Avril 28, 2021
Par Contretemps
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À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, Contretemps publie du 18 mars au 4 juin une lettre quotidienne rĂ©digĂ©e par Patrick Le Moal, donnant Ă  voir ce que fut la Commune au jour le jour

***

L’essentiel de la journĂ©e

Situation militaire

À l’ouest

Vivement attaquĂ©s par les Versaillais, les postes fĂ©dĂ©rĂ©s avancĂ©s ont Ă©tĂ©  obligĂ©s d’abandonner une barricade nouvellement construite, avant de la reprendre aprĂšs avoir pris l’ennemi de flanc. Dans la matinĂ©e, les FĂ©dĂ©rĂ©s ont attaquĂ© le village d’AsniĂšres et se sont emparĂ©s tout d’abord de la barricade avant de devoir revenir Ă  leur point de dĂ©part.

Au sud

La dĂ©fense du fort d’Issy est hĂ©roĂŻque. Le fort est littĂ©ralement couvert de projectiles. Meudon est en flammes.

TĂ©moignage d’Alix Payen 28 ans, ambulanciĂšre

À 2 heures du matin, on sonne pour le dĂ©part. La moitiĂ© de notre bataillon va occuper les tranchĂ©es de Clamart, sous la conduite du capitaine de la 2e compagnie, un jeune polonais insouciant et paresseux. Henri, me voyant trĂšs lasse, m’a fait recoucher, me disant de ne le rejoindre qu’un peu plus tard. Mais dĂšs 5 heures du matin les batteries de ChĂątillon faisaient pleuvoir sur le Fort d’Issy une vĂ©ritable grĂȘle de projectiles. J’étais Ă  pied, accompagnant un convoi de munitions, il fallait courir et s’abriter de son mieux. J’atteignis ainsi la gare de Clamart, et lĂ  j’ai vu un affreux combat d’artillerie. Les trois batteries de ChĂątillon Ă©taient infatigables et accablaient principalement le fort d’Issy. Celui-ci riposte, ainsi que Vanves et une canonniĂšre. Mais peu Ă  peu notre feu se ralentissait, celui d’Issy fut bientĂŽt Ă©teint, sauf une seule piĂšce. Les Versaillais ont d’excellents pointeurs. Les obus tombent juste, Ă  peine s’écartent-ils de quelques mĂštres. Une Ă  une, ils dĂ©montent les piĂšces du Fort d’Issy. On voit sauter en l’air les paniers garnis de terre, puis quelques pans de mur s’effondrent avec bruit. Des Ă©clats d’obus sont projetĂ©s sur la gare oĂč je suis, ces Ă©clats arrivent en tournoyant avec un bruit qui ressemble Ă  un miaulement.

Un fourgon et plusieurs hommes du 108 arrivent en courant et zigzaguant. Ils viennent du Fort oĂč ils sont allĂ©s chercher des vivres. Ils disent que la position n’est plus tenable. Dans le fort, 26 hommes viennent d’ĂȘtre blessĂ©s. Je vois un cheval dont le museau a Ă©tĂ© emportĂ© par un Ă©clat. La malheureuse bĂȘte s’élance, fait quelques pas au galop puis tombe. Le dĂ©couragement s’est mis dans la garnison du fort et on a dĂ» fermer les portes pour empĂȘcher les dĂ©fections.

[
] La nuit arrive, la canonnade se ralentit, mais la fusillade commence avec rage, on dirait un essaim de gros bourdons qui passe sans cesse sur nos tĂȘtes. Nous tirons sans relĂąche mais les cartouches apportĂ©es ne sont pas toutes du bon calibre, puis les fusils Ă©taient trop longtemps exposĂ©s Ă  la pluie. En un rien de temps, une douzaine d’hommes sont aveuglĂ©s par ces mauvaises tabatiĂšres, et leur fusil hors de service. Inutile de dire qu’il n’y a lĂ  ni armurier ni armes de rechange. Je bassine Ă  l’eau fraiche tous ces pauvres yeux maltraitĂ©s.

Le combat est acharnĂ©, notre position devient fort critique, nous allons manquer de cartouches. Le capitaine fait cesser le feu. C’est maintenant vers le cimetiĂšre que se dirige l’attaque des Versaillais. Croyant la tranchĂ©e abandonnĂ©e, ils s’approchent. Nos hommes mettent silencieusement la baĂŻonnette au bout du fusil. Les Versaillais ne sont plus qu’à 80 m. Le capitaine revient Ă  pas-de-loup, il a rĂ©coltĂ© quelques paquets de cartouches, notre derniĂšre ressource. Il commande de faire successivement deux feux de peloton. Il a rĂ©ussi Ă  merveille, les Versaillais surpris se retirent Ă  la hĂąte. Il faut dire que le jour commence Ă  poindre, ce fut pour nous un puissant auxiliaire
 On vient nous relever.

Les travaux en cours font du jardin des Tuileries un camp retranchĂ©. Un bastion est en voie d’achĂšvement en travers de la rue de Rivoli, Ă  l’angle du ministĂšre de la marine, un autre est en construction au travers de la rue Saint-HonorĂ©; un autre devant la grande grille du pont tournant du jardin des Tuileries et un quatriĂšme en travers du quai. Les Ă©toffes employĂ©es pour confectionner les sacs Ă  terre dans la construction des barricades qui dĂ©fendent la place VendĂŽme sont blanches, ou alors d’autres sont faits avec des toiles Ă  matelas et des toiles Ă  carreau de paillasse.

Les ateliers du chemin de fer du Nord, sur l’injonction de la Commune de Paris, ont repris leur fabrication de piùces d’artillerie.

Quatorze canons qui Ă©taient restĂ©s inachevĂ©s depuis l’état de siĂšge, viennent d’ĂȘtre finis et ont Ă©tĂ© livrĂ©s.

La reprise en mains de la garde nationale continue

Le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre, considĂ©rant que la mobilitĂ© dans les grades dĂ©truit la discipline et l’organisation de la garde nationale, dĂ©cide que la commission indispensable Ă  tout officier de la garde nationale sera visĂ©e par le dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre et, surtout, qu’une fois muni de cette commission, l’officier ne peut plus perdre son grade que par un jugement ou dĂ©cret spĂ©cial du dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la guerre. En outre, toute personne qui portera des insignes d’officier, sans ĂȘtre munie de sa commission, sera immĂ©diatement arrĂȘtĂ©e et emprisonnĂ©e quels que soient les grades qu’il ait pu obtenir antĂ©rieurement Ă  l’élection ou autrement.

C’est une mesure supplĂ©mentaire qui a pour effet de contrecarrer les changements d’officiers dĂ©cidĂ©s par les gardes nationaux.

Il est en outre décidé que les forces destinées à la défense de la Commune de Paris seront ainsi réparties :

La défense extérieure sera confiée aux bataillons de guerre.

Le service intérieur sera fait par la Garde nationale sédentaire.

Les forces chargées de la défense extérieure seront divisées en deux grands commandements.

Le 1er, s’étendant de Saint-Ouen au Point-du-Jour, sera confiĂ© au gĂ©nĂ©ral polonais Dombrowski.

Le 2Úme allant du Point-du-Jour à Bercy, sera confié au général Wroblewski.

Le gĂ©nĂ©ral Wrobleski est lui aussi polonais, ancien responsable des insurgĂ©s contre l’empire tsariste, rĂ©fugiĂ© en France, oĂč il travaille comme allumeur de rĂ©verbĂšres et compositeur d’imprimerie, tout en militant Ă  l’Union des DĂ©mocrates Polonais.

La commission de la guerre rappelle Ă  tout chef de lĂ©gion qu’il est tenu d’envoyer, chaque matin, rue saint-Dominique-Saint-Germain, 86, salle du rapport, Ă  neuf heures trĂšs prĂ©cises, son chef d’état-major, avec une situation, conforme au modĂšle adoptĂ© par la commission, de l’effectif, armement, habillement et besoins de ladite lĂ©gion.

Il faut en finir avec un abus coĂ»teux pour la Commune. Certains officiers briguent, Ă  l’envi, sabres et galons ; puis, repoussĂ©s par leurs hommes, se retirent avec l’équipement et les armes qui ne leur appartiennent plus.

Les chefs de légion, et, aprÚs eux, les chefs de bataillon, sont chargés de faire rentrer au magasin central ce qui est le bien propre des légions et des bataillons.

La commission de la guerre, ARNOLD, AVRIAL, DELESCLUZE, RANVIER, G. TRIDON.

Paris, le 28 avril 1871.

PremiĂšre discussion sur l’instauration d’un ComitĂ© de salut Public

La Commune, constituĂ©e en comitĂ© secret, a discutĂ© la proposition formulĂ©e par le citoyen Jules Miot, qui agit en accord avec ceux qui veulent que le ComitĂ© central de la Garde nationale soit l’acteur dĂ©cisif de la politique militaire, de mettre en place un ComitĂ© de Salut Public.
Il propose le décret suivant :

Vu la gravité des circonstances et la nécessité de prendre promptement les mesures les plus radicales, les plus énergiques,

La Commune décrÚte :

Art. 1er. – Un ComitĂ© de salut public sera immĂ©diatement organisĂ©.

Art. 2. – Il sera composĂ© de cinq membres nommĂ©s par la Commune au scrutin individuel.

Art. 3 – Les pouvoirs les plus Ă©tendus sur toutes les commissions sont donnĂ©s Ă  ce comitĂ©, qui ne sera responsable qu’à la Commune.

Ces membres veulent constituer une dictature qui, selon eux, peut seule sauver la Commune. Cela reviendrait Ă  ce que la Commune abdique complĂštement en remettant au ComitĂ© les pleins pouvoirs, mĂȘme contre elle-mĂȘme.

Sans s’attaquer ouvertement Ă  la Commission exĂ©cutive, on cherche Ă  l’annihiler, parce qu’elle ne parait pas assez violente; on estime ses mesures pas assez radicales. L’exaltation croit avec le pĂ©ril, et certains croient que les actes les plus violents peuvent amĂ©liorer l’état des choses. Ce qui n’est pas clarifiĂ©, c’est la nature exacte de ce projet de ComitĂ© de Salut public. Certains veulent qu’il soit muni de pleins pouvoirs, mĂȘme contre les membres de la Commune, un va mĂȘme jusqu’à dire : « lorsqu’il aura la preuve de la trahison d’un de ses membres, je veux qu’il puisse le briser Â».

D’autres font remarquer qu’on ne peut pas voter une rĂ©solution d’une telle gravitĂ© alors que tous les membres ne sont pas lĂ , sur une proposition d’une telle importance prĂ©sentĂ©e Ă  l’improviste. Ils obtiennent gain de cause: le dĂ©bat et le vote sont renvoyĂ©s au lendemain.

L’enjeu des chemins de fer

De multiples problĂšmes apparaissent avec les directions des compagnies de chemin de fer.

Hier il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© de faire payer les impĂŽts aux sociĂ©tĂ©s, elles ont prĂ©fĂ©rĂ© cĂ©der et accepter de payer. On n’a pu le prouver, mais il est certains qu’elles ont rĂ©ussi Ă  cacher des sommes importantes, peut-ĂȘtre mĂȘme Ă  en faire sortir de Paris en mĂȘme temps que Thiers faisait vider les MinistĂšres : tous les dirigeants des compagnies de chemin de fer, comme ceux des assurances, sont en lien dans des alliances politico-financiĂšres. Lorsque les scellĂ©s ont Ă©tĂ© apposĂ©s le 30 mars, on a pu constater qu’il y avait encore des fonds.

Les directions des compagnies, si elles ne veulent pas s’opposer frontalement Ă  la Commune, sont des alliĂ©es de l’AssemblĂ©e versaillaise. Elles jouent donc un jeu Ă©quivoque, que met en Ă©vidence le dĂ©bat d’aujourd’hui.
Le citoyen Johannard relaie les informations selon lesquelles, Ă  la Gare du Nord, il n’y a plus ni matĂ©riel, ni employĂ©s, et  depuis huit jours, il est constamment venu Ă  la gare des agents versaillais qui ont tout dĂ©sorganisĂ©, fait disparaĂźtre le matĂ©riel, les wagons, et des employĂ©s sont partis. Il n’y a plus aujourd’hui qu’un service fictif. Il apparaĂźtrait que la Compagnie de Lyon est dans la mĂȘme situation que celle de l’Est. Le Citoyen Andrieu, dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la commission des services publics, conteste ces affirmations exagĂ©rĂ©es.

Et lorsque Johannard qui, ne l’oublions pas, est membre du Conseil gĂ©nĂ©ral de l’Internationale, demande que la Commune dĂ©clare que, si, dans les 48 heures, le service n’est pas repris, les biens de la Compagnie soient confisquĂ©s au profit de l’État et que les hauts employĂ©s soient jugĂ©s par la Cour Martiale, il est rĂ©pondu qu’avant que la Commune prenne des mesures contre la Compagnie du Nord, la Commission exĂ©cutive doit s’enquĂ©rir des faits et doit prouver qu’elle n’a pas Ă©tĂ© assez Ă©nergique pour empĂȘcher cette dĂ©sorganisation.

Comment diriger le Journal Officiel ?

Le dĂ©bat s’engage Ă  la fois sur le prix et sur la direction du Journal Officiel. Jourde, le dĂ©lĂ©guĂ© aux finances accepte que le prix de l’édition du matin passe Ă  5 centimes, comme celle du soir. Mais comme l’Officiel appartient pour le moment Ă  une entreprise privĂ©e, il faudra lui payer les 5 centimes perdus sur la vente de chaque numĂ©ro. Lorsqu’un membre propose que la Commission ExĂ©cutive administre le Journal Officiel, la rĂ©action de Jourde est immĂ©diate :

« Votre projet propose de dĂ©clarer que le Journal Officiel est propriĂ©tĂ© de la Commune ; on ne peut procĂ©der ainsi par voie d’expropriation publique Â».

Et il emporte la majorité au vote.

Interdiction du travail de nuit des boulangers, suite

Suite au vote du 20 avril interdisant le travail de nuit des boulangers et les placeurs privĂ©s dans ce secteur, les patrons boulangers se rendent en dĂ©lĂ©gation auprĂšs de la Commune pour la faire revenir sur sa dĂ©cision, aprĂšs la rĂ©union qu’ils ont tenue la veille.

Lors de cette rĂ©union le citoyen Paschal Grousset leur avait dit que le dĂ©cret serait prorogĂ© jusqu’au 15 du mois prochain. Ils dĂ©cident de faire pression pour que soit prise une nouvelle dĂ©cision.

Tout le monde convient que le travail de nuit n’est pas souhaitable, tant pour des raisons familiales que pour permettre aux ouvriers boulangers de se former. D’ailleurs il n’y Ă  qu’à Paris que le travail se fait la nuit dans l’intĂ©rĂȘt de « l’aristocratie du ventre Â» : il peut trĂšs bien se faire de jour, comme dans la plupart des villes de province !

Les patrons boulangers ne peuvent arguer de la rapiditĂ© avec laquelle la mesure a Ă©tĂ© prise : voilĂ  deux ans qu’elle est Ă©tudiĂ©e, ils devaient bien s’y attendre d’un jour Ă  l’autre, les ouvriers boulangers rĂ©clamaient cette interdiction depuis des annĂ©es, car ils ne peuvent faire grĂšve : l’Etat le leur interdit. BenoĂźt Malon ajoute

« nous ne pouvons nous occuper de ces questions sociales : je dois dire que, jusqu’ici, l’État est assez intervenu contre les ouvriers ; c’est bien le moins aujourd’hui que l’État intervienne pour les ouvriers. Â»

Deux contestations sont formulĂ©es. D’une part, celle de Theisz, le directeur des Postes : tout en appuyant l’idĂ©e que le travail de nuit est blĂąmable, il ne suit pas l’idĂ©e que la Commune a le droit de faire lĂ -dessus un dĂ©cret. Il propose de convoquer les patrons et les ouvriers et de dire aux premiers :

« VoilĂ  les rĂ©clamations que les ouvriers ont formulĂ©, discutez-les, et si, vous, patrons, vous ne voulez pas y accĂ©der, si vous nous menacez de fermer vos Ă©tablissements, ce jour-lĂ  nous exercerons la rĂ©quisition. Nous ferons exploiter votre travail par les ouvriers moyennant indemnitĂ© Ă©quitable. Â»

VoilĂ  ce qu’il y avait Ă  faire, et non Ă  prendre nous-mĂȘmes des dĂ©cisions Ă  cet Ă©gard.

D’autre part, d’autres membres de la Commune, Billoray, Viard, etc., estiment que celle-ci n’a pas Ă  intervenir dans un conflit entre patrons et employĂ©s. Ils sont opposĂ©s Ă  ce que la Commune produise continuellement des rĂ©glementations.

Interventions de Frankel, dĂ©lĂ©guĂ© au travail et Ă  l’échange dans le dĂ©bat :

« Tout en acceptant le dĂ©cret dans son principe, la forme ne m’en paraĂźt pas heureuse. On aurait dĂ» expliquer Ă  la population quels Ă©taient les motifs qui nous faisaient prendre cette mesure. Il y a ici des ouvriers, Varlin, Malon, etc., qui s’occupent des questions sociales depuis longtemps ; on aurait dĂ» nous consulter, d’autant plus que la Commission du travail s’était occupĂ©e de cette importante question d’une façon spĂ©ciale. Avant de dĂ©crĂ©ter, il faut savoir s’il y a urgence de faire une rĂ©forme sociale quelconque dans un corps de mĂ©tier : il faut s’inspirer des besoins de la population et puis lui dire, lui bien faire comprendre le bĂ©nĂ©fice de cette rĂ©forme que vous opĂ©rez. Il faut expliquer pourquoi vous faites cet Ă©change de travail de nuit en travail de jour. Il faut dire pourquoi la classe des ouvriers boulangers est la plus malheureuse des prolĂ©taires. Non, vous ne trouverez pas de corporation plus malheureuse que celle des boulangers. On dit tous les jours : le travailleur doit s’instruire. Comment voulez-vous vous instruire, quand vous travaillez la nuit ? Aujourd’hui, des patrons sont venus, ils Ă©taient cinq et n’étaient pas d’accord entre eux ; ils ont promis de se ranger du cĂŽtĂ© de la justice, de la majoritĂ©. Je crois que la majoritĂ© des boulangers sera d’accord avec nous quand la mesure sera gĂ©nĂ©rale. Vous approuvez le dĂ©cret, quoiqu’imparfait, de la Commission exĂ©cutive ; vous serez donc d’accord avec la rĂ©forme que nous voulons introduire dans la boulangerie.

[
] J’ai dit et je rĂ©pĂšte que le dĂ©cret rendu par la Commission exĂ©cutive Ă©tait incomplet, parce qu’il Ă©tait incomprĂ©hensible pour la majoritĂ© de ceux qui s’occupent depuis longtemps des questions sociales. NĂ©anmoins, je le dĂ©fends, parce que je trouve que c’est le seul dĂ©cret vĂ©ritablement socialiste qui ait Ă©tĂ© rendu par la Commune ; tous les autres dĂ©crets peuvent ĂȘtre plus complets que celui-lĂ , mais aucun n’a aussi complĂštement le caractĂšre social. Nous sommes ici non pas seulement pour dĂ©fendre des questions de municipalitĂ©s, mais pour faire des rĂ©formes sociales. Et pour faire ces rĂ©formes sociales, devons-nous d’abord consulter les patrons ? Non. Est-ce que les patrons ont Ă©tĂ© consultĂ©s en 92 ? Et la noblesse a-t-elle Ă©tĂ© consultĂ©e aussi ? Non ! Je n’ai acceptĂ© d’autre mandat ici que celui de dĂ©fendre le prolĂ©tariat, et, quand une mesure est juste, je l’accepte et je l’exĂ©cute sans m’occuper de consulter les patrons. La mesure prise par le dĂ©cret est juste, or nous devons la maintenir.

La Commission exécutive,

En exécution du décret relatif au travail de nuit dans les boulangeries.

AprÚs avoir consulté les boulangers, patrons et ouvriers.

ARRÊTE :

Art. 1er. Le travail de nuit est interdit dans les boulangeries Ă  partir du mercredi 3 mai.

Art. 2. Le travail ne pourra commencer avant cinq heures du matin.

Art. 3. Le dĂ©lĂ©guĂ© aux services publics est chargĂ© de l’exĂ©cution du prĂ©sent arrĂȘtĂ©.

La commission exĂ©cutive, JULES ANDRIEUX, CLUSERET, LÉO FRANKEL, PASCHAL GROUSSET, JOURDE, PROTOT, VAILLANT, VIARD.

Débat sur le Mont de piété, suite

Le citoyen Jourde, convaincu qu’il est important d’arriver Ă  rĂ©soudre la question du Mont-de-PiĂ©tĂ©, veut ajouter un troisiĂšme article pour mĂ©nager les intĂ©rĂȘts du Mont-de-PiĂ©tĂ© et des emprunteurs. La somme en jeu est de 19 Ă  20 millions : « oĂč les prendrez-vous ? Il faut donc discuter les moyens d’exĂ©cution. Je demande que l’ordre du jour de demain soit consacrĂ© Ă  cette question importante et qu’on procĂšde Ă  cette discussion Ă  2 heures. Â»

Enseignement primaire

De nombreuse initiatives sont prises par les municipalitĂ©s dans les arrondissements. MĂȘme si ce sont d’excellente initiatives, il devient nĂ©cessaire d’uniformiser l’ensemble des Ă©coles et d’installer partout l’enseignement laĂŻque.

ConsidĂ©rant qu’il est nĂ©cessaire d’organiser, dans le plus bref dĂ©lai, l’enseignement primaire et professionnel sur un modĂšle uniforme dans les divers arrondissements de Paris ;

ConsidĂ©rant qu’il est urgent de hĂąter partout oĂč elle n’est pas encore effectuĂ©e la transformation de l’enseignement religieux en enseignement laĂŻque :

Afin d’aider dans ce travail la commission de l’enseignement,

Le dĂ©lĂ©guĂ© de la Commune Ă  l’enseignement,

ARRÊTE :

1° Une commission est instituĂ©e sous le nom de commission d’organisation de l’enseignement ;

2° Elle est composée des citoyens André, Acosta, Manier, Rama, Sanglier.

Edouard Vaillant.

Paris, le 28 avril 1871.

Mairie du IIIe arrondissement : fournitures gratuites aux Ă©lĂšves des Ă©coles communales

Nous informons les parents des Ă©lĂšves qui frĂ©quentent nos Ă©coles qu’à l’avenir toutes les fournitures nĂ©cessaires Ă  l’instruction seront donnĂ©es gratuitement par les instituteurs, qui les recevront de la mairie.

Les instituteurs ne pourront, sous aucun prétexte, faire payer des fournitures aux élÚves.

Les membres de la Commune, ANT. ARNAUD, DEMAY, DUPONT PINDY.

Paris, le 18 avril 1871

 Du cĂŽtĂ© des Clubs

 Club de la Marseillaise, rue de Flandres

Devant l’insuffisance de la salle de la Marseillaise, le club s’est transportĂ© dans l’église Ă  partir du 27 avril. Les rĂ©unions sont trĂšs suivies, alternativement prĂ©sidĂ©es par Raoul Du Bisson et MoĂŻse Pillioud. Les sĂ©ances ont lieu les dimanches, lundis et jeudis. Sidonie Letteron est une assidue de la « grange aux corbeaux », ainsi que la cantiniĂšre Lachaise qui frĂ©quente aussi un autre club Ă  MĂ©nilmontant.

En bref

Des industriels parisiens, Ă  la tĂȘte desquels se trouve M. Cordier, viennent d’inaugurer aux Batignolles un marchĂ© populaire, oĂč la classe ouvriĂšre trouve Ă  bon prix tous les objets d’alimentation nĂ©cessaires Ă  la vie. Ce marchĂ©, Ă©tabli sur le systĂšme des bouillons Duval, ces restaurants servant du bouillon et des basses viandes Ă  trĂšs bon marchĂ© non vendues dans la boutique de qualitĂ©, est appelĂ© Ă  rendre de vĂ©ritables services aux petits mĂ©nages, si Ă©prouvĂ©s par ces temps de crise financiĂšre.

Nous le recommandons à nos lecteurs, et souhaitons bonne chance aux promoteurs de cette Ɠuvre philanthropique

Le citoyen Paget (Lupicin-LĂ©opold) est nommĂ© directeur de l’HĂŽtel-Dieu, en remplacement du citoyen Brelet, rĂ©voquĂ©.

Nouvelles du Havre

La préparation des élections municipales du 30 avril bat son plein. Les deux listes républicaines publient leurs programmes respectifs.

Le ComitĂ© Central RĂ©publicain, de tendance modĂ©rĂ©e, qui a de plus complĂ©tĂ© la liste avec trois nĂ©gociants, dĂ©fend le principe d’une rĂ©publique une et indivisible, des franchises communales et insiste sur l’instruction primaire laĂŻque et gratuite. C’est un programme plutĂŽt flou qui laisse une grande libertĂ© d’action aux Ă©lus.
A l’inverse, le programme du ComitĂ© Central RĂ©publicain de SolidaritĂ© pose comme principe d’entrĂ©e qu’il soit discutĂ© et adoptĂ© en sĂ©ance publique, ce qui donne une autre signification Ă  la dĂ©lĂ©gation de pouvoir. Le programme devient un contrat entre l’électeur et l’élu qui reçoit la charge d’appliquer la volontĂ© du plus grand nombre. Il affirme l’autonomie de la commune, et certaines de ces propositions sont inspirĂ©s directement des dĂ©crets pris par la Commune de Paris comme celle concernant la suppression du mont de piĂ©tĂ©, la rĂ©organisation de la police ou l’élection des juges de paix.

En débat

La Commune doit prendre des mesures sociales

Les dĂ©bats de ces derniers jours, que ce soit sur l’interdiction des amendes, sur l’interdiction du travail de nuit des boulangers, sur les Monts-de-PiĂ©tĂ©, sur les chemins de fer, ou la direction du Journal Officiel montre l’absence d’accord au sein de la Commune pour intervenir sur les questions sociales en faveur des ouvriers, partant du constat qu’ils ne sont pas Ă  Ă©galitĂ© avec les patrons dans la relation de travail. Or un gouvernement ouvrier comme celui de la Commune doit servir celles et ceux d’en bas contre les patrons et tous ceux qui imposent l’exploitation.

A chaque fois que la question de l’appropriation des entreprises est posĂ©e, mĂȘme incidemment, mĂȘme briĂšvement, il est des membres pour dire que la Commune n’a pas Ă  faire cela. Pour le moment la seule mesure prise en ce sens, en cours de rĂ©alisation, est de permettre aux ouvrier-es associĂ©-es de remettre en activitĂ© les entreprises abandonnĂ©es.

Mais les patrons n’ont-ils pas acquis leur richesse, leur entreprise en exploitant les salariĂ©-es ? Est-il inĂ©luctable que, dans une rĂ©publique sociale, les patrons restent patrons, et continuent Ă  imposer leurs rĂšgles Ă©conomiques et sociales dans leurs entreprises et dans l’ensemble de la sociĂ©tĂ© ? Des amorces de lĂ©gislation remettant en cause le pouvoir dictatorial des patrons dans les entreprises, ne sont-elles pas indispensables ? Comment peut-on penser une rĂ©publique dĂ©mocratique et sociale qui n’existerait pas au travail ? Actuellement, celles et ceux qui travaillent le font sous le contrĂŽle total et absolu des patrons, n’ont aucun mot Ă  dire, tant sur la durĂ©e du travail, l’organisation du travail, la conception du travail, le salaire, etc. alors que ce sont elles et eux qui produisent les richesses.

La Commune a Ă©tĂ© instaurĂ©e pour faire cesser l’exploitation, il faut donc qu’elle intervienne pour limiter le pouvoir des patrons, et amĂ©liorer les conditions de vie et de travail du peuple ouvrier.

Si, aprĂšs 1848, certaines lois n’avaient pas Ă©tĂ© imposĂ©es, les enfants de 8 ans continueraient Ă  travailler au lieu d’aller Ă©tudier Ă  l’école. S’il n’y avait pas eu le dĂ©cret de mars 1848, il y aurait toujours du marchandage. La dĂ©faite de juin 1848 a permis aux patrons d’annuler le texte pour Ă©liminer les bureaux de placement payant, ainsi que celui qui diminuait d’une heure le temps de travail maximal. La loi de 1850 sur le tissage et le bobinage a permis de limiter la concurrence illĂ©gale qu’organisaient les patrons du textile. Oui, tant qu’il reste des entreprises privĂ©es, les dĂ©crets, sont l’expression du rapport de force entre les patrons et les salariĂ©-es. La Commune, c’est Ă  dire le pouvoir du peuple ouvrier, exprime ce nouveau rapport de force qui doit se traduire dans la vie quotidienne. Et il faut l’utiliser sans hĂ©siter, en faisant droit aux exigences de celles et ceux qui travaillent dur, Ă©prouvant des difficultĂ©s pour manger, se vĂȘtir et se loger pendant que d’autre vivent dans l’abondance. C’est aussi Ă  cela que sert la Commune et c’est aussi comme cela qu’elle aura l’appui de l’immense majoritĂ© du peuple parisien, en agissant effectivement pour faire cesser l’exploitation.

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Source: Contretemps.eu