Avril 2, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Versailles attaque, c’est un acte de guerre civile !

MalgrĂ© les mauvaises nouvelles de province qui s’accumulent, les communes dĂ©faites Ă  Lyon, Narbonne, Saint-Étienne, Le Creusot, et celle de Marseille en difficultĂ©, il n’y a pas d’inquiĂ©tude perceptible dans les cafĂ©s et les rues des quartiers populaires.

Dans la matinĂ©e pluvieuse, la population entend pour la premiĂšre fois depuis la fin de la guerre le bruit de la fusillade et du canon : la guerre civile vient d’ĂȘtre dĂ©clarĂ©e par Versailles.

Il y avait bien depuis quelques jours des escarmouches entre les sentinelles avancées des troupes versaillaises et des gardes nationaux, mais sans grande gravité.

Ce matin c’est autre chose, une agression contre la Commune, contre les Parisien-nes.

Des responsables militaires de la Commune avaient organisĂ© une reconnaissance vers le Mont ValĂ©rien, clef militaire Ă  l’Ouest de Paris pour toute sortie vers Versailles.

Les gardes nationaux qui avançaient vers Courbevoie ont Ă©tĂ© pris sous le feu du Mont ValĂ©rien. Lors de l’avancĂ©e des gendarmes venant de Courbevoie vers le Pont de Neuilly accompagnĂ©e de bombardement, les premiĂšres victimes ont Ă©tĂ© les Ă©lĂšves d’un pensionnat de Neuilly. Les gardes nationaux ont reculĂ© jusqu’à la porte Maillot, Ă  cent mĂštres des fortifications. On ne connaĂźt pas exactement le nombre fĂ©dĂ©rĂ©s morts, blessĂ©s et faits prisonniers.

TĂ©moignage : Élie Reclus

Vers 9 heures du matin, les fĂ©dĂ©rĂ©s, postĂ©s au pont de Neuilly et aux alentours, dormaient encore dans leurs corps de garde, faisaient la popote, dĂ©jeunaient, prenaient leur cafĂ© ou jouaient au bouchon, quand une masse indĂ©terminĂ©e de troupes versaillaises, dont personne n’avait signalĂ© l’approche, se rĂ©pand Ă  Courbevoie, Neuilly. Au rond-point, un garde national voit tout d’un coup une bande de soldats, [
] le garde national tire aussitĂŽt sur l’homme en tĂȘte et l’étend raide mort [
] À peine a-t-il dĂ©chargĂ© son fusil que lui-mĂȘme tombe sous les baĂŻonnettes, est achevĂ© Ă  coups de crosse, le poste tout entier est envahi, massacrĂ©, sauf quelques individus qui fuient de part et d’autre et que les balles n’atteignent pas. Sur le rond-point sont alors installĂ©s des canons et mitrailleuses qui dominent la grande et large avenue triomphale. Les Versaillais balayent Courbevoie et Puteaux, ils descendent sur Paris. Une patrouille de gendarmes avance jusqu’au pont de Neuilly et somme les gardes nationaux en faction de se retirer. Ceux-ci rĂ©pondent en invitant les gendarmes Ă  faire cause commune avec le peuple. Le MarĂ©chal des logis donne l’ordre de charger, mais les gardes nationaux ripostent et les gendarmes se retirent. Plusieurs compagnies de gardes nationaux se lancent alors sur leurs traces, ils remontent jusqu’au rond-point. LĂ  ils sont accueillis par la fusillade des zouaves de Charrette, embusquĂ©s derriĂšre une barricade et qui les mitraillent aux cris de « Vive le Roy ! Â». Surpris et dĂ©cimĂ©s, les nationaux battent en retraite, zouaves, gendarmes, argousins et lignards derriĂšre eux ; la bataille reflue jusqu’à la porte Maillot, qu’un instant on parut croire en danger. Survinrent alors les tirailleurs de la Presse, une centaine de volontaires garibaldiens qui rĂ©tablirent le combat. Peu Ă  peu, les gardes nationaux arrivaient en foule [
] Ce que voyant, les Versaillais battirent en prompte retraite de l’autre cotĂ© du pont. [
] À partir de midi, tout rentre peu Ă  peu dans le silence.

A la sĂ©ance de la Commune, nombre d’élus condamnent les gĂ©nĂ©raux pour avoir engagĂ© cette reconnaissance sans consulter ni la Commune, ni la Commission exĂ©cutive.
Vers deux heures du soir, la Commission exĂ©cutive a fait placarder dans Paris la proclamation suivante :

A la Garde Nationale de Paris,

Les conspirateurs royalistes ont attaqué.

MalgrĂ© la modĂ©ration de notre attitude, ils ont attaquĂ©. Ne pouvant plus compter sur l’armĂ©e française, ils ont attaquĂ© avec les zouaves pontificaux et la police impĂ©riale.

Non contents de couper les correspondances avec la province et de faire de vains efforts pour nous rĂ©duire par la famine, ces furieux ont voulu imiter jusqu’au bout les Prussiens et bombarder la capitale.

Ce matin, les Chouans de Charrette, les VendĂ©ens de Cathelineau, les Bretons de Trochu, flanquĂ©s des gendarmes de Valentin, ont couvert de mitraille et d’obus le village inoffensif de Neuilly, et engagĂ© la guerre civile avec nos gardes.

Il y a eu des morts et des blessés.

Élus par la population de Paris, notre devoir est de dĂ©fendre la grande citĂ© contre ces coupables agresseurs. Avec votre aide, nous la dĂ©fendrons.

Paris, 2 avril 1871.

La Commission exĂ©cutive, BERGERET, EUDES, DUVAL, LEFRANÇAIS, FELIX PYAT, G. TRIDON, E. VAILLANT

Le rappel est battu dans tous les quartiers durant l’aprĂšs-midi, les bataillons se massent dans l’avenue de Neuilly, face aux troupes versaillaises de l’autre cĂŽtĂ© du pont. Ils arrivent des quartiers Saint-Antoine, de Belleville, de Montmartre
 L’opinion populaire veut rĂ©pondre au coup de main versaillais sur Paris par un coup de main sur Versailles.

Dans la soirĂ©e, Ă  cinq heures, Thiers crie victoire, annonce que ses troupes ont emportĂ© la barricade du pont de Neuilly, faisant du cĂŽtĂ© des fĂ©dĂ©rĂ©s des morts, des blessĂ©s et des prisonniers, affirmant « l’exaspĂ©ration des soldats Ă©tait extrĂȘme, et s’est surtout manifestĂ©e contre les dĂ©serteurs qui ont Ă©tĂ© reconnus Â».

C’est bien autre chose qui s’est passĂ© que des soldats qui n’obĂ©issent pas aux ordres et qui tuent des dĂ©serteurs. Cinq prisonniers, quatre gardes nationaux et un soldat de ligne des nĂŽtres, ont Ă©tĂ© fusillĂ©s par les gendarmes au pied du Mont ValĂ©rien, et dĂ©posĂ©s les mains liĂ©es sur le quai de Puteaux Ă  cĂŽtĂ© du pont de Neuilly. Cet assassinat est manifestement la premiĂšre application d’une rĂ©solution prise par Versailles, le communiquĂ© de Thiers en atteste. Ils sont prĂȘts Ă  tous les massacres, Ă  l’exĂ©cution des prisonniers !

La réaction à cette agression

A sept heures, le citoyen Cluseret, que le ComitĂ© Central avait souhaitĂ© le 31 mars comme chef du dĂ©partement de la guerre avec mission de rĂ©organiser l’administration de la Garde nationale, est nommĂ© par la Commune cette fois-ci dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre, conjointement avec le citoyen Eudes, et il entre immĂ©diatement en fonctions. Ce choix marque la volontĂ© Ă  la fois de contrĂŽler ce qui se passe au niveau militaire, mais aussi d’aplanir les diffĂ©rends avec le ComitĂ© central de la Garde nationale.

Les trois gĂ©nĂ©raux dĂ©fendent auprĂšs de la Commission exĂ©cutive le dĂ©sir des Parisien-nes, des bataillons de la Garde nationale de marcher sur Versailles, et proposent un plan d’attaque. Bergeret dĂ©clare aux membres de la Commune rĂ©unis que le Mont ValĂ©rien ne tirera pas sur les fĂ©dĂ©rĂ©s, Cluseret ajoute que la fraternisation des troupes annihilera la rĂ©sistance versaillaise. Il est vrai que dans la journĂ©e, deux rĂ©giments versaillais se sont dĂ©sagrĂ©gĂ©s, les 74Ăšme et 113Ăšme. Les Versaillais ont Ă©tĂ© sauvĂ©s par Gallifet qui a fait ouvrir le feu par la demi-batterie d’artillerie de la brigade de cavalerie sous la menace de son arme, imitĂ© par d’autres officiers : les artilleurs qui hĂ©sitaient Ă  tirer ont fini par obĂ©ir.

Les membres civils de la Commission, au contraire, estiment que la Commune doit seulement se dĂ©fendre pour montrer Ă  la France qui est le fauteur de guerre civile. En outre ils estiment, comme Cluseret, que la Garde nationale, excellente pour la dĂ©fense, n’est pas organisĂ©e pour une attaque, et ils pensent que la seule carte de l’enthousiasme ne pourra inverser cela.

Rossel emprisonnĂ© puis nommĂ© chef d’état-major

Rossel Ă©tait parti dans la nuit Ă  la tĂȘte de 2000 hommes divisĂ©s en trois groupes commandĂ©s par BenoĂźt Malon, GĂ©rardin et le sous-chef de lĂ©gion. DĂšs les premiĂšres escarmouches, certains bataillons se replient en dĂ©sordre. Il ajoute « voyant l’impossibilitĂ© de conduire ces gens Ă  l’ennemi, nous rĂ©solĂ»mes de les faire rentrer en ville Â». Mais les tensions avec les gardes lors du repli furent telles qu’il faillit se faire fusiller par ses soldats. À son retour Ă  la mairie du XVIIeme, il veut faire le tri parmi les officiers, oubliant qu’ils avaient Ă©tĂ© Ă©lus ! On l’arrĂȘte, on le conduit Ă  la prĂ©fecture de police oĂč il est Ă©crouĂ©.

Il sera libĂ©rĂ© sur l’insistance de BenoĂźt Malon et GĂ©rardin et nommĂ© le soir chef d’état-major de Cluseret.

Leurs conclusions rĂ©sumĂ©es par Gustave Lefrançais demandent de remettre Ă  la Commission exĂ©cutive un Ă©tat dĂ©taillĂ©, et par bataillons, des forces placĂ©es sous les commandements respectifs, un Ă©tat d’armement de chacun des bataillons, un Ă©tat de l’artillerie possĂ©dĂ©e par la Commune, ainsi que des affĂ»ts, trains et fourgons et matĂ©riel de rechange, un inventaire de toutes les munitions de guerre et l’indication prĂ©cise de tous les dĂ©pĂŽts et poudriĂšres oĂč ces munitions sont renfermĂ©es. Les gĂ©nĂ©raux sont de plus invitĂ©s Ă  organiser immĂ©diatement, en faisant appel aux bras disponibles et en requĂ©rant les matĂ©riaux nĂ©cessaires, les ateliers de rĂ©paration d’armes et de charronnage, afin de remettre promptement en Ă©tat le matĂ©riel de guerre qui avait besoin d’ĂȘtre rĂ©parĂ©. Enfin ils doivent s’assurer du service rĂ©gulier des provisions de bouche nĂ©cessaires Ă  toute offensive.

TĂ©moignage : Adolphe De Balathier Braguelonne, 60 ans, journaliste Ă  La petite Presse, journal anti-communard

Sept heures. Un grand nombre de bataillons de la Garde nationale montent l’avenue des Champs-ElysĂ©es. Nous en rencontrons trois autres sur la place de la Concorde.
De la rue de Rivoli débouchent plusieurs compagnies qui amÚnent des piÚces de sept nouveau modÚle. Les piÚces sont traßnées par de grands chevaux gris pommelé, qui sans doute ont été obtenus, par réquisition, de la compagnie des omnibus.
Des voitures de vivres suivent ces colonnes.
Beaucoup de femmes dans les rangs. Quelques-unes portent le fusil ou le sac.
Çà et là nous apercevons quelques zouaves et cinq ou six marins.

PrĂšs des Tuileries, nous rencontrons un autre bataillon dont la musique joue la Marseillaise.

À plusieurs reprises, nous entendons les passants crier : « OĂč allez-vous ? Â» et les gardes nationaux de rĂ©pondre : « Ă€ Versailles ! Â».
Des femmes exaspérées profÚrent des menaces et des injures que nous ne pourrions reproduire.

[
]

Onze heures

Les Champs-ElysĂ©es sont dĂ©serts ; Ă  peine, de loin en loin, quelque passant qui regagne son logis d’un pas prĂ©cipitĂ©.

Trois bataillons de la Villette descendent l’avenue des Champs-ElysĂ©es et se croisent, Ă  la place de la Concorde avec les bataillons qui s’en vont dans la direction du Corps lĂ©gislatif.

Échange de « Vive la Commune ! Â»

[
]

Sur la place VendĂŽme, la plus grande animation n’a cessĂ© de rĂ©gner le jour et toute la soirĂ©e. C’est un chassĂ©-croisĂ© d’ordonnances, d’officiers et de bataillons qui vont et viennent.
La place st transformĂ©e en vaste camp ; les feux s’allument, les cantines s’établissent, les hommes, au nombre de trois mille environ, bivouaquent en plein air.

Toute la nuit des bataillons se massent entre Neuilly et la porte de Versailles. L’enthousiasme et l’espoir du triomphe animent tous les cƓurs. Combien Ă©taient-ils mobilisĂ©s Ă  la hĂąte, dans l’exaspĂ©ration, la volontĂ© de venger leurs camarades, des dizaines de milliers, cent mille hommes ?

Les gĂ©nĂ©raux populaires, Bergeret, Eudes, Duval, Flourens, poussĂ©s par cette vague des quartiers populaires qui rĂ©clame la « descente torrentielle sur Versailles Â» prĂ©parent l’expĂ©dition de demain que Cluseret adopte.

Flourens propose dĂ©part dans la nuit mĂȘme, pour profiter de la surprise. Eudes, Duval et Bergeret temporisent pour l’organiser, mais en fait ils n’ont pas le temps de le faire sĂ©rieusement.

 

Les mesures complémentaires contre Thiers et les siens

La Commune décide la mise en accusation des responsables de cette attaque et saisit leurs biens.

 La Commune de Paris,

ConsidĂ©rant que les hommes du gouvernement de Versailles ont ordonnĂ© et commencĂ© la guerre civile, attaquĂ© Paris, tuĂ© et blessĂ© des gardes nationaux, des soldats de ligne, des femmes et des enfants ;

Considérant que ce crime a été commis avec préméditation et guet-apens contre tout droit et sans provocation,

DĂ©crĂšte :

Art. 1er. MM. Thiers, Favre, Picard, Dufaure, Simon et Ponthuau sont mis en accusation.

Art. 2. Leurs biens seront saisis et mis sous sĂ©questre, jusqu’à ce qu’ils aient comparu devant la justice du peuple.

Les dĂ©lĂ©guĂ©s de la Justice et de la SĂ»retĂ© GĂ©nĂ©rale sont chargĂ©s de l’exĂ©cution du prĂ©sent dĂ©cret.

La Commune de Paris

Par ailleurs, la Commune, constatant que diverses administrations publiques et particuliĂšres de Paris ont formĂ© leurs employĂ©s de tout ordre en compagnies spĂ©ciales de la Garde nationale en dehors de tout service particulier, estime qu’il s’agit lĂ  d’un abus redoutable pour la sĂ©curitĂ© gĂ©nĂ©rale. Elle dĂ©cide qu’elles seront immĂ©diatement versĂ©es dans les bataillons de la Garde nationale et leur demande de rĂ©Ă©lire leurs officiers.

Dans le journal La Commune. DerniĂšre heure

Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que l’AssemblĂ©e de Versailles s’est dissoute. Sans garantir cette nouvelle, que notre correspondant de Versailles fait d’ailleurs pressentir, nous trouvons la dĂ©cision vraisemblable, car elle autorise les ruraux Ă  se mettre Ă  l’abri des Ă©claboussures de la bagarre qu’ils ont provoquĂ©e, mais dont ils ne veulent pas partager les risques. Les dispositions de l’armĂ©e et les opĂ©rations qui ont prĂ©ludĂ© Ă  l’attaque ne sont probablement pas Ă©trangĂšres Ă  cette sage rĂ©solution.

Nous attendons avec impatience la confirmation de cette nouvelle qui faciliterait singuliĂšrement la solution d’un conflit aggravĂ© par l’aveugle obstination des reprĂ©sentants villageois.

Le travail de la Commune continue : deux dĂ©crets majeurs sont adoptĂ©s :

1/ La sĂ©paration de l’Église et de l’État

Cette dĂ©cision allait de soi, mais dĂ©passe clairement les attributions d’une commune, montre l’aspiration Ă  des dĂ©cisions qui modifient en profondeur le systĂšme politique et social. La Commune dĂ©cide ici pour l’État.
Le soutien de l’épiscopat Ă  Louis-NapolĂ©on Bonaparte aprĂšs le coup d’état, les liens trĂšs forts entre l’Église et l’Empire, la place de l’Église dans la sociĂ©tĂ©, l’école, les hĂŽpitaux, dans la morale imposĂ©e aux milieux populaires ont construit et entretenu une haine du « parti clĂ©rical Â» bien dĂ©veloppĂ©e. Le catholicisme est une doctrine qui condamne les « erreurs modernes Â», le rationalisme qui menace de saper la sociĂ©tĂ©, qui pourfend le socialisme et le communisme. Les prĂȘtres, le clergĂ©, la hiĂ©rarchie catholique sont les personnes parmi les plus dĂ©testĂ©es. La complicitĂ© de l’Église avec Thiers et les Versaillais ne fait qu’accentuer un anticlĂ©ricalisme omniprĂ©sent.

Dans la tradition sans-culotte, les propos contre la « race ignoble des prĂȘtres Â», et les « gueuses de sƓurs Â», les blasphĂšmes sont partout. La majoritĂ© des ouvrier-es parisien-nes est enterrĂ©e sans recevoir les derniĂšres bĂ©nĂ©dictions. Le mouvement libre penseur est trĂšs puissant. Une explosion dĂ©christianisatrice est en cours, dans le droit fil des sans-culottes.

La libertĂ© de conscience est inscrite en tĂȘte des constitutions, alors qu’on a continuĂ© de rĂ©tribuer les cultes sur l’impĂŽt qui pĂšse sur la totalitĂ© des citoyens, mĂȘme ceux qui n’en pratiquent aucun. Le dĂ©cret met donc fin Ă  un Ă©tat de choses qui est la nĂ©gation du droit et du simple bon sens.

Quant à la reprise des biens appartenant aux corporations religieuses, le décret ne fait que restituer à la nation ce qui lui appartient de droit.

L’argumentation est simple et s’appuie sur les principes de libertĂ© et d’égalitĂ©, le dĂ©cret interdit de faire payer le culte par les athĂ©es, et fait mention de la complicitĂ© du clergĂ© avec les criminels.

Les biens des congrĂ©gations sont considĂ©rables, le dĂ©cret ne prĂ©voit pas les modalitĂ©s pour qu’elle deviennent effectivement propriĂ©tĂ©s nationales.

La Commune de Paris,

ConsidĂ©rant que le premier des principes de la RĂ©publique française est la libertĂ© ;

ConsidĂ©rant que la libertĂ© de conscience est la premiĂšre des libertĂ©s ;

ConsidĂ©rant que le budget des cultes est contraire au principe, puisqu’il impose les citoyens contre leur propre foi ;

Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la monarchie contre la liberté.

DĂ©crĂšte :

Art. 1er. : L’Église est sĂ©parĂ©e de l’État.

Art. 2.          : Le budget des cultes est supprimĂ©.

Art. 3. : Les biens dits de mainmorte, appartenant aux congrĂ©gations religieuses, meubles ou immeubles, sont dĂ©clarĂ©s propriĂ©tĂ©s nationales.

Art. 4. : Une enquĂȘte sera faite immĂ©diatement sur ces biens, pour en constater la nature et les mettre Ă  la disposition de la nation.

La Commune de Paris

2/ La dĂ©termination d’un salaire maximal dans les services communaux

Par services communaux, il faut entendre tous les services publics, civils et militaires. Cette mesure concerne donc beaucoup de monde.

La Commune de Paris,

ConsidĂ©rant :

Que jusqu’à ce jour, les emplois supĂ©rieurs des services publics, par les appointements Ă©levĂ©s qui leur ont Ă©tĂ© attribuĂ©s, ont Ă©tĂ© recherchĂ©s et accordĂ©s comme places de faveur ;

ConsidĂ©rant :

Que dans une RĂ©publique rĂ©ellement dĂ©mocratique, il ne peut y avoir ni sinĂ©cure ni exagĂ©ration de traitement ;

DĂ©crĂšte :

Article unique. Le maximum de traitement des employés aux divers services communaux est fixe à six mille francs par an.

HĂŽtel de Ville, 2 avril 1871

La Commune de Paris

En bref

Le service de la presse est rĂ©tabli Ă  la dĂ©lĂ©gation de l’IntĂ©rieur. Les directeurs et gĂ©rants des journaux sont invitĂ©s Ă  vouloir bien y envoyer rĂ©guliĂšrement les numĂ©ros de dĂ©pĂŽt.

Pour combattre la vente Ă  la sauvette de tabacs et de cigares, sans paiement des taxes , un arrĂȘtĂ© interdit formellement la vente des tabacs sur la voie publique, prĂ©cisant que les contrevenants seront poursuivis et leurs marchandises saisies, charge Ă  la Garde nationale de le faire respecter.

Le service de la poste fonctionne dans Paris Ă  partir d’aujourd’hui, c’est Ă  dire la distribution du courrier et des mandats, grĂące aux mesures prises par La Commune. Les salaires sont augmentĂ©s pour les bas Ă©chelons, les agents restĂ©s en place ont Ă©tĂ© rĂ©affectĂ©s, promus, des citoyens ont Ă©tĂ© recrutĂ©s et ces volontaires non postiers assurent des tĂąches de distribution. Faute de timbres, l’affranchissement prĂ©alable se fait par un tampon ou une trace Ă  la plume. Le systĂšme de franchise est Ă©tabli pour les lettres simples entre les services administratifs dont le fonctionnement est vital pour la capitale.

Le travail continue pour assurer les communications avec la province et l’étranger.

Lettre d’ Herman Jung, horloger, militant socialiste suisse

Manchester, le 2 avril 1871

Cher Marx

Je lis dans le journal de Lloyd que Bastelica a Ă©tĂ© nommĂ© directeur des bureaux et taxes Ă  Paris. L’Internationale du 29 mars publie une proclamation de l’Internationale de Paris, proclamation dans laquelle figue le nom d’Aubry. J’ai vu encore ailleurs que quelques-uns de nos hommes de Lyon sont Ă©galement Ă  Paris. Je dĂ©plore la folie des nĂŽtres qui, dans une hĂąte enfantine, se prĂ©cipitent Ă  Paris pour y rĂ©colter les profits d’une rĂ©volution avant d’en avoir assurĂ© le succĂšs. Que peuvent-ils faire de bon Ă  Paris ? Ne seraient-ils pas beaucoup plus utiles dans leurs villes respectives et ne feraient-ils pas beaucoup plus pour le succĂšs de la rĂ©volution en accomplissant leur devoir lĂ  ? Le mouvement de Lyon, de Marseille et d’autres endroits Ă©choue parce que les chefs semblent avoir dĂ©sertĂ© leurs propres centres d’action.

Oh, si nos amis parisiens Ă©taient assez intelligents pour jeter dehors ces gars-lĂ , au lieu de leur donner des fonctions !

Il faut dire qu’une partie de Rouen Ă©tant toujours occupĂ©e par les Prussiens, nos amis n’y peuvent rien faire ; mais il est sĂ»r que les Prussiens ne pourraient pas empĂȘcher nos hommes de manifester d’une maniĂšre paisible leurs sympathies Ă  leurs frĂšres parisiens.

Je me rends dans l’East End et je compte qu’une nouvelle branche de l’Internationale sera formĂ©e cette nuit.

Mon bon souvenir Ă  tous.

Fraternellement Ă  vous .

H. Jung

En débat.

Tribune : extraits de l’éditorial de La Sociale bien dans l’esprit de la journĂ©e

 Qu’attendez-vous ?

L’action est engagĂ©e.

Des combats d’escarmouches ont Ă©tĂ© livrĂ©s.

Les zouaves du pape ont attaqué les postes des gardes nationaux.

[
]

La rĂ©action a redressĂ© la tĂȘte.

Tant pis pour elle !

La rĂ©volution ne peut tarder Ă  marcher sur elle ; et les maisons de Versailles tomberont au son des tambours de Paris.

Ce n’est pas nous qui avons commencĂ©, certes !

[
]

Il ne fallait pas nous provoquer.

On nous a poussé à bout.

Parti de l’Ordre, nous ne faisons que rĂ©pondre Ă  l’appel de vos clairons !

Et nous n’attendons plus, maintenant que le gant est jetĂ©, que le signal de la Commune qui tarde trop Ă  le donner.

S’il n’y avait Ă  Versailles que des enfants du peuple, timorĂ©s ou Ă©garĂ©s au profit des infĂąmes ministres de la capitulation, nous dirions, demain matin, au point du jour, au premier chant de la Diane, qu’on ouvre les portes de Paris, et puisqu’ils ne viennent pas vers nous allons vers eux, et mettons au bout de nos fusils un rameau d’olivier.

Mais il n’y a pas à Versailles que les troupes de la ligne, que des enfants du peuple.

Il y a à Versailles tous les sergents de ville, tous les gardes municipaux dont la conscience est souillée, dont les mains sont tachées de sang.

Il y a Ă  Versailles les zouaves du pape, ce ramassis des gredins de toutes les nations, ces braves qui ont tenu tant d’annĂ©es la RĂ©publique italienne dans la forĂȘt de leurs baĂŻonnettes.

Il y a Ă  Versailles tous les officiers de bonne famille, les fainĂ©ants du capital et du parasitisme, les souteneurs de cet « ordre Â» qui consiste Ă  ne rien faire et Ă  vivre grassement en exploitant tout le monde.

Croyez-vous citoyens membres de la Commune, que la conciliation soit possible avec des gens de cette espĂšce ?

Pour nous, nous ne le pensons pas.
Et c’est pourquoi nous rĂ©pĂ©tons comme hier :

FINISSONS-EN !

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Source: Contretemps.eu