Octobre 3, 2022
Par CNT-AIT
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adoptée par le congrÚs de la CGT-SR / AIT en 1926

En prĂ©sence de l’instabilitĂ© politique et financiĂšre de l’État français, qui peut Ă  tout instant provoquer une crise de rĂ©gime et par consĂ©quent, poser la question d’un ordre social nouveau par les voies rĂ©volutionnaires, le congrĂšs, en mĂȘme temps qu’il se refuse Ă  donner au capitalisme les moyens de rĂ©Ă©quilibrer, dĂ©clare que le syndicalisme doit tirer de cette situation catastrophique le maximum de rĂ©sultats pour l’affranchissement des travailleurs.

En consĂ©quence, il affirme que les efforts du prolĂ©tariat doivent tendre, non seulement Ă  renverser le rĂ©gime actuel, mais encore Ă  rendre impossible la prise du pouvoir et son exercice par tous les partis politiques qui s’en disputent Ăąprement la possession. C’est ainsi que le syndicalisme doit savoir profiter de toutes les tentatives faites par les partis, pour s’emparer du pouvoir, pour jouer lui-mĂȘme son rĂŽle dĂ©cisif qui consiste Ă  dĂ©truire ce pouvoir et Ă  lui substituer un ordre social reposant sur l’organisation de la production de l’échange et de la rĂ©partition, dont le fonctionnement sera assurĂ© par le jeu des rouages syndicaux Ă  tous les degrĂ©s. En proclamant le sens profondĂ©ment Ă©conomique de la rĂ©volution prochaine, le congrĂšs tient Ă  prĂ©ciser essentiellement, qu’elle doit revĂȘtir un caractĂšre de radicale transformation sociale devenue indispensable et reconnue inĂ©vitable aussi bien par le capitalisme que par le prolĂ©tariat. Ce caractĂšre ne peut lui ĂȘtre imprimĂ© sur le plan de classe des travailleurs que par le prolĂ©tariat organisĂ© dans les syndicats, en dehors de toute autre direction extĂ©rieure, qui ne peut que lui ĂȘtre nĂ©faste. C’est seulement Ă  cette condition que les soubresauts rĂ©volutionnaires des peuples, jusqu’ici utilisĂ©s et dirigĂ©s par les partis politiques, permettront enfin d’apporter un changement notable dans l’ordre Ă©conomique et social, ainsi que l’exige le dĂ©veloppement des sociĂ©tĂ©s modernes.

Le congrĂšs constate la profonde nouveautĂ© des Ă©vĂ©nements qui se prĂ©parent et rendent inutiles et impossibles les transformations politiques partielles. Il enregistre aussi que le fascisme, nouvelle doctrine de gouvernement des puissances d’argent, qui commandent Ă  tout le systĂšme capitaliste, pose lui-mĂȘme le problĂšme social sous le mĂȘme angle Ă©conomique et entend utiliser le syndicalisme en l’adaptant Ă  ses vues particuliĂšres pour rĂ©aliser ses desseins.

En considĂ©ration de ce qui prĂ©cĂšde, le congrĂšs dĂ©clare que les Ă©vĂ©nements prochains en se dĂ©roulant dans l’ordre
Ă©conomique vont poser les nouvelles conditions de vie des peuples et fixer, avec une force grandissante et insoupçonnĂ©e, les vĂ©ritables caractĂšres de la vie sociale. Cette vie sera l’oeuvre des forces productives et crĂ©atrices associant harmoniquement les efforts des manoeuvres, des techniques et des savants, orientĂ©s constamment vers le progrĂšs. Ainsi se prĂ©cisent logiquement les caractĂšres de la transformation nĂ©cessaire. Reprenant les termes de cette partie de la rĂ©solution d’Amiens, qui dĂ©clare que « le Syndicat aujourd’hui groupement de rĂ©sistance, sera, dans l’avenir, le groupement de production et de rĂ©partition, base de la rĂ©organisation sociale Â», le congrĂšs affirme que le syndicalisme, expression naturelle et concrĂšte du mouvement des producteurs, contient Ă  l’état latent et organique, toutes les activitĂ©s d’exĂ©cution et de direction capables d’assurer la vie nouvelle. Il lui appartient donc, dĂšs maintenant, de rassembler sur un plan unique d’organisation, toutes les forces de la main-d’oeuvre, de la technique et de la science, agissant sĂ©parĂ©ment, en ordre dispersĂ©, dans l’industrie et aux champs.

En rĂ©unissant, dĂšs que possible, dans un mĂȘme organisme toutes les forces qui concourent Ă  assurer la vie sociale, le
syndicalisme sera en mesure, dĂšs le commencement de la rĂ©volution, de prendre en mains, par tous ses organes, la direction de la production et l’administration de la vie sociale. Comprenant toute la grandeur et toute la difficultĂ© de ce devoir, le congrĂšs tient Ă  affirmer que le syndicalisme doit, dĂšs maintenant, remanier son organisation, complĂ©ter ses organes, les adapter aux nĂ©cessitĂ©s – comme le capitalisme lui-mĂȘme et se prĂ©parer Ă  agir, demain, en administrateur et en gestionnaire Ă©clairĂ© de la production, de la rĂ©partition et de l’échange.

Il ne mĂ©connaĂźt pas l’extrĂȘme complexitĂ© des problĂšmes qui seront posĂ©s par la disparition du capitalisme. Aussi, il n’hĂ©site pas Ă  dĂ©clarer que le mouvement des travailleurs, qui ne recĂšle pas encore toutes forces nĂ©cessaires Ă  la vie sociale de demain, doit faire la preuve de son intelligence et de sa souplesse en appelant Ă  lui tous les individus, toutes les activitĂ©s qui, par leurs fonctions, leur savoir, leurs connaissances, ont leur place naturelle dans son sein et seront indispensables pour assurer la vie nouvelle Ă  tous les Ă©chelons de la production. N’ignorant pas les changements profonds qui sont survenus dans le domaine de la science et de la technique, que ce soit dans l’industrie et dans l’agriculture, le congrĂšs, prĂ©occupĂ© des transformations nĂ©cessaires, n’hĂ©site pas Ă  faire appel aux
savants et aux techniciens. De mĂȘme, il s’adresse aux paysans, pour assurer conjointement avec leurs frĂšres ouvriers la vie et la dĂ©fense de la rĂ©volution qui ne saurait s’effectuer sans leur concours Ă©clairĂ©, constant et complet. Le congrĂšs pense qu’ainsi se scellera, par un effort concordant, harmonieux et fĂ©cond, qui les rassemblera tous pour une mĂȘme tĂąche de libĂ©ration humaine, l’Union des travailleurs de la PensĂ©e et des Bras, de l’industrie et des champs.

N’ayant pour unique ambition que d’ĂȘtre les pionniers hardis d’une transformation sociale dont les agents
d’exĂ©cution et de direction oeuvreront sur le plan du syndicalisme, les syndicalistes dĂ©sirent que leur mouvement, vivant reflet des aspirations et des besoins matĂ©riels et moraux de l’individu, devienne la vĂ©ritable synthĂšse d’un mĂ©canisme social dĂ©jĂ  en voie de constitution, oĂč tous trouveront les conditions organiques, idĂ©alistes et humaines de la rĂ©volution prochaine, dĂ©sirĂ©e par tous les travailleurs.

Demain doit ĂȘtre aux producteurs, groupĂ©s ou associĂ©s, en vertu de leurs fonctions Ă©conomiques. L’organisation politique et sociale surgira de leur sein. Elle portera en elle-mĂȘme, tous les facteurs de rĂ©alisation, organisation, coordination, cohĂ©sion, impulsion et action. De cette façon, se dressera en face du citoyen, entitĂ© fuyante, instable et artificielle, le travailleur, rĂ©alitĂ© vivante, support logique et moteur naturel des sociĂ©tĂ©s humaines.

Le syndicalisme dans le cadre national : Son action générale.

La C.G.T. syndicaliste rĂ©volutionnaire affirme, dĂšs sa constitution, qu’elle entend ĂȘtre exclusivement un groupement de classe : celui des travailleurs. Elle doit donc, en plein accord sur ce point, avec la Charte d’Amiens, mener la lutte sur le terrain Ă©conomique et social. VĂ©ritable organisme de dĂ©fense et de lutte de classe, elle est en dehors de tous les partis et en opposition avec ceux-ci, la force active qui doit permettre Ă  tous les travailleurs de dĂ©fendre leurs intĂ©rĂȘts
immédiats et futurs, matériels et moraux.

S’inspirant de la situation prĂ©sente, elle dĂ©clare vouloir prĂ©parer, sans dĂ©lai, les cadres complets de la vie sociale et Ă©conomique de demain, dont elle tient Ă  examiner tout de suite les caractĂšres possibles et le fonctionnement gĂ©nĂ©ral.

Au capitalisme -conséquence et résultante de la vie passée, adapté et façonné par les forces dirigeantes en dehors
de toute doctrine comme de toute thĂ©orie – entrant dans le dernier cycle de son Ă©volution historique, le congrĂšs entend substituer le syndicalisme, expression naturelle de la vie sociale des individus en marche vers le communisme libre.

Rejetant le principe du partage des privilĂšges chers aux dĂ©fenseurs de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et de la superposition des classes -qui est aussi celui de nos adversaires-, le syndicalisme doit poursuivre sa mission qui est : de dĂ©truire les privilĂšges, d’établir l’égalitĂ© sociale. Il n’atteindra ce but qu’en faisant disparaĂźtre le patronat, en abolissant le salariat individuel ou collectif et en supprimant l’État. Il prĂ©conise Ă  ce sujet, la grĂšve gĂ©nĂ©rale, l’expropriation capitaliste et la prise en possession des moyens de production et d’échange, ainsi que la destruction immĂ©diate de tout pouvoir Ă©tatique.

Le syndicalisme : Ses moyens d’action.

PrĂ©cisant sa conception de la grĂšve gĂ©nĂ©rale, le congrĂšs tient Ă  dĂ©clarer fermement que ce moyen d’action conserve, Ă  ses yeux, toute sa valeur, en toutes circonstances, que ce soit corporativement, localement, rĂ©gionalement, nationalement ou internationalement.

Que ce soit pour faire triompher les revendications particuliÚres ou générales, fédérales ou nationales, offensivement ou défensivement, la grÚve, partielle ou générale, reste et demeure la seule et véritable arme du prolétariat.

En ce qui concerne la grĂšve gĂ©nĂ©rale expropriatrice, premier acte rĂ©volutionnaire qui sera marquĂ© par la cessation immĂ©diate, concertĂ©e et simultanĂ©e du travail en rĂ©gime capitaliste, le congrĂšs affirme qu’elle ne peut ĂȘtre que violente.

Elle aura pour objectifs : ·

  • de priver le capitalisme et l’État de toute possibilitĂ© d’action, en s’emparant des moyens de production et d’échange, et de chasser du pouvoir ses occupants du moment ;
  • de dĂ©fendre les conquĂȘtes prolĂ©tariennes qui doivent permettre d’assurer l’existence de l’ordre nouveau ;
  • de remettre en marche, l’appareil de la production et des Ă©changes, aprĂšs avoir rĂ©duit, au minimum -pour la prise de possession- le temps d’arrĂȘt de la production et des Ă©changes ruraux et urbains ;
  • de remplacer le pouvoir Ă©tatique dĂ©truit par une organisation fĂ©dĂ©raliste et rationnelle de la production, de l’échange et de la rĂ©partition.

Confiant dans la valeur de ce moyen de lutte, le congrĂšs dĂ©clare que le prolĂ©tariat saura, non seulement prendre possession de toutes les forces de production, dĂ©truire le pouvoir Ă©tatique existant, mais encore sera capable d’utiliser ces forces dans l’intĂ©rĂȘt de la collectivitĂ© affranchie et de les dĂ©fendre contre toute entreprise contre-rĂ©volutionnaire, les armes Ă  la main, et de donner Ă  l’organisation sociale la forme qu’exigera le stade d’évolution atteint par les individus vivant Ă  cette Ă©poque. Il dĂ©clare que le terme des conquĂȘtes rĂ©volutionnaires ne peut ĂȘtre marquĂ© que par les facultĂ©s de comprĂ©hension des travailleurs et les possibilitĂ©s de rĂ©alisations de leurs organismes Ă©conomiques, dont l’effort devra ĂȘtre portĂ© au maximum.

Par lĂ , le congrĂšs indique que la stabilisation momentanĂ©e de la rĂ©volution doit s’accomplir en dehors de tout systĂšme prĂ©conçu, de tout dogme, comme de toute thĂ©orie abstraite, qui seraient pratiquement en contradiction avec les faits de la vie Ă©conomique et sociale exprimant l’ordre nouveau.

Proclamant son attachement indĂ©fectible Ă  la lutte rĂ©volutionnaire, le congrĂšs tient, pour bien prĂ©ciser sa pensĂ©e, Ă  dĂ©clarer qu’il considĂšre la rĂ©volution comme un fait social dĂ©terminĂ© par la contradiction permanente des intĂ©rĂȘts des classes en lutte, qui vient tout Ă  coup marquer brutalement leur antagonisme, en rompant le cours normal de leur Ă©volution qu’il tend Ă  prĂ©cipiter. En consĂ©quence, il dĂ©clare que le syndicalisme -comme tous les autres mouvements- a le droit de l’utiliser, suivant ses desseins, pour atteindre le maximum des buts qu’il s’est fixĂ©, sans confondre son action avec celle des partis qui prĂ©tendent, eux aussi, transformer l’ordre politique et social, et prĂ©conisent pour cela la dictature prolĂ©tarienne et la constitution d’un Etat soi-disant provisoire.

En dehors de cette action essentielle, le congrĂšs dĂ©clare que, par son action revendicative quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-ĂȘtre des travailleurs par la rĂ©alisation d’amĂ©liorations immĂ©diates, telles que : la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc. Il prĂ©pare chaque jour l’émancipation des travailleurs qui ne sera rĂ©alisĂ©e que par l’expropriation du capitalisme.

Lyon, 1er & 2 novembre 1926




Source: Cnt-ait.info