Juin 3, 2021
Par Sans Nom
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Vidéosurveillance biométrique dans nos supermarchés
La Quadrature du net, 31 mai 2021 (extrait)

Afin de détecter les vols, Carrefour, Monoprix, Super U ou encore Franprix [et Intermarché] expérimentent des logiciels d’analyse biométrique pour surveiller nos moindres gestes dans leurs surfaces.

La crise sanitaire avait déjà libéré les velléités de surveillance biométrique des entreprises privées : caméras thermiques à l’entrée des entreprises, détection de distances physiques dans les bureaux, suivi de mouvement des yeux pour les examens d’université à distance… Plusieurs entreprises françaises proposent maintenant de détecter automatiquement les vols en magasin « en temps-réel » grâce à des logiciels d’analyse biométrique directement branchés sur les caméras déjà présentes dans les magasins.

Si l’idée de détecter automatiquement les vols dans les magasins a déjà été testée au Japon, plusieurs entreprises françaises n’ont pas hésité à développer leur propre logiciel :

  • « Anaveo », une entreprise de 320 personnes avec un chiffre d’affaires de 70 millions d’euros travaille dans la vidéosurveillance pour la grande distribution. Son logiciel « SuspectTracker » promet de capter les flux d’images issus des caméras pour analyser les « comportements suspects », par exemple les « gestes vers poussette, sac à dos, poche de pantalon ou de veste ». Leurs vidéos de présentation mentionnent en passant que la détection de vols vient alimenter une base de données permettant de continuer à améliorer l’algorithme.
  •  « Oxania », une start-up fondée en 2019, a produit un logiciel « Retail Solutions » qui serait capable de « reconnaître les gestes associés au vol en temps réel, détecter les comportements, les situations dangereuses, le parcours client et bien plus encore ». La vidéo de présentation assume calmement faire une analyse biométrique des comportements des personnes présentes dans le magasin (chaleur corporelle, gestes, corps…).
  •  et surtout « Veesion », start-up parisienne qui vend un produit de « reconnaissance des gestes » avec « une brique qui repère l’humain, une autre qui localise les membres sur ce corps humain, une autre qui repère les objets d’intérêt […] » pour ensuite envoyer une alerte sur le téléphone des équipes. En bonus, Veesion se propose d’analyser « vos historiques de vol et [fournir] des recommandations personnalisées ».

    Le plus impressionnant est peut-être d’examiner la liste des clients des entreprises précitées et de se rendre compte que leur déploiement est déjà bien avancé.

    L’entreprise Veesion annonce équiper plus de 120 magasins en France et la carte affichée sur en laisse deviner bien plus. Dans l’onglet « Success Stories » de leur site, on trouve quelques exemples mis en avant, parmi un ensemble bien plus vaste que l’on peine encore à mesurer : Monoprix (produit installé en juillet 2019 dans un magasin de Paris sur 22 caméras), Franprix (3 magasins à Paris sur 48 caméras en 2019), Super U Express (1 magasin à Paris avec 13 caméras en 2019), Bio c’ Bon (4 sites à Paris). [+ Monoprix du Polygone à Montpellier ou Monoprix Lafayette à Paris)L’entreprise Anaveo n’est pas en reste même s’il est difficile de deviner le nombre exact de leurs clients. Nous savons au moins que son déploiement a déjà commencé, tel qu’en atteste les témoignages d’un Carrefour Market à Bourges qui annonce avoir acheté 11 licences du logiciel pour ses 32 caméras et celui d’un Intermarché à Artenay.

    Aucune gêne ni chez les concepteurs des logiciels ni dans la grande distribution. Au contraire, comme le dit clairement la société Anaveo, l’objectif du déploiement de cette surveillance biométrique est de lutter contre la « démarque invisible » (comprendre, le vol à l’étalage), c’est d’« aider le secteur de la distribution à protéger son chiffre d’affaires »

    Pire, pour le créateur de Veesion, la détresse sociale créée par la récente pandémie va provoquer des troubles sociaux, forçant les commerces « à investir davantage dans les solutions leur permettant de s’en prémunir ». Son entreprise devra alors être, selon lui, « à la hauteur des nouvelles exigences du retail physique », c’est-à-dire, à bien le suivre, développer les outils de la Technopolice pour protéger la grande distribution des populations pauvres poussées au vol par la crise sociale.

    [Note : dans cette stupide vidéo promotionnelle du logiciel Veesion installé chez Monoprix, on a un petit aperçu de la qualité des images détectées par la caméra puis instantément envoyée sur le smartphone du vigile avec plusieurs options : https://www.youtube.com/watch?v=oj-d_FX1ot4&t=8s]


Pour leur exprimer ce qu’on en pense :

Start-up Veesion (2018)

* Dirigeants-fondateurs : Benoît Koenig, Thibault David et Damien Menigaux
* Siège social : 143 Rue Saint-Martin, 75003 Paris

Groupe Anaveo (1999)

* Président : Laurent Bellot
* Siège social : Les Carrés du Parc – 10 rue des Rosiéristes – 69410 Champagne au Mont d’Or
* et onze agences aux quatre coins du territoire (voir leur site) : Eguilles (13), Mérignac (33), Annoeullin (52), Rezé (44), Villebon sur Yvette (91), Cesson Sevigne (35), Niederhausbergen (67), Ramonville Saint Agne (31), Vierzon (18), Le Port (97)

Oxania (2019)
* Président et co-fondateur : Jérémie Demol
* Directeur général et co-fondateur : Antoine Sevilla
* Siège social : 255 Avenue de Genève, 74130 Bonneville




Source: Sansnom.noblogs.org