A peine plus de vingt-quatre heures après avoir annoncé le retrait de l’US Army du Kurdistan syrien, et une opération imminente de l’armée turque, la Maison-Blanche a fait volte-face, en qualifiant ce retrait de « redéploiement » et en menaçant la Turquie de représailles si elle dévastait le Rojava. Il ne faut pas accorder trop de crédit à ces atermoiements grotesques. La menace d’une invasion turque est des plus sérieuses, avec la clef destructions, massacres et nettoyage ethnique. Soutien total à la résistance populaire en Syrie du nord !

Le 6 octobre au soir, Trump annonçait brutalement le retrait immédiat des troupes états-uniennes du nord de la Syrie, qui jusqu’ici jouaient un rôle dissuasif contre une invasion turque. Dans le même mouvement, la Maison-Blanche annonçait elle-même qu’Ankara allait pouvoir lancer son plan d’occupation du Rojava.

Le 8 octobre au matin, rétropédalage : seuls une cinquantaine de soldats seraient redéployés loin de la frontière, et Trump, dans un tweet ahurissant, promettait dans sa « grande et inégalable sagesse » que si l’opération turque « dépasse les bornes » (lesquelles ?), il « détruira et anéantira complètement l’économie de la Turquie ».

Les termes mêmes de la communication états-unienne montrent à quel point il faut ne lui accorder aucun crédit, au-delà de la cacophonie qui règne à Washington entre la Maison-Blanche, le Congrès, le Pentagone et la CIA…

Erdogan et Trump doivent se rencontrer à la Maison-Blanche le 13 novembre.
cc Anadolu

Les soldats US ne feront plus obstacle à l’armée turque

La réalité est que le « redéploiement » annoncé des soldats américains vers le sud signifie qu’ils ne feront plus obstacle à une incursion turque au-delà de la frontière syrienne.

Or la revendication d’Ankara est de pouvoir occuper une bande de territoire de 30 kilomètres de profondeur tout le long de sa frontière, au titre d’une « zone tampon », soit disant pour des raisons de « sécurité ». Le fait est que la plupart des principales villes du Rojava se trouvent dans cette zone tampon : Qamislô (capitale de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie), Kobanê, Tal-Abyad, Derîk…

Ankara compte ouvertement y installer une partie des 3 millions de réfugié·es syrien·nes qui vivent sur son sol, en vertu de la vieille politique ottomane de déportation de populations en fonction des intérêts politiques du moment. Cette entreprise ne déplairait pas forcément à Bachar el Assad. Elle pourrait même être compatible avec la politique de la « ligne verte » menée par la dictature syrienne dans les années 1970. Celle-ci consistait à rendre les Kurdes minoritaires au Rojava, en les expropriant de leurs terres au profit de familles arabes implantées à dessein, dans une logique colonialiste que l’on connaît bien en Occident.

Un deal pourrait se dessiner : qu’Erdogan laisse Bachar et Poutine s’emparer d’Idlib – où les derniers reliquats de la révolution syrienne coexistent avec les gangsters djihadistes les plus sanguinaires –, et Bachar pourrait laisser Erdogan détruire ce Rojava qui défie insolemment son pouvoir.

Après Afrîn, un nouveau nettoyage ethnique ?

Pour faire oublier ses déboires électoraux, Erdogan veut cette invasion du Rojava. Il a besoin pour cela d’un deal avec Assad et Poutine d’un côté ; et d’une inaction bienveillante de Trump de l’autre. L’actuelle cacophonie américaine peut le décider à forcer le jeu et à attaquer le Rojava, en pariant sur l’absence de réaction américaine.

Peut-on imaginer que, demain, Kobanê, où la gauche kurde mit un coup d’arrêt à l’expansion djihadiste, soit occupée par l’armée turque, qui a parrainé Daech pendant des années ? Daech profitera d’ailleurs certainement de cette invasion pour se réimplanter et relancer ses exactions.

En mars 2018, l’armée turque et ses supplétifs islamistes de l’ASL se sont emparés du canton kurde d’Afrîn.
cc VOA

L’invasion du canton d’Afrîn début 2018, avait fait des milliers de morts et conduit à une épuration ethnique, avec 250 000 Kurdes chassé·es de leurs maisons et remplacé·es par les familles des mercenaires de l’Armée syrienne libre (ASL). Aujourd’hui on est en droit de craindre, en pire, la répétition d’une invasion de ce genre.

Sur place le peuple entier se prépare à une guerre totale, en se portant sur les lieux stratégiques et en stockant des vivres. Une telle bataille déterminera sans doute la continuation ou l’anéantissement de l’expérience révolutionnaire en cours au Rojava. Hier, l’ensemble des écoles et institutions étaient fermées pour permettre à toutes et à tous de manifester contre la menace.

La solidarité est primordiale, il faut continuer à la faire entendre pour défendre la liberté et la révolution au Kurdistan. Vive la lutte des peuples de Syrie du nord pour leur autonomie, contre les calculs impérialistes de tous les tyrans !

Guillaume (UCL Montreuil), Édouard (UCL Hautes-Alpes)


SOLIDARITÉ INTERNATIONALE

Le Conseil démocratique kurde en France (CDKF) appelle à des rassemblements de protestation partout en France, pour l’instant :

  • Paris : Samedi 12 octobre, 14h, Place de la République
  • Strasbourg : Mercredi 9 octobre, 18h30, devant le Conseil de l’Europe, et samedi 12 octobre, 14h, Place Kleber
  • Marseille : Samedi 12 octobre, 14h, Canebière
  • Nantes : Samedi 12 octobre, 16h, Place du Commerce
  • Toulouse : Mercredi 9 octobre, 18h30, Métro Jean Jaurès
  • Bordeaux : Samedi 12 octobre, 14h, Place de la Bourse
  • Grenoble : Mercredi 9 octobre, 18h, place Félix Poulat
  • Lyon : Samedi 12 octobre, 15H30, place Bellecour
Les buts de guerre turcs, tels que défendus par l’agence TRT, une officine pro-Ankara.
cc TRT

Article publié le 09 Oct 2019 sur Unioncommunistelibertaire.org