Avril 9, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire 

Au Sud

Les positions des deux armĂ©es en prĂ©sence sont identiques, mĂȘme si dans la nuit, les FĂ©dĂ©rĂ©s ont fait plusieurs reconnaissances en avant des forts du Sud. Les forts de Vanves et d’Issy canonnent, les batteries des Versaillais, Ă©tablies sur le plateau de ChĂątillon et dans le haut du bois de Clamart, rĂ©pondent de temps en temps seulement.

A l’ouest

Les Versaillais ont occupĂ© un assez grand nombre de maisons aux abords du pont de Neuilly, gagnant un peu de terrain. La Porte Maillot a Ă©tĂ© endommagĂ©e par l’artillerie du rond-point de Courbevoie qui a rĂ©ussi Ă  dĂ©molir les ailes soutenant le tablier du pont-levis. Les terrassements de la demi-lune, les remparts et les embrasures sont Ă©prouvĂ©s mais leur rĂ©paration est facile.

Les boĂźtes Ă  mitraille et les obus continuent Ă  pleuvoir dans les quartiers voisins de Neuilly. Les Ternes sont devenus inhabitables, l’Arc-de-Triomphe reçoit des obus. MalgrĂ© cela, curieusement, l’animation rĂšgne aux Champs-ÉlysĂ©es en ce jour de PĂąques, le temps Ă©tant magnifique. On y circule comme si la lutte n’était pas engagĂ©e Ă  quelques centaines de mĂštres. La garde nationale a peine Ă  contenir la foule qui vient voir Ă©clater les obus et entendre la canonnade.

Bergeret a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©. Il lui est reprochĂ©, depuis que son poste lui a Ă©tĂ© retirĂ©, d’avoir ouvertement mĂ©connu l’autoritĂ© du reprĂ©sentant de la Commune Ă  la guerre, d’avoir crĂ©Ă© Ă  son successeur des embarras, en envoyant des ordres diffĂ©rents de ceux qu’il avait reçu, poussant les subordonnĂ©s Ă  l’indiscipline. Il sera enfermĂ© jusqu’à la fin des hostilitĂ©s.

 

ObsĂšques du colonel Bourgoin

A trois heures le cortĂšge funĂšbre du colonel Bourgoin, tuĂ© Ă  Neuilly, est passĂ© sur les boulevards, se rendant de la place VendĂŽme au PĂšre Lachaise. Des bataillons de Montmartre, sapeurs et musique en tĂȘte, et beaucoup de gardes nationaux prĂ©cĂ©daient ou suivaient le corbillard, dĂ©corĂ© de drapeaux rouges. Des membres de la Commune et le citoyen Pauvert, dĂ©lĂ©guĂ© aux tĂ©lĂ©graphes, conduisaient le deuil. On Ă©value Ă  prĂšs de cent mille personnes la foule qui suivait le convoi funĂšbre.

ArrivĂ© au cimetiĂšre, le citoyen Allix, membre de la Commune, s’est exprimĂ© en ces termes :

« Nous sommes en prĂ©sence d’une douleur bien cruelle ! Bourgoin, Ă  peine ĂągĂ© de 36 ans, vient de tomber victime de son dĂ©vouement Ă  notre noble cause. Loin de nous abattre, ce malheur ne doit nous inspirer qu’un sentiment, qu’un seul cri : vengeance ! et cette barbarie, cette cruautĂ© de Versailles nous prouve une fois de plus que nous devons poursuivre jusqu’au bout notre Ɠuvre de dĂ©livrance ! La mort qui couche ici notre pauvre ami est le triomphe de la libertĂ© ! Â».

 

Le service des ambulances est renforcé

La reprise des combats depuis le 2 avril a imposé des mesures rapides, dans une situation rendue encore plus difficile par les versaillais qui bombardent les postes de santé.

La Commune de Paris a nommĂ© le citoyen docteur-mĂ©decin Rastoul (socialiste proudhonien) inspecteur gĂ©nĂ©ral du service des ambulances, avec mandat de pourvoir aux nĂ©cessitĂ©s urgentes de ce service. L’objectif est d’avoir deux ambulances volontaires par escouade pour les premiers soins aux blessĂ©s et assurer leur transfert dans les hĂŽpitaux. L’organisation des ambulances de la Garde nationale se poursuit activement, sous l’impulsion des docteurs Claude et Hersfeld.

Il est fait appel au patriotisme et Ă  l’humanitĂ© de tous les mĂ©decins, pour se prĂ©senter de suite dans leurs circonscriptions, au titre de chirurgien de la garde nationale. Des Ă©tudiants en mĂ©decine sont venus spontanĂ©ment offrir leur concours et prodiguent aux blessĂ©s qui ont Ă©tĂ© recueillis les soins les plus dĂ©vouĂ©s. Le service, installĂ© depuis deux jours seulement, fonctionne dĂ©jĂ .

Quatre grandes baraques du Luxembourg, occupĂ©es autrefois par les mobiles, mais amĂ©nagĂ©es d’une façon toute spĂ©ciale pour la circonstance, ont Ă©tĂ© mises Ă  la disposition des organisateurs des ambulances de la garde nationale.

Fausse nouvelle, espoir ou illusion ?

Hier soir, il courait sur les boulevards un bruit de la plus extrĂȘme gravitĂ© qui, s’il se confirmait, apporterait un notable changement dans la situation et compromettrait singuliĂšrement les affaires de l’insurrection versaillaise.

On disait qu’à la suite de l’exĂ©cution de plusieurs officiers d’infanterie, arrĂȘtĂ©s par ordre du gĂ©nĂ©ral Vinoy pour refus de service de guerre contre Paris et immĂ©diatement passĂ©s par les armes, une partie de la garnison s’était soulevĂ©e, et qu’une collision sanglante Ă©tait engagĂ©e dans les rues de Versailles.

Cette nouvelle se répétait beaucoup.

Quelques personnes affirmaient, de la façon la plus Ă©nergique, qu’elle Ă©tait exacte, et qu’elle avait Ă©tĂ© apportĂ©e de Versailles par des dĂ©serteurs arrivĂ©s dans la soirĂ©e.

Ils citaient Ă  l’appui de leur dire le nom de l’un des officiers qui se sont les plus distinguĂ©s dans la derniĂšre guerre Ă  la tĂȘte des colonnes mobiles d’éclaireurs et de partisans.

Nouvelles Ă©lections Ă  la garde nationale

Le comité central actuel de la garde nationale publie une circulaire approuvée par le délégué à la guerre, Cluseret, pour de nouvelles élections. Le systÚme tout a fait démocratique reposant sur la représentation directe à chaque échelon et la révocabilité des élus ne change pas :

Chaque compagnie (il y en a 8 par bataillon)  doit Ă©lire trois dĂ©lĂ©guĂ©s, sans distinction de grade, pour former le cercle du bataillon, avec un officier nommĂ© par le corps des officiers (eux-mĂȘme Ă©lus par les gardes) et le chef de bataillon.

Les cercles des bataillons d’un arrondissement doivent Ă©lire deux dĂ©lĂ©guĂ©s pour former le conseil de lĂ©gion avec les chefs de bataillons de l’arrondissement.

Les conseils de légion de chaque arrondissement doivent élire trois délégués pour former le Comité central.

Les chefs de bataillon d’un arrondissement dĂ©signent Ă  l’élection l’un d’eux comme chef de lĂ©gion pour faire Ă©galement partie du ComitĂ© central.

Un des délégués de compagnie est spécialement désigné pour assister aux assemblées générales de la Fédération et en rendre compte à ses commettants.

Assistent également aux assemblées générales : les officiers élus par le corps des officiers de leurs bataillons et les chefs de bataillon.

Le texte est trĂšs prĂ©cis sur le rĂŽle des instances :

« les cercles de bataillon et les conseils de lĂ©gion sont des conseils de famille qui doivent spĂ©cialement s’occuper des intĂ©rĂȘts particuliers de leurs mandants ; ils ont Ă  connaĂźtre des rĂ©clamations de toute nature, les appuyer auprĂšs du ComitĂ© central. Â», faire «  connaĂźtre au ComitĂ© central leurs vƓux et leurs idĂ©es pour les amĂ©liorations Ă  apporter Â», «  veiller au bon esprit de leurs bataillons ou lĂ©gions, au maintien de la discipline, par la persuasion et l’exemple, et mettre tout en Ɠuvre pour  qu’aucun des gardes nationaux ne puisse se soustraire Ă  la part de service qui lui incombe. Â»

Il est trĂšs clair qu’en «  aucun cas, les conseils de lĂ©gion, les cercles de bataillon ou les dĂ©lĂ©guĂ©s de compagnie ne peuvent s’immiscer dans le commandement, donner des ordres, ou faire battre ou sonner le rappel pour les bataillons Â», afin qu’une  discipline intelligente vienne s’introduire dans les rangs des valeureux citoyens sur l’intelligence et le courage desquels repose l’avenir de la RĂ©publique.

Concernant l’élection, des conseils sont donnĂ©es :

Les gardes nationaux ne sauraient apporter trop de soin dans l’élection de ceux qu’ils appellent Ă  les commander. La science militaire, l’énergie et la foi rĂ©publicaine sont des qualitĂ©s que doivent rĂ©unir les candidats.

Mais, une fois les choix faits avec ce discernement, ils doivent donner leur confiance Ă  leurs Ă©lus, s’abstenir d’interprĂ©ter les ordres qu’ils reçoivent, ne jamais perdre de vue que l’obĂ©issance et la discipline sont la force des armĂ©es, et que tout corps indisciplinĂ© devient une bande sans cohĂ©sion, facilement battue.

L’autoritĂ© qui donne un ordre en est responsable, et toute dĂ©sobĂ©issance, quelquefois mĂȘme toute hĂ©sitation, peut devenir un crime qui compromet l’honneur de la garde nationale et le succĂšs d’une opĂ©ration. Les chefs doivent commander avec douceur, mais doivent Ă©nergiquement rĂ©primer toutes les vellĂ©itĂ©s de discorde.

Le bon sens des citoyens Ă©tablira facilement ce lien de confiance et de solidaritĂ© rĂ©ciproques, qui doivent ĂȘtre la discipline de la garde nationale.

Dans la Gazette des Tribunaux

A trois heures de l’aprĂšs midi, l’église notre dame a Ă©tĂ© cernĂ©e et occupĂ©e par la garde nationale. Des perquisitions et des fouilles qui ont Ă©tĂ© faites ont amenĂ© la dĂ©couverte de munitions de guerre et de deux mille fusils, qui ont Ă©tĂ© immĂ©diatement placĂ©s sur des voitures et transportĂ©s au fort de Vanves. Des sentinelles placĂ©es aux portes de l’église en Ă©cartaient, le soir, les fidĂšles qui se prĂ©sentaient, ignorant ce qui s’était passĂ©

 

Les femmes s’organisent

Voici un article machiste, venimeux, odieux de la presse rĂ©actionnaire hostile Ă  la Commune, qui ne peut comprendre que des femmes ouvriĂšres peuvent s’organiser par elles mĂȘmes, dĂ©cider seules de ce qu’elles font, sans les hommes de la Commune. DĂšs lors que les femmes du peuple font preuve d’indĂ©pendance, d’autonomie, de volontĂ© de lutte on les insulte, « pĂ©ripatĂ©ticiennes de la rĂ©publique », la « sultane Â».. (ajoutons que Frankel est hongrois, pas prussien).

On voit le niveau de haine envers les femmes du peuple qui Ă©mane de ces lignes.

CortĂšge de femmes dans Paris

On commence Ă  rencontrer frĂ©quemment dans les rues de Paris et notamment dans celles du septiĂšme arrondissement, quartier de la rue du Bac, de longues processions de femmes de tous Ăąges, mais particuliĂšrement de jeunes filles, revĂȘtues d’une ceinture rouge et se livrant aux dĂ©monstrations les moins Ă©quivoques. Ces pĂ©ripatĂ©ticiennes de la RĂ©publique sociale sont des affiliĂ©es du comitĂ© de femmes fondĂ© et dirigĂ© par la citoyenne Olga Dimitrieff, agissant sous l’inspiration du prussien Frankel, membre de la commune de Paris et prĂ©sident de la Commission du travail et d’échange.

A la tĂȘte de ces manifesteuses du septiĂšme arrondissement figure la veuve Leroy, sultane favorite du citoyen Urbain, dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la municipalitĂ© et qui gouverne tout Ă  fois la maire et la mairie, passe des revus, prĂ©side aux actes civils, bref commande autocratiquement le quartier soumis Ă  la dictature de son pseudo mari.

La citoyenne Leroy

Un appel aux paysans

Dans le but d’exposer aux campagnards induits en erreur par le gouvernement de Versailles le but de la RĂ©volution du 18 mars, AndrĂ© LĂ©o ( LĂ©odile Champseix) et le citoyen B. Malon ont rĂ©digĂ© un manifeste, adressĂ© « aux travailleurs des campagnes » (il est en version intĂ©grale dans la partie dĂ©bat ci-aprĂšs), signĂ© anonymement « les travailleurs de Paris Â».

Il montre Ă  quel point les intĂ©rĂȘts de la masse des paysans et des ouvriers des villes sont convergents, revendique que les fruits de la terre aillent Ă  ceux qui la cultivent, que la terre aille aux paysans comme l’outil Ă  l’ouvrier.
Il a Ă©tĂ© imprimĂ© Ă  l’Imprimerie nationale, sur papier petit format, et il est, et va ĂȘtre, distribuĂ© dans les dĂ©partements de la main Ă  la main par l’entremise de citoyens dĂ©vouĂ©s.

L’échec des rencontres des conciliateurs avec Thiers

Plusieurs entrevues entre Thiers et quelques groupes de dĂ©putĂ©s, la dĂ©lĂ©gation de l’Union des chambres syndicales, reprĂ©sentant le commerce et l’industrie de Paris, n’ont produit aucun rĂ©sultat.

Thiers Ă©vite soigneusement de faire une rĂ©ponse qui puisse ĂȘtre interprĂ©tĂ©e dans un sens favorable Ă  une transaction avec Paris. Il rĂ©pĂšte : « Que l’insurrection dĂ©sarme d’abord. »

C’est une prĂ©tention dĂ©risoire, si l’insurrection dĂ©sarme, il n’y aura plus de transaction.

Lorsque les dĂ©lĂ©guĂ©s demandent la confirmation de la RĂ©publique, il leur rĂ©pond : « La RĂ©publique existe», alors que l’assemblĂ©e majoritairement monarchiste se refuse Ă  proclamer la rĂ©publique, Ă  mettre en place une assemblĂ©e constituante pour officialiser cette rĂ©publique.

Lorsqu’ils font observer que Paris veut jouir de ses franchises municipales ; il leur est rĂ©pondu « La Chambre fait une loi les accordant Ă  toutes les communes » alors qu’elle ne concerne pas Paris ! Effectivement, au mĂȘme moment, l’assemblĂ©e nationale vote  une loi autorisant les villes Ă  Ă©lire leur maire (285 voix contre 275), mais Thiers fait le chantage Ă  la dĂ©mission pour imposer qu’elle ne s’applique que pour les villes peuplĂ©es de moins de 20 000 habitant-es !

VoilĂ  comment les propositions conciliatrices, mĂȘme les plus modĂ©rĂ©es, sont accueillies Ă  Versailles qui continue Ă  vouloir maĂźtriser la rĂ©bellion parisienne par les armes.

La résistance passive

En rĂ©action aux mesures prises par la Commune, une rĂ©sistance passive s’est installĂ©e. Pour Ă©chapper Ă  l’obligation de servir dans la garde nationale, des gens se cachent, d’autres quittent Paris en se laissant filer par les murs des fortifications.

Du cĂŽtĂ© des catholiques pratiquants, qui sont choquĂ©s par diverses manifestations d’anti clĂ©ricalisme et par la prise en otages de nombreuses figures du clergĂ©, diverses rĂ©actions sont organisĂ©es. Aujourd’hui les dames de la Halle, manifestant leur mĂ©contentement, ont contraint Raoul Gigault Ă  libĂ©rer leur curĂ©, l’abbĂ© Simon.

Une note du Journal officiel de Versailles indigne la plupart des journalistes parisiens : « Les fausses nouvelles les plus audacieuses sont rĂ©pandues dans Paris, oĂč aucun journal indĂ©pendant ne peut plus paraĂźtre ».

Pour le gouvernement de Thiers, tous ceux qui ne sont pas avec eux, n’acceptent pas la guerre civile engagĂ©e par Versailles, seraient des ennemis, et tous les journaux dont les rĂ©dacteurs en chef n’ont pas abandonnĂ© leur poste, seraint entiĂšrement soumis ce Ă  la Commune et ne pensent ou ne disent que qu’elle veut bien leur permettre de dire ou de penser.

Oui il y a eu des interdictions, mais pas toujours suivies trĂšs sĂ©rieusement. Mais la presse parisienne non communarde est toujours prĂ©sente, n’a pas renoncĂ© Ă  son indĂ©pendance. Chaque jour, sans se laisser intimider ni par les menaces, ni par les suppressions, ni par les arrestations, elle Ă  dit leur fait aux membres de la Commune.

Dans La Commune

La partie du programme de la commune relative Ă  la libertĂ© individuelle a reçu un commencement d’exĂ©cution. Le citoyen Protot a signĂ©, depuis le commencement de cette semaine, plus de 150 ordres d’élargissement. La population de Paris n’apprendra pas sans Ă©tonnement que le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la justice a dĂ©couvert un nombre considĂ©rable de malheureux, arrĂȘtĂ©s sans motifs sous le gouvernement de la soi-disant dĂ©fense nationale, et qui n’avaient pas encore Ă©tĂ© interrogĂ©s. Il n’est pas rare mĂȘme de trouver des dĂ©tenus dont l’incarcĂ©ration remonte Ă  plus d’une annĂ©e, et qui n’avaient avant la rĂ©volution du 18 mars, reçu la visite d’aucun magistrat.

Les dĂ©tentions arbitraires vont cesser : la commission de Justice est Ă  l’Ɠuvre, les registres d’écrou sont consultĂ©s avec soin, et dĂ©sormais tout citoyen arrĂȘtĂ© sera interrogĂ© dans les vingt quatre heures, mis en libertĂ© si rien ne pĂšse sur lui, jugĂ© immĂ©diatement s’il est accusĂ© d’un dĂ©lit ou d’un crime.

EN BREF  

 â–    Les Ă©lections complĂ©mentaires Ă  la Commune sont ajournĂ©es, considĂ©rant qu’il est matĂ©riellement impossible de convoquer au scrutin les Ă©lecteurs qui dĂ©fendent les remparts de la citĂ©. La date de la nouvelle convocation des Ă©lecteurs sera prochainement fixĂ©e.

 â–   Paris est littĂ©ralement encombrĂ© de pommes de terre, rue du quatre septembre , sur le port saint Nicolas, dans les gares  de chemin de fer, autour des halles centrales, rue de Turbigo etc, il y en a des montages.

 â–    Il se dit que Benjamin Flotte, lieutenant historique de Blanqui, aurait acceptĂ© de mener les nĂ©gociations visant Ă  obtenir la libĂ©ration du « vieux Â» en Ă©change de celle de l’archevĂȘque de Paris.

 â–    Les offices de PĂąques, habituellement chantĂ©s en grande pompe se sont tenus dans la discrĂ©tion, parfois mĂȘme les  cloches sont restĂ©es silencieuses.

 â–  Une entente est conclue entre la Banque et la Commune.  La commune reconnaĂźt le caractĂšre privĂ© de la Banque, et elle pourra le faire respecter en organisant un bataillon de gardes nationaux composĂ©s d’employĂ©s de l’établissement, et en y adjoignant, en cas d’urgence d’autres dĂ©tachements de la Commune.

La Banque devra fournir Ă  la Commune, sur un reçu de du citoyen Beslay, dĂ©lĂ©guĂ© par la Commission des finances,  les fonds appartenant Ă  la ville de Paris et dĂ©posĂ©s Ă  la Banque, et dans le cas ou ces fonds seraient Ă©puisĂ©s, celle-ci devra faire Ă  la commune des avances, garanties par la remise de titres sur les biens de la ville.

À Toulouse

Les informations sont trĂšs incomplĂštes, mais il semble que l’agitation continue en province, et que des barricades auraient Ă©tĂ© Ă©rigĂ©es Ă  Toulouse aujourd’hui.

En débat

Un texte André Léo (Léodile Champseix) et Benoßt Malon :

COMMUNE DE PARIS AUX TRAVAILLEURS DES CAMPAGNES

FrĂšre, on te trompe.

Nos intĂ©rĂȘts sont les mĂȘmes. Ce que je demande, tu le veux aussi : l’affranchissement que je rĂ©clame, c’est le tien.

Qu’importe si c’est Ă  la ville ou Ă  la campagne que le pain, le vĂȘtement, l’abri, le secours manquent Ă  celui qui produit toute la richesse de ce monde ? Qu’importe que l’oppresseur ait nom : gros propriĂ©taire ou industriel ? Chez toi, comme chez nous, la journĂ©e est longue et rude et ne rapporte pas mĂȘme ce qu’il faut aux besoins du corps. A toi comme Ă  moi, la libertĂ©, le loisir, la vie de l’esprit et du cƓur manquent. Nous sommes encore et toujours, toi et moi, les vassaux de la misĂšre.

VoilĂ  prĂšs d’un siĂšcle, paysan, pauvre journalier, qu’on te rĂ©pĂšte que la propriĂ©tĂ© est le fruit sacrĂ© du travail, et tu le crois, Mais ouvre donc les yeux et regarde autour de toi; regarde loi-mĂȘme et tu verras que c’est un mensonge. Te voilĂ  vieux; tu as toujours travaillĂ©; tous tes jours se sont passĂ©s la bĂȘche ou la faucille Ă  la main, de l’aube Ă  la nuit, et tu n’es pas riche cependant, et tu n’as pas mĂȘme un morceau de pain pour ta vieillesse. Tous tes gains ont passĂ© Ă  Ă©lever pĂ©niblement des enfants que la conscription va te prendre, ou qui, se mariant Ă  leur tour, mĂšneront la mĂȘme vie de bĂȘte de somme que tu as menĂ©e, et finiront comme tu vas finir, misĂ©rablement; car, la vigueur de tes membres s’étant Ă©puisĂ©e, tu ne trouveras guĂšre plus de travail; tu chagrineras tes enfants du poids de ta vieillesse, et te verras bientĂŽt obligĂ©, le bissac sur le dos et courbant la tĂȘte, d’aller mendier de porte en porte l’aumĂŽne mĂ©prisante et sĂšche.

Cela n’est pas juste, frĂšre paysan, ne le sens-lu pas ? Tu vois donc bien que l’on te trompe; car s’il Ă©tait vrai que la propriĂ©tĂ© est le fruit du travail, tu serais propriĂ©taire, toi qui as tant travaillĂ©. Tu possĂ©derais cette petite maison, avec un jardin et un enclos, qui a Ă©tĂ© le rĂȘve, le but, la passion de toute la vie, mais qu’il l’a Ă©tĂ© impossible d’acquĂ©rir, ou que tu n’as acquise peut-ĂȘtre, malheureux, qu’en contractant une dette qui l’épuise, te ronge, et va forcer tes enfants Ă  vendre, aussitĂŽt que tu seras mort, peut-ĂȘtre avant, ce toit qui t’a dĂ©jĂ  tant coĂ»tĂ©. Non, frĂšre, le travail ne donne pas la propriĂ©tĂ©. Elle se transmet par hasard ou se gagne par ruse. Les riches sont des oisifs, les travailleurs sont des pauvres, et restent pauvres. C’est la rĂšgle; le reste n’est que l’exception.

Cela n’est pas juste. Et voilĂ  pourquoi Paris, que tu accuses sur la foi de gens intĂ©ressĂ©s Ă  le tromper, voilĂ  pourquoi Paris s’agite, rĂ©clame, se soulĂšve et veut changer les lois qui donnent tout pouvoir aux riches sur les travailleurs. Paris veut que le fils du paysan soit aussi instruit que le fils du riche, et pour rien, attendu que la science humaine est le bien commun de tous les hommes, et n’est pas moins utile pour se conduire dans la vie que les yeux pour voir.

Paris veut qu’il n’y ait plus de roi qui reçoive trente millions de l’argent du peuple, et qui engraisse de plus sa famille et ses favoris : Paris veut que, cette grosse dĂ©pense n’étant plus Ă  faire, l’impĂŽt diminue grandement, Paris demande qu’il n’y ait plus de fonctions payĂ©es 20,000, 30,000, 100,000 fr.; donnant Ă  manger Ă  un homme, en une seule annĂ©e, la fortune de plusieurs familles; et qu’avec celle Ă©conomie, on Ă©tablisse des asiles pour la vieillesse des travailleurs.

Paris demande que tout homme qui n’est pas propriĂ©taire ne paye pas un sou d’impĂŽt; que celui qui ne possĂšde qu’une maison et son jardin ne paye rien encore; que les petites fortunes soient imposĂ©es lĂ©gĂšrement, et que tout le poids de l’impĂŽt tombe sur les richards.

Paris demande que ce soient les dĂ©putĂ©s, les sĂ©nateurs et les bonapartistes, auteurs de la guerre, qui payent les cinq milliards de la Prusse, et qu’on vende pour cela leurs propriĂ©tĂ©s, avec ce qu’on appelle les biens de la couronne, dont il n’est plus besoin en France.

Paris demande que la justice ne coĂ»te plus rien Ă  ceux qui en ont besoin, et que ce soit le peuple lui-mĂȘme qui choisisse les juges parmi les honnĂȘtes gens du canton.

Paris veut enfin, Ă©coute bien ceci, Travailleur des campagnes, pauvre journalier, petit propriĂ©taire que ronge l’usure, bordier, mĂ©tayer, fermier, vous tous qui semez, rĂ©coltez, suez, pour que le plus clair de vos produits aille Ă  quelqu’un qui ne fait rien ; ce que Paris veut, en fin de compte, c’est la terre au paysan, l’outil Ă  l’ouvrier, le travail pour tous.

La guerre que fait Paris en ce moment, c’est la guerre, Ă  l’usure, au mensonge et Ă  la paresse. On vous dit : « Les Parisiens, les socialistes sont des partageux. » Eh, bonnes gens, ne voyez-vous pas qui vous dit cela? Ne sont-ils pas des partageux ceux qui, ne faisant rien, vivent grassement du travail des autres ? N’avez vous jamais entendu les voleurs, pour donner le change, crier : « Au voleur! » et dĂ©taler tandis qu’on arrĂȘte le volĂ©?

Oui, les fruits de la terre Ă  ceux qui la cultivent. A chacun le sien; le travail pour tous.

Plus de trĂšs riches ni de trĂšs pauvres.

Plus de travail sans repos, ni de repos sans travail.

Cela se peut; car il vaudrait mieux ne croire Ă  rien que de croire que la justice ne soit pas possible,

Il ne faut pour cela que de bonnes lois, qui se feront quand les travailleurs cesseront de vouloir ĂȘtre dupĂ©s par les oisifs.

Et dans ce temps-lĂ , croyez-le bien, frĂšres cultivateurs, les foires et les marchĂ©s seront meilleurs pour qui produit le blĂ© et la viande, et plus abondants pour tous, qu’ils ne le furent jamais sous aucun empereur ou roi. Car alors, le Travailleur sera fort et bien nourri, et le Travail sera libre des gros impĂŽts, des patentes et des redevances, que la RĂ©volution n’a pas toutes emportĂ©es, comme il paraĂźt bien.

Donc, habitants des campagnes, vous le voyez, la cause de Paris est la vĂŽtre, et c’est pour vous qu’il travaille, en mĂȘme temps que pour l’ouvrier. Ces gĂ©nĂ©raux, qui l’attaquent en ce moment, ce sont les gĂ©nĂ©raux qui ont trahi la France. Ces dĂ©putĂ©s, que vous avez nommĂ©s sans les connaĂźtre, veulent nous ramener Henri V. Si Paris tombe, le joug de misĂšre restera sur votre cou et passera sur celui de vos enfants. Aidez-le donc Ă  triompher, et, quoi qu’il arrive, rappelez-vous bien ces paroles — car il y aura des RĂ©volutions dans le monde jusqu’à ce qu’elles soient accomplies :

LA TERRE AU PAYSAN, L’OUTIL A L’OUVRIER, LE TRAVAIL POUR TOUS. 

Les travailleurs de Paris.

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Source: Contretemps.eu