Mars 15, 2021
Par ACTA
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La jeunesse grecque continue de se mobiliser en soutien Ă  Dimitris Koufontinas dont l’état de santĂ© est toujours plus critique aprĂšs deux mois de grĂšve de la faim. Alors que la solidaritĂ© traverse les frontiĂšres – le combattant communiste libanais Georges Ibrahim Abdallah, dĂ©tenu en France depuis 37 ans, s’étant lui aussi mis en grĂšve de la faim ce samedi 6 mars pour dĂ©noncer l’acharnement rĂ©pressif dont est victime Koufontinas – l’article qui suit dĂ©gage les enjeux de l’épreuve de force en cours. Il s’agit pour le gouvernement conservateur grec Ă  la fois de conjurer le spectre d’un retour des Ă©meutes de dĂ©cembre 2008 (qui avaient fait suite Ă  l’assassinat du jeune Alexis Grigoropoulos par un policier dans le quartier d’Exarcheia) et de poursuivre une punition symbolique Ă  l’égard de l’organisation combattante 17-Novembre (dont Koufontinas Ă©tait l’un des dirigeants), qui a luttĂ© les armes Ă  la main contre les institutions de l’État grec et sa soumission aux intĂ©rĂȘts de l’impĂ©rialisme euro-atlantique.

Putting my life on the line is not the only thing I can do, it’s the right thing

Bobby Sands

« Je continue ! Â», c’est ainsi qu’a rĂ©agi Dimitris Koufontinas Ă  la nouvelle – apprise par son fils – du rejet de sa demande de suspension de peine par le Conseil des tribunaux pĂ©naux de Lamia.

Koufontinas est ĂągĂ© de 63 ans et a passĂ© plus de 18 ans en prison, principalement dans la tristement cĂ©lĂšbre prison de Korydallos, aprĂšs avoir Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  11 peines de prison Ă  vie + 25 ans, pour ses activitĂ©s au sein de l’organisation rĂ©volutionnaire 17 novembre, un groupe combattant actif en GrĂšce de 1975 Ă  2002.

Il a entamĂ© une grĂšve de la faim depuis le 8 janvier et une grĂšve de la soif depuis le 22 fĂ©vrier afin de bĂ©nĂ©ficier des droits thĂ©oriquement accessibles Ă  tout prisonnier, mais annulĂ©s – pour ainsi dire – le concernant, en raison d’une loi « ad personam Â» approuvĂ©e en dĂ©cembre dernier par un parlement Ă  majoritĂ© conservatrice (hĂ©ritier direct du rĂ©gime des « colonels Â»).

Bien qu’il ait droit à des permissions depuis 2010, il n’a obtenu sa premiùre permission qu’en 2017 et seulement aprùs quatre grùves de la faim.

En 2018, en plus d’ĂȘtre transfĂ©rĂ© dans une prison rurale, il a pu bĂ©nĂ©ficier de « permissions Â» d’une durĂ©e de 48 heures, comme c’est prĂ©vu par la lĂ©gislation actuelle.

Cependant, le 3 dĂ©cembre, il a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© dans une aile isolĂ©e de la prison de haute sĂ©curitĂ© de Domokos, une sorte de « prison dans la prison Â», dans une minuscule cellule partagĂ©e avec deux autres prisonniers, loin des membres de sa famille.

Koufontinas se voit refuser le droit de vivre et on voudrait en mĂȘme temps l’empĂȘcher de mourir.

Dans la chambre d’hĂŽpital de Lamia, sous haute surveillance policiĂšre, on lui a refusĂ© la possibilitĂ© de rencontrer les mĂ©decins qu’il avait choisis dĂšs le dĂ©but de son hospitalisation, qui auraient donc dĂ» attendre la semaine prochaine pour lui rendre visite. Ou pas, selon l’arbitraire des geĂŽliers.

Il a Ă©tĂ© soumis Ă  une rĂ©animation forcĂ©e alors qu’il Ă©tait sur le point de mourir, en raison d’une « insuffisance rĂ©nale aiguĂ« », selon le bulletin mĂ©dical, et ce malgrĂ© le fait qu’il avait expressĂ©ment demandĂ© que personne n’intervienne en cas d’aggravation de son Ă©tat de santĂ© dĂ©jĂ  critique.

Le bulletin mĂ©dical prĂ©cise Ă©galement que le personnel mĂ©dical « face au refus persistant du patient de se nourrir et de recevoir des liquides, conformĂ©ment Ă  la lĂ©gislation en vigueur et en exĂ©cution d’un ordre du procureur, a immĂ©diatement pris les mesures de rĂ©animation nĂ©cessaires pour soutenir ses fonctions vitales ».

Il a ensuite Ă©tĂ© contactĂ© par ses proches, y compris les mĂ©decins qui l’avaient suivi, et qui lui ont conseillĂ© de prendre un sĂ©rum d’hydratation au moins pour la soirĂ©e.

Koufontinas a acceptĂ© Ă  titre exceptionnel, en attente de la dĂ©cision du ComitĂ© central des Transferts, qui doit dĂ©cider s’il fallait accĂ©der Ă  sa demande initiale de retour de la prison de haute sĂ©curitĂ© de Domokos Ă  la prison athĂ©nienne de Korydallos, oĂč sont dĂ©tenus les autres membres du 17 novembre ; mais en tout cas pas Ă  la prison rurale oĂč il avait Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© sous le prĂ©cĂ©dent gouvernement.

Il est clair que si d’un cotĂ© le gouvernement ne veut en aucun cas accorder une suspension de peine Ă  l’ancien leader de l’organisation 17 novembre – probablement aussi en raison de la pression exercĂ©e par les États-Unis et la Grande-Bretagne, dont le personnel militaire et diplomatique a longtemps Ă©tĂ© la cible des attaques de « l’insaisissable Â» 17 novembre – il essaie Ă©galement de ne pas se souiller de l’infamie de la responsabilitĂ© de sa mort.

En mĂȘme temps, bien qu’invoquant des raisons de santĂ©, l’exĂ©cutif a imposĂ© ces derniers jours une interdiction absolue de circuler dans les rues, car il veut Ă  tout prix Ă©viter que l’intervention de la police dans la rĂ©pression des mobilisations et des nombreuses « actions directes Â» nocturnes ne provoque des morts parmi les manifestants.

Bien entendu, ce n’est pas par scrupules moraux, mais par pur calcul politique, Ă©tant donnĂ© le grand nombre de transfuges qui soutiennent la majoritĂ© actuelle provenant de l’extrĂȘme droite et qui glorifient le tristement cĂ©lĂšbre rĂ©gime dictatorial des colonels arrivĂ© au pouvoir par un coup d’État en 1967.

L’UE est, bien sĂ»r, silencieuse sur cette question et semble accepter volontiers ce glissement politique nĂ©ofasciste vers les rives plus calmes du parti conservateur traditionnel, bien que les fascistes n’aient jamais ne serait-ce que prĂ©tendu rĂ©viser leurs positions.

Il est clair que l’action et l’orientation politique de l’organisation 17 novembre – bien que dĂ©mantelĂ©e il y a prĂšs de 20 ans ! – constituent encore du sel sur les plaies d’une classe dirigeante rĂ©actionnaire qui a cherchĂ© une voie non traumatisante vers la « transition dĂ©mocratique Â» (aprĂšs la dĂ©faite militaire chypriote de 1974), en identifiant chez un homme politique conservateur comme Kostantinos Karamanlis – issu de la mĂȘme formation que l’actuel Premier ministre – la possible carte maĂźtresse pour continuer Ă  gouverner y compris sans les colonels et sortir de l’impasse politique.

La transition a ainsi perpĂ©tuĂ© l’asservissement aux États-Unis et Ă  l’Alliance atlantique en gĂ©nĂ©ral, puis Ă  l’Union EuropĂ©enne, liquidant par des privatisations les biens publics, permettant un enrichissement par la corruption systĂ©mique qui a Ă©galement touchĂ© les socialistes du Pasok, impliquant l’armĂ©e, la magistrature, les organes d’information et la caste mĂ©dicale.

Ce n’est pas une coĂŻncidence si ces structures Ă©taient toutes des cibles du groupe combattant, qui a activement luttĂ© contre l’agression de l’OTAN contre la Serbie, comme l’ont fait la plupart des Grecs.

Il faut rappeler qu’à la suite des mouvements de protestation et des attaques subies par les intĂ©rĂȘts amĂ©ricains en GrĂšce, le DĂ©partement d’État amĂ©ricain a Ă©tĂ© amenĂ© Ă  classer la GrĂšce (pays membre de l’OTAN) comme le deuxiĂšme pays le plus dangereux pour les AmĂ©ricains, aprĂšs la Colombie.

En raison du respect aveugle des diktats libĂ©raux Ă©manant de l’Union EuropĂ©enne par les deux grands partis de l’époque (Pasok et Nea Demokratia), la structure industrielle du pays a Ă©tĂ© progressivement dĂ©mantelĂ©e : la contribution de l’industrie au PIB est passĂ©e de 25 Ă  12 % en un peu plus de quinze ans. Et les nouvelles Ă©tapes de l’intĂ©gration avec l’UE – y compris celles franchies par le gouvernement Syriza, qui a capitulĂ© en 2015 malgrĂ© sa victoire au rĂ©fĂ©rendum – ont achevĂ© le travail de privatisation et de dĂ©mantĂšlement du secteur productif, ainsi que de la souverainetĂ© dĂ©jĂ  limitĂ©e de la GrĂšce.

Mitsotakis craint que ne se rĂ©ouvre la brĂšche qui s’est manifestĂ©e aux yeux de tous en 2008, avec les soulĂšvements qui ont suivi la mort d’Alexis en dĂ©cembre, et les mouvements qui ont suivi – dont un nombre important de grĂšves gĂ©nĂ©rales – qui semblait avoir produit une reprĂ©sentation politique en mesure de mener une politique de rupture avec l’ensemble du cours politique qui s’était dĂ©veloppĂ© depuis la fin de la dictature.

Une volonté de changement radical devenue hégémonique dans cette mobilisation populaire exceptionnelle qui a débouché sur la victoire du référendum de juillet 2015, malgré une campagne médiatique de terreur et la fermeture des distributeurs automatiques de billets sur ordre de la BCE dirigée par Mario Draghi.

Une premiÚre journée internationale a été convoquée pour le samedi 6 mars, en solidarité avec Koufontinas et ceux qui luttent à ses cÎtés en GrÚce.

Via Contropiano




Source: Acta.zone