Avril 11, 2021
Par Le Monde Libertaire
272 visites


Vous retrouverez ici des présentations de livres consacrés à La Commune, 150e anniversaire oblige.

Dessiner la Commune

Intensité du trait et des faits !
Comment l’ami Eloi Valat pouvait-il rester silencieux en ces temps de 150 ème ? Lui, l’auteur de quatre albums consacrés à la Commune de Paris, tous chargés de vie, d’émotions dont le dernier «Louises, les femmes de la Commune » qu’il nous avait fait l’amitié de présenter à Publico dans le cadre des soirées du groupe Commune de Paris. Laissons-le s’interroger. « Dans quel encrier tremper ma plume pour dessiner la Commune ? Celui où se déversèrent l’encre rouge d’une révolte tragique, l’encre noire d’une nuit tendue sur l’agonie des morts enterrés sans linceul ? Quelle représentation donnée de cette révolution apothéotique d’il y a 150 ans ? » La réponse se tient dans cette petite pépite Dessiner la Commune . Les regards vifs et intenses des hommes et de femmes qui défendent leur liberté, celle de Paris et celle de l’humanité percent la page dans un noir et blanc ou un noir et rouge éclatant.

Images de papier
Eloi, son auteur favori de la Commune, c’est Jules Vallès, les références apparaissent à chaque page. L’Insurgé. « Le mot est à fuir, Vallès l’accrochant au faîte de son œuvre fait de lui le suprême tombeau des morts de 1871 ». Comment traduire les combats ? Eloi cherche dans ses dessins. « Ces griffurages de cadavres contorsionnés en gigue de bras et de jambes, ces torses perforés, ces coins de cervelle emportées, hantise personnelle, plaie ouverte au cœur […] Images de papier, bimbelots des tourments de l’âme. »
Les corps entremêlés, les mains fortes, rudes, celles des travailleurs sont toujours présentes dans les albums d’Eloi. Crispées de douleur, de rage, de volonté. Page 74, une main, dessin noir sur fond rouge nous appelle au combat, à reprendre le flambeau. La misère des femmes n’est pas oubliée, la référence aux Louises, leurs portraits font écho aux photos suivant leurs arrestations, toutes en dignité. Page 28 de l’album, une magnifique femme un fusil à la main.

Défi à toutes les injustices
En face, les Versaillais, la violence de la répression. Suivons Gallifet qui dans les rues de Paris n’a qu’une phrase : « Fusillez-les !! ». 10 000 ? 17 000 ? 30 000 ? Il fallait éliminer la « vile multitude ». Terribles fusilleurs en ligne dirigés par des gradés au crâne rasé. En face, les barricades « Tas de pavés, debout à leur sommet agiter la loque rouge, défi à toutes les injustices. »

Et puis, un moment de douceur, un chien, un chat, réchappés du siège de l’hiver 1870.

Des visages d’acteurs, d’actrices de ces journées, d’inconnus et d’inconnues. « Parmi d’autres, je vous tire au hasard de mes cartons, masques mortuaires sur nos utopies vivantes. » Verlaine, Mink, Le Mel, Lefrançais, Arnould…

« Qu’ai-je dessiné de la Commune ? La folie de toujours privilégier l’option libertaire sur les tentations autoritaires, fussent-elles dictées par les circonstances ? Une révolution dissoluble par ses contradictions qui, heureusement, vaille que vaille, nous laisse, cher Vallès, quelques amis. ». Eh bien, j’en suis !!

Dessiner la Commune, Eloi Valat. Ed. Bleu autour. 2021

La Commune de 1871 expliquée en images

« Un changement profond de société » en images
Qui sont-ils ces communeux, ces fédérés ? La couverture du très beau livre que nous offre Laure Godineau répond par un tableau, des femmes et des hommes du peuple de Paris, des gardes nationaux en uniforme bleu à côté de civils. Sur une barricade. Paris est une barricade, symbole de la défense de cette république universelle, démocratique et sociale. Comment raconter ces journées d’enthousiasme, de luttes, d’espoir et de sang ? Laure Godineau prend le parti pédagogique de répondre aux questions de son fils, un jeune adolescent, très perspicace ce qui relance l’attention du lecteur. Et surtout elle accompagne ses propos d’une magnifique iconographie, tableaux, photos, esquisses. La Commune de Paris ? « Une insurrection qui avait l’espoir de bâtir une autre société » et qui reste toujours actuelle.

Vivre le Paris communard
Le travail du maquettiste est remarquable. Ces photos pleine page, vous font rentrer dans la scène. Vous êtes sur la barricade. La vue plongeante sur les célèbres canons de Montmartre, le ballon de Gambetta, les combats du Père Lachaise redonnent vie à ces jours si parisiens. De plus, l’auteur accompagne ces images d’analyses fines pour donner à comprendre.
Les enjeux sont clairement posés, une chambre monarchiste, des républicains fragiles, un peuple parisien qui a souffert du siège et de ses injustices. Regardons ces allemands place de la Concorde, la France s’humilie, se couche devant l’ennemi. Ce ressentiment du peuple parisien se retrouvera en 1940 devant des défilés identiques pendant que le gouvernement de Vichy se couchait lui aussi.
Des images symboles comme l’affiche du Comité central qui appelle à désigner des hommes aux convictions sincères, d’une actualité rare. « La Commune est d’abord apparue comme le premier gouvernement ouvrier en France. C’est aussi pour cela qu’encore maintenant tu peux voir inscrit sur un mur : Vive la Commune ».

Des débats toujours actuels
Les idées et les débats sont d’une grande modernité : le contrôle des élus, celui des fonctionnaires, la justice, le rôle des notaires, le Mont-de-Piété et l’aide sociale, la place des femmes dans toute la société. Une image présente les hommes de la Commune, évidemment pas une femme. Où sont-elles ? Dans les clubs, les églises transformées en espace de débat démocratique, sur les barricades.
Et puis, les pavés de Paris deviennent « noir et rouge, noir de poudre et rouge de sang ». Thiers refuse tout débat, rejette la délégation des francs-maçons, la semaine sanglante débute et quelle émotion à la vue de ce marin décédé sur une barricade dans une position rappelant le poème de Rimbaud qui fut communard. Après ? On juge, des militaires jugent… on déporte même les femmes. Que de morts si loin… Et puis le retour, la mémoire vive, elle est là et nous la faisons vivre.

La Commune de 1871 expliquée en images, Laure Godineau. Ed. du Seuil, 2021

Rappel de la 1ère fournée 2e fournée 3e fournée




Source: Monde-libertaire.fr