Mars 23, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps va publier du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

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L’essentiel de la journĂ©e

A Versailles, l’AssemblĂ©e nationale insulte les maires et prĂ©pare la guerre contre Paris

Les maires parisiens avaient dĂ©cidĂ© d’envoyer Ă  l’AssemblĂ©e nationale un groupe de dĂ©lĂ©guĂ©s ceints de leur Ă©charpe municipale pour convaincre les dĂ©putĂ©s de voter l’organisation de l’élection municipale Ă  Paris sous leur contrĂŽle.

Les maires reviennent Ă  Paris suffoquĂ©s, la rĂ©ception a dĂ©passĂ© ce qu’on pouvait imaginer.  Non seulement ils n’ont rien obtenu, mais en plus la majoritĂ© antirĂ©publicaine, monarchique et bonapartiste, les a abreuvĂ©s d’injures. Vous porterez, cria Clemenceau Ă  l’assemblĂ©e, la peine de ce qui va arriver, et Floquet ajouta : « Ces gens-lĂ  sont fous Â».


TĂ©moignage. BenoĂźt Malon, 30 ans, ouvrier teinturier, journaliste, 23 mars 71, 18h30.

Je quitte le palais de l’assemblĂ©e sous le coup de la plus douloureuse Ă©motion. La sĂ©ance vient de se terminer par l’une de ces Ă©pouvantables tempĂȘtes parlementaires dont les seules annales de la Convention nous aient lĂ©guĂ© le souvenir ; mais du moins quand on relit ces sombres pages de la fin du siĂšcle dernier, le dĂ©nouement console toujours des tristesses tragiques du drame : la patrie, la RĂ©publique, sortent plus grandes de ces crises et le dĂ©bat plus tourmentĂ© enfante quelque hĂ©roĂŻque rĂ©solution.

Vous ne trouverez rien de pareil au bas de mon récit.

Les deux premiĂšres tribunes de droite de la premiĂšre galerie s’ouvrent, et les spectateurs qui les remplissaient se lĂšvent et sortent, treize maires de Paris, l’écharpe tricolore en sautoir apparaissent.

AussitĂŽt Ă©clatent sur tous les bancs de la gauche, des applaudissements frĂ©nĂ©tiques et des cris rĂ©pĂ©tĂ©s de Vive la RĂ©publique! quelques-uns ajoutent Vive la France ! Alors, sur quelques bancs de la droite ce n’est plus de la colĂšre, c’est de la fureur, du dĂ©lire ! On crie Ă  l’attentat ! On montre le poing aux maires !

Bon nombre de dĂ©putĂ©s s’élancent vers la tribune oĂč se dĂ©mĂšne encore le malheureux Baze, lui montrent le poing; montrent le poing au prĂ©sident. Le tumulte est effroyable, indescriptible.

D’épuisement, sans doute, le bruit diminue. L’extrĂȘme droite se couvre, et commence Ă  gagner la porte. Le prĂ©sident, qui a  vainement sonnĂ© la cloche d’alarme pendant toute cette tempĂȘte, se couvre, et dĂ©clare la sĂ©ance levĂ©e, l’ordre du jour Ă©tant Ă©puisĂ©. L’agitation est Ă  son comble dans les tribunes qui s’évacuent lentement. Ces pauvres maires restent lĂ  debout, la contenance embarrassĂ©e, la figure dĂ©solĂ©e. Arnaud de l’AriĂšge vient les rejoindre et ils partent les derniers.

A la sortie, je vois des femmes du meilleur monde, de l’esprit le plus distinguĂ©, du plus grand cƓur, qui pleurent sur le spectacle auquel elles viennent d’assister. Comme je les comprends! N’est-ce pas avec toutes nos larmes qu’il faudrait Ă©crire la lugubre page d’histoire que nous faisons depuis quelques mois. — C’est ainsi que les gens de Versailles comprenaient et voulaient la rĂ©conciliation.

***


 Au delĂ  de l’accueil fait aux maires, les dĂ©cisions de l’assemblĂ©e prĂ©parent explicitement la guerre contre le peuple de Paris.

Une commission propose que chaque dĂ©partement mette Ă  la disposition de Versailles un bataillon de volontaires, la discussion ne portant que sur le fait de savoir si ces bataillons dĂ©pendront du pouvoir civil ou du ministĂšre de la guerre. Un dĂ©putĂ©, le Comte Rampont, explique la volontĂ© qu’il avait pour soutenir cette proposition : « Si l’armĂ©e est prĂȘte, je demande que nous marchions sur Paris. Croyant qu’elle ne l’est pas, j’avais cru bon de demander les hommes d’ordre de la province Â».

Ces Ă©vĂ©nements, s’ajoutant Ă  la circulaire Thiers parue hier, les rĂ©publicains commencent Ă  s’inquiĂ©ter, Ă  redouter tout de Versailles.

Pendant ce temps, Ă  Paris l’ Amiral  Saisset fait placarder une affiche :

Cher concitoyens

je m’empresse de porter Ă  votre connaissance que, d’accord avec les dĂ©putĂ©s de la Seine et les maires Ă©lus de Paris, nous avons obtenu du gouvernement de l’AssemblĂ©e nationale :

1° la reconnaissance complĂšte de nos franchises municipales ;

2° l’élection de tous les officiers de la Garde nationale, y compris son commandant en chef

3° des modifications Ă  la loi sur les Ă©chĂ©ances ;

4° un projet de loi sur les loyers, favorable aux locataires jusques et y compris les loyers de 1200 francs.

En attendant que vous confirmiez ma nomination ou que vous m’ayez remplacĂ©, je resterai Ă  mon poste d’honneur, pour veiller Ă  l’exĂ©cution des lois de conciliation que nous avons rĂ©ussi Ă  obtenir, et contribuer Ă  l’affermissement de la RĂ©publique !

Paris le 23 mars 1871 Le Vice amiral commandant en chef provisoire Saisset

Elle est complĂštement mensongĂšre, il sait ce qui s’est passĂ© Ă  Versailles, il y Ă©tait, il y a mĂȘme criĂ© avec d’autres « Oui appelons la province, et marchons sur Paris Â». Il veut avec cette affiche regrouper la vingtaine de bataillons bourgeois dans les arrondissements du centre qu’ils tiennent.

 

La Banque de France essaie de tergiverser

Le million qui avait Ă©tĂ© versĂ© lundi dernier Ă©tait englouti dans le paiement de la solde des Gardes nationaux. La Banque en a promis un second hier, mais n’a versĂ© que 300 000 francs d’acompte. Lorsque Varlin et Jourde sont venus chercher le solde en soirĂ©e, on ne leur rĂ©pondit rien. Le ComitĂ© dĂ©cida alors d’envoyer deux bataillons devant la Banque, qui s’acquitta alors de ce second million. La solde pouvait ĂȘtre versĂ©e dans les jours qui viennent.

 Dans la matinĂ©e, un bataillon de Belleville a repris la Mairie du 6°. Le ComitĂ© Central fait tenir la voie du chemin de fer aux Batignolles pour contrer l’occupation de la gare St Lazare, et a dĂ©signĂ© des dĂ©lĂ©guĂ©s pour remplacer d’autoritĂ© les maires des 3°, 10°, 11° et 18° arrondissements. Ces mesures donnent confiance en la tenue des Ă©lections cette semaine.

 Le Journal Officiel publie la dĂ©cision prise hier d’incorporer dans les rangs de la Garde Nationale les soldats actuellement Ă  Paris « licenciĂ©s par le fait des derniers Ă©vĂ©nements Â»  jusqu’à ce qu’une loi ait fixĂ© la rĂ©organisation des forces nationales. A ce titre ils en toucheront l’indemnitĂ©.

Le comitĂ© central adopte le texte pour l’organisation des Ă©lections le dimanche 26 mars

 La dĂ©cision avait Ă©tĂ© prise hier, aujourd’hui est adoptĂ© le texte d’organisation, pour affichage et publication au Journal Officiel.

Le comitĂ© central, n’ayant pu Ă©tablir une entente parfaite avec les maires, se voit forcĂ© de procĂ©der aux Ă©lections sans leur concours ; en consĂ©quence, le ComitĂ© arrĂȘte :

1° Les Ă©lections se feront dans chaque arrondissement et par les soins d’une commission Ă©lectorale nommĂ©e Ă  cet effet par le ComitĂ© central ;

2° Les Ă©lecteurs de la ville de Paris sont convoquĂ©s le Dimanche 26 mars 1871, dans leurs collĂšges Ă©lectoraux, Ă  l’effet d’élire le conseil communal de Paris ;

3° Le vote se fera au scrutin de liste et par arrondissement ;

4° Le nombre de conseillers est fixé à 90, soit 1 pour 20 000 habitants et par fraction de plus de 10 000 ;

5° Ils sont rĂ©partis d’aprĂšs la population, ainsi qu’il suit :

Arrondissements      Population              nombre de conseillers

Ier                         81 665                            4

IIe                         79 909                            4

IIIe                        92 680                            5

IVe                        98 648                            5

Ve                         104 083                           5

VIe                        99 115                            5

VIIe                       75 438                            4

VIIIe                      70 259                            4

IXe                        106 221                           5

Xe                         116 438                           6

XIe                        149 641                           7

XIIe                       78 635                            4

XIIIe                      70 192                            4

XIVe                      65 506                            3

XVe                       69 340                            3

XVIe                      42 187                            2

XVIIe                     93 193                            5

XVIIIe                    130 456                           7

XIXe                      88 930                            4

XXe                       87 444                            4

Total                                                            90

6° Les Ă©lecteurs voteront sur la prĂ©sentation de la carte qui leur a Ă©tĂ© dĂ©livrĂ©e pour l’élection des dĂ©putĂ©s Ă  l’AssemblĂ©e nationale, le 8 fĂ©vrier 1871, DANS LES MÊMES LOCAUX ET D’APRÈS LE MODE ORDINAIRE ;

7° Ceux des Ă©lecteurs qui n’auraient pas retirĂ© leur carte Ă  cette Ă©poque ou l’auraient Ă©garĂ©e depuis, prendront part au vote, aprĂšs vĂ©rification de leur inscription sur la liste Ă©lectorale. Ils devront faire constater leur identitĂ© par deux Ă©lecteurs inscrits dans leur section ;

8° Le scrutin ouvrira à 8 heures du matin et sera clos à 6 heures du soir ; le dépouillement commencera immédiatement aprÚs la clÎture du scrutin.

HĂŽtel-de-Ville, 23 mars 1871.

(Suivent les signatures).

 

RĂ©union commune du Conseil fĂ©dĂ©ral de l’Internationale et de la Chambre fĂ©dĂ©rale des SociĂ©tĂ©s ouvriĂšres

 De nombreuses sections de quartiers sont cette fois-ci prĂ©sentes. Sur une intervention vigoureuse de LĂ©o FrĂ€nkel est dĂ©cidĂ© le soutien absolu du ComitĂ© Central. Les candidats aux Ă©lections sont dĂ©signĂ©s, et une demande est faite au ComitĂ© Central de les inscrire sur ses listes.

Extraits du débat

FrĂ€nkel : en ce moment la question pour nous n’est plus politique, elle est sociale. Je suis d’avis de faire un manifeste dans lequel nous inviterions les nĂŽtres Ă  voter la Commune
 Nous renforcerons le ComitĂ© Central de toute notre force morale.

Aubry : Rouen est indĂ©cis ; il s’étonne de ne point trouver une liaison intime entre la FĂ©dĂ©ration ouvriĂšre et le ComitĂ© central ; cependant la rĂ©volution du 18 mars est toute sociale, et les journaux dans toute la France citent l’International comme ayant pris le pouvoir


Le manifeste Ă©lectoral de L’Internationale est adoptĂ©, pour l’égalitĂ© sociale, l’émancipation des travailleurs, l’instruction.

Association internationale des travailleurs  Conseil fĂ©dĂ©ral des Sections parisiennes

Travailleurs,

Une longue suite de revers, une catastrophe qui semble devoir entraĂźner la ruine complĂšte de notre pays, tel est le bilan de la situation crĂ©Ă©e Ă  la France par les gouvernements qui l’ont dominĂ©e.

Avons-nous perdu les qualitĂ©s nĂ©cessaires pour nous relever de cet abaissement ? Sommes-nous dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s au point de subir avec rĂ©signation le despotisme hypocrite de ceux qui nous ont livrĂ©s Ă  l’étranger, et de ne retrouver d’énergie que pour rendre notre ruine irrĂ©mĂ©diable par la guerre civile ?

Les derniers Ă©vĂ©nements ont dĂ©montrĂ© la force du peuple de Paris, nous sommes convaincus qu’une entente fraternelle dĂ©montrera bientĂŽt sa sagesse.

Le principe d’autoritĂ© est dĂ©sormais impuissant pour rĂ©tablir l’ordre dans la rue, pour faire renaĂźtre le travail dans l’atelier, et cette impuissance est sa nĂ©gation.

L’insolidaritĂ© des intĂ©rĂȘts a crĂ©Ă© la ruine gĂ©nĂ©rale, engendrĂ© la guerre sociale ; c’est Ă  la libertĂ©, Ă  l’égalitĂ©, Ă  la solidaritĂ© qu’il faut demander d’assurer l’ordre sur de nouvelles bases, de rĂ©organiser le travail qui est sa condition premiĂšre.

Travailleurs,

La rĂ©volution communale affirme ces principes, elle Ă©carte toute cause de conflit dans l’avenir. HĂ©siterez-vous Ă  lui donner votre sanction dĂ©finitive ?

L’indĂ©pendance de la commune est le gage d’un contrat dont les clauses librement dĂ©battues feront cesser l’antagonisme des classes et assureront l’égalitĂ© sociale.

Nous avons revendiquĂ© l’émancipation des travailleurs et la dĂ©lĂ©gation communale en est la garantie, car elle doit fournir Ă  chaque citoyen les moyens de dĂ©fendre ses droits, de contrĂŽler d’une maniĂšre efficace les actes de ses mandataires chargĂ©s de la gestion de ses intĂ©rĂȘts, et de dĂ©terminer l’application progressive des rĂ©formes sociales.

L’autonomie de chaque commune enlĂšve tout caractĂšre oppressif Ă  ses revendications et affirme la RĂ©publique dans sa plus haute expression.

Travailleurs,

Nous avons combattu, nous avons appris Ă  souffrir pour notre principe Ă©galitaire, nous ne saurions reculer alors que nous pouvons aider Ă  mettre la premiĂšre pierre de l’édifice social.

Qu’avons-nous demandĂ© ?

L’organisation du crĂ©dit, de l’échange, de l’association, afin d’assurer au travailleur la valeur intĂ©grale de son travail.

L’instruction gratuite, laĂŻque et intĂ©grale ;

Le droit de rĂ©union et d’association, la libertĂ© absolue de la presse, celle du citoyen ;

L’organisation au point de vue municipal des services de police, de force armĂ©e, d’hygiĂšne, de statistique, etc.

Nous avons Ă©tĂ© dupes de nos gouvernements, nous nous sommes laissĂ© prendre Ă  leur jeu, alors qu’ils caressaient et rĂ©primaient tour Ă  tour les factions dont l’antagonisme assurait leur existence.

Aujourd’hui le peuple de Paris est clairvoyant, il se refuse Ă  ce rĂŽle d’enfant dirigĂ© par le prĂ©cepteur, et dans les Ă©lections municipales, produit d’un mouvement dont il est lui-mĂȘme l’auteur, il se rappellera que le principe qui prĂ©side Ă  l’organisation d’un groupe, d’une association, est le mĂȘme qui doit gouverner la sociĂ©tĂ© entiĂšre, et comme il rejetterait tout administrateur, prĂ©sident imposĂ© par un pouvoir en dehors de son sein, il repoussera tout maire, tout prĂ©fet imposĂ© par un gouvernement Ă©tranger Ă  ses aspirations.

Il affirmera son droit supĂ©rieur au vote d’une AssemblĂ©e de rester maĂźtre dans sa ville, et de constituer comme il lui convient sa reprĂ©sentation municipale, sans prĂ©tendre l’imposer aux autres.

Dimanche 26 mars, nous en sommes convaincus, le peuple de Paris tiendra Ă  honneur de voter pour la commune.

Les délégués présents à la séance de nuit du 23 mars 1871 :

Conseil fĂ©dĂ©ral des sections parisiennes de l’Association internationale, Aubry (fĂ©dĂ©ration rouennaise), Boudet, Chaudesaigues, CoifĂ©, V. Dumay, A., DuchĂȘne, Dupuis, LĂ©o Frankel, H. GoullĂ©, Laureau, Limousin, Martin, LĂ©on, Nostag, Ch. Bochat.

Chambre fédérale des sociétés ouvriÚres : Camélinat, Descamps, Evette, Galand, Haan, Hamet, Jance, J. Lallemand, Lazare, Lévy, Pindy, EugÚne Pottier, Bouveyrolles, Spoetler, A. Theisz, Véry.

 

La situation en province

Versailles essaie d’isoler Paris de la province qui commence à bouger.

Le ComitĂ© central affiche avoir reçu hier et aujourd’hui des « dĂ©lĂ©gations des villes de Lyon, Bordeaux, Marseille, Rouen etc. qui sont venues savoir quelle Ă©tait la nature de notre rĂ©volution, et qui sont reparties au plus vite pour aller donner le signal d’un mouvement analogue, qui est prĂ©parĂ© partout Â».

La commune de Lyon s’effondre

Les cinq conseillers désignés la veille se sont récusés ce matin.

Le maire, toujours installĂ© dans l’HĂŽtel de ville, dans un bureau voisin de celui des insurgĂ©s,  a organisĂ© toute la journĂ©e les bataillons de l’ordre.

À 4 heures de l’aprĂšs midi, le Conseil Municipal a rĂ©occupĂ© sans opposition la salle des sĂ©ances. Peu Ă  peu la foule a quittĂ© les lieux, la commune de Lyon s’est Ă©vanouie.

 

Une commune  Ă  Marseille

Marseille est une région qui a connu ces derniÚres années des grÚves importantes, notamment dans les bassins miniers. Le 8 août 1870 une émeute avait envahi la mairie et avait constitué une Commune, rapidement dissoute par la police.

En septembre  1870 une nouvelle poussĂ©e rĂ©volutionnaire autour de la garde civique et  d’un dĂ©but d’organisation d’un gouvernement du midi avait amenĂ© Ă  la constitution de la Ligue du Midi. Pendant plusieurs semaines, une commune rĂ©volutionnaire a Ă©tĂ© proclamĂ©e, qui s’est dissoute en novembre.

L’insurrection parisienne a relancĂ© le mouvement

Le prĂ©fet, le maire et le commandant de la garnison avaient prĂ©vu aujourd’hui une grande manifestation de l’ordre, avec les « bons Ă©lĂ©ments Â» de la garde.

En fait seuls sont descendus dans la rue les gardes nationaux des quartiers populaires, bientĂŽt rejoints sur le cours de Belzunce par les garibaldiens, des francs tireurs et des soldats.

Aux cris de « Vive Paris ! Â» la foule a envahit la PrĂ©fecture en dĂ©but d’aprĂšs midi et a fait prisonnier le PrĂ©fet.

Une commission a Ă©tĂ© mise en place, rejoints par des dĂ©lĂ©guĂ©s du conseil municipal et des dĂ©lĂ©guĂ©s de la garde nationale. Les rĂ©publicains radicaux y sont majoritaires, les membres de l’Internationale sont bien reprĂ©sentĂ©s, mĂȘme si le militant le plus en vue de ces derniers mois,  AndrĂ© Bastelica est Ă  Paris depuis le dĂ©but du mois de mars et n’en est donc pas membre.

La commission départementale provisoire aux habitants de Marseille et du département des Bouches-du-RhÎne.

Citoyens,

Une collision sanglante allait Ă©clater parmi nous. La guerre civile Ă©tait prĂȘte Ă  sortir des circulaires et des provocations irritantes qu’un pouvoir aveugle lançait comme un dĂ©fi aux grandes citĂ©s françaises.

Nous sommes intervenus.

GrĂące Ă  l’union de tous les groupes rĂ©publicains, nous avons vu se dissiper le malentendu qui menaçait d’armer les uns contre les autres, dans une lutte fratricide ajoutĂ©e Ă  tant d’autres dĂ©sastres, les citoyens d’une mĂȘme ville, les soldats d’une mĂȘme cause.

Nous avons parlĂ© d’apaisement, de conciliation. Marseille a rĂ©pondu Ă  notre appel par une manifestation imposante. Il n’a pas Ă©tĂ© versĂ© une seule goutte de sang. On espĂ©rait nous diviser en deux camps : Marseille a Ă©tĂ© unanime Ă  dĂ©clarer qu’elle soutiendrait le gouvernement rĂ©publicain rĂ©guliĂšrement constituĂ©, qui siĂ©gerait dans la capitale.

Et par lĂ , nous avons tous ensemble affirmĂ© du mĂȘme coup notre amour pour la RĂ©publique, notre sympathie pour l’hĂ©roĂŻque capitale martyre qui, Ă  elle seule, aurait sauvĂ© notre patrie, si notre patrie avait dĂ» ĂȘtre sauvĂ©e.

AprĂšs avoir Ă©chappĂ© au danger, Ă  force de patriotisme et de sagesse, Marseille ne pouvait plus avoir confiance dans l’administration prĂ©fectorale.

L’opinion publique exigeait une satisfaction.

Le conseil municipal, avec le concours de tous les groupes rĂ©publicains de la citĂ©, a dĂ» instituer une commission dĂ©partementale, chargĂ©e d’administrer provisoirement le dĂ©partement des Bouches-du-RhĂŽne et la ville de Marseille.

Les membres de cette commission provisoire se sont mis immĂ©diatement Ă  l’Ɠuvre. Ils comptent sur votre concours et sur votre confiance.

Maintenez avec nous l’ordre dans la citĂ©, retournez paisiblement Ă  vos travaux ; que le commerce et que l’industrie reprennent promptement l’essor pacifique qui doit contribuer au relĂšvement de notre patrie.

Nous veillons nuit et jour sur la RĂ©publique, jusqu’à ce qu’une autoritĂ© nouvelle, Ă©manant d’un gouvernement rĂ©gulier, siĂ©geant Ă  Paris, vienne nous relever de nos fonctions.

Vive Paris !

Vive la RĂ©publique !

Marseille, le 23 mars 1871.

Les membres de la commission dĂ©partementale provisoire du dĂ©partement des Bouches-Du-RhĂŽne : Gaston CrĂ©mieux, Étienne PĂšre, Job, Bosc, David, Desservy, Sidore,

Conseillers municipaux : Mavie, Allerini, Guellard, Barthelet, Emile Bouchet, Cartou, Gaston Crémieux

En bref, décision du jour

 â€“ organisation des Ă©lections au 26 mars

– intĂ©gration dans garde nationale des soldats dĂ©mobilisĂ©s

 

En dĂ©bat. OĂč va-t-on ?

Les dĂ©bats Ă  l’assemblĂ©e nationale, les dĂ©clarations du gouvernement sont claires : ils estiment qu’il y a eu une insurrection, qu’une guerre civile est engagĂ©e, que s’ils ont quittĂ© la capitale,c’est bien avec le projet d’y revenir pour imposer leur loi au peuple ouvrier de Paris.

Ils ne s’arrĂȘtent pas aux dĂ©cisions formelles prises par le ComitĂ© central, les mesures conservatoires, l’organisation des Ă©lections. Ils estiment, comme le directeur de la Banque de France, que le comitĂ© central est un gouvernement de fait.

La situation n’est pas la mĂȘme qu’au lendemain du 4 septembre, au moment oĂč la prise du pouvoir Ă  Paris a signifiĂ© que le pouvoir Ă©tait tombĂ© dans toute la France. C’est donc une illusion de penser qu’il est possible  de faire une rĂ©volution populaire Ă  Paris sans s’affronter au pouvoir central qui est toujours en place, ou de faire comme si.

Au delĂ  des dĂ©clarations strictement rĂ©publicaines et pour l’élection de la Commune,la dynamique rĂ©volutionnaire est en marche. Lorsque des milliers de personnes rĂ©clament la suppression de la police, de l’armĂ©e permanente et leur remplacement par « la nation toute entiĂšre armĂ©e Â», la rĂ©quisition des biens nĂ©cessaires pour la vie, appellent au renversement du gouvernement, au socialisme, le mouvement ne peut que dĂ©passer les strictes questions municipales.

Ce qui se passe Ă  Paris depuis plusieurs mois, avec les comitĂ©s qui s’organisent dans les quartiers, les municipalitĂ©s, qui s’autogouvernent sans aucun contrĂŽle possible du pouvoir central, qui ont Ă©tĂ© capables en deux jours de supplĂ©er Ă  toutes les carences des fonctionnaires qui ont quittĂ© la capitale, montre que la volontĂ© des parisien-nes mobilisĂ©s va bien au-delĂ  de la simple Ă©lection d’une nouvelle municipalitĂ©.

Il y a eu une insurrection, et aujourd’hui une rĂ©volution est en cours, qui veut que les citoyens libres se gouvernent Ă  leur grĂ©, sans  dictature d’aucune sorte, en finissent avec l’oppression quotidienne.

Cette dimension sociale globale de la dynamique rĂ©volutionnaire en cours ouvre un affrontement d’ampleur, qu’il faut aborder avec le meilleur rapport de force dans Paris bien sur, mais aussi au niveau national. C’est Ă  sa construction qu’il faut travailler pour prendre l’ascendant.

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Source: Contretemps.eu