Août 8, 2019
Par Contretemps
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Les Ă©lections d’avril-mai 2019 en Inde ont menĂ© Ă  une victoire sans appel du parti nationaliste hindou, le Bharatiya Janata Party (BJP), au pouvoir depuis 2014. Dans ce texte publiĂ© au lendemain des rĂ©sultats, Achin Vanaik analyse les raisons de ce succĂšs, les tendances prĂ©visibles de la politique de Modi lors de ce second mandat et les diffĂ©rentes stratĂ©gies possibles pour mettre fin Ă  l’hĂ©gĂ©monie de l’Hindutva[1].

Achin Vanaik est un Ă©crivain et un militant. Ancien professeur de l’UniversitĂ© de Delhi, il est aujourd’hui membre du Transnational Institute d’Amsterdam. Il a notamment publiĂ© The Painful Transition : Bourgeois Democracy in India (1990) et The Rise of Hindu Authoritarianism (1997). Cet article a d’abord Ă©tĂ© publiĂ© en anglais par Jacobin.

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MĂȘme au sein de l’opposition, il Ă©tait largement admis que le Bharatiya Janata Party (BJP) resterait le plus grand parti de l’Inde, peut-ĂȘtre mĂȘme de trĂšs loin, mais que celui-ci n’obtiendrait pas de majoritĂ© aprĂšs les Ă©lections [d’avril-mai 2019, NdT]. Peu auraient osĂ© prĂ©dire le rĂ©sultat final. DĂ©passant la majoritĂ© qu’il avait obtenue en 2014 de 282 siĂšges sur 543 Ă  la Lok Sabha [chambre du peuple, chambre basse du Parlement, NdT], le BJP a dĂ©sormais franchi la barre des trois cents siĂšges, et est passĂ© de 31 Ă  38% des voix.

Ces prĂ©visions semblaient pourtant fondĂ©es. Lors des trois Ă©lections gĂ©nĂ©rales prĂ©cĂ©dentes [Ă©lections lĂ©gislatives au niveau fĂ©dĂ©ral, NdT], la situation Ă©conomique du pays avait Ă©tĂ© le facteur dĂ©cisif pour dĂ©terminer l’issue du vote. En 2004, les mauvais rĂ©sultats dans ce domaine avaient fait tomber le gouvernement de coalition dirigĂ© par le BJP ; en 2009 de meilleurs performances avaient permis au gouvernement de coalition du CongrĂšs National Indien (INC) de se maintenir au pouvoir et en 2014, ses dĂ©faillances, ainsi que la campagne menĂ©e par Modi autour du mot d’ordre « dĂ©veloppement pour tous Â» avaient donnĂ©, pour la premiĂšre fois depuis 30 ans, une majoritĂ© Ă  un seul parti – le BJP qui, avec ses alliĂ©s Ă©lectoraux rassemblĂ©s dans l’Alliance Nationale DĂ©mocratique (NDA), avait formĂ© un gouvernement.

Cette fois-ci, la situation Ă©conomique Ă©tait dĂ©sastreuse. Un dĂ©sarroi gĂ©nĂ©ralisĂ© dans les campagnes a donnĂ© lieu Ă  d’importantes mobilisations des paysans, le chĂŽmage (tout particuliĂšrement des primo-entrants sur le marchĂ© du travail) a atteint de nouveaux sommets et l’accroissement des inĂ©galitĂ©s de revenu et de richesse a multipliĂ© les mĂ©contentements. Et au cƓur des rĂ©gions hindiphones, dans le nord et le centre de l’Inde, oĂč le BJP est le plus fortement implantĂ©, les gouvernements BJP avaient subi, lors des derniĂšres Ă©lections provinciales tenues dans les trois États fĂ©dĂ©rĂ©s du Madhya Pradesh (MP), du Rajasthan et du Chattisgarh, des revers Ă©lectoraux au profit du Parti du CongrĂšs.

N’était-ce pas le signe d’un glissement de l’électorat du BJP vers le CongrĂšs et d’autres formations rĂ©gionales ? Dans l’État fĂ©dĂ©rĂ© de l’Uttar Pradesh, une rĂ©gion stratĂ©gique qui dĂ©tient le plus grand nombre de siĂšges (80) Ă  la Lok Sabha, on s’attendait Ă  ce que l’alliance Ă©lectorale formĂ©e cette fois entre le Bahujan Samaj Party et le Socialist Party rĂ©duise sĂ©rieusement le nombre de dĂ©putĂ©s du BJP. Ces deux partis disposent respectivement de soutiens au sein d’importantes fractions des Dalits [autre nom des populations discriminĂ©es comme Ă©tant « intouchables Â», NdT] et des castes intermĂ©diaires (considĂ©rĂ©s ensemble, leurs pourcentages de votants Ă©galaient ceux du BJP en 2014), auquel pouvait s’ajouter le soutien des musulmans (prĂšs de 20% de la population de l’État).

Le BJP a Ă©vitĂ©, lors de la campagne pour ces derniĂšres Ă©lections gĂ©nĂ©rales, les rĂ©fĂ©rences Ă  l’économie, prenant comme thĂšmes centraux l’unitĂ© et la sĂ©curitĂ© nationale prĂ©tendument menacĂ©es de l’extĂ©rieur par le Pakistan et les migrations musulmanes en provenance des États voisins et de l’intĂ©rieur par l’hostilitĂ© et la prise de distance des musulmans (et des sĂ©cularistes) envers les fondements culturels hindous du nationalisme indien. De tels dangers ne pouvaient ĂȘtre Ă©cartĂ©s que par l’entremise de « notre Â» homme fort hindou, Narendra Modi.

De son cĂŽtĂ©, le parti du CongrĂšs s’est concentrĂ© sur la dĂ©tĂ©rioration de la situation Ă©conomique, promettant des politiques spĂ©cifiques en direction des pauvres, mais n’a pas osĂ© affronter le BJP sur le terrain qu’il s’était choisi de peur d’ĂȘtre qualifiĂ© de « pacificateurs musulmans Â» tout en partageant (comme d’autres partis d’opposition) la vision de ce dernier d’un nationalisme plus belligĂ©rant et militariste.

Les rĂ©sultats furent les suivants : le BJP a maintenu son emprise sur le cƓur des rĂ©gions hindiphones, sur l’ouest (Gujerat et Maharastra) et sur son bastion du sud, le Karnataka, tout en Ă©tendant son influence pour la premiĂšre fois vers l’est, en Orissa, mais surtout au Bengale occidental, oĂč il n’avait jamais eu de prĂ©sence significative. Dans cet État, il est arrivĂ© juste aprĂšs (18 siĂšges) le parti rĂ©gional dominant et actuellement au pouvoir, le Trinamul Congress (22 siĂšges), alors que les partis de gauche mainstream ont Ă©tĂ© balayĂ©s dans leur bastion historique et que le Parti du CongrĂšs n’a obtenu que deux siĂšges. Seul le sud demeure relativement hors de l’influence du BJP.

Un changement tectonique

Un populisme autoritaire d’extrĂȘme-droite qui a consciemment cherchĂ© Ă  Ă©tablir une identification de masse avec un « chef suprĂȘme Â» qui incarnerait la « volontĂ© populaire Â», a ainsi triomphĂ©.

Il est difficile de rater les similitudes avec l’attrait et le style soigneusement construit des formations de type fasciste. Il y a, d’une part, ce glissement vers une plus grande personnalisation de la politique. Cette caractĂ©ristique s’est dĂ©veloppĂ©e au fil du temps du fait des convergences politiques des principaux candidats et des transformations technologiques qui ont affectĂ© les formes et les modĂšles de la communication de masse, rendant les techniques de construction d’image de plus en plus influente auprĂšs d’un public dont l’attention ou l’intĂ©rĂȘt pour le dĂ©bat et les arguments rationnels ont diminuĂ©.

Il y a, d’autre part, cette immense rĂ©serve militante du BJP, et plus importants encore, ces millions de cadres appartenant Ă  l’une ou l’autre des organisations qui forment la nĂ©buleuse appelĂ©e Sangh Parivar ou la « Famille Â». Ces cadres ont travaillĂ© Ă  enraciner l’idĂ©ologie nationaliste hindoue, et son modĂšle Modi, lĂ  oĂč elle n’existait pas, et l’ont renforcĂ©e lĂ  oĂč elle existait dĂ©jĂ .

AprĂšs 2014, les frustrations Ă©conomiques et la critique du pouvoir en place ont pu conduire Ă  des victoires pour le CongrĂšs lors des Ă©lections au Madhya Pradesh, Rajasthan et Chattisgarh et pour le nouveau Aam Aadmi Party [parti de l’homme ordinaire, NdT] qui a pris son essor Ă  Delhi en remportant 67 des 70 siĂšges. En 2019, dans ces quatre endroits, le BJP a remportĂ© presque la totalitĂ© des siĂšges Ă  la Lok Sabha.

Au sein des nationalismes indiens concurrents, le nationalisme hindou n’a pas seulement Ă©tendu son influence gĂ©ographique, il a aussi gagnĂ© en force Ă©motionnelle. Il fut un temps oĂč l’on pouvait dire qu’une frange, mobilisĂ©e par les forces de l’Hindutva, haĂŻssait rĂ©ellement les musulmans. Toutefois, on pouvait arguer qu’en chiffres absolus, par rapport Ă  la population hindoue totale, cette frange Ă©tait marginale. Oui, une partie beaucoup plus importante d’hindous Ă©tait sans nulle doute indiffĂ©rente au sort des musulmans qui appartiennent (avec les Dalits et les tribaux) aux populations les plus dĂ©favorisĂ©es. Mais, comme le montrent ces Ă©lections, il n’est plus possible de se rattacher Ă  ces illusions semi-rĂ©confortantes.

DĂ©sormais, un spectre beaucoup plus large d’émotions envers les musulmans allant de la peur au mĂ©pris en passant par la colĂšre et la haine prĂ©vaut au sein de groupes beaucoup plus importants d’hindous. Lorsqu’une prĂȘcheuse, fougueuse et remplie de haine, Sadhvi Singh Pragya, accusĂ©e de meurtres est non seulement candidate pour le BJP mais peut, lors de sa campagne, dĂ©clarer son admiration pour Godse, l’assassin de Mahatma Gandhi et gagner avec une avance de 300 000 voix sur le candidat le plus proche, nous avons toutes les raisons d’ĂȘtre Ă©branlĂ©s.

Modi lui-mĂȘme a fait des dĂ©clarations vicieusement communalistes durant sa campagne (d’autres candidats du BJP se sont comportĂ©s de la mĂȘme maniĂšre voire pire). Selon les rĂšgles existantes, ces dĂ©clarations auraient dĂ» mener Ă  une sanction de la part de la commission Ă©lectorale. Cette derniĂšre a refusĂ© Ă  la majoritĂ© de prendre de telles mesures, ce qui montre Ă  quel degrĂ© cette institution, parmi d’autres, est dĂ©jĂ  devenue subornĂ©e.

Et maintenant ?

Le Parti du CongrĂšs a obtenu 52 siĂšges, contre 44 auparavant. S’il avait voulu sĂ©rieusement bĂątir une alliance Ă©lectorale plus large avec des partis rĂ©gionaux au cƓur de la rĂ©gion hindiphone, il aurait dĂ» faire d’importantes concessions Ă  leurs ambitions de s’étendre en dehors de leurs zones actuelles d’influence, dans les États oĂč le CongrĂšs est beaucoup plus fort qu’eux. Pour le Bahujan Samaj Party (BSP) et le Socialist Party (SP), laisser une place au CongrĂšs en Uttar Pradesh devait se payer en retour par des faveurs importantes au Madhya Pradesh, Rajasthan, Chattisgarh et mĂȘme au Jharkhand. La volontĂ© de l’Aam Aadmi Party de s’associer au CongrĂšs Ă  Delhi, oĂč il dĂ©tient le pouvoir, devait s’accompagner de concessions au Pendjab, oĂč gouverne le CongrĂšs.

Mais aprĂšs novembre 2018 et les succĂšs remportĂ©s aux Ă©lections lĂ©gislatives des trois États du centre du pays, le CongrĂšs a dĂ©cidĂ©, dans un nouvel hubris, de donner la prioritĂ© Ă  sa propre croissance en tant que force nationale en remportant autant de siĂšges possibles, ce qui signifiait prĂ©senter le maximum de candidats sur l’ensemble du territoire. Sa stratĂ©gie a totalement Ă©chouĂ©. MalgrĂ© son statut de deuxiĂšme parti, il n’est dĂ©sormais plus qu’une force rĂ©gionale, comme les autres partis d’opposition. Ces derniers n’ont pas de vision ou de programme national, encore moins international, et sont simplement enfermĂ©s dans la perspective limitĂ©e de renforcer et d’élargir leurs bases sectorielles et rĂ©gionales.

Le parti du CongrĂšs parle de rĂ©organisation et de possibles changements Ă  sa tĂȘte, en dehors de la dynastie Gandhi [c’est en effet Rahul Gandhi, fils, petit-fils et arriĂšre-petit-fils de premiers ministres qui a menĂ© le parti aux derniĂšres Ă©lections, NdT]. C’est toutefois une maniĂšre de se dĂ©tourner de son problĂšme : il doit dĂ©finir une idĂ©ologie et une orientation qui lui seraient propres, ce dont il est incapable. Il a trop en commun avec le BJP.

Au niveau national, le CongrĂšs ne dĂ©viera pas d’une version molle de l’Hindutva. En effet les derniers dĂ©veloppements vont mener de nombreuses voix Ă  rĂ©clamer en interne que l’on courtise plus ouvertement la majoritĂ© hindoue. Il n’abandonnera pas non plus la poursuite du nĂ©olibĂ©ralisme, mais pourrait promouvoir une version plus humaine. Sur le plan l’international, le CongrĂšs veut construire une « Inde forte Â» sur le modĂšle promu par le BJP. Les annĂ©es Ă  venir verront vraisemblablement plus qu’une refonte du CongrĂšs, une rupture ou une scission, mĂȘme si cela ne peut ĂȘtre tenu pour sĂ»r.

Quant à la nouvelle administration du BJP, sa priorité sera encore une fois la transformation de la scÚne nationale. Sur le plan économique, le BJP fera tout ce qui est en son pouvoir pour conserver son statut actuel de parti préféré du capital indien, y compris une attaque plus systématique contre le pouvoir des travailleurs organisés.

C’est ce qui s’annonçait dĂ©jĂ  sous le premier mandat de Modi avec un projet de nouveau code du travail que le gouvernement peut dĂ©sormais, avec des concessions mineures, selon les rĂ©sistances rencontrĂ©es, faire passer dans la loi. Comme lors du premier mandat, il se peut que quelques mesures sĂ©lectives d’aide sociale destinĂ©es Ă  une main-d’Ɠuvre profondĂ©ment atomisĂ©e soient mises en avant. De mĂȘme, sur le plan de la politique internationale, la mĂȘme tendance sera poursuivie : consolidation des relations avec les Etats-Unis contre la Chine, ainsi que deux enjolivures du BJP â€“ des relations plus approfondies entre l’Inde et IsraĂ«l et peut-ĂȘtre plus de dĂ©monstration de force et de bravade vis-Ă -vis du Pakistan.

On peut ĂȘtre sĂ»r que le pouvoir exĂ©cutif, dirigĂ© par le premier ministre et son cabinet, fera tout pour contrĂŽler et suborner les institutions que l’on regroupe sous le terme d’agences gouvernementales, mais auxquelles la loi a confĂ©rĂ© une importante autonomie vis-Ă -vis de l’exĂ©cutif. Celles-ci comprennent des forces de rĂ©pression, des instituts d’enquĂȘte de premier plan, des institutions Ă©ducatives fĂ©dĂ©rales et rĂ©gionales, la haute administration publique jusqu’à des organismes de contrĂŽle Ă©conomique et financier de premier plan comme la Reserve Bank of India. Il y a peu de chances que ce qui a Ă©tĂ© commencĂ© et menĂ© lors du premier mandat de Modi soit abandonnĂ©.

La crĂ©ation et la consolidation d’une « dĂ©mocratie ethnique Â», c’est-Ă -dire une Inde hindoue et d’un État dans lequel les minoritĂ©s religieuses doivent accepter leur statut de citoyens de seconde classe, nĂ©cessitent, certes, d’importants changements dans la loi, en deçà des lois constitutionnelles. Mais avec une majoritĂ© des deux-tiers pour la NDA au sein de la chambre basse et la possibilitĂ© de gagner la majoritĂ© de la chambre haute dans les cinq ans Ă  venir, des efforts seront aussi mis en Ɠuvre pour amender la Constitution dans le sens souhaitĂ© par le BJP et le Sangh Parivar. Il y aura des tentatives, reste Ă  voir si elles seront couronnĂ©es de succĂšs.

Il est possible de rĂ©sumer les ambitions, les politiques et les actions que le BJP va probablement mettre en Ɠuvre selon quatre grands thĂšmes : 1) accroĂźtre encore davantage sa prĂ©sence et sa domination politique et de ce fait, affaiblir et supplanter tous les partis d’opposition ; 2) maintenir les musulmans Ă  leur place ; 3) ne pas Ă©liminer les structures dĂ©mocratiques, mais les vider de l’intĂ©rieur ; 4) s’assurer une uniformisation idĂ©ologique.

1) Le BJP a obtenu d’énormes financements de la part d’entreprises par le biais d’un systĂšme dĂ©libĂ©rĂ©ment opaque (pour tous sauf le gouvernement au pouvoir) par lequel les donateurs doivent acheter auprĂšs de certaines succursales bancaires appartenant au gouvernement des obligations Ă©lectorales « anonymes Â» en faveur du parti choisi. Durant ces Ă©lections, 80% des fonds collectĂ©s auprĂšs de donateurs sont allĂ©s au BJP. ArmĂ© de ce pouvoir financier, il est certain que le gouvernement central cherchera Ă  destituer les gouvernements des provinces aux mains de l’opposition, ceux du CongrĂšs certainement, mais les autres partis devront aussi ĂȘtre sur leurs gardes.

2) Une approche plus dure et une rĂ©pression accrue seront mises en Ɠuvre au Cachemire. Ils s’efforceront aussi de faire adopter l’amendement sur la loi sur la citoyennetĂ©, qui refuse l’asile ou le droit de sĂ©jour aux musulmans venus du Bangladesh, du Pakistan ou de l’Afghanistan, tandis qu’il sera plus facile pour les migrants non-musulmans d’obtenir une naturalisation ou un droit de sĂ©jour permanent. Le registre national des citoyens [The National Register of Citizens – pour le moment il existe dans la province de l’Assam, NdT] pourrait bien ĂȘtre Ă©tendu Ă  tout le pays, ce qui faciliterait l’expulsion des musulmans qui ne dĂ©tiennent pas les documents officiellement demandĂ©s pour prouver leur citoyennetĂ©, alors que les non-musulmans dans la mĂȘme situation n’auront pas Ă  souffrir du mĂȘme traitement.

Les forces de l’ordre soumises aux autoritĂ©s locales dans les États dominĂ©s par le BJP continueront Ă  fermer les yeux sur les formes de violences routiniĂšres exercĂ©es envers les musulmans au niveau local par des acolytes de l’Hindutva, qui contribuent encore Ă  accentuer le processus de ghettoĂŻsation et de territorialisation de ces derniers. Le message dĂ©livrĂ© aux musulmans est clair. Acceptez l’Inde nouvelle. Gardez la tĂȘte baissĂ©e dans vos ghettos. Les interactions fonctionnelles et les Ă©changes pour le travail sont tolĂ©rĂ©s, mais ne vous mĂȘlez pas socialement aux hindous. Ne rendez pas votre foi publique et ne vous livrez pas Ă  des conversions. N’opposez pas de rĂ©sistance politique au BJP ou au Sangh en adhĂ©rant ou en soutenant d’autres partis et montrez votre allĂ©geance en soutenant politiquement et Ă©lectoralement le BJP. En Ă©change vous pourrez vivre relativement en paix, mais selon nos termes. Beaucoup de musulmans du Gujerat suivent de fait ces injonctions, montrant la voie voulue par le BJP pour les autres États.

3) Les lois antidĂ©mocratiques et rĂ©pressives existantes telles que celles sur la sĂ©dition, l’impunitĂ© pour les forces armĂ©es quels que soient leurs crimes, la dĂ©tention prĂ©ventive pour de simples motifs de suspicion de terrorisme ou de l’accomplissement Ă©ventuel d’actions illĂ©gales, doivent rester en vigueur afin de contrĂŽler et de mater les sources de rĂ©sistances effectives ou potentielles, au-delĂ  des partis d’opposition, parmi les acteurs et les groupes de la sociĂ©tĂ© civile, y compris les ONG rĂ©calcitrantes, les mouvements populaires contre un aspect ou un autre des politiques gouvernementales ou contre les croyances et les pratiques de l’Hindutva. À cela devra s’ajouter des mĂ©canismes de surveillance plus innovants et plus efficaces, ce Ă  quoi va contribuer l’obligation de dĂ©tenir et d’utiliser la carte Aadhar (identification personnelle).

4) L’essentiel, afin de parvenir Ă  une plus grande uniformisation idĂ©ologique, est d’assurer un contrĂŽle plus fort et plus durable sur a) les institutions Ă©ducatives, publiques ou privĂ©es, et b) sur les mĂ©dias. Dans le premier cas, ce but peut ĂȘtre atteint par la rĂ©forme des programmes, des rĂšglementations par le haut, des nominations d’élĂ©ments loyaux et de sympathisants Ă  des postes d’enseignement, et le harcĂšlement des Ă©tablissements privĂ©s qui ne veulent pas collaborer. En ce qui concerne la presse Ă©crite et des mĂ©dias Ă©lectroniques, l’argent et les pressions gouvernementales peuvent ĂȘtre utilisĂ©s pour les contrĂŽler. Mais il est impossible de faire de mĂȘme avec les rĂ©seaux sociaux. Dans leur cas, c’est l’emploi d’armĂ©es de trolls et l’établissement de relations plus Ă©troites avec les gĂ©ants du numĂ©rique, comme Facebook, Google et Whatsapp qui, en tant qu’entreprises, verront l’intĂ©rĂȘt de coopĂ©rer avec les gouvernements de diverses maniĂšres, y compris en privilĂ©giant leurs messages, qui doivent renforcer la prĂ©sence du discours de l’Hindutva.

Un combat de longue haleine

L’Hindutva n’est pas seulement hĂ©gĂ©monique. Son hĂ©gĂ©monie est durable et son essor participe d’un phĂ©nomĂšne mondial dont l’une des causes sous-jacentes a Ă©tĂ© le bouleversement matĂ©riel et Ă©motionnel suscitĂ© par l’ordre Ă©conomique nĂ©olibĂ©ral au niveau global, mais qui s’est exprimĂ© politiquement et culturellement d’une maniĂšre spĂ©cifique Ă  chaque pays.

Il s’agit toutefois d’un problĂšme et d’une menace Ă  bien plus long terme que les autres formes de populismes/nationalismes autoritaires de droite qui existent ailleurs. Deux principales raisons expliquent cette situation. D’une part, aucune autre force d’extrĂȘme droite ne peut concurrencer l’implantation du Sangh Parivar dans la sociĂ©tĂ© indienne. Nous parlons d’un parti, le BJP, qui en 2016 se rĂ©clamait de 100 millions d’adhĂ©rents. Certes, un seul appel tĂ©lĂ©phonique suffit pour adhĂ©rer. Mais cela en dit long sur la taille de l’électorat qui se sent suffisamment attirĂ© par les idĂ©es du BJP pour vouloir en devenir, par ce biais, au moins des membres passifs.

En plus du BJP, trois autres organisations nationales appartiennent au Sangh : le Vishwa Hindu Parishad (VHP) ou le Conseil Hindou International, le Bajrang Dal (troupes du seigneur Hanuman), rassemblant principalement des dĂ©favorisĂ©s et des jeunes sans emploi qui s’en prennent Ă  des cibles dĂ©signĂ©es, disculpant les autres affiliĂ©s du Sangh de la responsabilitĂ© de la violence et le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS) ou Corps National des Volontaires. Ce dernier est, sur bien des plans, la source du Sangh avec cinq millions de membres, et prĂšs de 60 000 sections dans tous le pays qui se rĂ©unissent tous les jours, toutes les semaines, tous les mois, selon l’ñge, la profession et la motivation de leurs membres.

Le RSS possĂšde environ trois douzaines d’organisations affiliĂ©es, allant d’associations d’anciens militaires, de scientifiques, de comptables, Ă  l’une des plus importantes fĂ©dĂ©rations syndicales, une association paysanne, une association de femmes et la plus grosse association Ă©tudiante. Il est Ă  la tĂȘte du plus gros rĂ©seau d’écoles privĂ©es, la Vidhya Bharati et de prĂšs de 800 ONG qui interviennent dans les domaines du secours aux sinistrĂ©s, de la santĂ© et du dĂ©veloppement.

D’autre part, dans les pays qui connaissent un essor des populismes de droite ou d’extrĂȘme-droite, que ce soit par le haut ou par le bas, comme les Philippines, le BrĂ©sil, la France, la Hongrie, la Pologne, etc., il subsiste d’autres partis politiques possĂ©dant une force significative qui, sĂ©parĂ©ment ou en s’alliant, peuvent espĂ©rer empĂȘcher leurs opposants d’accĂ©der au pouvoir ou, aprĂšs un temps, les remplacer.

C’est parce que toute l’opposition est par comparaison si fragmentĂ©e et faible que, mĂȘme rassemblĂ©e, elle ne peut faire le poids, qu’un seul parti a pu devenir hĂ©gĂ©monique en Inde. Le problĂšme n’est toutefois pas la permanence de la domination Ă©lectorale du BJP. Des revers Ă©lectoraux futurs en rĂ©action Ă  des Ă©checs du gouvernement BJP ou Ă  des situations de crise aigues, Ă©conomiques ou autre, peuvent propulser au pouvoir, mĂȘme au niveau fĂ©dĂ©ral, un groupe de misĂ©rables petits partis, y compris le CongrĂšs (s’il existe toujours). Le problĂšme est bien plutĂŽt celui de faire progressivement reculer l’hĂ©gĂ©monie de l’Hindutva, qui prend des formes diverses. C’est lĂ  la principale tĂąche et il faut reconnaĂźtre que ce combat plus fondamental sera un combat de longue haleine.

Un Ă©vĂ©nement pourrait venir soudainement raccourcir cette Ă©chelle de temps. Ce serait l’émergence d’un basculement politique radical vers la gauche dans un des pays capitalistes avancĂ©s, comme le Royaume-Uni ou les Etats-Unis. Du fait du caractĂšre de plus en plus interconnectĂ© du monde, les ondes politiques et sociales, et non plus uniquement Ă©conomiques, qui se dĂ©veloppent dans une partie du monde se rĂ©percutent en effet beaucoup plus vite vers les autres rĂ©gions. Mais si l’on omet de tels imprĂ©visibles et imprĂ©dictibles Ă©vĂ©nements, quels sont les moyens de mener cette lutte en Inde ? Je vais suggĂ©rer cinq voies, qui peuvent s’entrecroiser et se mĂȘler parfois, mais qui possĂšdent leurs orientations distinctes et leurs objectifs propres.

PremiĂšrement : il s’agit de travailler Ă  rĂ©organiser et renouveler les partis existants de l’opposition. Dans ce cas, il n’y a pas moyen de faire l’économie du parti du CongrĂšs. Au lendemain des Ă©lections, les libĂ©raux se sont divisĂ©s.

Pour certains, le CongrĂšs devrait disparaĂźtre pour se fondre dans la construction d’une coalition ou d’un organe plus large qui ne serait pas un simple rassemblement de partis distincts, avec des intĂ©rĂȘts, des programmes et des objectifs diffĂ©rents. Pour d’autres, le CongrĂšs, en dĂ©pit de toutes ses limitations, reste la plus importante des forces de l’opposition. Il est le seul Ă  possĂ©der une histoire continue et une expĂ©rience rĂ©pĂ©tĂ©e du pouvoir au niveau fĂ©dĂ©ral, tout en Ă©tant le principal lĂ©gataire des valeurs dĂ©mocratiques et sĂ©cularistes portĂ©es par le mouvement indĂ©pendantiste et la Constitution, peu importe Ă  quel point son rĂŽle en tant que ferment de cette tradition politique a Ă©tĂ© galvaudĂ©.

Étant donnĂ© ce que j’ai Ă©crit plus haut sur ce qu’est le CongrĂšs et sur son orientation, ce n’est pas la voie Ă  suivre, d’autant plus que cette option ne tient pas suffisamment compte du fait que tous ces partis restent redevables au capital, et soutiennent, d’une maniĂšre ou d’une autre, le projet nĂ©olibĂ©ral.

DeuxiĂšmement : il n’en reste pas moins, objectivement, que la taille continentale, l’incroyable diversitĂ© culturelle et la complexitĂ© sociale du pays sont des obstacles rĂ©els et puissants au projet d’uniformatisation de l’Hindutva. Il ne faut donc pas se fier Ă  l’un ou l’autre de ces partis dĂ©faillants ou sur le point de l’ĂȘtre, mais plutĂŽt Ă  ces nombreux mouvements populaires et sociaux progressistes qui continuent d’exister et qui parsĂšment le paysage indien en tant de lieux.

Il s’agit dĂšs lors de les mettre en relation. La seule tentative majeure pour y parvenir – the National Alliance of Peoples Movement crĂ©Ă©e en 1992 – a eu un impact trĂšs limitĂ© sur le plan politique et Ă©lectoral. Il y a d’autres raisons de croire, Ă  l’encontre de Manuel Castells, qu’un « rĂ©seau de rĂ©seaux Â» n’est pas la voie organisationnelle qui conduira Ă  une transformation sociale et dĂ©mocratique importante.

TroisiĂšmement : un des points faibles de l’Hindutva est, dit-on, la caste. Donc crĂ©er une alliance entre les Dalits et les segments les plus bas et les plus arriĂ©rĂ©s des castes intermĂ©diaires est crucial. Une fois celle-ci Ă©tablie, elle pourra ĂȘtre le point de ralliement des autres fractions opprimĂ©es. L’unitĂ© des basses castes, plus que des classes laborieuses, est la clĂ©. Il est vrai que depuis la fin des annĂ©es 1980 il y a eu un processus d’affirmation des Dalits et des basses castes, mais il est important de comprendre les raisons pour lesquelles cela n’a pas constituĂ© une dĂ©fense suffisante contre la croissance de l’Hindutva une fois que le Sangh a acceptĂ© la politique de quotas pour les castes intermĂ©diaires, ainsi que pour les Dalits et les tribaux. Il a toujours Ă©tĂ© trompeur de parler de cette affirmation de caste comme n’étant rien de moins qu’une « seconde rĂ©volution dĂ©mocratique Â».

Étant donnĂ©e l’énorme division des Dalits et des autres basses castes en sous-castes, la formation de bloc de castes en vue de leur affirmation est toujours partielle et limitĂ©e, du fait de l’exclusion d’autres sous-castes au sein du groupe Dalit. On peut dire la mĂȘme chose des mobilisations des castes intermĂ©diaires qui ont gĂ©nĂ©ralement Ă©tĂ© menĂ©es par les franges supĂ©rieures de celles-ci. Le but de cette affirmation, facilitĂ©e par le type de leadership qu’elle s’est donnĂ©e, Ă©tait de s’élever. Il ne s’agissait donc pas de devenir une caste supĂ©rieure ou sous-caste (comme ces anciens modĂšles de comportement, rassemblĂ©s sous l’appellation sanskritisation, qui visaient Ă  imiter les croyances et les pratiques de ceux plus haut placĂ©s), mais d’amĂ©liorer son statut et sa position Ă  trois Ă©gards : en renforçant son sentiment de dignitĂ© par l’acquisition d’un plus grand respect et d’une plus grande reconnaissance ; en amĂ©liorant sa situation matĂ©rielle ; et enfin en s’emparant des leviers du pouvoir politique. Il faut mettre en place, dans ce but, des coalitions avec d’autres castes, y compris des castes supĂ©rieures.

Le plus important, toutefois, est qu’en dĂ©pit de toutes les rĂ©fĂ©rences Ă  Ambedkar [leader Dalit, qui a notamment rĂ©digĂ© The Annihilation of Caste, NdT], le leadership politique au sein des Dalits et des autres basses castes n’a pas cherchĂ© Ă  renverser le systĂšme des castes et Ă  organiser de maniĂšre optimale les basses castes. Il a plutĂŽt tentĂ© de les faire s’élever au sein du cadre existant. Pour Ambedkar, l’hindouisme et le systĂšme des castes formaient un tout indissociable, par consĂ©quent l’abandon de l’hindouisme et la conversion au bouddhisme pouvait mener Ă  la libĂ©ration des Dalits, sans toutefois dĂ©truire le systĂšme des castes. Il est rĂ©vĂ©lateur que le nombre de ces nĂ©o-bouddhistes soit restĂ©, depuis la conversion d’Ambedkar, trĂšs faible et stable. La plupart des Dalits et des basses castes ne se sont pas convertis au bouddhisme, mais sont restĂ©s au sein du groupe hindou, et par la mĂȘme rĂ©ceptifs aux messages embrassant la fiertĂ© hindoue, ainsi qu’au sentiment commun qui fait des musulmans les boucs Ă©missaires des insĂ©curitĂ©s personnelles.

Pendant ce temps les sous castes au bas de l’échelle qui n’ont pas bĂ©nĂ©ficiĂ© de cette « seconde rĂ©volution dĂ©mocratique Â» ont dĂ©veloppĂ© du ressentiment Ă  l’égard des sous-castes au sein des Dalits et des rangs infĂ©rieurs des castes intermĂ©diaires qui ont monopolisĂ© les places confĂ©rĂ©es par les politiques de quotas au sein des Ă©tablissements scolaires et de l’administration publique, ce qui a fait d’elles un terreau facile pour le Sangh. Lors des derniĂšres Ă©lections, dans 65% des circonscriptions oĂč seulement des Dalits et des tribaux pouvaient se prĂ©senter, la victoire est revenue au BJP.

QuatriĂšmement : les partis de la gauche mainstream, the Communist Party of India (CPI) and the Communist Party of India-Marxist (CPI-M) restent le seul espoir. Mieux vaut en dire le moins possible. Ces partis ont depuis longtemps Ă©tĂ© rĂ©duits Ă  une force Ă©lectorale, avec une base dĂ©clinante de cadres qui s’accroche aux vieilles vĂ©ritĂ©s staliniennes quand elle pense au marxisme. Leurs cadres, Ă  quelques exceptions prĂšs dans quelques endroits, ont perdu la capacitĂ© et l’intĂ©rĂȘt de mener une politique de mobilisation populaire autour de revendications sincĂšres et justifiĂ©es. La crise Ă  laquelle doivent faire face ces partis est pire que celle que rencontre le CongrĂšs. Pris ensemble, le CPI et le CPI-M n’ont pu conquĂ©rir qu’un seul siĂšge dans leur supposĂ© bastion du Kerala, et obtenir quatre siĂšges dans l’état du Tamil Nadu, dans le sud, grĂące Ă  une alliance prĂ©-Ă©lectorale avec un parti qui est loin de se situer Ă  gauche, la Dravida Munnetra Kazhagam (DMK) ou ConfĂ©rence Dravidienne Progressiste.

Enfin, cinquiĂšmement, la derniĂšre option, selon moi la plus rĂ©aliste, est de crĂ©er une force de gauche beaucoup plus radicale, par un processus qui pendant longtemps consistera en une accumulation molĂ©culaire, mais dont la croissance, au-delĂ  d’un certain stade critique, pourra connaĂźtre une soudaine accĂ©lĂ©ration.

La production de cadres idĂ©ologiquement formĂ©s et disciplinĂ©s, impliquĂ©s dans des luttes concrĂštes et sur de multiples fronts et guidĂ©s par une vision transformatrice plus large de construction d’un socialisme dĂ©passant le capitalisme, dont le caractĂšre dĂ©mocratique sera beaucoup plus profond que celui que la dĂ©mocratie libĂ©rale capitaliste prĂ©tend apporter, sera au cƓur de ce processus. Le combat pour mettre fin Ă  la tentative hĂ©gĂ©monique de l’Hindutva ne peut ĂȘtre sĂ©parĂ© de cet autre projet alternatif et transformatif de construction d’un socialisme dĂ©mocratique. Si cela peut sembler utopique, ce n’est pas le cas pour deux raisons, l’une Ă  la fois nationale et internationale, l’autre spĂ©cifiquement indienne.

Tout d’abord, le capitalisme contemporain n’est pas capable de rĂ©soudre trois problĂšmes vitaux qui, du fait de leur gravitĂ©, vont continuer Ă  produire une colĂšre croissante et une inquiĂ©tude gĂ©nĂ©ralisĂ©e, et, par consĂ©quent, des militantismes de masse qui doivent ĂȘtre intĂ©grĂ©s et canalisĂ©s afin de devenir une puissante force de transformation :

– Des formes de prĂ©caritĂ© massives, entraĂźnant le dĂ©ni de besoins fondamentaux tels que la santĂ©, l’éducation ou la sĂ©curitĂ© sociale vont perdurer. Le fait qu’elles cohabitent avec des niveaux honteux d’inĂ©galitĂ©s de revenus et de richesses montre que les ressources mondiales pourraient permettre de mettre un terme Ă  ces carences pour tous.

– La spoliation capitaliste de l’environnement est en train de porter atteinte, de maniĂšre inĂ©dite, Ă  l’équilibre fragile qui sous-tend la relation entre l’écosystĂšme global et les modes de vies de l’espĂšce humaine.

– Les nuages noirs chargĂ©s de la menace d’une guerre nuclĂ©aire restent au firmament, mĂȘme si le lieu oĂč ils projettent leur ombre ne cesse de changer.

La seconde raison, qui est spĂ©cifique Ă  l’Inde, est que de part et d’autre du pays existent des groupes divers et des militants indĂ©pendants impliquĂ©s dans des combats progressistes. Ces derniers se considĂšrent appartenir Ă  la gauche radicale et rĂ©volutionnaire mĂȘme si, au cours de leurs expĂ©riences, ils ont connu une dĂ©sillusion Ă  l’égard des deux traditions dominantes de la gauche indienne – le stalinisme et le maoĂŻsme. Il y a donc un terrain fertile Ă  labourer et nous devons nous y atteler.

Note

[1] Cette idĂ©ologie qui cherche Ă  dĂ©finir la culture indienne en termes hindous et vise Ă  assurer l’hĂ©gĂ©monie de ces derniers, NdT.

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Source: Contretemps.eu