeau. Lorsque nous fĂ»mes sĂ©parĂ©s de la grande citĂ©, on entendait de ça et lĂ  le bruit sourd de quelques coups de fusil
. À peine si nous avions marchĂ© un quart d’heure lorsque nous entendĂźmes une fusillade des plus nourrie. Tout le monde se ranima, la tristesse qui planait un moment sur les esprits disparut complĂštement pour faire place Ă  l’enthousiasme, on pensait mĂȘme plus Ă  la dĂ©fectuositĂ© de l’armement “nous allons donc venger nos frĂšres qui ont dĂ©jĂ  succombĂ©â€ s’écrient-ils tous ensemble.! 


Le délégué à la guerre organise le contrÎle de la garde nationale

Dans la suit du rapport sur l’organisation de la Garde nationale publiĂ© hier, le colonel chargĂ© de l’organisation des lĂ©gions, Mayer, vient de publier un arrĂȘtĂ© qui paraĂźtra dans le journal officiel demain. Il prĂ©voit que, « considĂ©rant que l’organisation des bataillons de la garde nationale nĂ©cessitĂ©, de la part de l’état-major des lĂ©gions, une aptitude spĂ©ciale Â», l’État major de chaque lĂ©gion sera nommĂ© par le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre.

L’état major se compose de huit officiers et sous-officiers, l’arrĂȘtĂ© dĂ©finit exactement leurs fonctions. Un chef d’état major est « l’intermĂ©diaire absolu et dĂ©finitif entre le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre et la lĂ©gion Â», il reste au dĂ©pĂŽt, mais condense et contrĂŽle le mouvement de la lĂ©gion. Un major communique le service de la journĂ©e, et est prĂȘt Ă  former le nombre exact d’hommes de la lĂ©gion disponibles pour le service. Deux officiers assurent l’exĂ©cution des ordres donnĂ©es, et surveillent jour et nuit. Ces mesures visent Ă  « surveiller et contrĂŽler les diverses opĂ©rations de la garde nationale Â».

Enfin il prĂ©voit qu’il n’y ait qu’un seul magasin Ă  Paris : le magasin central, ce qui implique la suppression immĂ©diate et absolue de toute espĂšce de dĂ©pĂŽt dans les mairies, les casernes, les compagnies, les bataillons, les lĂ©gions.

Il demande que les municipalitĂ©s, conseil de lĂ©gion, chef de lĂ©gion, se pĂ©nĂštrent bien des instructions renfermĂ©s dans le rapport de la commission de la guerre, et se conforment strictement aux instructions de cet arrĂȘtĂ© qui l’a suivi.

Un complot contre la Commission Exécutive, contre la Commune

Lacord, membre de la Commission d’Infanterie de la Garde Nationale continue son action pour que le ComitĂ© central de la Garde nationale soit en tant que tel intĂ©grĂ© au MinistĂšre de la guerre, et non plus soumis aux dĂ©cisions de celui-ci. Le 24 avril, il avait Ă©tĂ© nommĂ© membre de la commission d’organisation du ComitĂ© central qui se proposait de prendre directement en main la dĂ©fense.

Alors que se dĂ©roulent ces prĂ©paratifs visant Ă  donner le pouvoir militaire au ComitĂ© central, Rossel dĂ©missionne pour la seconde fois. Cette fois-ci Cluseret accepte la dĂ©mission, tout en lui demandant de continuer son service jusqu’à nomination de son successeur.

Aujourd’hui s’est tenue Rue aux Dames une rĂ©union qui devait rester secrĂšte[1]. Y Ă©taient prĂ©sents Dombrowski, Wrobleski et Charles GĂ©rardin qui envisagent de mettre en place une dictature de quelques hommes jeunes et Ă©nergiques. On a discutĂ© d’un projet avec Dombrowski commandant en chef de la Garde nationale, Rossel Ă  la guerre, GĂ©rardin aux relations extĂ©rieures chargĂ© de soulever la province, Aminthe Dupont Ă  l’IntĂ©rieur et aux subsistances, etc

Rossel dit laisser faire : « j’étais aussi ennemi de la Commune qu’ont jamais pu l’ĂȘtre tous les rĂ©publicains sensĂ©s. GĂ©rardin m’assurait le concours des hommes d’énergie et d’intelligence de la Commune. D’autres que je nomme pas parce qu’ils n’ont pas paru sur la scĂšne rĂ©volutionnaire, offraient leur expĂ©rience financiĂšre Â».

Trois Ă©missaires approchent donc Aminthe Dupont, comme membre actuel de la commission de sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale,  pour l’associer au projet.  Dupont fait part de ces ouverture Ă  Rigault et son secrĂ©taire, Da Costa. Rigault pense que c’est peut-ĂȘtre envisageable, surtout si on parvient Ă  faire Ă©vader Blanqui. Il a bien en mains Ă  l’ex-prĂ©fecture de police, avec un embryon de police politique, une brigade de 200 agents disciplinĂ©s, et deux bataillons en permanence. Finalement Aminthe Dupont se rĂ©cuse, et menace de les faire arrĂȘter s’ils vont plus loin.

Le complot s’arrĂȘte alors.

TĂ©moignage

Martial SĂ©nisse, 20 ans, maçon limousin

Dans Paris, les amis de Rossel trament quelque chose. Charles GĂ©rardin s’est enfermĂ© avec Thoumieux[2] pendant une heure dans le bureau de M de Faugerolles[3], rue  Monge. Il m’ont demandĂ© de ne pas m’éloigner pour le cas oĂč ils auraient besoin que j’aille trouver Drombrowski. Qu’est-ce que tout cela peut bien cacher ?

Ils parlent de sauver la RĂ©volution en balayant la Commune et en confiant un pouvoir jacobin Ă  un comitĂ© de salut public dont Rossel prendrait la tĂȘte. Thoumieux m’a bien dit de ne parler de rien Ă  Frankel et c’est lĂ  que ça m’inquiĂšte.

Les compagnies de chemin de fer doivent payer leurs impĂŽts !

La dĂ©cision est prise d’imposer le paiement des impĂŽts auparavant versĂ©s Ă  l’état par les compagnies de chemins de fer Ă  la Commune.

Il est  fixĂ© provisoirement un quantum de la somme Ă  rĂ©clamer sur l’arriĂ©rĂ© des impĂŽts dus pour la pĂ©riode antĂ©rieure au 18 mars,tenant compte des pertes dues Ă  la guerre. Il est apparu  Ă©quitable de fixer au vingtiĂšme de la redevance totale des autres impĂŽts spĂ©ciaux aux chemins de fer la part applicable Ă  la Commune de Paris depuis le 18 mars 1871. En consĂ©quence :

ARRÊTÉ :

Art. 1er. Les compagnies verseront au TrĂ©sor, dans un dĂ©lai de quarante-huit heures, aprĂšs la publication du prĂ©sent arrĂȘtĂ©, la somme de deux millions, imputables Ă  l’arriĂ©rĂ© de leurs impĂŽts, rĂ©partie ainsi : la compagnie du Nord 303 000 fr, la compagnie de l’Ouest 275 000, la compagnie de l’Est 354 000, la compagnie de Lyon 692 000, la compagnie d’OrlĂ©ans 376 000.

A partir du 18 mars, l’impĂŽt du dixiĂšme sur les voyageurs et les transports Ă  grande vitesse sera perçu sur la recette brute des gares de Paris s toute l’étendue. À partir du 20 avril, le compte en sera rĂ©guliĂšrement arrĂȘtĂ© et payĂ©s tous les dix jours.

Le membre de la Commune délégué aux finances,

JOURDE.

La libertĂ© d’expression dans Paris

Les adversaires de la Commune vitupĂšrent contre les arrestations, les perquisitions, les interdictions de journaux, mais ils continuent Ă  s’exprimer librement !

Des affiches roses Ă  l’entĂȘte de la Ligue rĂ©publicaine des droits de Paris couvrent les rues de la capitale. Des habitants « calmes et fermes dans un patriotisme silencieux Â» appellent Ă  se rĂ©unir tous les soirs dans une salle de la rue St Jacques.

TĂ©moignage

Recueilli par Maurice Choury, un Ă©tudiant au milieu d’une groupe de badauds

« Ne dites pas que Paris marche aujourd’hui comme un seul homme contre Versailles. Cela n’est pas vrai. Une grande partie, au contraire, se battrait contre la commune, si elle pouvait aller dans le camp opposĂ©. Et je vous dĂ©clare, moi, qu’aprĂšs une rĂ©union qui vient d’avoir lieu Ă  l’école de mĂ©decine, une grande majoritĂ© s’est prononcĂ©e contre cette commune que tout le monde, soit disant, accepte de si bon cƓur. Vous voulez la libertĂ© et vous ĂȘtes plus liĂ©s encore que sous NapolĂ©on. On arrĂȘte pour un seul mot malsonnant, on fouille les maisons et l’on fait marcher de force des citoyens qui ne veulent pas se mĂȘler Ă  la guerre civile. La commune brĂ»le la guillotine, mais n’abolit pas la peine de mort. Le couperet n’a plus cours, mais la fusillade est Ă  la mode, et les gardes nationaux remplacent les fonctions de Monsieur de Paris.

Enfin fait un citoyen, reconnaissez-vous, oui ou non, à Paris le droit de s’administrer comme bon lui semble ?

Oui certainement, mais avec un conseil municipal et non avec une commune. Et si, Ă  la grande rigueur, nous acceptons la commune, ce sera Ă  condition qu’elle fut composĂ©e d’élĂ©ments nouveaux. Vos Ă©lus,  nous ne voulons pas les reconnaĂźtre .

VoilĂ  oĂč le bĂąt vous blesse, hippocrates en herbe, remarque un garde national : trop d’ouvriers  Ă  la clef dans cette commune n’est-ce pas? Ces messieurs voudraient voir un assortiment d’avocats, banquiers, gĂ©nĂ©raux et propriĂ©taires, le tout saupoudrĂ© de quelques sommitĂ©s politiques. Quant aux  ouvriers qui, seuls, savent et peuvent  reprĂ©senter la classe travailleuse, macache!  personne! Allons donc, vous voulez des Ă©toiles ?

L’’inĂ©vitable Gavroche qu’ attire tout attroupement vient  torpiller la controverse en lançant “un train express pour Versailles, l’école de mĂ©decine attend: Chauffez! Chauffez! Messieurs les voyageurs, en voiture!”

Un coup de sifflet strident, imitation rĂ©ussie d’une locomotive qui dĂ©marre et les badauds se dispersent en riant.

Versailles tente d’affamer Paris

Paris apprend que Versailles a donnĂ© l’ordre d’arrĂȘter aux gares importantes des rĂ©seaux tous les envois d’approvisionnements Ă  destination de la capitale, et de les rĂ©expĂ©dier sur le point de dĂ©part.

Mais on sait bien qu’aujourd’hui, le ravitaillement de Paris s’effectue dĂ©jĂ  par terre. Les marchands veulent Ă©couler leurs produits, et trouvent les moyens de le faire dans cette grande ville, par tous les moyens dans les zones qui ne sont pas contrĂŽlĂ©es par Thiers au mĂ©pris des interdictions ministĂ©rielles. L’approvisionnement se fait par la pĂ©riphĂ©rie nord occupĂ©e par les prussiens.

Si la capitale tourne au ralenti, la Commission des subsistances a des rĂ©serves de vivres. Si le pain et la viande sont taxĂ©s, les indigents sont secourus dans les mairies, oĂč il y a souvent des cantines et des boucheries. Dans les quartiers populaires, les comitĂ©s locaux Ă©manant de la garde, des clubs, assurent le contrĂŽle du quartier, organisent la vie, rĂ©pondent aux besoins de la population.

La Commune prend soin de respecter la saison du frai en interdisant la pĂȘche :

Interdiction des amendes et retenues sur salaire

VoilĂ  une mesure particuliĂšrement importante pour les salaires et la dignitĂ© des celles et ceux qui travaillent. Avec ce systĂšme inique des amendes et retenues sur les salaires, le patron est le seul lĂ©gislateur, le seul juge et en mĂȘme temps l’exĂ©cuteur des sanctions et de leur montant, au grĂ© de ses choix. Les motifs sont divers, et toujours Ă  son bon vouloir, manque de respect ou insulte, dispute, ivresse, travail exĂ©cutĂ© non convenablement, introduction de boissons alcoolisĂ©es, etc. et elles sont trĂšs souvent doublĂ©es en cas de rĂ©cidive, parfois mĂȘme elles se multiplient de façon compulsive. Elles peuvent atteindre des niveaux qui privent l’ouvrier-e d’une partie trĂšs importante de son salaire, crĂ©ant ainsi du travail gratuit pour le patron.

Ce texte permet aux ouvrier-es, aux employĂ©-es de voir leurs appointements intĂ©gralement payĂ©s pour le travail qu’iels ont effectuĂ©, qui interdit tout Ă  fait justement ces prĂ©lĂšvements arbitraires et vexatoires.

La Commission exécutive,

Considérant que certaines administrations ont mis en usage le systÚme des amendes ou des retenues sur les appointements et sur les salaires ;

Que ces amendes sont infligĂ©es souvent sous les plus futiles prĂ©textes et constituent une perte rĂ©elle pour l’employĂ© et l’ouvrier ;

Qu’en droit, rien n’autorise ces prĂ©lĂšvements arbitraires et vexatoires ;

Qu’en fait, les amendes dĂ©guisent une diminution de salaire et profitent aux intĂ©rĂȘts de ceux qui les imposent ;

Qu’aucune justice ne prĂ©side Ă  ces sortes de punitions, aussi immorales au fond que dans la forme ;

Sur la proposition de la commission du travail, de l’industrie et de l’échange,

ARRÊTE :

Art. 1er. Aucune administrative privĂ©e ou publique ne pourra imposer des amendes ou des retenues aux employĂ©s, aux ouvriers, dont les appointements convenus d’avance doivent ĂȘtre intĂ©gralement soldĂ©s.

Art. 2. Toute infraction à cette disposition sera déférée aux tribunaux.

Art. 3. Toutes les amendes et retenues infligĂ©es depuis le 18 mars, sous prĂ©- texte de punition, devront ĂȘtre restituĂ©es aux ayants droit, dans un dĂ©lai de quinze jours Ă  partir de la promulgation du prĂ©sent dĂ©cret.

La commission exĂ©cutive, JULES ANDRIEUX, CLUSERET, LÉO FRANKEL, PASCHAL GROUSSET, JOURDE, PROTOT, VAILLANT, VIARD.

Interdiction du travail de nuit des boulangers, suite 


L’arrĂȘtĂ© a du mal Ă  entrer en application, il heurte une partie du public, mĂȘme favorable Ă  la commune. On a demandĂ© que le travail de nuit dure encore quelques jours pour que l’on puisse prĂ©parer les levains nĂ©cessaires. AprĂšs, il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© que le dĂ©cret serait observĂ©.

Les patrons boulangers refusent de l’appliquer, et se rĂ©unissent aujourd’hui pour organiser leur rĂ©sistance.

De leur cĂŽtĂ© les ouvriers boulangers menacent de casser la carreaux des boulangeries oĂč l’on travaille le nuit.

La dĂ©molition de la chapelle BrĂ©a ?

Le gĂ©nĂ©ral BrĂ©a, qui avait Ă©tĂ© chargĂ© de rĂ©duire l’insurrection de juin 1848 sur la rive gauche de la seine, avait Ă©tĂ© exĂ©cutĂ© par les insurgĂ©s le 25 juin 1848, alors que la rĂ©pression faisait des milliers de morts ouvrier-es dans Paris. L’église Saint Marcel de la Maison Blanche, sur l’avenue d’Italie, a Ă©tĂ© achetĂ©e par la famille du gĂ©nĂ©ral BrĂ©a pour l’agrandir et en faire un lieu de culte expiatoire, sous le nom de « chapelle BrĂ©a Â».

Sur proposition du citoyen Maillet, la Commune adopte le décret suivant :

La Commune de Paris,

ConsidĂ©rant que l’Église BrĂ©a situĂ©e Ă  Paris, avenue d’Italie (XIIIe arrondissement), est une insulte permanente aux vaincus de juin et aux hommes qui sont tombĂ©s pour la cause du peuple ;

DĂ©crĂšte :

Art. 1er. L’Église BrĂ©a sera dĂ©molie ;

Art. 2. L’emplacement de l’Église s’appellera place de Juin ;

Art. 3. La municipalitĂ© du XIIIe arrondissement est chargĂ©e de l’exĂ©cution du prĂ©sent dĂ©cret.

Les nĂ©gociations avec Versailles pour l’échange de Blanqui contre Darboy

Le Journal Officiel publie un long article de Maxime Vuillaume rendant public les dĂ©marches engagĂ©es par Flotte avec l’accord de Rigault pour l’échange de Blanqui contre Darboy, l’archevĂȘque de Paris et sa sƓur. Il reproduit les diverses lettres de Darboy, de Lagarde, le vicaire-gĂ©nĂ©ral de Paris envoyĂ© Ă  Versailles pour transmettre les propositions. Il dĂ©nonce Lagarde qui refuse de tenir son engagement de rentrer Ă  Paris malgrĂ© le refus de Thiers de toute nĂ©gociation.

«  Il n’y avait donc plus rien Ă  tenter. Aucun espoir possible de mise en libertĂ© de Blanqui. Versailles, pas plus que nous, ne se mĂ©prenait pas sur la part immense de concours que Blanqui eĂ»t apportĂ© Ă  la Commune. On voulut seulement savoir de ses nouvelles. Il Ă©tait dangereusement malade lors de son arrestation, le 17 mars, dans la propriĂ©tĂ© de son neveu Lacambre. Depuis ce jour, personne n’avait entendu parler de lui. Â»

La sƓur de Blanqui a envoyĂ© une lettre Ă  M. Thiers pour connaĂźtre l’état de santĂ© de son frĂšre, et demandant la permission de le voir, ne fĂ»t-ce que pendant de courts instants. Voici un extrait de la lettre qu’envoie au Journal Officiel la sƓur de Blanqui suite Ă  la rĂ©ponse de Thiers.

«  A cette lettre, M. le chef du pouvoir exĂ©cutif a fait rĂ©pondre que la santĂ© de M. Blanqui est fort mauvaise, sans donner cependant des inquiĂ©tudes pour sa vie ; mais que, malgrĂ© cette considĂ©ration et mes instances au nom de ma famille et du mien, il refuse formellement d’autoriser aucune communication, soit verbale, soit Ă©crite, entre M. Blanchi et sa famille, jusqu’à la fin des hostilitĂ©s entre Paris et Versailles.

Ainsi, mon frÚre mourant est condamné au secret le plus rigoureux ; nous ne pouvons ni le voir, ni lui écrire, ni recevoir un seul mot de lui !

Je m’abstiens, monsieur le rĂ©dacteur, de toute protestation stĂ©rile en prĂ©sence de ces faits, que le jugement public apprĂ©ciera.

Veuillez agrĂ©er l’assurance de ma considĂ©ration distinguĂ©e.

Veuve Antoine, nĂ©e Blanqui. Â»

Plus qu’au secret, Blanqui est dans un cachot dont la porte est murĂ©e, sans que personne sache mĂȘme oĂč se trouve le prisonnier.

Du cÎté des Clubs

Club de la révolution
A partir de ce soir 20h00, il tiendra ses sĂ©ances quotidiennes dans l’église Saint-Bernard-de-La-Chapelle.

Un drapeau rouge est plantĂ© sur la chaire, un autre au banc d’Ɠuvres. Une buvette avec un dĂ©bit de tabac est installĂ©e sur le maĂźtre-autel. Il met Ă  son programme « La Femme par l’Église et par la RĂ©volution ».

Maitron

Club de la Boule-Noire

Au coin de la rue des Martyrs.
C’est un club de femmes fondĂ© par Sophie Doctrinal, 31 ans,couturiĂšre, prĂ©sidente du ComitĂ© de vigilance des citoyennes du XVIIĂšme arrondissement, et Beatrice Excoffon. Ce club agit pour la crĂ©ation d’écoles professionnelles fĂ©minines, et ses rĂ©unions abordent Ă©galement le  le problĂšme de la prostitution et de l’organisation du travail.

Le 18 mars, ClĂ©ment Thomas, qui vient d’ĂȘtre arrĂȘtĂ©, y est conduit avant d’ĂȘtre emmenĂ© rue des Rosiers.

Le 22 avril s’est tenue une rĂ©union de «citoyennes rĂ©publicaines» pour se mettre Ă  la disposition de la Commune pour former des ambulances.

Le 27, le Comité de Vigilance du XVIIIe y convoque toutes les citoyennes.

Maitron

Club de Saint-Nicolas-des-Champs, prĂšs du boulevard Montparnasse

C’est par ordre de la municipalitĂ© du IIIe arrondissement que le club a Ă©tĂ© ouvert dans l’église, pour que s’y tiennent  des rĂ©unions publiques. Cette mesure a Ă©tĂ© prise aprĂšs l’abandon de l’église par les prĂȘtres, ce qui conduit la Commune Ă  ne pas rĂ©pondre Ă  la demande faite de transfĂ©rer le club  dans le Conservatoire des arts et mĂ©tiers.

C’est un club populaire, on y discute ferme, hommes et femmes, qui portent parfois les enfants sur les bras, on fume, le bruit envahit la rue dùs qu’un-e nouvel-le arrivant-e entre dans l’enceinte.

En bref

■  Courbet a demande lors de la sĂ©ance d’aujourd’hui que l’on exĂ©cute le dĂ©cret de la Commune sur la dĂ©molition de la colonne VendĂŽme, et propose qu’on laisse subsister le soubassement, dont les bas-reliefs ont trait Ă  l’histoire de la RĂ©publique et qu’on remplacerait la colonne par un gĂ©nie reprĂ©sentant la rĂ©volution du 18 mars. Mais tout est dĂ©jĂ  prĂ©parĂ© pour la dĂ©molition qui se fera dans quelques jours.

■   Une loi datant de 1838 autorise sur le certificat mĂ©dical, en cas de danger imminent la sĂ©questration provisoire de personnes frappĂ©es d’aliĂ©nation mentale. Mais les commissaires de police ont procĂ©dĂ© en opposition flagrante avec la loi,  ils ordonnent la mise des malades, d’urgence, dans des maisons d’aliĂ©nĂ©s, mais ne viennent pas, par l’envoi des piĂšces sur l’individu sĂ©questrĂ©, rĂ©gulariser sa position dans le dĂ©lai fixĂ© par la loi devant l’autoritĂ© prĂ©fectorale. InformĂ© de cette situation trĂšs grave, le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  l’ex-prĂ©fecture de police prend un arrĂȘtĂ© exigeant :

« Les commissaires de police, Ă  Paris, seront tenus d’adresser dans les vingt-quatre heures, conformĂ©ment Ă  la loi, Ă  la 1re division, 5e bureau (ex-prĂ©fecture de police), toutes les piĂšces relatives Ă  la sĂ©questration des aliĂ©nĂ©s dans les Ă©tablissements spĂ©ciaux.

■  Le membre de la Commission de l’enseignement propose, vu l’impossibilitĂ© pour les Ă©tudiants en mĂ©decine ayant subi leurs cinq examens de doctorat de prĂ©senter une thĂšse, puisque la FacultĂ© a abandonnĂ© son poste , que les Ă©tudiants en mĂ©decine ayant passĂ© avec succĂšs leurs cinq examens de doctorat sont autorisĂ©s Ă  exercer avec le titre de docteur la profession de mĂ©decin sur la production d’un certificat de secrĂ©tariat de l’École. La Commune, consultĂ©e, dĂ©cide le renvoi de cette proposition Ă  la Commission d’enseignement.

■  Les marchands de vin habitant Levallois, Clichy et Saint-Ouen sont prĂ©venus par ordre supĂ©rieur, de fermer leurs Ă©tablissements Ă  partir de deux heures. Faute de se conformer Ă  cet ordre, l’autoritĂ© militaire se verrait dans l’obligation de sĂ©vir rigoureusement.

■  la butte Montmartre est toujours le rendez-vous des curieux qui viennent de plus en plus de plus en plus grand nombre regarder les combats. Vers 5h du soir, il a fallu plus d’une heure Ă  8 ou 10 factionnaires venus prier les promeneurs de bien vouloir se retirer pour vider la place.

En débat

Si le systĂšme ancien de conscription a Ă©tĂ© aboli, les textes successifs sur la garde nationale ont largement modifiĂ© la situation. Si les Ă©lections des sous-officiers et des officiers sont maintenues, si les statuts de la fĂ©dĂ©ration sont toujours en application, l’obligation faite Ă  tous les citoyens ĂągĂ©s de 19 Ă  40  ans de servir dans les compagnies de guerre, l’instauration de la cour martiale, les modifications dans le commandement, tout cela façonne une garde nationale bien diffĂ©rente de celle qui s’est installĂ©e au moment du siĂšge prussien. Se pose donc une nouvelle question, celle des rĂ©fractaires Ă  ces obligations, qui provoque de nouvelles tensions au sein mĂȘme du peuple parisien.

Tribune – Le Cri du Peuple 28 avril 1871

Les réfractaires

Beaucoup de citoyens, au nom de la liberté (?), se refusent actuellement au service de la garde nationale.

Le dĂ©cret du gĂ©nĂ©ral Cluseret, tout incomplet qu’il soit, n’est pas mĂȘme mis Ă  exĂ©cution dans sa teneur.

Il est urgent de porter remÚde à cet état de choses intolérable.

Les patriotes se fatiguent d’ĂȘtre raillĂ©s par les lĂąches et les trembleurs. Ils exigent qu’on force tout le monde Ă  remplir son devoir.

Ils ont parfaitement raison.

Et nous ne comprenons pas que la Commune ait permis l’affichage d’excitations Ă  la dĂ©sobĂ©issance aux lois, qui, vertes, bleues ou rouges, Ă©talent le mensonge sur nos murs.

Non, personne n’a le droit de ne pas dĂ©fendre la CitĂ©, menacĂ©e du pillage et du massacre par une horde avinĂ©e de chouans fanatiques.

Nous sommes en Ă©tat de guerre. VoilĂ  ce que l’on ne devrait pas oublier.

Évidemment, l’on est libre d’aimer ou de dĂ©tester la Commune. Ce point n’est pas sujet Ă  discussion.

Mais, du moment oĂč 1’on consent Ă  profiter des bienfaits du gouvernement communal, il est indĂ©niable que l’on doit le dĂ©fendre contre les attaques de ses ennemis,

Il serait donc indispensable de faire des exemples, et de traduire en cour martiale les meneurs de la lùcheté et les fauteurs de la reculade.

D’autre part, la Commune est lĂ©gitimement en droit – et le principe toujours si mal interprĂ©tĂ© de la libertĂ© n’y saurait porter obstacle, la Commune, dis-je, est en droit d’exiger le service de ceux qui touchent la solde et l’habillement de la garde nationale, de ceux qui bĂ©nĂ©ficient de ses dĂ©crets, et qui ne

payent pas leurs loyers, par exemple.

Nous nous Ă©tonnons d’avoir Ă  Ă©mettre des opinions aussi Ă©lĂ©mentaires.

Les quarante ans d’orlĂ©anisme et d’impĂ©rialisme ont-ils donc tellement gangrenĂ© les consciences qu’on ait perdu toute notion du Droit et du Devoir?

Si nous sommes descendus Ă  une si Ă©cƓurante extrĂ©mitĂ©, le rĂŽle de la Commune est tout tracĂ© :

Relever par l’exemple, et au besoin par le chĂątiment, une population dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e.

Mais que la Commune soit bien convaincue de ce fait, dont nous voyons à chaque instant les symptÎmes alarmants: Les patriotes se décourageront, si on les laisse plus longtemps exposés aux quolibets des lùcheurs de carrefour.

La Commune sauvera Paris, nous n’en saurions douter, mais elle doit tenir la main Ă  l’exĂ©cution de ses dĂ©crets et au mot de Danton :

De l’audace, toujours de l’audace, et encore de l’audace,

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De la fermetĂ©, toujours de la fermetĂ©,  encore de la fermetĂ© !

Henri Verlet

Notes

[1]Informations transmises par Michel Cordillot et Maurice Choury.

[2]Militant blanquiste

[3]Martial SĂ©nisse y habite, alors que M de Faugerolles est Ă  Versailles

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Source: Contretemps.eu