Avril 16, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire

Malgré des combats incessants, les lignes de front changent peu.

A l’ouest

Les fĂ©dĂ©rĂ©s sont Ă  AsniĂšres, Ă  la porte Maillot. Un combat violent, corps Ă  corps, se livre dans Neuilly dĂ©vastĂ©, aux maisons dĂ©sertes. Aujourd’hui les fĂ©dĂ©rĂ©s ont un peu avancĂ©, ils ont pris deux drapeaux aux Versaillais, que les officiers viennent apporter Ă  l’HĂŽtel-de-Ville :

Le premier de ces drapeaux est de couleur verte, et porte la croix vendĂ©enne ; le second est composĂ© des trois couleurs, disposĂ©es en forme de croix. En outre le citoyen Leullier fils, ĂągĂ© de seize ans, au milieu d’une pluie d’obus et de mitraille, a plantĂ© le drapeau de la Commune sur le sommet de l’église.

Au sud 

Les fĂ©dĂ©rĂ©s tiennent les redoutes Ă  Moulineaux, Issy, Vanves, Montrouge et leurs avancĂ©es, BicĂȘtre, Villejuif, les Hautes bruyĂšres et le Moulin Saquet.

La guerre est lĂ , omniprĂ©sente, dĂ©vastatrice : tous les jours des obsĂšques se dĂ©roulent dans la capitale, la foule, grave et recueillie se dĂ©couvre au passage des cortĂšges, les gens s’agenouillent, les clairons sonnent tristement. On voit aussi des voitures remplies de cadavres rentrer dans Paris.

Les armes autorisées dans Paris

La Commune a dĂ©cidĂ© d’imposer que les seules armes autorisĂ©es dans Paris seront celles de la garde nationale. Pour s’assurer dans le plus bref dĂ©lai de la possession de toutes les armes des Ă©migrĂ©s, des rĂ©fractaires jugĂ©s comme tels par le conseil de discipline, des perquisitions mĂ©thodiques sont organisĂ©es par rues et par maisons, en arrĂȘtant les concierges qui font des fausses dĂ©clarations. Les armes sont restituĂ©es Ă  l’arsenal de Saint-Thomas-d’Aquin, elles serviront Ă  armer les nouveaux bataillons. Les fusils Chassepot ne seront donnĂ©s qu’aux bataillons de marche, en attendant qu’on en puisse donner Ă  tous. Le dĂ©sarmement est une mesure de sĂ©curitĂ© pour la Commune, mais il faut ĂȘtre conscient que c’est une mesure d’autoritĂ© justifiĂ©e par la situation.

Mise en place d’une cour martiale provisoire

Estimant  qu’il n’est pas possible actuellement d’agir rapidement pour prendre des sanctions, puisqu’il est impossible de traduire devant les conseils de guerre de lĂ©gion qui n’existent pas encore, la Commune crĂ©e provisoirement une cour martiale pour les cas exceptionnels qui exigent une rĂ©pression immĂ©diate, avec une prĂ©caution, les peines capitales restent soumises Ă  la sanction de la commission exĂ©cutive. Elle est exclusivement composĂ©e d’officiers supĂ©rieurs Ă  l’exception d’un lieutenant membre du ComitĂ© central de la Garde nationale :

Le colonel Rossel, chef d’état-major de la guerre ;

Le colonel Henry, chef d’état-major de la place ;

Le colonel Razoua, commandant de l’École militaire ;

Le lieutenant-colonel Collet, sous-chef d’état-major du commandant supĂ©rieur Eudes ;

Le colonel Chardon, commandant militaire de la préfecture de police ;

Le lieutenant Boursier, membre du Comité central.

Une autre dĂ©cision va dans le mĂȘme sens, celui de l’unitĂ© de commandement sous l’autoritĂ© exclusive de la Commune et de son dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre.

La Commune dĂ©cide que la fonction de chef de lĂ©gion est incompatible avec celle de membre de la Commune, puisque le chef de lĂ©gion est subordonnĂ© Ă  l’autoritĂ© des membres de la Commune. Cette dĂ©cision renforce encore l’autoritĂ© de la Commune vis Ă  vis de celle du ComitĂ© central de la garde nationale.

Une longue note paraĂźt au Journal Officiel donnant des consignes prĂ©cises aux commandants de la flottille de canonniĂšres, pour amĂ©liorer la prĂ©sence sur les bateaux, l’entretien des matĂ©riels.

Enfin, la hiĂ©rarchie du service mĂ©dical de la garde nationale est constituĂ©e en mĂȘme temps qu’est installĂ©e une inspection gĂ©nĂ©rale des ambulances.

Versailles, le rĂšgne des fausses nouvelles

Thiers adresse une dĂ©pĂȘche Ă  afficher dans toutes les communes, remplie de mensonges Ă©hontĂ©s.

Versailles, 16 avril 1871, 5h. soir.

Le gouvernement s’est tu hier parce qu’il n’y avait aucun Ă©vĂ©nement Ă  faire connaĂźtre au public, 

.  Nous n’avions donc rien Ă  raconter, sinon que les insurgĂ©s vident les principales maisons de Paris pour en mettre en vente le mobilier au profit de la Commune, ce qui constitue la plus odieuse des spoliations. Le gouvernement persiste dans son systĂšme de temporisation pour deux motifs qu’il peut avouer: c’est d’abord de rĂ©unir des forces tellement imposantes que la rĂ©sistance soit impossible et dĂšs lors peu sanglante; c’est ensuite pour laisser Ă  des hommes Ă©garĂ©s le temps de revenir Ă  la raison
 On dit Ă  ces 
 hommes Ă©garĂ©s qu’on veut les fusiller tous, ce qui est encore faux, le gouvernement faisant grĂące Ă  tous ceux qui mettent bas les armes, comme il l’a fait Ă  l’égard de 2000 prisonniers qu’il nourrit Ă  Belle-Isle, sans en tirer aucun service
.. le gouvernement
.. si quelques coups de canon se font entendre, ce n’est pas son fait ; c’est celui de quelques insurgĂ©s voulant faire croire qu’ils combattent lorsqu’ils osent Ă  peine se faire voir. â€Š..

ADOLPHE THIERS

Qui a vu dans Paris du mobilier en vente, qui peut croire que les obus provenant des canons versaillais dirigĂ©s contre Paris qui dĂ©truisent les quartiers des Ternes, des Champs-ÉlysĂ©es, de Chaillot, Passy, Auteuil, les obus atteignant les maisons et les passants en des endroits bien Ă©loignĂ©s de toute lutte, oĂč pas un fĂ©dĂ©rĂ© n’existe, sont  le fait de
 quelques insurgĂ©s !

M. Picard envoie en mĂȘme temps une circulaire aux prĂ©fets pour empĂȘcher que des soutiens du dehors ne rejoignent les Parisien·nes :

Je suis averti qu’un grand nombre d’étrangers se rendent Ă  Paris pour prendre part au dĂ©sordre qui afflige cette ville. Les chemins de fer en sont remplis. Donnez des ordres les plus prĂ©cis pour qu’ils soient mis dans l’impossibilitĂ© d’entrer Ă  Paris. A cet effet, les brigades de gendarmerie et les commissaires de police devront visiter les trains montant, et faire descendre tous ceux qui leur paraĂźtront suspects. Ils leur demanderont leurs papiers et ne devront les laisser continuer leur route qu’aprĂšs en avoir rĂ©fĂ©rĂ©, et vous ne laisserez entrer Ă  Paris que ceux qui y sont appelĂ©s par des motifs ne vous serez juge. Je vais donner des instructions pour que, jusqu’à nouvel ordre, tout voyageur sol tenu d’exhiber un passeport.

ERNEST PICARD

Enfin, les Ă©lections municipales dans les dĂ©partements, Ă  l’exception de la ville de Paris et dans les communes du dĂ©partement de la Seine sont fixĂ©es au 30 avril.

Les élections complémentaires à la Commune de Paris

La mort, les Ă©lections doubles, les dĂ©missions ont fait trente et un siĂšges vacants. On devait voter sous la pluie, sous les obus, alors que les prĂ©occupations sont bien ailleurs pour beaucoup, et qu’il n’y a eu que peu d’informations. La date a Ă©tĂ© changĂ©e plusieurs fois, beaucoup ne savent mĂȘme pas qu’il y a des Ă©lections aujourd’hui.

MalgrĂ© les appels au vote des journaux hier, des chambres syndicales, l’abstention est massive, aux premiĂšres estimations, elle dĂ©passe les 70%, mĂȘme si on n’a pas encore les chiffres prĂ©cis. Les premiers constats vont tous dans le mĂȘme sens : entre deux et trois fois moins de votants que lors des Ă©lections du 26 mars.

Par exemple, les premiers chiffres du VIùme arrondissement sont de 3469 votants alors qu’il y en avait eu 9500 votants en mars.

Dans les quartiers bourgeois, la haine de la Commune s’ajoutant aux dĂ©parts cumulĂ©s donne des rĂ©sultats trĂšs faibles, trois fois moins importants. MalgrĂ© les  dĂ©clarations des conciliateurs, de l’Union nationale, ou de l’Union des droits de Paris, leurs Ă©lecteurs ne sont pas allĂ©s aux urnes.

Dans les quartiers ouvriers, les plus ardents sont sur les champs de bataille. Mais d’autres sont dĂ©couragĂ©s, déçus par les atermoiements, les difficultĂ©s quotidiennes.

Lettre

Aux citoyens membres de la Commune

De la part des citoyens faisant partie du 59° bataillon II° compagnie du 5° arrondissement.

1- Attendue que ce bataillon né pas habillier et bien armé, trÚs peu de garde non que des fusils à piston.

2- Beaucoup de gardes croit que cest la un motif pour ne pas marchĂ©r ;

3- Les officier aux lieu de rĂ©clamer auprĂšs de vous ne le font pas ; quante lon bas le rappel dans le quartier pour la compagnie, eus qui devrait montrer ce grand exemple, ĂȘtre toujours les premier Ă  la tĂȘte de la compagnie, ny sont jamais.

Nous demandons Ă  ce qu’il soit rĂ©voquer immĂ©diatement et que nous ayons une rĂ©union demain au plus tard et que les officier qui seront nommer jure de marcher jusque Ă  la mort pour la grande cause que nous dĂ©fendons ; tout officier ou garde insoumis Ă  cet demande, que un citoyen et deux dĂ©lĂ©guĂ©s aux commitĂ©s du V° reçoivent un mandat d’amener contre, qu’il soit dĂ©grader immĂ©diatement devant toute la compagnie et qu’on leur colle un fusil dans les pates et qu’il marche au premier rang ; en sĂ©vissant de la sorte nous aurons des citoyens Ă  notre tĂȘte et les gardes marcheron en voyant nos chefs Ă  leur poste.

A cette nomination ou jassisterai pour que l’on et (n’ait) pas Ă  nommĂ©r des marchands de sucre et de moutarde qui dĂ©shonorent larme qu’il porte ; quesque c’est un marchand de pommade sergent-major qui porte un grand sabre au lieu d’avoir un fusils et des cartouches qui(sont) plus prĂ©cieuses que le pain. Regarder, Citoyens membres de la Commune, autorisĂ© nous Ă  ce que nous vous demandons et je vous jure que nous sĂ©virons avec rigueur contre les insoumis. Qu’il y et (ait) aussi une recherche de passer Ă  domicile (chez eux) qui ont dĂ©serter Paris qui viendront crier plus haut que nous Vive la Commune, Vive la RĂ©publique (aprĂšs la victoire) ; qu’il soit traitĂ© de laches et de traitre Ă  la Patrie.

Au lieu que lon envoit les bons citoyens Ă  Cayenne, et bien cest eux-mĂȘme qui iron parsque nous les connaissons.

PLUTOT LA MORT QUE L’ESCLAVAGE. Ma derniĂšre parole quant la mort me surprendra sera vive la libertĂ© pour mes concitoyens moi j’en et plus besoin.

C’est avec le plus profond respecte que je vous salue. Vive la Commune. Vive la RĂ©publique une et indivisible, dĂ©mocratique et sociale.‹En attendant l’alliances de tous les peuples qui est prochaines.

Pierre Merigot1, rue des LavandiĂšres

Place Maubert n°8

Ex chasseur à pied du 19° bataillon

Cette faible participation a un effet moral déplorable. Elle va donner la possibilité à Thiers de rehausser ses prétentions et annule les derniÚres démarches conciliatrices.

Le consulat Belge envahi

Hier, des faits graves se sont produits dans le VIIIe arrondissement. Un certain nombre de gardes nationaux du 218Ăšme bataillon et de marins ont envahi l’hĂŽtel de la lĂ©gation de Belgique, au 56 de la rue du Faubourg-Saint-HonorĂ©. Ils ont fait des rĂ©quisitions et mĂȘme organisĂ© un bal dans l’hĂŽtel du consulat. Ils ont ainsi violĂ© effrontĂ©ment les droits sacrĂ©s de l’hospitalitĂ© due par la France Ă  tous les Ă©trangers, les immunitĂ©s diplomatiques respectĂ©es par tous les peuples civilisĂ©s.

Une enquĂȘte immĂ©diate a Ă©tĂ© ouverte : quelques-uns des coupables sont arrĂȘtĂ©s ; les autres ne tarderont pas Ă  l’ĂȘtre. Ils seront traduits immĂ©diatement en conseil de guerre. Un blĂąme sĂ©vĂšre est infligĂ© aux coupables dans le Journal officiel.

Le débat sur les échéances

Cette discussion sur les Ă©chĂ©ances dure depuis le dĂ©but de la RĂ©volution. DĂšs le lundi 20 mars, avant mĂȘme l’élection de la Commune, le ComitĂ© central de la garde nationale avait dĂ©cidĂ© la prorogation d’un mois des Ă©chĂ©ances Ă  effet de commerce.

Avant de prendre une dĂ©cision sur cette question, la Commune a dĂ©cidĂ© de consulter les syndicats de commerçants, d’industriels et de corporations ouvriĂšres. Mais ce report de dĂ©cision de l’obligation de payer les dettes place nombre d’établissements de commerce et d’industrie dans une situation financiĂšre trĂšs difficile.

Le 12 avril, la Commune a adoptĂ© un dĂ©cret d’attente, compte tenu des questions que soulĂšve la possibilitĂ© de suspendre toutes les poursuites pour Ă©chĂ©ances. Depuis cette date, le sujet est abordĂ© tous les jours par l’AssemblĂ©e de la Commune, qui dĂ©bat Ă  fond des trois projets prĂ©sentĂ©s, celui des

La Commune en séance

Citoyens Jourde2 et Varlin3, et ceux des citoyens Tridon4 et Beslay5. Une commission de cinq membres a Ă©tĂ© formĂ©e le 13 avril pour les Ă©tudier, qui a rendu ses conclusions le 14 avril. Elle rejetait les projets des citoyens Tridon et Beslay, pour accepter celui des citoyens Jourde et Varlin lĂ©gĂšrement amendĂ©. La discussion s’est prolongĂ©e encore deux sĂ©ances, hier et aujourd’hui, pour finalement reporter encore le vote sur le texte Ă  demain. A quand la conclusion ?

Adoption du décret sur les ateliers abandonnés

En comparaison, l’adoption de ce dĂ©cret s’est faite sans discussion. A la fin des Ă©changes sur les Ă©chĂ©ances, le prĂ©sident a donnĂ© lecture de cette proposition prĂ©sentĂ©e par le citoyen Avrial6 et plusieurs de ses collĂšgues, relative Ă  une demande d’enquĂȘte sur la fermeture des ateliers.

Le dĂ©cret est adoptĂ© « en principe Â», nous dit le Compte rendu des dĂ©bats.

Paris, le 16 avril 1871.

La Commune de Paris,

ConsidĂ©rant qu’une quantitĂ© d’ateliers ont Ă©tĂ© abandonnĂ©s par ceux qui les dirigeaient afin d’échapper aux obligations civiques, et sans tenir compte des intĂ©rĂȘts des travailleurs ;

ConsidĂ©rant que par suite de ce lĂąche abandon, de nombreux travaux essentiels Ă  la vie communale se trouvent interrompus, l’existence des travailleurs compromise,

DÉCRÈTE :

Les chambres syndicales ouvriĂšres sont convoquĂ©es Ă  l’effet d’instituer une commission d’enquĂȘte ayant pour but :

1° De dresser une statistique des ateliers abandonnĂ©s, ainsi qu’un inventaire exact de l’état dans lequel ils se trouvent et des instruments de travail qu’ils renferment ;

2° De prĂ©senter un rapport Ă©tablissant les conditions pratiques de la prompte mise en exploitation de ces ateliers, non plus par les dĂ©serteurs qui les ont abandonnĂ©s, mais par l’association coopĂ©rative des travailleurs qui y Ă©taient employĂ©s ;

3° D’élaborer un projet de constitution de ces sociĂ©tĂ©s coopĂ©ratives ouvriĂšres ;

4° De constituer un jury arbitral qui devra statuer, au retour desdits patrons, sur les conditions de la cession dĂ©finitive des ateliers aux sociĂ©tĂ©s ouvriĂšres, et sur la quotitĂ© de l’indemnitĂ© qu’auront Ă  payer les sociĂ©tĂ©s aux patrons.

Cette commission d’enquĂȘte devra adresser son rapport Ă  la commission communale du travail et de l’échange, qui sera tenue de prĂ©senter Ă  la Commune, dans le plus bref dĂ©lai, le projet de dĂ©cret donnant satisfaction aux intĂ©rĂȘts de la Commune et des travailleurs.

Ce dĂ©cret manifeste les tendances socialistes de la RĂ©volution du 18 mars puisqu’il s’attaque au droit de propriĂ©tĂ©, mais avec une limite importante : il ne concerne que les ateliers abandonnĂ©s par leurs dirigeants.

Il prĂ©voit une commission qui sera mise en place par les chambres syndicales ouvriĂšres pour recenser les ateliers abandonnĂ©s et Ă©tudier comment ils pourraient ĂȘtre exploitĂ©s par les travailleurs qui y Ă©taient employĂ©s mis en coopĂ©rative. Il est prĂ©vu un jury qui devrait statuer a retour des patrons sur les conditions et le prix de cession Ă  l’association.

Nous verrons bien dans les jours, les semaines qui viennent comment ce dĂ©cret va trouver application, comment les organisations ouvriĂšres, qui se voient confier un rĂŽle central dans sa rĂ©alisation, vont s’en emparer.

Les associations qui travaillent pour la Commune

La Commune fournit prĂ©fĂ©rentiellement du travail Ă  un certain nombre d’associations. Il s’agit7 des Coupeurs de chaussure (X°) ; la sociĂ©tĂ© des Cuirs et Peaux ; Vorbe et MarĂ©chal, fondeurs ; la sociĂ©tĂ© coopĂ©rative des fondeurs (XI° et XV°) ; la sociĂ©tĂ© des fondeurs en suif, l’association de MĂ©canique de prĂ©cision BoissiĂšre (XVII°) ; l’Association coopĂ©rative de la mĂ©tallurgie (XI°), Fragerolles, Optique et PrĂ©cision, L’Association gĂ©nĂ©rale des ouvriers tailleurs (pratiquement un atelier par quartier ouvrier), l’association gĂ©nĂ©rale typographique BerthĂ©lĂ©my.

OĂč en sont les chambres syndicales ?

Elles ont Ă©tĂ© beaucoup dĂ©sorganisĂ©es par la rĂ©pression de la fin de l’empire, et ensuite des effets du siĂšge. Il reste encore aujourd’hui trois chambres assez fortes, les mĂ©caniciens, les tailleurs et les cordonniers.

Sous l’Empire, le syndicat des mĂ©caniciens Ă©tait un des plus nombreux avec 5 Ă  6000 adhĂ©rents, ce qui lui donnait une grande influence. Il contrĂŽle une vingtaine d’entreprises de rĂ©paration et de fabrication d’armes, dont certaines occupent plus de cent ouvriers, une par arrondissement. La plus importante est celle des ateliers du Louvre dans laquelle Avrial joue un rĂŽle important.

Les tailleurs font pression sur la Commune pour obtenir la prĂ©fĂ©rence des entreprises coopĂ©ratives sur les entreprises privĂ©es pour l’habillement de la garde nationale.

Les cordonniers sont directement concurrencĂ©s dans une dĂ©marche similaire par l’entreprise Godillot, qui, aprĂšs avoir fourni l’armĂ©e de NapolĂ©on III durant l’empire, fabrique aujourd’hui les chaussures pour la garde nationale.

Et les entreprises ?

La Commune dispose de quelques Ă©tablissements industriels qui appartenaient Ă  l’État lors de son arrivĂ©e au pouvoir, la Monnaie, l’Imprimerie nationale, les Manufactures des Tabacs, et quelques entreprises d’armes datant du siĂšge.

La Commune a dĂ©cidĂ© d’honorer les contrats passĂ©s entre l’État et les entreprises privĂ©es avant son arrivĂ©e au pouvoir. ‹Par exemple, l’État avait passĂ© un contrat avec l’imprimeur Wittersheim pour la publication d’un journal intitulĂ© « Journal officiel de la RĂ©publique française Â». La Commune se considĂ©rait comme substituĂ©e Ă  l’État et continue Ă  publier le Journal Officiel dans cette entreprise privĂ©e.

En bref

■   Des adhĂ©sions arrivent de plusieurs villes de province Ă  la Ligue d’union rĂ©publicaine. La Ligue, comprenant l’utilitĂ© qu’il y avait Ă  Ă©clairer la province sur la vĂ©ritable situation, a nommĂ© une commission de cinq membres chargĂ©s de se mettre en rapport avec les conseils municipaux des dĂ©partements.

■   Le comitĂ© central a crĂ©e des patrouilles de gardes nationaux qui ont pour mission le soir d’exiger la fermeture des cabarets, des cafĂ©s trop bruyants, des tavernes Ă  filles et qui font la chasse aux brillants officiers fĂ©dĂ©rĂ©s qui festoient plus qu’ils ne se battent.

■  Il a Ă©tĂ© trouvĂ© dans des caves officielles une certaine quantitĂ© de bouteilles de vins fins, qui ont Ă©tĂ© apportĂ©es au ministĂšre du commerce, oĂč toutes les marchandises de cette nature doivent ĂȘtre dirigĂ©es. Les ambulances Ă©tablies dans Paris et ayant des blessĂ©s sont invitĂ©es Ă  envoyer le chiffre de leurs assistĂ©s au ministĂšre du commerce ; la rĂ©partition en sera faite d’aprĂšs ces chiffres.

■  Un des agents chargĂ© d’effectuer en province le transport des correspondances pour assurer un service postal rĂ©gulier de nature Ă  satisfaire le public, vient d’ĂȘtre arrĂȘtĂ© Ă  Troyes et mis au secret.

■  Demandes du membre de la Commune dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la justice,  EugĂšne Protot.

AliĂ©nĂ©s : Les directeurs des Ă©tablissements publics et privĂ©s d’aliĂ©nĂ©s sont invitĂ©s Ă  envoyer, dans les quatre jours, Ă  la dĂ©lĂ©gation de la justice un Ă©tat nominatif complet de leurs malades.

L’état mentionnera, en outre, l’ñge, le sexe, la profession, la nature de l’affection de chacun des malades, avec la date de son entrĂ©e dans l’établissement.

Prisons : Tous les directeurs de prisons, maisons d’arrĂȘt ou de correction enverront dans les quatre jours, Ă  la dĂ©lĂ©gation de la justice, un Ă©tat nominatif complet des dĂ©tenus actuellement Ă©crouĂ©s. Cet Ă©tat mentionnera, en regard du nom de chaque dĂ©tenu, la date de son Ă©crou et la nature de l’inculpation qui pĂšse sur lui.

■    Samedi 15, une partie des musĂ©es du Louvre a Ă©tĂ© ouverte au public et aux artistes. Cette partie comprend : le musĂ©e Lacazes, la salle Henri II, la salle des Sept cheminĂ©es oĂč se trouvent le Naufrage de la MĂ©duse, par GĂ©ricault, et les Sabines, de Louis David. Tout le musĂ©e des Antiques. Le musĂ©e des dessins de toutes les Ă©coles, des miniatures et des pastels. Le musĂ©e Sauvageot, celui des faĂŻences italiennes et des terres cuites de Bernard de Palissy. Le musĂ©e des sculptures de la renaissance. Et le musĂ©e des sculptures des dix-huitiĂšmes et dix-neuviĂšme siĂšcles du rez-de-chaussĂ©e. Les portes ouvrent Ă  dix heures.

En dĂ©bat : comment Ă©liminer l’exploitation capitaliste ?

Tant les dĂ©bats sur les Ă©chĂ©ances que l’adoption du dĂ©cret sur les ateliers abandonnĂ©s tracent par bribes une orientation de la Commune sur les questions Ă©conomiques, sur la rĂ©organisation de la sociĂ©tĂ© Ă  entreprendre pour faire cesser l’exploitation capitaliste. ‹Contre les proudhoniens qui sont hostiles Ă  toute intervention de l’État dans les relations sociales et Ă©conomiques, la Commune adopte en partie les propositions des internationalistes « collectivistes Â», et cherche Ă  rĂ©pondre aux aspirations des ouvrier-es communard-es. Car elles et eux exigent que le nouveau pouvoir les aide dans le combat contre les patrons.

Nulle part n’apparaĂźt la rĂ©clamation d’appropriation de toutes les entreprises, l’expropriation de tous les exploiteurs.

Le dĂ©cret adoptĂ© ne concerne que les entreprises abandonnĂ©es, et il est moins audacieux qu’un projet qui avait Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© en octobre 1870 pendant le siĂšge par les membres du ComitĂ© d’arrondissement dans le IIIĂšme. Ils proposaient Ă  ce moment d’exproprier pour cause d’utilitĂ© publique de tous les « ateliers, usines, en gĂ©nĂ©ral tous Ă©tablissements pouvant servir Ă  la fabrication d’armes ou de munitions de guerre Â» et d’attendre la paix pour dĂ©cider de la rĂ©organisation Ă©conomique en regardant si « ces Ă©tablissements pourront ĂȘtre confiĂ©s Ă  des associations ouvriĂšres qui les exploiteront pour leur compte, en en payant intĂ©gralement le prix Ă  la nation par les annuitĂ©s prĂ©levĂ©es sur les bĂ©nĂ©fices rĂ©alisĂ©s Â».

Pas de mesure aussi forte ici, il n’est nullement envisagĂ© une dĂ©possession brutale des patrons, juste une remise aux ouvriers des ateliers abandonnĂ©s.

Cela rĂ©pond Ă  une attente forte du peuple ouvrier de Paris qui veut prendre ses affaires en main, y compris Ă  l’atelier, que la Commune aide toutes les expĂ©riences coopĂ©ratives qui ne peuvent qu’ĂȘtre bĂ©nĂ©ficiaires puisqu’elles ne font pas de profit, et qui pourront faire une efficace et victorieuse concurrence aux entreprises capitalistes pour Ă©liminer progressivement le patronat.

Est-ce suffisant dĂšs lors que les grosses entreprises ont des capacitĂ©s financiĂšres, industrielles, sans commune mesure avec ces coopĂ©ratives ? C’est loin d’ĂȘtre Ă©vident.

Cependant ce dĂ©cret marque une rupture importante : il dĂ©cide pour un nombre limitĂ© d’entreprises d’arracher leur bien aux propriĂ©taires, de les confier aux ouvriers directement, organisĂ©s en coopĂ©ratives, sans passer par l’État. Il y a lĂ  une perspective qu’il faudrait approfondir, gĂ©nĂ©raliser, organiser, centraliser, car la libre concurrence ne peut suffire Ă  faire disparaĂźtre le capitalisme : des mesures Ă©mancipatrices radicales seules peuvent donner une autre perspective Ă©conomique et politique Ă  la rĂ©volution en cours.

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Source: Contretemps.eu