Avril 23, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire

À l’ouest

Un duel d’artillerie a eu lieu, sans qu’il n’ait Ă©tĂ© signalĂ© aucun Ă©vĂ©nement important, les positions sont restĂ©es les mĂȘmes.

Il est mentionnĂ© qu’un bataillon de ligne aurait voulu mettre bas les armes Ă  AsniĂšres pour venir Ă  nous ; mais avant que les fĂ©dĂ©rĂ©s n’arrivent, 600 gendarmes se sont interposĂ©s.

Au sud

Ici aussi il est mentionnĂ© qu’un escadron de chasseurs Ă  cheval se serait prĂ©sentĂ© pour se rendre ; malheureusement les gardes nationaux, qui n’avaient pas d’abord compris leur intention, ont tirĂ© sur eux, la majeure partie se sont enfuis, quelques-uns ont rejoint les fĂ©dĂ©rĂ©s.

Décret révolutionnaire pour les offices ministériels

Il a Ă©tĂ© affirmĂ© hier que le principe de l’élection des magistrats par le suffrage universel doit ĂȘtre la loi de l’avenir. L’organisation de la justice est bouleversĂ©e par l’adoption d’un dĂ©cret qui supprime les charges des huissiers, notaires, commissaires-priseurs et greffiers de tribunaux. Ils deviennent ainsi des fonctionnaires publics, un traitement fixe leur Ă©tant allouĂ©. Ils devront verser au trĂ©sor de la Commune les sommes qu’ils perçoivent.

C’est une rĂ©forme rĂ©volutionnaire concernant les offices ministĂ©riels.

La Commune de Paris,

DÉCRÈTE :

Art. 1er. Les huissiers, notaires, commissaires-priseurs et greffiers de tribunaux quelconques qui seront nommĂ©s Ă  Paris, Ă  partir de ce jour, recevront un traitement fixe. Ils pourront ĂȘtre dispensĂ©s de fournir un cautionnement.

Art. 2. Ils verseront tous les mois, entre les mains du délégué aux finances, les sommes par eux perçues pour les actes de leur compétence.

Art. 3. Le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la justice est chargĂ© de l’exĂ©cution du prĂ©sent dĂ©cret.

Paris, le 23 avril 1871.

La commune.

Lors du dĂ©bat, le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la justice, EugĂšne Protot, indique qu’il a dĂ©jĂ  vingt candidats pour les fonctions d’huissier, et ces derniers n’attendent, pour commencer leur travail, que la ratification du dĂ©cret. Lorsque le dĂ©cret sera publiĂ© au journal officiel, il sera prĂ©cisĂ© que les candidats aux fonctions d’huissier, notaire, commissaire-priseur et greffier de la justice de paix et du jury d’accusation devront se prĂ©senter Ă  la dĂ©lĂ©gation de la justice pour fournir les renseignements requis.

Plusieurs interventions insistent sur la nĂ©cessitĂ© de bien faire comprendre que c’est lĂ  une rĂ©forme fondamentale des offices ministĂ©riels, que les nouveaux fonctionnaires ne cumuleront pas leur traitement avec les bĂ©nĂ©fices d’une charge.

Le cas de Pilotell

Le brillant caricaturiste fait scandale.

Il s’était auto proclamĂ©, aprĂšs le 18 mars, dĂ©lĂ©guĂ© pour les beaux-arts au musĂ©e du Luxembourg. DĂ©but avril, il a Ă©tĂ© nommĂ© commissaire de police par Raoul Rigault et a participĂ© Ă  ce titre Ă  diverses arrestations.

Le 18 avril, il a perquisitionnĂ© les bureaux du journal La cloche, puis ceux du journal L’Eclipse, oĂč il a arrĂȘtĂ© le directeur, François Polo et s’est emparĂ© des espĂšces contenues dans sa caisse. Ces faits, rendus publics, ont crĂ©Ă© un grand malaise.

Le citoyen Longuet explique :

« VoilĂ  trois jours que la partie nombreuse de la population qui nous est sympathique, et surtout la partie la plus intelligente, attend la destitution du citoyen Pilotell, parce qu’on connaĂźt sa lĂ©gĂšretĂ©. Quant Ă  sa probitĂ©, elle n’est pas en cause. Â»

Plusieurs membres de la Commune ont condamnĂ© Ă©nergiquement ces faits, et demandent et obtiennent la destitution immĂ©diate de M. Pilotell. Comme le dit le citoyen Arthur Arnould :

« il y a lĂ  une question d’honnĂȘtetĂ©, et il ne faut pas qu’on nous accuse, mĂȘme Ă  tort, d’ĂȘtre des voleurs. Nous sommes avant tout des honnĂȘtes gens. Tout homme qui commettra un acte pouvant seulement prĂȘter au soupçon d’indĂ©licatesse, sera immĂ©diatement destituĂ© ; nous sommes d’honnĂȘtes gens, et nous voulons ĂȘtre servis par d’honnĂȘtes gens ! Â».

Ils imposent l’insertion de cette dĂ©cision au Journal officiel, sous une forme Ă  discuter avec Raoul Rigault. Mais celui-ci insiste sur le fait qu’il n’y a pas eu vol et que la « mise en disponibilitĂ© du citoyen Pilotell a Ă©tĂ© motivĂ©e par des nĂ©gligences de forme qui n’entachent en rien l’honorabilitĂ© de ce citoyen. Â»

Cet incident, s’ajoutant aux autres entre Rigault et les autres membres de la Commune, y compris Protot qui avait Ă©tĂ© blanquiste  auparavant[1], accentue les tensions politiques visant la conduite du dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la sĂ»retĂ©.

Les droits de visite pour les membres de la Commune

La grande majoritĂ© des Ă©lus Ă  la Commune, qui en tant que militants ont eu Ă  subir la rĂ©pression impĂ©riale, pensent que par principe mettre quelqu’un au secret est une forme de barbarie qu’il faut faire disparaĂźtre et dĂ©fendent le principe de comportements dĂ©mocratiques exemplaires, irrĂ©prochables. Ils veulent contrĂŽler ce qui se fait Ă  la prĂ©fecture de police, ainsi que l’activitĂ© du dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la sĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale. Ils veulent pouvoir ainsi se faire ouvrir toutes les portes, et notamment celles des prisons,  « quand il s’agit de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et de l’honneur rĂ©publicain Â». Le citoyen Rigault qui a donnĂ© l’ordre de ne laisser entrer personne sans son autorisation, n’est pas lĂ  lors de cette discussion.

Il est finalement dĂ©cidĂ© qu’une commission de trois membres de la Commune, les citoyens Miot, Gambon et Victor ClĂ©ment, dĂ©lĂ©guĂ©s de la Commune, pourra visiter les prisons, faire une enquĂȘte sur l’état des dĂ©tenus et s’informer de la cause de leur dĂ©tention.

En outre, six membres de la Commune, les citoyens J. VallÚs, Ch. Longuet, Pillot, Bergeret, Lonclas et Urbain, sont délégués pour visiter les gardes nationaux dans les forts, casernes, casemates et tous lieux de réunion.

Versailles et la liberté de pensée

M. Dufaure, ministre de la justice, adresse une circulaire aux procureurs gĂ©nĂ©raux, Ă  propos de la loi rĂ©cemment adoptĂ©e par l’AssemblĂ©e nationale versaillaise sur les dĂ©lits de presse. Cette derniĂšre appelle Ă  punir tous les journalistes qui soutiennent la Commune, y compris quand ils soutiennent la conciliation :

« [
] chaque Ă©poque est mise en prĂ©sence de dangers qui lui sont propres : je vous signale tout particuliĂšrement ceux du temps oĂč nous vivons. Il se trouve, en ce moment, des Ă©crivains qui dĂ©shonorent leur plume par les plus honteuses apostasies et les entreprises les plus violentes contre les principes essentiels de tout ordre social. 
. tout en prodiguant sans cesse le grand nom de libertĂ©, ils sont devenus les adorateurs, ils se font par toute la France les apologistes effrontĂ©s d’une dictature usurpĂ©e par des Ă©trangers ou des repris de justice, qui a inaugurĂ© son rĂšgne par l’assassinat, qui le signale tous les jours par l’arrestation de bons citoyens, le bris des presses, le pillage des Ă©tablissements publics, le vol avec effraction, de nuit et Ă  main armĂ©e, chez les particuliers, l’incarcĂ©ration des prĂȘtres, l’enlĂšvement et la rĂ©duction en lingots des vases sacrĂ©s. Oui, la force matĂ©rielle qui s’est constituĂ©e dans Paris sous le nom de Commune pour commettre de si abominables excĂšs trouve des apologistes qui deviendraient bientĂŽt ses imitateurs si elle triomphait. Ce ne sont pas les ennemis d’un gouvernement quelconque, mais de toute sociĂ©tĂ© humaine ; vous ne devez pas hĂ©siter Ă  les poursuivre. Et ne vous laissez pas arrĂȘter lorsque, dans un langage plus modĂ©rĂ© en apparence, sans ĂȘtre moins dangereux, ils se font les apĂŽtres d’une conciliation Ă  laquelle ils ne croient pas eux-mĂȘmes; mettant sur la mĂȘme ligne l’AssemblĂ©e issue du suffrage universel et la prĂ©tendue Commune de Paris ; reprochant Ă  la premiĂšre de n’avoir pas accordĂ© Ă  Paris ses droits municipaux, bien que, pour la premiĂšre fois, l’AssemblĂ©e nationale ait donnĂ© spontanĂ©ment Ă  cette grande ville tous les droits de reprĂ©sentation et administration dont jouissent les autres communes de France ; enfin la suppliant de tendre sa noble main Ă  la main tachĂ©e de sang que ses ennemis n’oseraient lui prĂ©senter. Pour ĂȘtre plus hypocrite, ce langage n’est pas moins coupable : il Ă©nerve le sentiment du juste et de l’injuste ; il habitue Ă  considĂ©rer du mĂȘme Ɠil l’ordre lĂ©gal et l’insurrection, le pouvoir crĂ©Ă© par le vƓu de la France et la dictature qui s’est imposĂ©e par le crime et rĂšgne par la terreur. Â»

Elie Reclus, 44 ans, Journaliste

La droite est mĂ©contente de Monsieur Thiers. Elle lui reproche d’avoir manquĂ© son coup le 18 mars, de n’avoir pas encore rĂ©duit Paris, d’avoir dans ses conseils messieurs Picard, Favre et Simon coupables, non pas d’avoir trahi la France par leur lĂąchetĂ© et leur incapacitĂ©, mais coupables d’avoir usurpĂ© le pouvoir sur les Bonaparte et de ne l’avoir pas restituĂ© Ă  Henri V[2] soit directement soit indirectement par l’intermĂ©diaire de quelque nouveau plĂ©biscite. Les yeux jaloux de la droite, ont scrutĂ© tous les fonctionnaires dans tous les coins et recoins de la RĂ©publique et prĂ©tendent avoir dĂ©couvert quelques rĂ©publicains oubliĂ©s dans les cantons reculĂ©s. Monsieur Le Duc d’Audiffred-Pasquier prĂ©tend en avoir dĂ©couvert plusieurs cachĂ©s dans des bureaux de bienfaisance, on affirme qu’il en existe encore parmi les employĂ©s de prĂ©fecture, et mĂȘme parmi les substituts et les procureurs, il est indiscutable que tous les maĂźtres d’école et gardes champĂȘtres ne sont pas encore dans la main de leurs curĂ©s. [
]

La droite ne peut entendre sans une sourde irritation Monsieur Thiers affirmant de son air le plus candide Ă  une dĂ©putation des pacificateurs qu’il ne complote nullement contre la RĂ©publique et que la RĂ©publique subsistera tant que lui, Thiers, sera prĂ©sident de la RĂ©publique. L’EspĂ©rance du Peuple, journal lĂ©gitimiste de Nantes, perd enfin toute patience : « Non il faut le dire hautement monsieur Thiers n’a pas Ă©tĂ© nommĂ© dans 24 dĂ©partements pour consolider la RĂ©publique. Il a Ă©tĂ© nommĂ© pour prĂ©parer la monarchie ».

La droite, dĂ©cidĂ©e Ă  congĂ©dier Monsieur Thiers dĂšs qu’elle le pourra, entend lui laisser la conduite de la guerre, faire tuer le plus grand nombre de rĂ©publicains et rĂ©volutionnaires que faire ce peu, puis le mettre Ă  la porte du pouvoir, dĂšs qu’il aura ouvert celles de Paris. Pour le punir d’avoir dit : « la RĂ©publique subsistera temps que j’en serai le prĂ©sident », la droite compte le renverser mĂȘme avant la RĂ©publique sa protĂ©gĂ©e.

Constitution de l’Alliance rĂ©publicaine des dĂ©partements

Une rĂ©union de tou-tes les habitant-es natifs-ves des dĂ©partements s’est tenue aujourd’hui au cirque national, boulevard des filles du calvaire, avec l’objectif de constituer l’alliance rĂ©publicaine des dĂ©partements. MalgrĂ© un prix d’entrĂ©e de 20 centimes, plus de 6 000 personnes Ă©taient prĂ©sentes.

C’est le dĂ©putĂ© Jean baptiste MilliĂšre qui a Ă©tĂ© dĂ©signĂ© comme prĂ©sident de sĂ©ance de cette rĂ©union survoltĂ©e[3]. Les interventions se sont succĂ©dĂ©es pour rĂ©clamer le concours actif de la province Ă  la cause de la Commune, notamment celle de la Citoyenne BaulĂ©, fĂ©licitĂ©e par MilliĂšre. L’objectif est de gagner la sympathie des rĂ©publicain-es provinciaux/iales en faisant parvenir aux ami-es d’enfance, Ă  la famille les informations contre la propagande versaillaise.

L’Alliance est mise en place, avec une Commission exĂ©cutive Ă©lue composĂ©e notamment de MilliĂšre, Louis Michel ThĂ©lidon, Henry Darboy, Émile MiĂšgeville, AimĂ© FroudiĂšre et Renaudin. Son siĂšge est au numĂ©ro 2 de la rue du 4 septembre.

Perquisition par la garde nationale

Les Ă©trangers dans la Commune

Les Versaillais dĂ©noncent le rĂŽle des Ă©tranger-es dans la Commune, qui est fiĂšre d’affirmer que « toute citĂ© a le droit de donner le titre de citoyen aux Ă©trangers qui la servent Â».

La Commune a ainsi nommĂ© LĂ©o Frankel dĂ©lĂ©guĂ© au travail et a donnĂ© Ă  deux gĂ©nĂ©raux polonais, Dombrowsky et Wroblewski, des responsabilitĂ©s importantes. De la mĂȘme maniĂšre, la base de la garde nationale a aussi Ă©lu des officiers Ă©trangers en grand nombre.

C’est tout Ă  fait normal : les 100 000 Ă©tranger-es qui sont toujours lĂ  aujourd’hui (il est probable que la moitiĂ© des 200 000 Ă©tranger-es qui se trouvaient Ă  Paris avant la guerre ont quittĂ© la capitale) vivent et travaillent avec le peuple ouvrier parisien. Tous les rĂ©cent-es parisien-nes issu-es des provinces françaises cohabitent sans heurts avec les belges, les polonais-es, les suisses, les italien-nes (les Allemand-es et les Autrichien-nes ont quittĂ© la France au dĂ©but de la guerre). La lĂ©gislation de 1851 qui a fini par dĂ©finir la notion de nationalitĂ© comme Ă©tant fondĂ©e sur le « droit du sol Â» n’empĂȘche pas les ouvrier-es de vivre avec celles et ceux qui sont comme elles et eux soumis-es aux mĂȘmes dominants. Iels sont plus proches de Garibaldi que des gĂ©nĂ©raux qui ont capitulĂ©. Et l’on en arrive tout naturellement Ă  ce qu’un Ă©tranger sur trois membres de la garde nationale soit officier de cette garde nationale. Se battre pour la RĂ©publique universelle, c’est çà! Et il est tout aussi naturel que les Ă©tranger-es aient accĂšs aux mĂȘmes droits sociaux que les français-es, notamment l’accueil dans les Ă©coles publiques, l’allocation de garde national, etc.

Interdiction du travail de nuit des boulangers Ă  partir du 27 avril

Le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la commission du travail et de l’échange

Vu l’arrĂȘtĂ© de la Commission exĂ©cutive supprimant le travail de nuit des ouvriers boulangers, et instituant dans les vingt mairies un bureau de renseignement Ă  l’usage des patrons et ouvriers.

ARRÊTE :

1° L’arrĂȘtĂ© prĂ©citĂ© aura cours d’exĂ©cution Ă  partir du jeudi 27 avril prochain.

2° Deux livres, portant les offres et demandes, seront ouverts dans chaque municipalité au bureau de renseignement déjà existant.

Paris, le 23 avril 1871.

Le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la commission de travail et d’échange, LĂ©o Frankel

Sur l’organisation du travail, suites

Le dĂ©cret sur les ateliers abandonnĂ©s demandait aux chambres syndicales ouvriĂšres la mise en place d’une commission d’enquĂȘte notamment pour dresser une statistique des dits ateliers, et pour voir comment il est possible de les remettre en exploitation par le biais de l’association coopĂ©rative des travailleurs qui y Ă©taient employĂ©s.

Le syndicat des mĂ©caniciens et l’association mĂ©tallurgique se sont rĂ©unis en assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des mĂ©tallurgistes parisiens.  Ils viennent d’élire deux dĂ©lĂ©guĂ©s Ă  la commission d’enquĂȘte avec  le le mandat suivant :

« considĂ©rant, qu’avec la Commune, expression de la rĂ©volution du 18 mars, l’égalitĂ© ne doit pas ĂȘtre un vain mot, que la lutte si vaillamment soutenue que nous voulons continuer jusqu’à l’extinction du dernier des clĂ©ricaux et royalistes, a pour but notre Ă©mancipation Ă©conomique, que ce rĂ©sultat ne peut ĂȘtre obtenu que par l’association des travailleurs qui, seule, doit transformer notre condition de salariĂ©s en associĂ©s,

dĂ©clarons donner Ă  nos dĂ©lĂ©guĂ©s les instructions gĂ©nĂ©rales suivantes : supprimer l’exploitation de l’homme par l’homme, derniĂšre forme de l’esclavage, organiser le travail par associations solidaires Ă  capital collectif et inaliĂ©nable Â».

Ces formules sont rĂ©vĂ©latrices des espoirs ouvriers de transformer la condition de salariĂ©s en associĂ©s. Mais au travail de recensement pour la reprise des Ă©tablissements n’a pas encore dĂ©butĂ©.

La chambre syndicale des ouvriers tailleurs invite les autres chambres syndicales et associations ouvriĂšres Ă  nommer leurs dĂ©lĂ©guĂ©s Ă  la Commission d’enquĂȘte : « s’abstenir serait trahir la cause de l’émancipation du travail Â».

Le prĂ©sident de l’association coopĂ©rative des fondeurs en fer Ă©crit Ă  Avrial, membre de la Commission de la Guerre, pour rĂ©clamer une plus forte part dans les commandes de munitions.

La nĂ©gociation sur l’échange entre l’archevĂȘque et Blanqui toujours en cours

Aujourd’hui Monseigneur Darboy a remis Ă  Monsieur Washburne, l’ambassadeur des États-Unis une lettre Ă  remettre Ă  l’abbĂ© Lagarde. Celui-ci est toujours en nĂ©gociation Ă  Versailles, lui qui s’était engagĂ© Ă  revenir Ă  Paris lorsqu’il a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© pour cette nĂ©gociation :

« Au reçu de cette lettre, en quelque Ă©tat que se trouve la nĂ©gociation dont il a Ă©tĂ© chargĂ©, Monsieur Lagarde voudra bien reprendre immĂ©diatement le chemin de Paris et rentrer Ă  Mazas. On ne comprend guĂšre que dix jours ne suffisent pas Ă  un gouvernement pour savoir s’il veut accepter ou non l’échange proposĂ©. Ce retard nous compromet gravement, et peut avoir les plus fĂącheux rĂ©sultats. Â»

Mazas le 23 avril 1871

Monseigneur Darboy

Du cÎté des clubs

Club des citoyennes de Passy. Réunion mentionnée par un journaliste hostile à la Commune A. de Balathier Braguelonne

Dimanche, à 8h du soir, la salle de la justice de paix, à Passy, avenue se réunit, pour la premiÚre fois, le club des citoyennes de la localité. La séance avait été précédemment annoncée par une affiche rouge.

Environ 150 citoyennes sont prĂ©sentes, un citoyen qui s’était introduit dans la salle est priĂ© d’en sortir.

Cinq déléguées de la Commune, en toilette noire et rouge prennent place au bureau.

La sĂ©ance ouverte, la PrĂ©sidente s’est exprimĂ©e Ă  peu prĂšs en ces termes :

Notre but est de fonder une sociĂ©tĂ© de citoyennes, dite SociĂ©tĂ© d’émulation, au profit de la Bonne Commune de Paris.

Les dĂ©lĂ©guĂ©s de la commune ont dĂ©jĂ  installĂ© leur sociĂ©tĂ© dans tout Paris, Ă  l’exception de Passy, qu’elles avaient rĂ©servĂ© pour la fin.

La commune, continue l’oratrice en s’échauffant, nous l’avons Ă  prĂ©sent et nous de la perdrons jamais.
La femme, qui ne gagne que 1 francs 50, gagnera dĂ©sormais 3 francs. Le bourgeois qui est notre ennemi sera supprimĂ©. Il n’y aura plus de prĂȘtes, plus de bourgeois.

Qu’est-ce qui s’engraisse sur les sueurs du peuple ? C’est le bourgeois.

Qui donc se fait construire des chĂąteaux, tandis que le peuple vit dans de misĂ©rables mansardes ? Pendant que Versailles massacre le peuple, qui donc refuse de se battre ? C’est encore le bourgeois.

Non, non, plus de bourgeois, plus de prĂȘtres ! Que les Ă©glises deviennent des ateliers, que les bourgeois et les prĂȘtres travaillent avec nous de leurs propres mains. Non, plus de sƓur, plus de frĂšres, ce sont des fainĂ©ants ! Ils parlent du bon Dieu et du ciel, l’ont-ils jamais vu ? Moi je ne l’ai pas vu.

Si vous aviez vu comme moi tous les morts, morts, tout le sang dans les ambulances, dans la bataille, vous voudriez comme moi aller vous battre et marcher en avant des hommes.

Il faut dĂ©truire jusqu’au dernier de tous les gendarmes, tous les sergents de ville.

L’oratrice continue encore longtemps ainsi et finit en invitant les citoyennes Ă  s’inscrire, leur dĂ©clarant qu’elle seraient payĂ©es.

Plusieurs autres discours dans le mĂȘme genre sont prononcĂ©s par les dĂ©lĂ©guĂ©s de la commune. Une seule citoyenne dans l’auditoire essaie d’y rĂ©pondre au nom de la raison et du bon sens.

À 10h la sĂ©ance est levĂ©e.

De nouveaux les citoyennes sont invitĂ©es Ă  s’inscrire, une douzaine rĂ©pondent Ă  cette invitation.

Des sĂ©ances rĂ©guliĂšres du club sont annoncĂ©es comme devant avoir lieu les mardis et jeudis de chaque semaine dans la mĂȘme salle. Mais le dĂ©but ne promet ni un grand empressement ni un grand enthousiasme.

En bref

La premiĂšre rĂ©union des dĂ©lĂ©guĂ©s chargĂ©s de prĂ©senter un projet de rĂ©organisation des Ă©tudes mĂ©dicales a eu lieu, une seconde rĂ©union se tiendra mardi prochain, Ă  huit heures du soir, au petit amphithĂ©Ăątre de l’École de mĂ©decine. Les arrondissements non encore reprĂ©sentĂ©s sont priĂ©s d’envoyer leurs dĂ©lĂ©guĂ©s.

Ordre du jour : discussion des candidatures à la commission définitive.

Depuis le 15 avril, le cours d’arabe a lieu les mercredis et vendredis, à onze heures et demie, au Collùge de France.

Paru dans le Journal Officiel

Des extraits du Daily Telegraph dĂ©clarant que les rĂ©cits de ce qui se passe Ă  Paris lui paraissent grandement exagĂ©rĂ©s ; puis il en rejette l’entiĂšre responsabilitĂ© sur les membres du gouvernement de Versailles.

« La fuite de M. Thiers, le 19 mars, a livrĂ© aux ennemis de l’ordre versaillais tous les habitants des quartiers environnant la place de la Bourse. C’est Ă  M. Thiers qui les a abandonnĂ©s, et non Ă  la Commune, que les amis de l’ordre doivent reprocher tout leur malheur, — si malheur il y a.

« Pour ĂȘtre sincĂšre, il est extraordinaire que les rĂ©publicains modĂ©rĂ©s, partisans du programme de la Ligue de conciliation, aient Ă©tĂ© reçus avec un si grand dĂ©dain par le dictateur de Versailles ».

En débat

Quelle justice mettre en place ?

La volontĂ© de sĂ©vĂ©ritĂ© populaire Ă  l’égard des dĂ©linquants, des voleurs, et surtout des profiteurs, des propriĂ©taires, des policiers, des mouchards, des rĂ©fractaires, des curĂ©s, bref de tous ceux qui mĂ©prisent le peuple, qui l’oppriment et l’exploitent est omniprĂ©sente. Verbalement, dans la rue, dans les clubs, dans les journaux, mais aussi dans les actes, mĂȘme si c’est beaucoup plus rare. L’idĂ©e de vengeance est prĂ©sente, et comprĂ©hensible. Le refus de la justice de classe gĂ©nĂ©ralisĂ©.

Cette sĂ©vĂ©ritĂ© populaire n’est pas toujours en harmonie avec l’idĂ©e de la justice et de l’état de droit que se font beaucoup de membres Ă©lus de la Commune. On a vu ces derniers jours de multiples dĂ©cisions prises par la Commune dans un sens dĂ©mocratique, comme la dĂ©cision de notification de toute arrestation dans les 24 heures, ou la validation des exĂ©cutions par la Commission exĂ©cutive.

Depuis des annĂ©es, les rĂ©publicains dĂ©mocrates refusent l’arbitraire et rĂ©flĂ©chissent Ă  l’organisation d’une rĂ©publique dĂ©mocratique et sociale, dans laquelle la justice ne soit pas entre les mains des possĂ©dants et du pouvoir en place. Le dĂ©bat contre la peine de mort, pour tous les crimes, divise les rĂ©publicains, mais il est portĂ© par une grande figure morale, Victor Hugo, depuis plus de 20 ans.

Les membres de la Commune veulent amĂ©liorer les droits des justiciables, quels qu’ils soient, une justice plus accessible au peuple, l’élection des magistrats. Ils veulent une justice qui rĂ©gĂ©nĂšre plutĂŽt qu’elle ne punit.

Des centaines de petits voleurs qui croupissaient dans les prisons ont été libérés, une commission visite les prisons.

Mais la situation est compliquĂ©e Ă  gĂ©rer, la quasi-totalitĂ© des juges et procureurs, des greffiers, avouĂ©s, est partie Ă  Versailles. Les prioritĂ©s que s’est donnĂ©es la commission de la Justice est la remise en fonctionnement des justices de paix de premiĂšre instance, d’avancer vers la gratuitĂ© des actes, de mettre en place des magistrats et des agents fonctionnaires, comme cela vient d’ĂȘtre actĂ© pour les huissiers, notaires, commissaires-priseurs et greffiers. Mais par manque de temps, les Ă©lections de magistrats ne sont pas organisĂ©es. Alors, les magistrats sont recrutĂ©s Ă  la hĂąte, parmi les amis, les proches.

Mais la situation de guerre civile amÚne à prendre des décisions, comme le décret des otages, la création de juridictions exceptionnelles qui sont contradictoires avec la volonté démocratique globale.

Trouver l’équilibre, conserver les principes dans une telle situation de violence est difficile, mais incontournable.

Notes

[1] N’oublions pas sa participation Ă  l’évasion de Blanqui en 1865.

[2]  Il s’agit du Comte de Chambord, un Bourbon, qui a Ă©tĂ© nommĂ© roi Ă  10 ans en 1830 sans ĂȘtre couronnĂ©, car c’est son cousin Louis Philippe qui est montĂ© sur le trĂŽne. Pour les lĂ©gitimistes, c’est le prĂ©tendant naturel aujourd’hui.

[3] Informations Michel Cordillot

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Source: Contretemps.eu