Septembre 23, 2022
Par CQFD
265 visites

Ce ne sont pas des rĂ©volutionnaires de la fourche ni des avant-gardistes autoproclamĂ©s, mais leur dĂ©marche est fonciĂšrement politique. En s’installant dans un coin paumĂ© de l’Hexagone il y a quelques annĂ©es, les jeunes paysans et paysannes de la Grange aux Merles avaient en tĂȘte de proposer un autre modĂšle agricole, afin de le diffuser largement. Depuis, leurs rĂ©flexions ont Ă©voluĂ©. Point d’étape.


Illustration d’Adrien Zammit

Un dimanche d’aoĂ»t 2022, dans un petit village banal de la France rurale. C’est jour de comices agricoles et on se balade avec Xavier 1 et Sophia aux abords de ces festivitĂ©s rurales traditionnelles rameutant nombre de gens du coin – pas que les agriculteurs. Au programme : un festin de grillades sur de grandes tables Ă  trĂ©teaux, un chĂąteau gonflable pour les mĂŽmes, l’inĂ©vitable buvette bondĂ©e, un rassemblement de rutilants tracteurs anciens ou un concours de bovins. Occasion pour les Ă©leveurs locaux d’afficher leur savoir-faire, cette compĂ©tition mĂȘle diverses catĂ©gories de bĂȘtes. Au fil des heures, les quadrupĂšdes dĂ©filent, massifs, placides, mĂ©ticuleusement brossĂ©s. Et quand le commentateur Ă©voque au micro les diffĂ©rents candidats prĂ©sentĂ©s par lots de huit, complimentant « le maintien du filet Â» de tel bƓuf mastoc ou « l’amplitude du bassin Â» de telle vache XXL, on se marre tous les trois un peu bĂȘtement. Comme s’il y avait un cĂŽtĂ© folklorique, l’expression d’un autre monde au sabir Ă  la fois ancestral et exotique.

Xavier et Sophia sont pourtant agriculteurs. Ils participent de longue date Ă  une ferme collective implantĂ©e Ă  quelques kilomĂštres, la Grange aux Merles 2. Au cours de ces comices dominicaux, ils croisent plusieurs personnes qu’ils connaissent et saluent, notamment les organisateurs. Sophia, qui est Ă©leveuse au sein du collectif, participe mĂȘme ce jour-lĂ  Ă  une dĂ©monstration de chiens de troupeau. Pourtant, ils ne le formuleraient peut-ĂȘtre pas ainsi, mais ils donnent l’impression d’ĂȘtre Ă  la fois dedans et dehors, intĂ©grĂ©s mais pas totalement assimilĂ©s. Dans un entre-deux.

Quand je lui en fais la remarque, Xavier Ă©voque la notion de « capital d’autochtonie  Â», mobilisĂ©e notamment par le sociologue Nicolas Renahy dans Les Gars du coin 3, qui dĂ©signe le sentiment d’appartenance collective propre aux ruraux « du cru Â». Il y a des codes, une culture, des rites, auxquels les nouveaux venus, pourtant installĂ©s depuis sept ans, n’ont pas totalement accĂšs. Rien Ă  voir avec les « nĂ©o-ruraux Â» de l’ùre Covid, abonnĂ©s au tĂ©lĂ©travail et dĂ©connectĂ©s de leur environnement. Mais quand mĂȘme : il subsiste un fossĂ©. Et c’est l’une des problĂ©matiques agitant la grosse dizaine de personnes du collectif – ainsi rĂ©sumĂ©e par Ludo : « On cherche Ă  davantage s’intĂ©grer dans le rĂ©seau local. C’est bien d’ĂȘtre autonomes, mais c’est enfermant de ne se retrouver qu’avec des gens qui ont les mĂȘmes idĂ©es. Il faut dĂ©border de nos milieux, ne pas se contenter de la Conf[Ă©dĂ©ration paysanne] ou d’initiatives militantes marquĂ©es Ă  gauche. D’oĂč l’importance de participer Ă  des collectifs locaux, qu’il s’agisse d’associations de chiens d’élevage ou de la sociĂ©tĂ© de chasse si c’est ton truc. Â» L’objectif : rompre la logique des bulles sociales, des rĂ©seaux affinitaires et de classe, pour bĂątir des ponts. Et parfois, ça marche : « Il y a quelques jours, on tenait une table avec les produits de la ferme dans une fĂȘte de village oĂč on ne connaissait pas grand monde. Quelques jours plus tard, certaines personnes rencontrĂ©es lĂ -bas sont venues assister Ă  un spectacle de thĂ©Ăątre qu’on organisait sur la ferme. Ces rapprochements mettent du temps mais sont trĂšs prĂ©cieux. Â»

« Piou piou les p’tits oiseaux Â»

Cela fait sept ans que les complices de la Grange aux Merles sont installĂ©s – plus vraiment des nĂ©o-ruraux, donc, mais pas non plus des gens du coin. Une dizaine d’amis qui, au sortir de leurs Ă©tudes supĂ©rieures en agronomie, ont dĂ©cidĂ© d’envoyer bouler la vie urbaine et la perspective d’un salaire confortable pour s’installer Ă  la campagne. Ils ont montĂ© une ferme collective bio, basĂ©e sur les circuits courts et une agriculture la plus saine possible. Ils y produisent des lĂ©gumes, du pain, du fromage de vache et de chĂšvre, de la viande de porc, de la biĂšre, des fraises ou des champignons, qu’ils mettent en vente sur place via leur magasin ouvert deux jours par semaine et dans quelques lieux de la rĂ©gion spĂ©cialisĂ©s dans les produits bio. Bossant de concert avec des camarades architectes qui ont leurs bureaux Ă  la ferme, ils organisent aussi des Ă©vĂ©nements sur place : spectacles, projections, dĂ©bats ou concerts. Rien de rĂ©volutionnaire mais une dĂ©marche qui, dĂšs le dĂ©part, se voulait aux antipodes de l’agro-industrie.

Leur trajectoire rappelle celle des Ă©tudiants d’AgroParisTech qui, en mai dernier, ont profitĂ© de leur remise de diplĂŽme pour dĂ©noncer le modĂšle dominant et annoncer publiquement leur dĂ©sertion groupĂ©e, fustigeant notamment « une formation qui pousse globalement Ă  participer aux ravages Ă©conomiques et sociaux en cours 4 Â». Le collectif valide le rapprochement : eux qui ont fait leurs Ă©tudes ensemble dans une formation similaire ont Ă©galement ruĂ© dans les brancards le jour de la validation de leur cursus. « Sauf que notre discours Ă©tait sans doute moins bon  Â», rigole AdĂšle. De leurs Ă©tudes, ils ont gardĂ© la conviction qu’il fallait s’engager dans le domaine agricole, mais dans la direction inverse de ce qu’on leur enseignait. « Les tenants et aboutissants de la question agricole sont souvent minimisĂ©s, alors que c’est le pilier du systĂšme productiviste, au premier plan des dĂ©gĂąts environnementaux Â», rappelle Tristan. Lui explique qu’il se sentait alors beaucoup plus proche des activistes de la ZAD que des tiĂšdes militants urbains d’Europe Écologie-Les Verts (EELV). Et qu’à ses yeux claquer la porte des villes Ă©tait une Ă©vidence.

Trouver le lieu adĂ©quat n’a pas Ă©tĂ© chose aisĂ©e, entre cartes de France raturĂ©es Ă  l’excĂšs et escapades en pagaille pour prospecter. L’idĂ©e Ă©tait de trouver un territoire neutre, normal, pas phagocytĂ© par l’agro-industrie dĂ©lirante comme la Beauce, mais pas non plus envahi de nĂ©o-ruraux babos comme la DrĂŽme. Une fois l’endroit parfait dĂ©gottĂ© et les bĂątiments retapĂ©s, les premiĂšres annĂ©es ont marquĂ© une confrontation avec la rĂ©alitĂ© du boulot agricole et du collectif en autogestion qui crisse parfois. RĂ©trospectivement, ils confessent une certaine naĂŻvetĂ© dans l’approche politique. « Il faut bien comprendre qu’on avait 22 ou 23 ans quand on a lancĂ© le projet Â», rappelle AdĂšle. « Il y avait des Ă©vidences : ne pas bosser pour des gros saccageurs et avoir une dĂ©marche paysanne ayant du sens. Mais Ă  cĂŽtĂ© de ça on Ă©tait aussi un peu “piou-piou les p’tits oiseaux”. Â» D’autres comparent leur approche initiale aux satanĂ©s colibris de feu Pierre Rabhi – la parabole du petit oiseau qui, face Ă  l’incendie, balance quelques gouttes sur les flammes pour « faire sa part Â» et inspirer les autres animaux de la forĂȘt, youpi youpi. « On arrivait avec l’idĂ©e de faire tache d’huile en crĂ©ant une ferme agronomiquement intĂ©ressante, viable Ă  peu d’hectares par actif et sans utilisation de produits phytosanitaires Â», dĂ©taille Tristan. En clair : montrer par l’exemple qu’un autre monde agricole est possible.

S’ils se dĂ©clarent aujourd’hui Ă©panouis dans leurs pratiques et heureux de consommer et de commercialiser des produits Ă©chappant Ă  la catastrophe de l’agro-industrie, ils ne se leurrent plus sur cette capacitĂ© Ă  faire tache d’huile. « On a compris que notre exemple n’est pas gĂ©nĂ©ralisable  Â», explique Tristan. « On est sur un marchĂ© de niche, qui nous permet de vendre nos produits cher, Ă  des gens qui ont un minimum de pouvoir d’achat. Pour imaginer que ça se dĂ©veloppe largement, il faudrait que la structuration de la sociĂ©tĂ© le permette, ce qui est tout le sauf le cas. C’est une question systĂ©mique.  Â»

Systémique. Le mot clé est lùché. Il reviendra.

« Ne pas se poser en donneurs de leçons Â»

Pas de mĂ©ga-fermes dans les environs de la Grange aux Merles, mais beaucoup d’agriculteurs ayant recours aux pesticides ou acculĂ©s Ă  une fuite en avant productiviste. Face Ă  ces pratiques nĂ©fastes exercĂ©es Ă  relativement petite Ă©chelle, la critique frontale serait aussi facile que vaine, estime Ludo : « Tu ne peux pas arriver comme une fleur et te poser en donneur de leçons. On sait que les gens qui font des compromis ne peuvent pas faire autrement, ou ne savent pas comment. D’ailleurs, nous aussi, on en fait. On vend nos produits cher. On utilise du pĂ©trole. Et on a parfois recours Ă  de la main-d’Ɠuvre gratuite via le woofing. De maniĂšre systĂ©mique, eux comme nous, on ne peut pas gagner notre vie sans compromis. Â»

« Eux comme nous, on ne peut pas gagner notre vie sans compromis. Â»

Une nĂ©cessaire humilitĂ©, qui dĂ©borde la question des pratiques agricoles. Ainsi, certains membres du collectif disent avoir un temps baignĂ© dans le discours de la « redynamisation du territoire Â», registre lexical un brin mĂ©prisant typique d’assos (pourtant prĂ©cieuses) comme Terre de liens 5, alors mĂȘme que le coin oĂč ils sont ­installĂ©s n’a rien de sinistrĂ©. « Au dĂ©but on Ă©tait un peu dans cette posture, comme si on dĂ©barquait dans un dĂ©sert, se rappelle Xavier. Mais c’est loin d’ĂȘtre le cas. Il y a plein d’assos locales ici. Et quand le village voisin organise une fĂȘte de la biĂšre, il y a un millier de personnes qui s’y rendent. Nous, quand il y en a cent cinquante qui viennent Ă  nos Ă©vĂ©nements, on est super contents. Du coup, on est beaucoup moins arrogants qu’à notre installation. Â»

Ne pas s’y tromper : s’ils parlent d’arrogance, celles et ceux de la Grange aux Merles n’ont pas dĂ©boulĂ© le couteau entre les dents en hurlant qu’ils allaient rĂ©Ă©duquer les bouseux. Pas leur genre. Ce qu’ils disent en substance, c’est qu’il leur a fallu du temps pour saisir le tableau dans son ensemble. Et comprendre que, pour vertueuse qu’elle soit, leur dĂ©marche n’était pas suffisante si elle rimait avec repli sur soi. En trouvant une forme d’autonomie individuelle et collective, ils ont certes rĂ©alisĂ© un premier pas, tout sauf nĂ©gligeable. Mais cela ne leur donne pas prise sur le monstre industriel dominant, qui s’accommode fort bien de ces marges paysannes. Ludo rĂ©sume la situation ainsi : « Quand je me suis installĂ©, il y avait d’abord des aspects individuels Ă©vidents. Pour ma compagne et moi, Ă©lever notre gamine dans de bonnes conditions, par exemple. Ou bien acquĂ©rir des formes d’autonomie, de rĂ©silience face Ă  la catastrophe en cours. Mais la part individuelle n’est politiquement garante de rien. Et mĂȘme si le collectif t’offre l’accĂšs Ă  une autonomie accrue, tu peux vite tomber dans des formes de colibrisme mou, des pratiques qui n’ont aucun autre impact que sur ton bien-ĂȘtre. Â»

« La part individuelle n’est politiquement garante de rien. Â»

Cet aspect est dĂ©sormais entĂ©rinĂ© par les membres du collectif. Lesquels sont d’ailleurs nombreux Ă  militer dans des structures qui s’attaquent de front aux questions les plus brĂ»lantes gĂ©nĂ©rĂ©es par l’agro-industrie – de l’accaparement des terres Ă  la bĂ©tonisation des campagnes en passant par la pollution imputable Ă  l’élevage intensif. Beaucoup sont par exemple impliquĂ©s Ă  la ConfĂ©dĂ©ration paysanne, syndicat agricole opposĂ© au magistĂšre de la trĂšs industrialo-compatible FĂ©dĂ©ration nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). D’autres s’investissent dans les campagnes des SoulĂšvements de la Terre, collectif qui multiplie les actions dans toute la France 6. Et un certain nombre affĂ»tent les fourches dans l’éventualitĂ© d’un grand projet inutile particuliĂšrement hors-sol actuellement dans les tuyaux des Ă©lus des environs. Mais concernant la ferme en elle-mĂȘme, la vĂ©ritable question est ailleurs : avant d’envisager le grand soir agricole, il s’agit d’abord de s’enraciner dans un territoire, d’y dĂ©velopper des liens.

« Un exode urbain de malade Â»

Les paysans et paysannes de la Grange aux Merles considĂšrent aujourd’hui que leur approche agricole n’est que le prĂ©-requis d’une transformation sociale plus radicale. Ils pensent aussi que cela ne pourra pas se faire en petit comitĂ© avant-gardiste, coupĂ© des rĂ©alitĂ©s agricoles dominantes. Alors que beaucoup, dans ces milieux, brocardent la figure du nĂ©o-rural, eux y voient plutĂŽt une rĂ©alitĂ© moins caricaturale et nĂ©faste que celle dĂ©crite dans les mĂ©dias, en tout cas dans leur coin. Dans la lignĂ©e de la Conf’, ils estiment qu’un afflux de jeunes dĂ©sertant la folie des villes serait une bonne chose. Tristan pose les choses ainsi : « Si on veut gĂ©nĂ©raliser l’agriculture paysanne, ce qui indispensable, il faut deux millions et demi de paysans. Un exode urbain de malade ! Et il sera impĂ©ratif d’opĂ©rer ce changement de la maniĂšre la plus Ă©galitaire possible, la plus communiste, Ă  rebours des modĂšles actuels.  Â»

En attendant, il importe de ne pas se tromper d’ennemi : «  Je prĂ©fĂšre que dans le coin il reste des agriculteurs qui s’agrandissent plutĂŽt qu’un gros investisseur Ă©tranger rachĂšte des terres et mette des salariĂ©s Ă  leur place Â», estime AdĂšle. Qui rappelle la situation : « On ne peut pas tous ĂȘtre en vente directe et en circuit court. Les supermarchĂ©s ne vont pas fermer du jour au lendemain. On a donc pour l’instant besoin d’agri’ qui font du circuit long. L’idĂ©al serait d’abord qu’ils reprennent la main sur les prix, ce qui leur donnerait la possibilitĂ© d’évoluer vers une agriculture moins toxique. Â»

Parfois des liens se crĂ©ent, des ponts. Ainsi de la Cuma 7 locale, coopĂ©rative de dĂ©coupe et de transformation de viande, oĂč se retrouvent aussi bien des Ă©leveurs bio que d’autres fonctionnant en conventionnel, et qui mettent en commun des outils indispensables Ă  leur mĂ©tier. Autre espace de rapprochement, plus inattendu : la chasse. AdĂšle la pratique, mais armĂ©e d’un arc : « C’est une excellente maniĂšre de rencontrer tes voisins. Tu as des moments d’échange avec des gens que tu ne rencontrerais sinon pas et qui sont loin de la caricature du viandard.  Â» Et de citer ce jour oĂč un chasseur, agriculteur conventionnel proche de la retraite, lui a expliquĂ© qu’il aimerait bien transmettre son exploitation Ă  des gens pratiquant le mĂȘme type de paysannerie que celles et ceux de la Grange. Une petite victoire, pas si anodine.

Fort heureusement, pas besoin de pratiquer la chasse pour faire avancer les choses. Ainsi de Ludo, partisan de l’éducation populaire, qui estime qu’il faut faire feu de tout bois : « Il y a tellement de questions sur lesquelles se bouger, sans faire de hiĂ©rarchie des luttes. Ce n’est pas parce qu’on est autonomes dans notre coin que tout est rĂ©glĂ©. Il faut un travail quotidien, des formations, des remises en cause, Ă  l’échelle de notre collectif, mais aussi tournĂ©es vers l’extĂ©rieur. Â» Question fĂ©minisme, par exemple, cela se traduit entre autres par l’implication de plusieurs femmes du collectif dans un festival local annuel dĂ©diĂ© Ă  ces problĂ©matiques. Avec cette position : pour s’attaquer au modĂšle destructeur en place, il faut affronter toutes les formes de domination, les mettre chacune sur un mĂȘme plan.

« On tient la bouffe Â»

Au final, allant de pair avec l’obsession pour le terme « systĂ©mique Â», une conviction revient : « Ce qu’on apporte doit s’inscrire dans un mouvement global.  Â» Dans cette optique, les pistes ne manquent pas. Elles peuvent se prĂ©senter sous des atours techniques, comme cette proposition avancĂ©e par Ludo : « Avec la Conf’, on voudrait crĂ©er un label “bĂȘte engraissĂ©e Ă  l’herbe”, pour diffĂ©rencier de celles nourries au maĂŻs, cĂ©rĂ©ale qui pompe Ă©normĂ©ment d’eau. Il s’agirait de dĂ©velopper des filiĂšres oĂč les pratiques traditionnelles sont mieux valorisĂ©es tout en pointant du doigt le gaspillage dĂ©mentiel de ressources de l’élevage au maĂŻs. Une maniĂšre de faire Ă©merger le politique via l’écologique en partant d’aspects prosaĂŻques. Â» Ces pistes et horizons peuvent aussi brasser plus large, avec en tĂȘte les braises encore fumantes des Gilets jaunes. Dans le coin, le mouvement avait bien pris et certains membres du collectif y avaient participĂ©. Un hic cependant : les agriculteurs y Ă©taient au final peu reprĂ©sentĂ©s.

Ce manque de conflictualitĂ© de la profession, hors luttes sectorielles, fait d’ailleurs rĂ©agir Ludo : « On devrait ĂȘtre beaucoup plus prĂ©sents dans les luttes sociales et Ă©cologiques. Les agriculteurs, c’est Ă  peine 2 % de la population [française] pour un poids immense dans le rĂ©chauffement climatique 8. Â» Et AdĂšle de rĂȘver Ă  une prise de conscience gĂ©nĂ©ralisĂ©e, portĂ©e par des paysans refusant de s’allier aux gros bonnets de l’agriculture industrielle infĂ©odĂ©s Ă  la FNSEA et Ă  la pompe Ă  fric europĂ©enne : «  Si des paysans et agriculteurs dĂ©terminĂ©s Ă  vraiment peser se regroupaient pour s’opposer au modĂšle industriel, ça pourrait avoir un gros impact. Car il ne faut pas oublier une chose : on tient la bouffe.  Â»

Émilien Bernard




Source: Cqfd-journal.org