201 visites

Depuis le 17 avril, la Turquie prétexte d’une « attaque d’envergure » par le PKK pour assaillir de nouveau le Kurdistan d’Irak (Bashur). Un prétexte cousu de fil blanc pour poursuivre l’offensive menée depuis deux ans.

La deuxième armée de l’Otan serait menacée par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) installé au Bashur. L’insolence d’Erdoğan est aussi énorme que la veulerie occidentale qui détourne pudiquement le regard tandis que le sultan turc réveille les cellules dormantes de Daech.

En effet, Erdoğan a fait attaquer la prison de Hassakê [1] en janvier 2022, faisant 373 victimes (dont 98 kurdes), et reçoit le traître Barzani [2] à Ankara, deux jours avant le déclenchement des hostilités.

La Turquie manœuvre depuis un an pour prendre pied dans les montagnes irakiennes, au total mépris du droit international, et malgré les protestations irakiennes. Depuis un mois il bombarde quotidiennement les positions des Forces de défense du peuple (HPG, branche armée du PKK) à l’arme chimique embarquée sur des drones. Jusqu’ici, au Sud, Barzani se contentait de contenir et de harceler ses frères kurdes. Mais de retour d’Ankara, il déclare vouloir contribuer à « l’élargissement de la coopération en vue de promouvoir la sécurité et la stabilité ». Autrement dit, il ne se cache plus d’être le pantin d’Erdoğan.

La situation est extrêmement tendue pour l’ensemble du Kurdistan. Car tandis que les Turcs pilonnent la montagne kurde, les forces irakiennes s’en prennent aux Yézidis du Sinjar (nord-est de l’Irak, proche de la frontière syrienne) dans le but de prendre le contrôle de la région et de désarmer les forces d’autodéfense yézidies. Martyrisées par Daech en 2014, et après avoir été proprement abandonnées à leur sort par Barzani (déjà), les populations yézidies avaient été massacrées par milliers et les femmes réduites en esclavage sexuel par les djihadistes. Le PKK avait repoussé Daech, et les Yézidis avaient constitué des forces d’autodéfense (les YBŞ) et une organisation sur le modèle du confédéralisme démocratique.


Au Sinjar, depuis 2014, la gauche kurde a aidé les Yézidis à former leurs propres unités d’autodéfense : les YBŞ.

L’armée irakienne, soutenue par le PDK, assiège les Yézidis à l’est, tandis qu’à l’ouest, en Syrie, ce sont les turco-djihadistes qui tentent de verrouiller la région. Les fronts est, ouest et nord sont donc autant de lignes qui se referment sur le Kurdistan, Ankara se fichant comme d’une guigne des frontières de ses voisins, mais les armant au contraire pour accomplir ses propres desseins.

Gaz moutarde, tabun, croix verte… plus de cinq gaz de combat différents

Mais il mène encore un autre combat : la neutralisation des Occidentaux. Le 16 mai, il menace de mettre son veto à l’entrée de la Finlande et de la Suède dans l’Otan. On feint l’étonnement côté européen, alors que la manœuvre est limpide : vous me laissez faire ce que je veux dans le tracé de l’ancien empire ottoman, ou je vous mets des bâtons dans les roues. La Russie lui a emboîté le pas dans cette dénonciation des velléités des pays nordiques. Non seulement parce que cela crée une pression à sa frontière ouest, mais aussi parce que des unités russes ont été vues participer aux mouvements turcs en Syrie…

Islamo-fascisme turc, impérialisme russe, tyranneaux locaux, la carte d’une collusion fasciste se dessine à l’Est. Et en pratique, ces doctrines fascistes se traduisent par les méthodes indifférenciées de meurtre de masse : gaz moutarde, Tabun, Croix verte, etc. ce sont plus de cinq gaz différents qui tombent du ciel sur les Kurdes, militaires ou civils.

La guérilla est farouche et rencontre des succès militaires réels, abat des hélicoptères, protège des régions entières, repousse Turcs, djihadistes et Irakiens. Mais la situation est inquiétante face à l’envergure de l’offensive turque, et c’est tout le projet d’émancipation kurde qui est en grave péril. Les organisations de soutien appellent non seulement à multiplier les prises de conscience, ici en Occident, mais également à participer à une longue marche en Syrie, du 1er au 10 juin, au Bashur, de Suleymaniye à Behdinan, encadré et soutenu par les militants kurdes locaux. Il s’agit d’un appel urgent aux volontaires, à partager le plus largement possible. Bîjî Kurdistan !

Solidarité internationaliste Marseille-Kurdistan




Source: Unioncommunistelibertaire.org