Un mois de révolte incendiaire en Colombie

En Colombie, la rĂ©volte qui s’est emparĂ©e des rues depuis le 28 avril dernier, soit maintenant plus d’un mois, ne semble pas prĂšs de s’arrĂȘter. Le prĂ©sident conservateur IvĂĄn Duque, dont le mandat s’achĂšve en 2022, a bien tentĂ© nombre de manƓuvres classiques pour apaiser les Ă©meutiers, mais rien n’y a fait : ni la suspension de la rĂ©forme fiscale qui en avait Ă©tĂ© l’étincelle initiale (comportant par exemple une hausse de la TVA de 5 Ă  19 % sur les biens de base), le 2 mai ; ni la dĂ©mission du ministre des Finances qui l’avait portĂ©e, le 3 mai ; ni l’ouverture de nĂ©gociations avec le ComitĂ© national de GrĂšve le 10 mai (suivie d’un prĂ©-accord le 24 mai en cours de validation) ; ni le rejet par le CongrĂšs du projet de loi sur la rĂ©forme du systĂšme de santĂ© qui se calquait sur le modĂšle libĂ©ral nord-amĂ©ricain (ce rejet Ă©tait demandĂ© par de nombreux manifestants), le 19 mai ; ni quelques miettes lĂąchĂ©es Ă  des catĂ©gories particuliĂšres, comme l’extension de la gratuitĂ© de l’universitĂ© pour les plus pauvres pendant
 un semestre, ce qui n’a pas calmĂ© les Ă©tudiants ; ni bien entendu la terreur policiĂšre contre les protestataires.

Dans un contexte colombien marquĂ© par la pauvretĂ© et l’économie informelle, le chantage gouvernemental des confinements et du couvre-feu contre la propagation du covid-19 ne fonctionne pas non plus depuis un bail pour empĂȘcher les manifestants de se regrouper en masse, si bien que le gouvernement a mĂȘme officiellement levĂ© nombre de restrictions le 19 mai, qui n’étaient de toutes façons pas respectĂ©es (le couvre-feu Ă©tant toutefois maintenu avec un objectif anti-Ă©meute Ă  Medellin et Bogota, et tout le week-end Ă  Santa Marta et CarthagĂšne). Depuis un mois, ce sont ainsi blocages de rue et barrages routiers qui parsĂšment l’ensemble du pays, avec des manifestations et rassemblements plus tranquilles en journĂ©e (prĂšs de 10.400 en un mois), souvent suivis d’émeutes, de pillages et saccages Ă  la nuit tombĂ©e.

Des blocages à travers tout le territoire


Concernant les blocages, le ministĂšre de la dĂ©fense recensait par exemple au 21 mai prĂšs de 90 barrages journaliers Ă  l’entrĂ©e des grandes villes et sur les principaux axes routiers du territoire (soit 2.577 au total depuis un mois), rĂ©guliĂšrement attaquĂ©s ou repris par la police
 avant d’ĂȘtre remontĂ©s les jours suivants. Face aux pĂ©nuries qui se font sentir ici ou lĂ  (nourriture, essence, mĂ©dicaments), l’armĂ©e escorte Ă  prĂ©sent de long convois de camions Ă  travers le pays comme au temps des territoires contrĂŽlĂ©s par l’ex-guerilla des Farc (dissoute en 2016), tandis que certains maires ou gouverneurs nĂ©gocient avec une partie des manifestants le passage de « convois humanitaires Â» pour maintenir un approvisionnement minimal (appuyant de facto l’émergence d’interlocuteurs raisonnables et de politiciens en herbe). C’est d’ailleurs aussi l’un des enjeux du bras de fer au sommet entre le gouvernement et les reprĂ©sentants du ComitĂ© national de GrĂšve (composĂ© des principaux syndicats, CUT-CGT-CTC et ceux de camionneurs, de retraitĂ©s ou de l’éducation), oĂč les seconds privilĂ©gient ces convois nĂ©gociĂ©s, tandis que l’État exige comme prĂ©alable Ă  sa signature d’un prĂ©-accord la levĂ©e de tous les barrages.

Au milieu de tout ce bordel, le pouvoir s’empresse Ă©videmment de dĂ©noncer les « faux-barrages Â» oĂč certains cagoulĂ©s rackettent les vĂ©hicules pour les laisser passer ; les commerçants et entrepreneurs pleurent leurs pertes qui s’accumulent (le grand port maritime du pays, celui de Buenaventura, estime par exemple que 270.000 tonnes de marchandises sont actuellement bloquĂ©es) ; tandis que d’autres saisissent l’occasion pour faire avancer leurs propres revendications locales, avec parfois des consĂ©quences inattendues. Un bon exemple de cela a Ă©tĂ© la mise Ă  l’arrĂȘt forcĂ© du 24 au 29 mai de la plus grande mine de charbon Ă  ciel ouvert d’AmĂ©rique du Sud, Ă  CerrejĂłn (nord-est de la Colombie), sous le double effet du blocage par d’anciens salariĂ©s licenciĂ©s depuis le 5 mai de la ligne du chemin de fer qui l’approvisionne, suivi du blocage des camions de substitution depuis le 20 mai par des habitants de la municipalitĂ© indigĂšne voisine de Media Luna rĂ©clamant plus d’emplois (et pas son arrĂȘt qui ravage leurs vies). Il faut dire que cette zone du cinquiĂšme plus grand exportateur de charbon au monde, La Guajira, est paradoxalement considĂ©rĂ©e comme une des plus pauvres du pays, Ă  tel point que s’y posent officiellement jusque des problĂšmes immĂ©diats de survie comme la faim, avec les besoins de base de 65% de la population qui ne sont pas couverts.

Et des attaques destructives en tout genre


Du cĂŽtĂ© des Ă©meutes urbaines, qui touchent la capitale BogotĂĄ, Cali et Ă©galement nombre de villes plus petites, notamment dans le Sud, on assiste ici ou lĂ  comme au Chili fin 2019 Ă  la crĂ©ation formelle d’une Primera LĂ­nea (PremiĂšre ligne), c’est-Ă -dire de jeunes manifestants matossĂ©s de bric et de broc qui tiennent avec courage et dĂ©termination le dur affrontement avec les escadrons anti-Ă©meute (Esmad) dans les manifestations. A cĂŽtĂ© de cette forme « bloc contre bloc Â» issue de nĂ©cessitĂ©s spontanĂ©es d’auto-dĂ©fense collectives, continuent heureusement de se dĂ©velopper des pratiques plus dĂ©centralisĂ©es, diffuses et mobiles (y compris plus loin des concentrations policiĂšres) pour ne pas focaliser toute l’attention sur les seuls gardiens de l’ordre, mais plutĂŽt sur ce qu’ils protĂšgent, en multipliant pillages, saccages et incendies de banques, bus ou bĂątiments institutionnels.

Si on prend uniquement la journĂ©e d’hier 28 mai, oĂč les formes d’auto-organisation et d’expĂ©rimentations Ă©meutiĂšres sont restĂ©es multiples Ă  travers tout le pays, des enragĂ©s ont par exemple rĂ©ussi plusieurs fois Ă  prendre les autoritĂ©s de cours Ă  PopayĂĄn (dans le sud du pays), en rĂ©ussissant d’abord Ă  incendier une partie de la mairie en plein centre-ville sous les hourras enthousiastes des manifestants, puis l’immense fourriĂšre municipale situĂ©e dans le quartier BolĂ­var, oĂč se trouvaient prĂšs de 2000 motos et voitures sĂ©questrĂ©s par les autoritĂ©s, provoquant un immense brasier visible d’un peu partout.

Pour prendre un autre exemple, toujours en en restant Ă  la seule journĂ©e de vendredi, si on descend encore un peu plus au sud dans le dĂ©partement de Nariño, frontalier de l’Équateur, les affrontements ont Ă©galement Ă©tĂ© consĂ©quents dans la ville de Pasto. LĂ , aprĂšs avoir rĂ©sistĂ© pendant plusieurs heures aux forces policiĂšres anti-Ă©meutes grĂące Ă  un dĂ©pavage en rĂšgle de plusieurs rues du centre, de petits groupes mobiles ont entrepris de s’en prendre Ă  quelques objectifs spĂ©cifiques comme des postes de police (CAI) laissĂ©s vacants, au parking de la fourriĂšre municipale et sa grue de chantier adjacente qui ont Ă©tĂ© livrĂ©s aux flammes dans le quartier de Torobajo, mais aussi au grand bĂątiment central de l’ORIP (Oficina de Registros e Instrumentos PĂșblicos) qui fait Ă  la fois fonction d’état civil et de cadastre public contenant les archives Ă©tatiques d’une dizaine de villes de la rĂ©gion. Des archives et documents officiels qui ont Ă©tĂ© impitoyablement rĂ©duits en cendres.

Cette vaste destruction a touchĂ© les registres de naissances, mariages ou dĂ©cĂšs, mais Ă©galement l’ensemble de la centaine d’actes, titres et contrats variĂ©s qui nĂ©cessitent tous une validation officielle, notamment en matiĂšre commerciale, notariale ou de propriĂ©tĂ© privĂ©e. C’est-Ă -dire les montagnes de papier typiques de toute bureaucratie Ă©tatique qui entend rĂ©genter la vie de ses braves sujets, et dont une grande partie n’était pas encore numĂ©risĂ©e
 A cette occasion, l’office colombien central a mĂȘme tenu Ă  prĂ©ciser le lendemain 29 mai qu’au cours de ce joli mois, les ORIP d’IbaguĂ©, Cartago et PopayĂĄn avaient Ă©galement Ă©tĂ© livrĂ©s aux flammes en plus de celui de Pasto, tout comme six bureaux notariaux des villes de MedellĂ­n, Cali et Ipiales.

Quelques chiffres pour la route


Au total, selon le dernier bilan des destructions variĂ©es fourni le 28 mai par le ministĂšre de la DĂ©fense (en Colombie ce dernier et celui de l’IntĂ©rieur ne font qu’un), ce sont prĂšs de 1.175 « vĂ©hicules de transport public Â» et 422 distributeurs de tickets qui ont Ă©tĂ© touchĂ©s (incendiĂ©s ou mis hors service) en un mois –un objectif particuliĂšrement prisĂ© depuis le dĂ©but de la rĂ©volte–, mais aussi 399 commerces et 433 succursales bancaires, sans oublier ni l’ensemble du mobilier urbain (comme les 160 mĂąts de vidĂ©osurveillance abattus), ni les 28 pĂ©ages autoroutiers dĂ©truits (dont le dernier en date le 28 mai Ă  Villa Rica, incendiĂ© par des groupes d’indigĂšnes qui sont Ă  la pointe de la lutte contre ces infrastructures, et qui Ă©tait le dernier encore intact dans la rĂ©gion de Cauca) ou les 112 commissariats et postes de police endommagĂ©s entiĂšrement ou partiellement.

A Tuluá, on fait dans le monumental


L’exemple le plus rĂ©cent des attaques et ripostes ciblĂ©es qui accompagnent toutes ces pratiques, est certainement ce qui s’est passĂ© mardi 25 mai au soir Ă  TuluĂĄ, une ville moyenne de 200 000 habitants situĂ©e dans la Valle del Cauca Ă  une centaine de kilomĂštres au nord de Cali. LĂ , comme presque tous les jours, des manifestants ont commencĂ© Ă  converger en dĂ©but d’aprĂšs-midi sur la place BoyacĂĄ, pour une nouvelle journĂ©e de blocages et de protestation. Vers 17h, les forces anti-Ă©meutes de l’Esmad (EscuadrĂłn MĂłvil Antidisturbios) interviennent pour rĂ©tablir l’ordre et la circulation, ce qu’ils parviennent certes Ă  faire aprĂšs plusieurs affrontements (pierres contre lacrymogĂšnes et charges), mais tout en provoquant un Ă©parpillement des manifestants dans les rues vers le centre-ville. Ces derniers, par petits groupes, entreprennent alors pendant deux heures ici de dĂ©monter le mobilier urbain (comme les feux rouges qui servent Ă  dresser des barricades), lĂ  de piller les boutiques, et ailleurs de saccager des banques (18 Ă©tablissements commerciaux ont officiellement Ă©tĂ© « vandalisĂ©s Â»).

DĂ©sormais en ordre dispersĂ©, sans concentration ni centralisation, offrant plus d’espace Ă  chacun et moins de prise Ă  la police, des inconnus prennent ainsi une initiative parmi d’autres, en se rendant au Palais de Justice hĂ©bergĂ© comme il se doit dans un immense bĂątiment colonial (datant de 1928), avant d’arroser l’intĂ©rieur de plusieurs molotovs vers 19h30. Le feu prend Ă  partir de la façade, et les pompiers sont bloquĂ©s par une petite foule qui les empĂȘche de passer afin d’offrir du temps aux flammes pour qu’elles puissent dĂ©vorer l’ensemble de l’édifice. D’autres manifestants rejoignent les lieux pour profiter du spectacle, les flics arrivĂ©s en appui aux pompiers ne parviennent pas Ă  dĂ©gager les Ă©meutiers, et c’est bien trop tard que les lances Ă  eau interviennent face Ă  un incendie faisant alors rage jusqu’au toit et de tous cĂŽtĂ©s.

Un peu plus loin, vers 21h, les derniers Ă©meutiers ont Ă©galement pillĂ© un grand magasin de motos (60 ont Ă©tĂ© expropriĂ©es) puis constituĂ© un beau brasier avec une partie de ces derniĂšres au milieu de la route (les autres se sont Ă©vanouies dans la nature
), pendant que des enragĂ©s tentaient plus loin encore d’attaquer en vain le siĂšge de la mairie et des transports publics.

Pour tenter de contenir la situation et favoriser l’intervention de la police, les autoritĂ©s municipales dĂ©crĂštent finalement vers 22h un couvre-feu jusqu’à 5h du matin, permettant aux uniformes d’arrĂȘter quiconque se trouve dehors, tandis que la section locale du ComitĂ© national de grĂšve dĂ©nonce Ă©videmment toutes ces destructions. Mais peu importe, puisque beaucoup a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© fait jusqu’en dĂ©but de soirĂ©e, y compris qualitativement, et que personne n’oubliera ce signal lancĂ© Ă  toutes les autres villes, celui d’un tribunal dĂ©truit du sol au plafond (aprĂšs celui de FacatativĂĄ, entiĂšrement saccagĂ© le 2 mai une semaine avant son inauguration)
 et qui fera, ça va de soi, la une de tous les journaux du lendemain avec cette dĂ©claration du maire de TuluĂĄ, John Jairo GĂłmez : « Malheureusement, un groupe de personnes, sans amour et sans respect pour la ville et pour les autres, l’ont vandalisĂ©e
 ils ont aussi dĂ©truit un bĂątiment important, beau, emblĂ©matique et historique comme le Palais de Justice, une perte dĂ©sormais irrĂ©parable Â».

Malheureusement, on apprendra aussi le lendemain 26 mai qu’un jeune Ă©tudiant de la ville, Camilo AndrĂ©s Arango, a Ă©tĂ© assassinĂ© par les flics vers 21h non loin de la zone d’affrontements (et deux autres blessĂ©s par balles), puis que neuf manifestants ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s, dont trois spĂ©cifiquement accusĂ©s de l’incendie du Tribunal et du pillage du magasin de motos, inculpĂ©s de « terrorisme, vol aggravĂ© et Ă©meutes Â» par le parquet puis incarcĂ©rĂ©s dans la nuit. Le ministre de la DĂ©fense a Ă©galement annoncĂ© une prime de prĂšs de 100 millions de pesos (un peu plus de 20 000 euros), soit une somme gigantesque, pour toute balance livrant des informations dĂ©taillĂ©es sur l’attaque incendiaire contre l’instance judiciaire de TuluĂĄ, plus l’envoi de troupes spĂ©ciales anti-blocage (Grupo Especial Antibloqueos), chargĂ©es de mettre fin Ă  tout barrage dans la ville.

RĂ©pression sanglante, et la riposte de PopayĂĄn


Au niveau national, pour donner une idĂ©e de la rĂ©pression, disons simplement que selon les chiffres officiels des diffĂ©rentes ONG qui recensent ces exactions, en un mois ce sont une soixantaine de manifestants qui ont Ă©tĂ© assassinĂ©s par les flics, 51 d’entre eux qui ont perdu un Ɠil, plus de 2900 qui ont Ă©tĂ© blessĂ©s (parfois par balles ou grenades), 1200 qui sont incarcĂ©rĂ©s (dont 300 suite aux blocages de rues), et plus de 300 qui sont toujours signalĂ©s comme desaparecidxs (c’est-Ă -dire ont disparu aprĂšs avoir Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s par la police ou aprĂšs avoir Ă©tĂ© enlevĂ©s dans la rue par des milices paraĂ©tatiques, comme celle d’extrĂȘme-droite de triste mĂ©moire nommĂ©e Aigles Noirs). A tout cela, il faut encore malheureusement rajouter un niveau de terrorisme d’État supplĂ©mentaire, qui est la torture de manifestants exercĂ©e par les uniformes, ainsi que les viols et abus sexuels pratiquĂ©s dans les commissariats de quartier dĂ©pendant de la police (CAI, Comando de AtenciĂłn Inmediata) et dans les lieux de rĂ©tention dĂ©pendant du parquet (URI, Unidad de ReacciĂłn Inmediata).

Si cette terrible rĂ©pression n’a pour l’instant pas rĂ©ussi Ă  entamer la dĂ©termination de manifestations qui refusent le retour Ă  la normale en ne lĂąchant pas la rue depuis un mois, certaines nouvelles particuliĂšrement odieuses Ă  force d’accumulation ont Ă©galement dĂ©clenchĂ© des offensives inĂ©dites jusqu’alors. Le 12 mai dernier en dĂ©but de soirĂ©e Ă  PopayĂĄn, une jeune fille est ainsi filmĂ©e en train d’ĂȘtre embarquĂ©e puis traĂźnĂ©e Ă  bout de bras par quatre flics. Ce qui n’est alors qu’une triste histoire parmi d’autres, prend rapidement une autre tournure lorsque les habitants de la ville apprennent non seulement qu’elle s’est suicidĂ©e Ă  son retour chez elle aprĂšs sa rĂ©tention pendant quelques heures dans les locaux de l’Unidad de ReacciĂłn Inmediata (URI), mais qu’elle a Ă©galement laissĂ© un dernier message en ligne prĂ©cisant avoir Ă©tĂ© violĂ©e par les flics. Elle s’appelait Alison, elle avait 17 ans, et fut une de plus depuis le dĂ©but de la rĂ©volte.

Le 14 mai, des rassemblements se forment spontanĂ©ment dĂšs l’aprĂšs-midi devant diffĂ©rentes institutions policiĂšres dans plusieurs quartiers de PopayĂĄn aux cris de « flics [tombos, en argot], violeurs, assassins Â», mais la foule la plus enragĂ©e se regroupe petit Ă  petit devant l’immense complexe du parquet oĂč se trouve l’URI dans lequel Alison a Ă©tĂ© violĂ©e. AprĂšs un premier assaut repoussĂ© par les forces anti-Ă©meutes lors duquel sa façade est couverte de graffitis vengeurs et oĂč des molotovs volent contre le bĂątiment, un second assaut est lancĂ© en dĂ©but de soirĂ©e (lors duquel un Ă©niĂšme manifestant touchĂ© au cou par une grenade trouve la mort) qui rĂ©ussit finalement Ă  s’emparer de l’URI puis de l’ensemble du siĂšge honni de l’institution judiciaire. Inutile de prĂ©ciser qu’il a ensuite Ă©tĂ© saccagĂ© et livrĂ© aux flammes sans rien Ă©pargner, pas mĂȘme l’institut attenant de mĂ©decine lĂ©gale.

Le 15 mai, Francisco Barbosa Delgado, procureur gĂ©nĂ©ral de Colombie accouru sur place depuis la capitale, ne peut que constater de visu les dizaines de milliers d’euros de dĂ©gĂąts incluant par exemple l’incinĂ©ration d’une dizaine de vĂ©hicules du parquet, celle des laboratoires de la police scientifique avec les milliers de « preuves Â» conservĂ©es dans leurs bĂątiments, la destruction de 22 de ses bureaux, mais Ă©galement le pillage de toutes les saisines de drogue ou celui
 de l’armurerie bien fournie des lieux : c’est du bout des lĂšvres que le haut fonctionnaire rĂ©vĂ©lera ainsi qu’une cinquantaine d’armes Ă  feu sont passĂ©es dans le camp des Ă©meutiers au cours de cette nuit vengeresse Ă  PopayĂĄn, dont une quinzaine de fusils.

Le pouvoir envoie l’armĂ©e en renfort


Enfin, pour illustrer une situation oĂč le pouvoir accentue de jour en jour une pression des plus sanglantes, on peut Ă©galement se tourner vers la troisiĂšme ville du pays, Cali, qui est l’un des principaux foyers de la rĂ©volte depuis le dĂ©but : hier 28 mai lors d’une nouvelle grande journĂ©e nationale de manifestations, 13 personnes y ont Ă©tĂ© tuĂ©es, dont plusieurs par des sbires en civil. L’une d’entre elles, un jeune de 22 ans participant Ă  la primera lĂ­nea sur le barrage de Campestre, a Ă©tĂ© abattue dĂšs le matin. Puis ce fut au tour de deux autres manifestants, abattus sur un blocage dans le quartier central de La Luna, sauf que dans ce cas leurs camarades ont rĂ©ussi Ă  rattraper l’assaillant, puis Ă  l’identifier avant de lui rĂ©gler dĂ©finitivement son compte sur place : il s’agissait d’un flic en civil appartenant au corps armĂ© des enquĂȘteurs judiciaires du parquet (Cuerpo TĂ©cnico de Investigaciones, CTI), ce que le pouvoir a dĂ» finir par reconnaĂźtre. En soirĂ©e, enfin, c’est cette fois un manifestant originaire de la communautĂ© de langue quechua Inga, un Ă©tudiant ĂągĂ© de 22 ans, qui a Ă©tĂ© abattu dans le quartier de MelĂ©ndez. Les autres n’ont pas encore Ă©tĂ© identifiĂ©s publiquement.

Samedi 29 mai, le prĂ©sident Duque a rĂ©agi Ă  la journĂ©e de rĂ©volte de la veille et particuliĂšrement aux Ă©vĂ©nements de Cali, en condamnant selon son style habituel « les actes de vandalisme et de terrorisme urbain de basse intensitĂ© Â» des manifestants, puis a dĂ©clarĂ© utiliser la Loi d’assistance militaire pour dĂ©crĂ©ter immĂ©diatement l’envoi d’un millier de soldats dans les rues de Cali ; la crĂ©ation de patrouilles mixtes police/armĂ©e dans d’autres villes comme PopayĂĄn ; ainsi que le dĂ©ploiement global de 7000 militaires pour mettre fin aux blocages dans huit dĂ©partements (Valle del Cauca, Cauca, Nariño, Huila, Norte de Santander, Putumayo, CaquetĂĄ, Risaralda) et treize villes (Cali, Buenaventura, Pasto, Ipiales, PopayĂĄn, Yumbo, Buga, Palmira, Bucaramanga, Pereira, Madrid, FacatativĂĄ, et Neiva).

En rĂ©alitĂ©, il s’agit ni plus ni moins d’un ersatz de dĂ©claration d’état d’urgence (estado de conmociĂłn interior) rĂ©clamĂ© par les leaders de son parti, qui l’autoriserait Ă  gouverner par simples dĂ©crets prĂ©sidentiels pendant 90 jours, et dont il peut se passer pour l’instant puisque la Ley de asistencia militar lui permet plus simplement de dĂ©ployer l’armĂ©e partout oĂč la police se trouve en difficultĂ©. Une mesure qui n’était utilisĂ©e jusqu’à prĂ©sent que dans la capitale BogotĂĄ depuis le 5 mai, Ă  la demande de la maire Claudia LĂłpez
 pour dĂ©fendre avec des militaires les bĂątiments de la police et du parquet oĂč des manifestants sont quotidiennement enfermĂ©s en attendant d’ĂȘtre transfĂ©rĂ©s en prison.

A noter, enfin, que si certaines autoritĂ©s locales se sont appuyĂ©es sur ce dĂ©cret prĂ©sidentiel (n°575 de 2021) dĂšs dimanche 30 mai pour appuyer l’envoi de troupes kakies, d’autres ont annoncĂ© Ă  l’inverse qu’elles refusaient d’y avoir recours (comme Ă  Bucaramanga ou CaquetĂĄ), et que pour encourager chaleureusement son sanglant homologue colombien, le nouveau prĂ©sident des Etats-Unis Joe Biden a dĂ©cidĂ© le 28 mai de lui accorder une petite augmentation, en portant la somme versĂ©e annuellement Ă  la Colombie de 412 Ă  453,8 millions de dollars pour 2021.

[SynthĂšse de la presse colombienne, 30 mai 2021]

[IMG] BogotĂĄ, 30 mai : premiĂšre « marche blanche Â» de la bourgeoisie et des rĂ©actionnaires pour demander l’arrĂȘt des blocages, appuyer la rĂ©pression policiĂšre (avec ce slogan : “PolicĂ­a, amigo, el pueblo estĂĄ contigo”) et dĂ©noncer « le vandalisme Â». D’autres ont eu lieu Ă  MedellĂ­n et Barranquilla.

Source : https://sansnom.noblogs.org/archives/6741/

Ce pour quoi le prolétariat se bat en Colombie

Ces derniĂšres semaines, la classe ouvriĂšre en Colombie s’est confrontĂ©e avec force aux nouvelles attaques de la bourgeoisie, qui se sont concrĂ©tisĂ©es cette fois par une rĂ©forme fiscale du gouvernement qui cherche Ă  augmenter l’extraction de plus-value par d’autres voies. Le prolĂ©tariat en Colombie subit de la part de la bourgeoisie des agressions continues qui s’expriment par une dĂ©tĂ©rioration progressive des conditions de vie, par de fortes disparitĂ©s sociales et le recours Ă©nergique Ă  la violence (militaire et paramilitaire) contre la mobilisation ouvriĂšre et paysanne. Les accords de paix avec la guĂ©rilla ont simplement reprĂ©sentĂ© un mĂ©canisme d’intĂ©gration de leurs appareils politiques contre-rĂ©volutionnaires dans les institutions dĂ©mocratiques du capital, avec des rĂšglements de compte contre les leaders des protestations populaires qui se sont rĂ©pandus dans tout le pays, tandis que la bourgeoisie des grands propriĂ©taires fonciers relance son offensive contre le prolĂ©tariat rural. Les circonstances gĂ©nĂ©rĂ©es par la nouvelle pandĂ©mie du capital, le covid-19, ont aggravĂ© encore davantage la situation, en termes de chĂŽmage, de misĂšre et d’augmentation des impĂŽts. En rĂ©alitĂ©, cette rĂ©forme fiscale a Ă©tĂ© la goutte d’eau qui a fait dĂ©border le vase pour qu’une explosion sociale aux proportions Ă©normes se produise.

Mais nous commettrions une erreur si nous essayions de comprendre ces troubles sociaux en termes exclusivement nationaux. Bien au contraire. La rĂ©ponse de la classe ouvriĂšre en Colombie aux plans de famine et de misĂšre de sa bourgeoisie fait partie de la recomposition du prolĂ©tariat mondial (et en AmĂ©rique latine), dans sa lutte pour survivre Ă  un capitalisme qui a Ă©puisĂ© ses possibilitĂ©s de dĂ©veloppement organique. Les formes radicales de lutte dans les rues des principales villes colombiennes sont une rĂ©ponse d’en bas Ă  un capital mondial incapable d’articuler la valeur en tant que rapport social, dans sa fuite en avant sous des expressions de plus en plus fictives, extrayant la plus-value par toutes sortes de mĂ©canismes Ă  sa disposition et par un recours croissant Ă  la force et Ă  la violence.

Au niveau mondial, nous observons comment le prolĂ©tariat s’est affrontĂ© au capital depuis le dĂ©but de la crise de 2008. Dans un premier temps, cela s’est passĂ© comme avec les rĂ©volutions arabes de 2011 ou le 15-M en Espagne, avec de nombreuses illusions dĂ©mocratiques et citoyennes dans la rĂ©gĂ©nĂ©ration du systĂšme. Dans ces mobilisations sociales, la classe moyenne et ses guerres culturelles postmodernes ont jouĂ© un rĂŽle hĂ©gĂ©monique. Mais, au fil du temps, la classe ouvriĂšre a radicalisĂ© ses luttes, se confrontant plus directement aux conditions matĂ©rielles imposĂ©es par les plans d’exploitation du capital. En 2019, les explosions sociales au Chili, dĂ©clenchĂ©es par la hausse des prix des transports urbains, et en Équateur, Ă©galement dĂ©clenchĂ©es par un ajustement fiscal agressif, ont reprĂ©sentĂ© un changement de scĂ©nario dans la lutte des classes dans le sous-continent latino-amĂ©ricain. Elles ont ouvert une phase de plus grande radicalisation des luttes des travailleurs, produisant une confrontation plus directe avec le capital et ses gouvernements. Ce qui s’est passĂ© en Colombie ces derniĂšres semaines ne peut ĂȘtre compris sans faire allusion Ă  ce cadre plus global de radicalisation sociale accrue.

Comme cela s’est produit prĂ©cĂ©demment au Chili et en Équateur, le prolĂ©tariat en Colombie a fait preuve d’une grande bravoure et de radicalitĂ© dans les rues, affrontant mĂȘme des groupes paramilitaires qui ont froidement tirĂ© Ă  balles rĂ©elles sur les manifestants. À Cali, l’épicentre des protestations, les communes (les quartiers) de la pĂ©riphĂ©rie de la ville se sont organisĂ©es collectivement non seulement pour faire face Ă  la violence des forces rĂ©pressives. Ils ont Ă©galement dĂ» organiser l’approvisionnement en nourriture, la protection contre les agents infiltrĂ©s, le transport collectif, la prise en charge des blessĂ©s, etc., alors que le gouvernement tentait de les affamer et de supprimer les services de base. La rĂ©ponse de ces communes, comme Puerto Resistencia, est un exemple de la capacitĂ© de notre classe Ă  construire des relations sociales en marge de celles imposĂ©es par le capital et ses États ; oĂč parallĂšlement Ă  la rĂ©organisation des conditions de vie matĂ©rielles, s’opĂšre Ă©galement une rĂ©volution des valeurs et des relations humaines. Le monde cesse d’ĂȘtre inversĂ©, comme c’est le cas dans le capitalisme, et les besoins sociaux deviennent prioritaires sur tout autre critĂšre (comme l’accumulation de capital sans limites) dans les dĂ©cisions que prennent les communes dans l’utilisation des ressources disponibles et dans les efforts qui sont consacrĂ©s pour atteindre cet objectif. Tout est bouleversĂ©, plus rien n’est Ă  l’envers. Ainsi, par exemple, une militante des luttes environnementales, qui avait jusqu’alors besoin d’une escorte face aux multiples menaces et assassinats commis par les paramilitaires, se promĂšne dĂ©sormais librement, sans crainte, parmi ses voisins. La mobilisation prolĂ©tarienne lui a rendu sa sĂ©curitĂ©, elle a rĂ©duit la violence du capital dans les espaces oĂč notre classe a imposĂ© sa logique de vie (contre la logique de mort du capital).

Ce sont lĂ  des aperçus d’une nouvelle sociĂ©tĂ©, ce sont des intuitions du communisme, ce sont les balbutiements, les dĂ©buts, de la constitution rĂ©volutionnaire d’une classe qui refuse de succomber aux cĂŽtĂ©s d’un capitalisme moribond. Le communisme ne sortira pas de la tĂȘte d’un quelconque gĂ©nie, ni des consignes exogĂšnes d’une avant-garde Ă©clairĂ©e. C’est un mouvement historique qui Ă©mane des entrailles de la sociĂ©tĂ©, qui surgit dans le feu des luttes du prolĂ©tariat pour garantir ses conditions d’existence, lorsque le capital, dans sa tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e de continuer Ă  augmenter ses profits, ne laisse Ă  notre classe aucune autre option que de s’organiser socialement de maniĂšre alternative pour garantir ses conditions de vie. Certes, ce que nous voyons dans les communes de Cali ou de Medellin, ou dans les quartiers de Santiago du Chili, est encore insuffisant ; ces nouvelles relations sociales ne peuvent s’imposer Ă  la logique du capital qu’à un niveau mondial et global. Mais, sans aucun doute, elles montrent la voie Ă  suivre, ce sont des expĂ©riences oĂč notre classe apprend Ă  combattre le capitalisme sur un plan rĂ©el et matĂ©riel, sans se contenter des illusions culturelles et dĂ©mocratiques que la gauche post-moderne lui chuchote Ă  l’oreille.

Mais, comme nous l’avons dit, nous sommes au dĂ©but d’un processus extrĂȘmement complexe et plein de dangers. La gauche colombienne, tant au niveau politique que syndical, s’efforce de dĂ©tourner les luttes vers le terrain Ă©lectoral et vers celui de la nĂ©gociation avec le gouvernement, empĂȘtrant le prolĂ©tariat dans le labyrinthe technocratique des rĂ©formes cosmĂ©tiques d’un capital qui ne peut offrir que la catastrophe et une plus grande exploitation. Les faux espoirs de la social-dĂ©mocratie, exprimĂ©s en Colombie par la candidature Ă  la prĂ©sidentielle de Gustavo Petro ou dans celle du maire de Bogota Claudia LĂłpez, reprĂ©sentent le plus grand danger pour notre classe dans sa lutte pour une vie meilleure. La social-dĂ©mocratie, dans sa tentative de gĂ©rer la crise du capital, dans sa grossiĂšre tentative de façonner un capitalisme bienveillant ou inclusif, finit irrĂ©mĂ©diablement par devenir une marionnette de plus de la logique de la valeur. Si le capital est mis en danger par la mobilisation prolĂ©tarienne, il ne fait aucun doute que ces personnages de la social-dĂ©mocratie colombienne n’auront aucun remords Ă  agir avec violence et avec la mĂȘme fermetĂ© que celles dĂ©ployĂ©es aujourd’hui par le prĂ©sident IvĂĄn Duque. En Colombie, comme dans le reste du monde, le prolĂ©tariat rĂ©volutionnaire cherchera sa voie indĂ©pendante, comme Karl Marx l’avait indiquĂ© dans le Manifeste communiste de 1848. Le prolĂ©tariat est la seule classe sociale qui dispose des conditions matĂ©rielles pour construire une sociĂ©tĂ© en dehors de la logique de la valeur. Il faut lutter de toutes nos forces contre la social-dĂ©mocratie, contre les illusions dĂ©mocratiques qui promettent une gestion bienveillante du capital, contre les courants opportunistes qui prĂ©tendent mettre notre classe face au dilemme de choisir (avec un accent tout particulier sur le terrain Ă©lectoral) entre les formes les plus progressistes et les plus rĂ©actionnaires du capital. C’est un faux choix. Nous ne pouvons rien attendre du capital sous ses diffĂ©rentes formes sinon misĂšre et dĂ©solation. Les travailleurs des communes en Colombie nous montrent une voie alternative, rĂ©elle : celle de l’autodĂ©termination prolĂ©tarienne au moyen de la lutte des classes.

Source en espagnol : http://barbaria.net/2021/05/30/por-que-lucha-el-proletariado-en-colombia/

Traduction française : Los Amigos de la Guerra de Clases

SolidaritĂ© avec la rĂ©volte en Colombie : A bas le gĂ©nocide d’État !

ProlĂ©taires du monde entier, unissez-vous !

La Colombie est depuis quelques jours le thĂ©Ăątre d’une rĂ©volte prolĂ©tarienne aux caractĂ©ristiques similaires Ă  celle qui a secouĂ© la rĂ©gion chilienne durant les journĂ©es d’octobre/novembre 2019. La poursuite du cycle de lutte ouvert par les rĂ©voltes en Équateur et au Chili est le symptĂŽme que le capital, dans sa restructuration post-pandĂ©mique, traverse une crise d’ampleur historique.

L’impulsion qui a poussĂ© les multitudes dans les rues est une rĂ©forme fiscale (impĂŽt sur le revenu et TVA), que le prolĂ©tariat en Colombie a compris, dans une critique pratique lucide, comme une maniĂšre de diriger le coĂ»t de la catastrophe vers la population.

La crise du capital, que la pandĂ©mie n’a fait qu’accĂ©lĂ©rer, est un processus qui se manifeste sous diverses formes, les rĂ©formes fiscales Ă©tant l’une d’entre elles, en plus de la destruction accĂ©lĂ©rĂ©e et gĂ©nĂ©ralisĂ©e de la nature et de l’expulsion de grandes masses de salariĂ©s hors du processus de production – avec la crĂ©ation d’une population jetable pour le capital – et de ses sĂ©quelles incarnĂ©es par les vagues de migration et la croissance du crime organisĂ© alimentĂ© par la misĂšre, entre autres manifestations qui deviendront de plus en plus courantes. En ce sens, il est prioritaire de comprendre que toute tentative de rĂ©forme n’est qu’un mĂ©canisme pour Ă©terniser ce vĂ©ritable zombie qu’est le capital, en perpĂ©tuant le rapport social fĂ©tichiste, en superposant la production de valeur sur les besoins humains, bref, en dĂ©truisant tout sur son passage, sur l’autel du capital.

La rĂ©ponse de l’État colombien – comme celle de l’État chilien et de tous les États du monde – ne peut ĂȘtre qu’une rĂ©pression sanglante contre nos frĂšres et sƓurs : au moment d’écrire ces mots de solidaritĂ©, il y a dĂ©jĂ  plus de 20 morts, de nombreux camarades emprisonnĂ©s et blessĂ©s, ainsi que des immigrants expulsĂ©s pour avoir participĂ© activement aux manifestations.

Cali, l’une des plus grandes villes de Colombie, a Ă©tĂ© militarisĂ©e le 30 avril. 3.000 policiers ont Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©s : un vĂ©ritable dĂ©jĂ  vu du 19 octobre Ă  Santiago du Chili. Le problĂšme n’est pas seulement IvĂĄn Duque, c’est le systĂšme de production de marchandises, qui s’est montrĂ© tel qu’il est, dĂ©montrant ainsi que le vrai visage de la dĂ©mocratie n’est rien d’autre que la forme que prend le capital pour imposer sa domination, en criminalisant ceux qui luttent pour se libĂ©rer de cette forme infĂąme de relation sociale, et en leur faisant sentir toute sa brutalitĂ©.

La nĂ©cessitĂ© d’articuler la lutte au niveau international, de l’envisager contre toutes les sĂ©parations qui nous ont Ă©tĂ© imposĂ©es en tant qu’humanitĂ© avec une irrationalitĂ© gĂ©nocidaire, est une rĂ©alitĂ© qui nous explose entre les mains : il est urgent de tisser des liens d’entraide et de poursuivre la lutte dans les territoires pour vaincre ce monde. Le mouvement du capital ne fera que continuer Ă  produire de la misĂšre et, face Ă  cela, la lutte des classes fait rage, et continuera Ă  embraser leur monde, dans des temps et des espaces diffĂ©rents comme produit par ce mouvement : seul le prolĂ©tariat est capable d’enrayer ce non-sens qu’est devenu ce monde.

Seule la rĂ©volution communiste internationale nous libĂ©rera !

Source en espagnol : https://hacialavida.noblogs.org/solidaridad-con-la-revuelta-en-colombia-abajo-el-genocidio-estatal/

Traduction française : Los Amigos de la Guerra de Clases




Source: Iaata.info