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On a trop tendance à mon goût, dès qu’un conflit se fait jour, qu’un projet capitaliste vient menacer nos vies, de rester bloqué sur l’analyse de conflit de classe.

Qu’une classe minoritaire (les possédants, décideurs) décide du sort de la plus grande majorité ne fait aucun doute.

Mais je tiens à rappeler que dans le cas du problème qui nous préoccupe – la destruction du faubourg populaire Bonnefoy-Matabiau à Toulouse -, la colonne vertébrale du projet reste avant tout la création d’une ligne LGV reliant Paris à Toulouse en 3 heures, et donc le réaménagement de la gare et du quartier qui l’entoure.

Il y a donc une autre dimension, « géographique » – au sens du conflit entre centre et périphérie – qu’il faut prendre en compte, conflit qui s’entremêle avec celui de classe.

Cette dimension ne doit pas être prise dans un sens restreint, séparé, c’est un conflit de valeurs, de civilisation qui s’expose, et dont elle n’est qu’un des aspects. Mais il est indispensable de dire que les modes d’être d’uniformisation, de raison économique, de calcul rationnel du temps et de rejet violent de tout ce.ux qui ne rentre.nt pas dans ces catégories sont, et ont toujours été imposés par le Centre c’est à dire en ce qui nous concerne Paris, prenant la forme d’un colonialisme.

Il y a donc un conflit colon-autochtone (et ces deux concepts ne sont pas à essentialiser où a prendre dans une logique misérabiliste, que l’autochtone de France participe aussi en partie d’un système colonialiste à une autre échelle dont il fait partie du Centre).

Tout les jours on a affaire à ça : des gens qui habitent le quartier, d’origines variées, pratiquant des modes de vies variés, ce qui signifie une certaine autonomie relative, se voient violentés, expulser, pour laisser place à des gens venus de Paris dont le point commun est d’être tous pareils, et qui imposent toujours encore plus leur manière de vivre unique, et totalitaire. Et quand ils ne viennent pas à proprement parler de Paris, c’est qu’il ont intériorisés son mode d’être, seul critère de l’ascension sociale.

Ni seulement question de classe donc, ni de colonialisme purement géographique, mais conflit civilisationnel.

Ce qui fût – et dans une certaine mesure l’est encore – ce quartier, il faut l’avoir vécu pour le comprendre. Il possède une âme spécifique, que l’on ne pourra jamais cerner complètement.

Que ce soit dû à sa gare, ses mouvements de gens, ses chemins le long des rails, sa sympathie de briques rouges ou son histoire ouvrière …

C’est pour cela, tout cela et plus, que nous ne revendiquons ni la réappropriation de l’économie dans une perspective marxiste de classe qui ne nous apporterait strictement rien que l’économie est une valeur colonialiste, ni l’égalité économique entre les villes comme le voulaient certains occitanistes (voyons nous une amélioration dans Airbus, l’espace, la guerre et le tourisme ? Non, c’est pire …)

C’est donc autre chose que nous voulons, cette âme, loin de vouloir la fétichiser, je veux la prendre et l’amener vers des horizons nouveaux, ce territoire le faire vivre du mieux, avec celleux qui sont là, et pour cela il serait temps de re-thématiser cette logique du colonialisme intérieur, et de sortir de ce lutte-des-classisme obstruant. Si nous ne le faisons pas, ce sont nous les colons.

Jacme Solelh




Source: Iaata.info