Avril 19, 2021
Par Lundi matin
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« Des lĂ©gendes antiques racontent l’histoire de crĂ©atures des bois qui dĂ©fendent leur terre contre les dĂ©vastations de ceux qui veulent les envahir. Vous devriez le savoir depuis longtemps, la VallĂ©e de Suse en est pleine. Ce soir, les terrains autour du chantier de San Didero se sont animĂ©s de la rĂ©sistance de ce peuple. Â»

Le projet de train Ă  grande vitesse (TAV, d’aprĂšs l’acronyme italien) Lyon-Turin s’est montrĂ© une fois de plus sous son double jour : grand projet inutile (servant avant tout Ă  capter des financements europĂ©ens), dĂ©vastateur et ultraviolent. On sait, pour peu qu’on ait un peu suivi la multi-dĂ©cennale lutte des no-tav dans la vallĂ©e de Suse, qu’un nouvel argument Ă  prĂ©tention Ă©cologique est venu Ă  la rescousse des affairistes et politiciens qui s’obstinent contre toute raison comptable et Ă©conomique Ă  soutenir l’entreprise : il ne s’agirait plus principalement de diminuer d’une heure la durĂ©e du trajet entre Paris et Milan, mais de permettre Ă  des milliers de camions de franchir les Alpes Ă  cadence soutenue sans polluer. Mais ensuite, il faudrait donc que ces camions reprennent la route : c’est pourquoi la TELT, la sociĂ©tĂ© qui porte se projet a voulu bĂątir un autoport, immense parking amĂ©nagĂ© et aprĂšs quelques hĂ©sitations (voir plus bas) a jetĂ© son dĂ©volu sur San Didero, petite localitĂ© Ă  une 15 de km de Suse. Les no-Tav l’ont occupĂ© avec des arguments solides, comme on peut lire ci-dessous (traduit de l’italien par nos soins).

Le traitement est dans la terre

En ce moment pandĂ©mique, oĂč, avec les coupes continues de ces derniĂšres annĂ©es dans le secteur de la SantĂ©, on se retrouve avec un systĂšme sanitaire sans instruments, il paraĂźt encore plus absurde de continuer Ă  gaspiller des milliards d’euros pour la construction du TAV. Selon le projet de TELT [1], dans l’aire de San Didero, oĂč se trouve le vieil autoport (jamais entrĂ© en fonction et aujourd’hui en ruines), sera construit un nouvel autoport qui remplacera l’actuel Ă  Suse. Dans la plaine de Suse, en fait, on ne sait mĂȘme pas ce qui va surgir, peut-ĂȘtre une station internationale, peut-ĂȘtre une dĂ©charge pour les gravats de percement du tunnel. Ce qui les intĂ©resse, c’est d’avoir un moyen pour dĂ©penser l’argent.

La gestion de cette deuxiĂšme vague pandĂ©mique montre bien ce qui est considĂ©rĂ© comme « important Â» et donc Ă  protĂ©ger, et ce qui est sacrifiable, au nom de la crise sanitaire. SantĂ©, maladie, bien-ĂȘtre dĂ©pendent de l’environnement et des conditions dans lesquelles chacun vit.

  • La dĂ©gradation des terres de l’ex-autoport de San Didero n’est pas due Ă  l’abandon, mais Ă  40 ans de « culture industrielle Â». Ceux qui en ont eu la possession jusqu’à prĂ©sent n’ont pas le droit de continuer Ă  ce qu’on les leur confie, encore moins Ă  en agraver l’état.
  • La bĂ©tonisation, c’est pour toujours. Qui a polluĂ©, dĂ©versĂ© et enterrĂ© des dĂ©chets ou n’a rien fait pour l’empĂȘcher, ne se refera pas une conduite avec des promesses de rĂ©habilitation. Leurs intĂ©rĂȘts sont l’argent et la bĂ©tonisation irrĂ©versible d’un autre bout de la VallĂ©e.
  • Les industriels suivent leurs propres intĂ©rĂȘts. Ils ne veulent pas de nouvelles infrastructures pour « donner du travail aux gens Â», mais le contraire : ils veulent des liaisons rapides pour dĂ©localiser, fermer et licencier. Nous ne devons les remercier de rien.
  • Les chantiers de la grande vitesse sont d’abord occupĂ©s par la force et puis lĂ©gitimĂ©s par des procĂ©dures d’expropriation. La loi est l’habit du dimanche du dominant, elle est l’arrogance lĂ©galisĂ©e. Aucun droit pour qui abuse de la terre.
  • Le Covid-19 est provoquĂ© par un virus, mais la pandĂ©mie par le systĂšme social dans lequel nous vivons. Les mesures de protection du virus sont nĂ©cessaires pour nous protĂ©ger nous-mĂȘmes, et surtout les catĂ©gories les plus vulnĂ©rables, mais les causes de la pandĂ©mie doivent ĂȘtre combattues sur le plan social et historique. Nous devons affronter la maniĂšre dont l’homme vit sur la terre, l’industrialisme, l’urbanisation, la globalisation.

Le premier marchĂ© pour le dĂ©but des travaux Ă  San Didero vient Ă  peine d’ĂȘtre attribuĂ©. Dans un appel d’offres de presque 50 millions d’euros, 5 millions vont ĂȘtre destinĂ©s uniquement Ă  la construction d’une clĂŽture en « dĂ©fense Â» des terrains visĂ©s par les travaux, qui les transformeront en un nouveau fortin de TELT. C’est pourquoi nous serons prĂ©sents ici, dans un poste fixe, pour occuper les terrains qui doivent ĂȘtre clĂŽturĂ©s. S’ils devaient venir sur ces terres pour en prendre possession, ils nous trouveront ici.

Nous ne voulons pas d’un nouvel autoport, ni ici, ni ailleurs !

Nous ne voulons pas du TAV !


Le 13 juillet, la police entamait l’évacuation du presidio (poste permanent d’occupation) de San Didero, ce qui donnait lieu aussitĂŽt Ă  un rassemblement de soutien et Ă  des affrontements avec la police.

Un petit nombre de militants se rĂ©fugiait sur le toit du bĂątiment occupĂ© et rĂ©sistaient. A l’heure actuelle, ils y sont toujours, ayant mĂȘme Ă©tĂ© rejoints par au moins une militante.

Tandis que la semaine s’écoulait avec diverses manifestations de solidaritĂ©, jusqu’à Marseille



Le 17 fut une journĂ©e de lutte avec une sĂ©rie d’évĂ©nements, qui ont impliquĂ© le mouvement tout entier, des maires aux techniciens, des jeunes aux femmes (Fomne no-tav). Une « JournĂ©e Â», disent nos amis, « qui a dĂ©montré que le mouvement est vivant et fort et que mĂȘme dans un moment difficile comme celui de la pandĂ©mie, est en mesure de se prĂ©senter uni et compact pour rĂ©pondre Ă  la Ă©niĂšme et honteuse occupation militaire
 qui se matin s’est prĂ©sentĂ©e dans toute son arrogance face aux agriculteurs qui ont tentĂ© de monter les stands du traditionnel amrchĂ© du samedi au Baraccone de San Didero, actuellement utilisĂ© comme parking par les camionnettes des forces de l’ordre. Le marchĂ© n’a pu se tenir malgrĂ© la prĂ©sence de nombreux citoyens et l’autorisation donnĂ©e par les autoritĂ©s communales. Â» La journĂ©e s’est ensuite poursuivie par la confĂ©rence de presse des maires et des techniciens No Tav, qui ont rĂ©pĂ©tĂ© leur opposition et exprimĂ© leur indignation sur la maniĂšre dont les maires ont Ă©tĂ© traitĂ©s par les autoritĂ©s prĂ©fectorales.







Au cours d’un trĂšs combatif dĂ©filĂ© de 4000 personnes, des manifestants ont rĂ©ussi Ă  entrer sur l’autoroute Turin-Bardonnechia et Ă  la bloquer, tandis que diverses prises de parole affirmaient la solidaritĂ© aux militantes frappĂ©es par des mesures coercitives (assignations Ă  rĂ©sidence, etc.), Dana, Fabiola, Francesca, les deux Mattia et Stella.

La manifestation est revenue au chantier de l’autoport pour saluer avec des feux d’artifice les occupants du toit qui tenaient le coup grñce à l’organisation d’un trùs efficace ravitaillement en eau et nourriture.

Le soir, il y a eu des affrontements au cours desquels Giovanna Saraceno a reçu une grenade en plein visage : hĂ©morragie cĂ©rĂ©brale et multiples fractures.


https://www.valsusaoggi.it/valsusa-no-tav-ferita-al-volto-da-un-lacrimogeno-emorragia-celebrale/

Tandis que la solidaritĂ© avec la blessĂ©e s’affirmait jusque devant l’hĂŽpital



De nouveaux affrontements ont eu lieu dimanche soir et ce lundi matin, on apprenait que le ravitaillement en eau et nourriture était manitenant bloqué par la police. Les camarades sur le toit se dont enchaßnés.

Pour suivre la situation (presque) en direct c’est par ici.

De trĂšs nombreuses photos sont accessibles lĂ .




Source: Lundi.am