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(Source : facebook de l’AFE Bordeaux)

Le 16 février dernier, à la pointe du jour, l’amphi Aula Magna de l’université Bordeaux IV s’est trouvé paré d’une étrange décoration : un grand pochoir encadré de drapeaux BBR appelant à voter Philippe de Villiers, le châtelain islamophobe du Puy du Fou. Propagande tragi-comique, tant elle évoque aussi bien les sinistres fixettes racistes du vendéen que l’antique marionnette bouffonne des Guignols de l’Info. De nombreuses et nombreux étudiant.e.s ont d’ailleurs dû penser qu’il fallait en être un, de guignol, pour juger que la promotion d’un tel énergumène serait susceptible de soulever la jeunesse.

Or, s’agissant des guignols en question, deux heures après la découverte du tag, un lièvre était déjà levé : l’Action Française Etudiante de Bordeaux (AFE), toute fiérote, publiait sur sa page facebook la photo de la belle dégradation, faisant mine de n’y avoir pris aucune part, et se félicitant de ce que ce coup d’éclat signifiait le retour de la « Réaction » sur la fac. Or, quand on sait que ce moyen d’action avait déjà été employé par l’AFE, et qu’il s’agit ici de la promotion du plus royaliste des politiciens d’extrême-droite, leur responsabilité ne fait aucun doute dans l’affaire.

Ce petit événement doit en tout cas nous rappeler que l’Action Française, certainement la plus vieille organisation politique d’extrême-droite encore en activité, a trouvé depuis quelques années déjà une nouvelle vigueur. Rejetons des manifs pour tous, une jeune génération de cathos coincé.e.s, la tête encore embrumée des quelques vapeurs de lacrymo rencontrées lors des rassemblements parisiens, a décidé de se parer des couleurs du Roy pour rêver d’un monde en génuflexion devant le Dieu-Monarque. Et depuis le temps qu’on les voit pérorer sur internet et faire leur agit-prop dans les rues de Bordeaux, le moment nous semble venu d’en dresser un petit portrait, histoire de décrypter leur discours, leur stratégie et surtout d’opérer un travail de démystification.

Evoluant dans le giron de l’extrême-droite, fasciné.e.s par le fascisme, antisémites, islamophobes, sexistes, homophobes, s’inventant une vie de hooligan sur internet – mesdames, messieurs, venez découvrir la camelote bordelaise des partisan.e.s du Roi !

1) Une organisation qui évolue dans la sphère de l’extrême-droite radicale

Avant toute chose, établissons un fait terminologique : L’AF, quoiqu’elle en dise, se complaît dans les marais de l’extrême-droite comme un poisson dans l’eau. Elle ne cesse pourtant de psalmodier qu’elle n’a rien à voir avec l’extrême-droite, étiquette qui, pour reprendre sa ligne de défense, ne devrait s’appliquer qu’à des partis républicains ; or l’AF n’est pas républicaine – CQFD ! En réalité, cet argument est purement rhétorique. Il suffit d’ailleurs de gratter le vernis de l’AF pour se rendre compte que son slogan « ni droite ni gauche – monarchie sociale » est un bel enfumage : ses potes, les organisations qu’elle soutient, ses références idéologiques, bref tout le milieu dans lequel elle barbote est marqué à l’extrême-droite.

Pour ne prendre que l’exemple de la section bordelaise, son chef actuel, Charles « Horace », se trouve être un grand admirateur de la Nouvelle Droite, matrice intellectuelle de l’extrême-droite française dans les années 70 (on ne compte plus sur sa page facebook les références élogieuses à Alain de Benoist, fondateur de la revue Elements, ou encore à Dominique Venner, co-fondateur du GRECE).

La section elle-même fréquente tout ce que Bordeaux peut compter de fachos : elle va pouvoir aussi bien manifester aux côtés des jeunes néo-nazis du Kommando Kastor Krew [1], qu’inviter à son week-end de formation de septembre dernier des identitaires comme le petit Kevin Burdigala (ancien responsable jeunes du Bloc Identitaire de bourgogne), ou bien encore co-organiser des événements avec les soraliens d’Egalité&Réconciliation (notamment une conférence le 1er juin 2013 à l’athénée municipal en présence d’Alain Soral, de Marion Sigaut et de Stéphane Blanchonnet, président du comité directeur de l’AF) :

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(Source : facebook de l’AFE Bordeaux)

Leur refus sacré de se voir associé.e.s à l’extrême-droite s’accommode aussi d’un soutien affiché au Front National. Il faut dire que l’un de leurs responsables nationaux, Elie Hatem, a carrément été candidat FN aux municipales de 2014 dans le 4ème arrondissement de Paris !

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Elie Hatem, membre du comité directeur de l’AF, posant aux côtés de Jean-Marie Le Pen.

Localement, et malgré leurs dénégations répétées, les militant.e.s bordelais.e.s de l’AF nourrissent aussi des relations de franche camaraderie avec les jeunes frontistes. Le camelot Antoine (aka « Brousse Royco ») s’empressera ainsi de s’encanailler avec l’extrême-droite lors de l’inauguration en février dernier du bar FNJ « Le menhir » :

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royco BC tweet

Maintenant, si même après ces quelques éléments de preuve contextuelle, nos camelot.e.s persistent à rejeter ce qualificatif d’extrême-droite, il est possible, documents à l’appui, de leur en proposer d’autres.