Le Second congrùs de l’Internationale communiste

Le IIe congrĂšs de l’Internationale est en fait pratiquement celui du dĂ©but de son dĂ©clin: les conditions draconiennes pour adhĂ©rer Ă  l’organisation sont le symptĂŽme que celle-ci n’est dĂ©jĂ  plus l’instance chargĂ©e superviser l’expansion de la rĂ©volution mondiale mais celle qui doit permettre aux dirigeants russes d’utiliser les partis communistes «frĂšres» comme des instruments de leur politique internationale. C’est pourquoi l’instauration d’une stricte discipline Ă©tait devenue vitale. Il fallait Ă  tout prix aligner les partis sur le modĂšle russe. Moscou dĂ©pĂȘcha dans ces partis des agents chargĂ©s de les surveiller et de les encadrer strictement.

«A partir du 2e congrĂšs, en 1920, Moscou commença Ă  Ă©tablir sur la TroisiĂšme internationale une hĂ©gĂ©monie qui allait finalement supprimer toute Ă©galitĂ© entre le PCUS et les autres partis communistes. Ce qu’on demanda avant tout Ă  ceux-ci, c’était non seulement la reconnaissance inconditionnelle de la direction soviĂ©tique, mais encore l’obĂ©issance absolue Ă  tous les ordres de Moscou [<a title="Margarete Buber-Neumann, La rĂ©volution mondiale, l’histoire du Komintern (1919-1943) racontĂ©e par l’un de ses principaux tĂ©moins, Paris, Casterman 1971, p. 27.” class=”notebdp”>note] .»

L’Internationale communiste est un relatif Ă©chec [<a title="Le IIIe congrĂšs a lieu en 1921. Cinquante sections y participent et dĂ©cident la mise en Ɠuvre de la stratĂ©gie du front unique.
Le IVe congrĂšs a lieu en novembre 1922. LĂ©nine, malade, n’y participe pas. Zinoviev, prĂ©sident de la IIIe Internationale, lancera en 1924 le mot d’ordre de bolchevisation des partis communistes lors du Ve congrĂšs de l’Internationale, ce qui provoque une vague d’exclusions dans les partis membres. La campagne contre les trotskistes commence. DĂšs 1926, l’Internationale sera totalement entre les mains de Staline.” class=”notebdp”>note] . Alors qu’elle aurait besoin de s’appuyer sur de puissants partis communistes dans les pays industrialisĂ©s, ceux-ci restent des crĂ©ations fragiles, ultra-minoritaires divisĂ©es par des luttes fractionnelles et occupĂ©es surtout Ă  combattre la social-dĂ©mocratie, comme en Allemagne. Si la rĂ©volution russe a suscitĂ© la sympathie dans le mouvement ouvrier, ce sont surtout les intellectuels et d’anciens militants social-dĂ©mocrates qui ont affluĂ© dans les partis communistes. Il manque Ă  l’Internationale communiste l’essentiel, une solide implantation dans le prolĂ©tariat, des militants aguerris, expĂ©rimentĂ©s. Or, en ces annĂ©es vingt, ces militants se trouvent dans le mouvement syndicaliste rĂ©volutionnaire et anarchiste. Il fallait Ă  tout prix attirer ces militants et leurs organisations tout en Ă©vacuant leurs idĂ©es.

A l’origine, la constitution d’une Internationale qui serait la rĂ©plique syndicale de l’Internationale des partis communistes, n’était pas Ă  l’ordre du jour. C’est ce qui explique que, dans un premier temps, les organisations syndicalistes rĂ©volutionnaires espagnole (CNT) et italienne (USI) aient adhĂ©rĂ© Ă  l’IC. 
Lorsque le constat de l’échec de la rĂ©volution mondiale et celui de la retombĂ©e du mouvement rĂ©volutionnaire au niveau international fut fait, les dirigeants communistes russes se trouvĂšrent devant la nĂ©cessitĂ© de rĂ©orienter leur politique. Il n’était plus question que la politique internationale de la Russie soviĂ©tique soit vĂ©hiculĂ©e par de petites organisations – partis ou syndicats – minoritaires, voire ultra-minoritaires. Il fallait toucher le prolĂ©tariat lĂ  oĂč il se trouvait, dans les organisations rĂ©formistes dont les effectifs, contre toute attente des dirigeants russes, avaient Ă©normĂ©ment gonflĂ©.
L’existence d’organisations rĂ©volutionnaires minoritaires devint donc un handicap Ă  la politique de Moscou, dans la mesure oĂč la majoritĂ© des militants expĂ©rimentĂ©s du mouvement ouvrier, restĂ©s fidĂšles au principe d’unitĂ©, se trouvaient dans les centrales syndicales dites «rĂ©formistes». PlutĂŽt que de s’agiter vainement dans de petits groupes radicaux, il fallait donc entrer dans les grandes organisations et rallier au communisme les militants syndicalistes rĂ©volutionnaires et anarchistes qui s’y trouvaient, s’engager dans l’action revendicative et se montrer capable de dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts immĂ©diats des travailleurs mieux que les rĂ©formistes, seule condition pour obtenir un minimum de crĂ©dibilitĂ©.
En mĂȘme temps, sur le terrain politique, le constat de l’impossibilitĂ© pour les communistes de prendre seuls le pouvoir conduisit l’Internationale Ă  imposer aux partis membres la stratĂ©gie parlementaire – ce qui ne fut pas facile, en particulier en Allemagne, oĂč les militants rĂ©volutionnaires Ă©taient fĂ©rocement opposĂ©s Ă  cette stratĂ©gie. C’est pourtant d’Allemagne que naquit l’idĂ©e de «Front unique» qui allait se dĂ©velopper. Les rĂ©volutionnaires allemands vont d’ailleurs se trouver otages des dissensions entre bureaucrates bolcheviks sur cette question.

L’«Action de mars» et le Komintern
Pour rappel, le IIe congrĂšs de l’Internationale communiste, qui s’était tenu pendant l’étĂ© 1920, avait opĂ©rĂ© un tournant dĂ©cisif dans le sens du contrĂŽle par Moscou des partis communistes adhĂ©rents. La 9e des conditions d’admission Ă  l’Internationale faisait notamment obligation aux partis adhĂ©rents de noyauter les syndicats pour en prendre le contrĂŽle. Les partis membres se voyaient Ă©galement enjoints de participer aux Ă©lections parlementaires. Dans l’optique des dirigeants communistes russes, la rĂ©volution ne pouvait en aucun cas se limiter Ă  la Russie: il Ă©tait essentiel qu’elle s’étende Ă  d’autres pays et en particulier en Allemagne qui Ă©tait en quelque sorte le berceau du marxisme.
L’injonction de participer aux Ă©lections parlementaires fut particuliĂšrement mal perçue en Allemagne du fait du rĂŽle dĂ©sastreux jouĂ© par la social-dĂ©mocratie pendant la guerre.

Il est en particulier essentiel de savoir:
1. A partir de quel moment les dirigeants russes ont décidé que la révolution était terminée;
2. Sur quels critÚres ils se sont fondés pour parvenir à cette conclusion.

Par ailleurs, des dissensions sont apparues au sein mĂȘme de la direction du parti communiste russe sur la politique internationale: une partie de celle-ci avec Zinoviev et Boukharine, le premier Ă©tant par ailleurs prĂ©sident de l’Internationale, poussait Ă  l’aventurisme rĂ©volutionnaire; une autre partie avec LĂ©nine et Trotsky, prĂ©conisait une politique plus modĂ©rĂ©e. Il faudra donc tenter de comprendre la signification de ces oppositions et leurs consĂ©quences.

En dĂ©cembre 1920, le Parti communiste allemand (KPD) et l’USPD (socialistes «indĂ©pendants») s’étaient unifiĂ©s et avaient fondĂ© le VKPD – «V» pour Vereinigte, «uni». Le nouveau parti comptait alors 500 000 membres et obtint, lors des Ă©lections au Landtag de Prusse en fĂ©vrier 1921, 30 % des suffrages.
Le parti communiste allemand, membre de l’Internationale, s’attelle donc Ă  la tĂąche de liquider les «gauchistes» dans ses rangs. Ces gauchistes avaient le soutien de Zinoviev, prĂ©sident de l’Internationale, et de Boukharine, partisans de la rĂ©volution Ă  outrance. Contre l’avis de LĂ©nine et de Trotsky, ils vont, en mars 1921, engager les rĂ©volutionnaires allemands dans une entreprise perdue d’avance, provoquant une catastrophe dont le mouvement ouvrier allemand ne se relĂšvera pas. A la suite d’une provocation du gouvernement, les communistes de la province de Halle-Mersebourg appellent Ă  la lutte armĂ©e, sans prĂ©ciser les objectifs. Le mouvement est peu suivi, les manifestations rassemblent des effectifs rĂ©duits en dehors des dockers de Hambourg et des ouvriers du district de Mansfeld. Les combats tournent Ă  la catastrophe. 24 mars, le KAPD et le VKPD lancent un appel commun Ă  la grĂšve gĂ©nĂ©rale dans toute l’Allemagne, qui sera peu suivi: 300 000 grĂ©vistes. Il n’y a aucune action coordonnĂ©e pour rĂ©sister Ă  la rĂ©pression de l’État. Les ouvriers armĂ©s sont mal prĂ©parĂ©s, mal dirigĂ©s. Les usines Leuna sont prises d’assaut par les troupes gouvernementales, sans provoquer de rĂ©action dans les autres villes. Le VKPD perd 200 000 membres en quelques semaines. Ce fut un dĂ©sastre pour ce parti qui avait lancĂ© le mouvement sans analyser la situation, sans tenir compte du rapport des forces et sans objectif clair. Le SPD publia dans VorwĂ€rts des documents du KPD saisis par la police prussienne.
Il apparut que Hugo Eberlein, un dirigeant du parti, avait organisĂ© une sĂ©rie de provocations en Allemagne centrale afin de susciter la mobilisation des travailleurs: dirigeants ouvriers kidnappĂ©s, attentats, etc. Le Parti communiste alla jusqu’à obliger des travailleurs Ă  sortir de leurs usines Ă  la pointe du canon. Ces initiatives avaient Ă©tĂ© soutenues par l’Internationale communiste, qui avait envoyĂ© Bela Kun 3 en Allemagne pour «conseiller» le Parti communiste. Le reprĂ©sentant du Komintern encouragea le parti allemand Ă  adopter la «thĂ©orie de l’offensive permanente». 
La communiste Ruth Fischer, dirigeante du KPD, affirma que les communistes russes avaient voulu, en lançant l’offensive de mars 1921, dĂ©tourner l’attention des problĂšmes internes de la Russie soviĂ©tique. En effet, au moment mĂȘme oĂč se dĂ©roulaient ces Ă©vĂ©nements en Allemagne centrale, les bolcheviks liquidaient l’insurrection de Kronstadt. En outre, le pouvoir communiste avait fort Ă  faire en Ukraine avec l’armĂ©e insurrectionnelle anarchiste de Nestor Makhno. Une autre hypothĂšse peut ĂȘtre avancĂ©e. Zinoviev, prĂ©sident du Komintern, ivrogne et notoirement incompĂ©tent, , avait envoyĂ© Bela Kun en Allemagne pour diriger l’insurrection 4. Mais Zinoviev Ă©tait Ă©galement le «patron» du parti bolchevik de Petrograd, oĂč se trouvait la forteresse de Kronstadt en Ă©bullition. On peut donc lĂ©gitimement se demander si l’«Action de mars» ne fut pas dĂ©clenchĂ©e pour faire diversion et occulter les responsabilitĂ©s de Zinoviev dans le dĂ©clenchement de l’insurrection de Kronstadt.
Il ne fait pas de doute cependant que les prolĂ©taires allemands massacrĂ©s en mars 1921 avaient fait les frais des dissensions internes du parti bolchevik. En effet, deux positions s’affrontaient; celle de Zinoviev qui contrĂŽlait le Komintern, et celle de LĂ©nine-Trotsky. Le premier prĂ©conisait la politique de l’offensive Ă  tout prix: l’idĂ©e Ă©tait que l’action elle-mĂȘme crĂ©ait les conditions de la victoire. Les seconds, estimant que les chances d’une rĂ©volution victorieuse Ă©taient passĂ©es, pensaient que la prise du pouvoir n’était plus Ă  l’ordre du jour et qu’il fallait conquĂ©rir le soutien des masses. Ils avaient fini par comprendre qu’en Allemagne, comme dans les autres pays occidentaux, le mouvement ouvrier n’était vierge ni politiquement ni syndicalement, comme il l’avait Ă©tĂ© en Russie, que l’influence des partis politiques et des syndicats y Ă©tait ancienne et profonde et que c’était lĂ  un constat qui ne pouvait pas ĂȘtre Ă©vitĂ©. De fait, pendant l’«Action de mars», les communistes n’avaient pas Ă©tĂ© partout bien accueillis: lorsqu’ils ne se heurtaient pas Ă  de la simple indiffĂ©rence, les agitateurs communistes Ă©taient parfois expulsĂ©s manu militari par les travailleurs, comme dans les usines Krupp.

Otto RĂŒhle Ă©crivit Ă  ce sujet:

«Des centaines des plus nobles combattants tombĂ©s, des milliers jetĂ©s au pĂ©nitencier ou en prison pour des milliers d’annĂ©es: n’est-ce pas ce que la bourgeoisie allemande pouvait souhaiter de mieux… L’avant-garde du prolĂ©tariat, avec l’aide de la centrale du VKPD, a Ă©tĂ© “lĂ©galement” anĂ©antie !… La rĂ©volution en Allemagne est perdue pour longtemps 5.»

Contre les “socialistes de l’état‑major”
La direction du VKPD, nouvellement dĂ©signĂ©e, pensait pouvoir forcer le cours des choses. Elle y Ă©tait poussĂ©e par une base fatiguĂ©e des appels Ă  la prudence et Ă  la passivitĂ© de la prĂ©cĂ©dente direction, dĂ©missionnaire. Il se trouvait dans la classe ouvriĂšre allemande «des Ă©lĂ©ments ouvriers que la toute-puissance de la bureaucratie social‑dĂ©mocrate ou syndicale a rendus rĂ©fractaires Ă  toute forme d’organisation», qui voyaient dans «les “socialistes de l’état‑major” l’ennemi numĂ©ro un, des jeunes gens qui ne croient qu’en la force des armes, toute une couche de rĂ©voltĂ©s, de rebelles, de combattants, de puristes, qui voient dans les appareils bureaucratiques le principal obstacle Ă  la victoire de la rĂ©volution. Ils sont fascinĂ©s par la rĂ©volution russe: la longue expĂ©rience des bolcheviks, qu’ils connaissent mal, se rĂ©sume pour eux Ă  la seule insurrection armĂ©e, au seul emploi de la violence rĂ©volutionnaire conçue comme une panacĂ©e face Ă  la violence impĂ©rialiste et militariste 6.»
Une partie de ces ouvriers s’était regroupĂ©s dans la Ligue Spartacus, dont Paul Levy expliquera au IIe congrĂšs de l’Internationale communiste de quoi celle-ci Ă©tait constituĂ©e:

« des groupes qui, au cours du dĂ©veloppement rĂ©volutionnaire, se sont formĂ©s d’eux‑mĂȘmes dans toutes les rĂ©gions de l’Allemagne, la plupart du temps sans idĂ©es politiques claires, le plus souvent attirĂ©s par le nom de Karl Liebknecht (…), des groupes de gens qui n’étaient pas organisĂ©s auparavant sur le plan politique. » (CitĂ© par P. BrouĂ©, op. cit.)
La direction du VKPD Ă©tait Ă©galement poussĂ©e vers la tentation de l’offensive Ă  tout prix par l’exĂ©cutif de l’Internationale qui avait envoyĂ© sur le terrain Bela Kun et deux autres hongrois, A. Guralsky et J. Pogany, pour inciter le parti Ă  appliquer cette politique, fondĂ©e sur l’idĂ©e qu’il fallait avoir recours Ă  un activisme gĂ©nĂ©ral afin de mettre en mouvement les masses prolĂ©tariennes, afin de «briser le mur de passivitĂ© des masses laborieuses» (E. Meyer au congrĂšs de Iena du VKPD), sans se prĂ©occuper du rapport des forces. Les «gauchistes» Ă©taient persuadĂ©s que le moment Ă©tait venu de lancer un assaut final au capitalisme et Ă  l’État.

Paul Levy sera celui qui, dans le parti, va mener le combat contre le courant «gauchiste» et il le fera d’autant plus facilement que le groupe Spartakus, isolĂ©, constituĂ© d’ouvriers inexpĂ©rimentĂ©s, coupĂ©s des organisations de masse et de la classe ouvriĂšre, ne pĂšse pas grand-chose face aux grands partis de la gauche.
Lui et Radek, l’émissaire du parti russe, pensent que la rĂ©volution est parvenue Ă  un point mort. La social-dĂ©mocratie conserve une Ă©norme emprise sur le mouvement ouvrier et sur les syndicats, qui se sont gonflĂ©s de l’adhĂ©sion de millions de travailleurs peu politisĂ©s mais soucieux de la dĂ©fense de leurs intĂ©rĂȘts matĂ©riels.
C’est grĂące aux syndicats que la social-dĂ©mocratie maintient, voire accroĂźt son emprise sur la classe ouvriĂšre: les rĂ©volutionnaires allemands s’en prennent donc violemment aux syndicats, qu’ils condamnent comme des formes d’organisation pĂ©rimĂ©es, et appellent les travailleurs Ă  les quitter. Les communistes russes au contraire insistent sur la nĂ©cessitĂ© de travailler dans les syndicats, dans lesquels des millions de travailleurs sont organisĂ©s; ils considĂšrent qu’en appelant Ă  quitter les syndicats, les rĂ©volutionnaires allemands font une grosse erreur. Paul Levi partage cette analyse mais refuse d’appeler les rĂ©volutionnaires qui avaient proclamĂ© «Tous hors des syndicats !» Ă  y revenir.
Dans une brochure publiĂ©e en novembre 1919, Le DĂ©veloppement de la rĂ©volution mondiale et la tactique des partis communistes dans la lutte pour la dictature du prolĂ©tariat, Radek explique que ceux qui ont pensĂ© que la rĂ©volution aboutirait Ă  une victoire rapide se sont trompĂ©s, qu’ils ont fait une mauvaise analyse de la rĂ©volution russe dont les conditions sont tout Ă  fait diffĂ©rentes de celles de la rĂ©volution allemande. Les partis communistes europĂ©ens doivent comprendre que la rĂ©volution sera longue, avec des phases successives d’offensive et de dĂ©fensive: ils ne doivent par consĂ©quent nĂ©gliger aucune arme en matiĂšre de lutte Ă©conomique et de lutte politique, qui ne doivent pas ĂȘtre sĂ©parĂ©es. En Allemagne, les syndicats organisent six millions de travailleurs: le parti communiste doit tenir compte de ce constat. En outre, le parti social-dĂ©mocrate et le parti social-dĂ©mocrate indĂ©pendant regroupent infiniment plus de travailleurs que les 80 000 membres du parti communiste.
Radek invite donc les communistes Ă  analyser le rapport des forces et Ă  faire l’état de leurs moyens d’intervention. Il engage Ă©galement la lutte contre les gauchistes:

« La conception puĂ©rile suivant laquelle il y a d’un cĂŽtĂ© les petits partis communistes, de l’autre les contre-rĂ©volutionnaires, et, entre eux, du vent, Ă  partir de quoi nous pourrions former nos organisations de la rĂ©volution mondiale, n’a rien Ă  voir avec la mĂ©thode du communisme. Elle rĂ©sulte d’un sectarisme communiste infantile 7.»
Radek condamne le mot d’ordre des gauchistes qui appellent les travailleurs Ă  quitter les syndicats parce qu’en faisant ainsi, les rĂ©volutionnaires se coupent des masses et se mettent dans l’incapacitĂ© de gagner Ă  eux les travailleurs qui ne sont pas communistes.
Il appelle Ă  la fusion des deux partis communistes existants – le KPD et l’USP. Pour cela, il faut que le parti parvienne Ă  «vaincre les Ă©lĂ©ments anarcho-syndicalistes dans ses rangs» et qu’il contraigne les Ă©lĂ©ments hĂ©sitants Ă  «prendre part aux actions engagĂ©es pour les besoins Ă©vidents des masses ouvriĂšres rĂ©volutionnaires», faute de quoi il perdra son influence. Pour cela, il faut que «le K.P.D. lutte pour parvenir Ă  la clartĂ© de ses conceptions» et qu’il devienne «le point de rassemblement spirituel du mouvement ouvrier allemand». Faute de rĂ©ussir, ce ne seront pas les autres partis qui scissionneront, ce sera le KPD qui le fera.
La brochure dans laquelle Radek expose ses vues, et celles de la direction du parti bolchevik, est le rĂ©sultat de longues discussions et d’échanges de courrier avec Paul Levi, dont elle exprime Ă©galement les idĂ©es. Cette brochure tient pour acquis que la rĂ©volution allemande est parvenue Ă  un point mort, ou en tout cas que la premiĂšre vague de la rĂ©volution a Ă©chouĂ©.
Cette analyse n’est pas partagĂ©e par tous les communistes allemands, ni par tous les bolcheviks russes, divisĂ©s eux aussi entre «gauchistes» et «rĂ©alistes». Boukharine et Zinoviev pensent toujours Ă  la possibilitĂ© de rĂ©ussite d’une insurrection. 


Article publié le 06 Juil 2020 sur Monde-libertaire.fr