Novembre 14, 2020
Par Archives Autonomie
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Il y a quelques jours la Solidaridad Obrera a publié l’éditorial suivant :

La presse qui représente les divers secteurs du front antifasciste a manifesté, à cause de l’entrée de nos représentants dans le gouvernement révolutionnaire de défense, la plus grande complaisance.

Les articles les plus significatifs en sont allés jusqu’à qualifier d’historique la formation de cet organisme, qui n’est pas un gouvernement vieux style, mais un ministère où sont représentés les authentiques secteurs de l’opinion lesquels, en ce moment, luttent, les armes à la main, pour le triomphe de la révolution prolétarienne.

Pour notre part, nous avons à faire une seule observation concernant l’événement commenté : nous regrettons que celui-ci se soit produit avec un lamentable retard. Si la structure du gouvernement s’était modifiée dès que nos organisations en avaient formulé la demande, il est indubitable que les faits se seraient passés d’une toute autre façon.

Nous sommes sûrs (parce que nous nous rendons compte du temps et des énergies perdus) que si la C.N.T. était entrée en son temps dans le gouvernement, les canons de la ploutocratie fasciste ne menaceraient pas aujourd’hui la capitale de la république.

Attentifs à la marche des événements, convaincus dès le premier moment qu’il s’agissait d’une lutte de longue haleine que seule pouvait mener à bonne fin une unité absolue d’action, de commandement et de responsabilité ; connaissant très bien, en outre, l’aide formidable en matériel de guerre que le fascisme international accordait aux mercenaires de Franco, nous proposâmes la formation d’un organisme directeur, composé de représentants des organisations ouvrières : organisme auquel, rompant avec les traditions classiques de la politique espagnole, on aurait donné toute la direction des destinées du pays.

Notre généreuse idée ne reçut pas, en son temps, l’assentiment des partis politiques, on comprend pourquoi. Mais, pendant qu’on en empêchait la réalisation, des événements déplorables surgirent, qui obligèrent le gouvernement révolutionnaire de défense à prendre d’implacables mesures et à imposer de cruels sacrifices, ce qu’on aurait pu et dû éviter.

La C.N.T., centrale syndicale apolitique qui ne renonce, ni ne renoncera jamais à ses postulats, sut toujours lutter contre les événements imposés. Mais, vu leur actuelle gravité, elle s’est crue obligée, à cause de ses grandes responsabilités dans l’œuvre salvatrice du prolétariat, de demander un poste de confiance à la direction de la chose publique. Elle le fit à un moment où la situation était des plus confuse, et où, à la faveur de cette confusion, l’armée mercenaire fasciste rêvait de s’emparer de Madrid : proie que la ploutocratie internationale exige de Franco et de ses mercenaires pour reconnaître comme gouvernement légal ces traîtres auxquels conviendrait seul le qualificatif de vulgaires condottieres.

La C.N.T. a accepté la responsabilité du gouvernement au moment le plus grave de la situation. Nous voulons assurer le triomphe de la révolution prolétarienne ibérique et, pour y parvenir, tout sacrifier nous paraît peu de chose.

Ce n’était que justice que la direction des destinées publiques revint aux Centrales syndicales prolétariennes, car ce sont les travailleurs qui donnent actuellement leur vie sur les champs de bataille. C’est à ces hommes qu’appartient la responsabilité d’édifier l’économie nouvelle révolutionnaire qui doit naître de cette gigantesque guerre civile.

Avec nos représentants dans le gouvernement révolutionnaire de défense sont représentés tous nos syndicats et organisations. Nos représentants suivront les directives de ces organisations. Quoi qu’ils décident, nous l’exécuterons avec toute la fermeté qui caractérise les esprits libertaires, avec cette discipline qui ne naît pas de la contrainte, mais de notre conviction intime, de notre conscience qui nous oblige à accomplir ce que les personnes et organismes librement choisis par nous décident.

L’entrée de la C.N.T. dans le gouvernement marquera, sans doute, une nouvelle étape dans la marche de la révolution antifasciste qui, en même temps qu’elle vainc par les armes la ploutocratie, construit l’économie nouvelle, donnant ainsi au monde la preuve de la grandeur et de la richesse du génie créateur du peuple espagnol.




Source: Archivesautonomies.org