Juin 2, 2021
Par Paris Luttes
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De quoi Guillaume Peltier est-il le nom ?

Guillaume Peltier, dĂ©putĂ© et vice-prĂ©sident du groupe Les RĂ©publicains (LR) Ă  l’AssemblĂ©e nationale, a une idĂ©e : « crĂ©er une justice exceptionnelle, sans appel possible : la Cour de SĂ»retĂ© de la RĂ©publique, avec trois magistrats spĂ©cialisĂ©s. Â» Une idĂ©e qui n’a pas manquĂ© d’embarrasser ses collĂšgues et le camp macroniste, qui parviennent de moins en moins Ă  se dĂ©marquer du Rassemblement National.

Cet Ă©tonnement est une farce : Guillaume Peltier est passĂ© par le Front National de la Jeunesse (FNJ, actuel GĂ©nĂ©ration Nation), oĂč il a fondĂ© la Jeunesse Action ChrĂ©tientĂ© (chargĂ©e de recruter dans les rangs des catholiques intĂ©gristes), avant de rejoindre le Mouvement National RĂ©publicain (MNR, issu d’une scission provoquĂ©e par Bruno MĂ©gret en 1999). Il a ensuite militĂ© dans les rangs du Mouvement pour la France (MPF, fondĂ© Philippe de Villiers, aristocrate nostalgique de l’Ancien rĂ©gime adepte de la thĂ©orie du grand remplacement et de la guerre civile qui vient).

La proposition de justice d’exception soutenue par Guillaume Peltier ne sort pas de nulle part. La droite conservatrice n’est pas proche de l’extrĂȘme droite : les idĂ©es fascistes y sont dĂ©jĂ  implantĂ©es, et dĂ©fendues par des cadres dirigeants. Assez de fausses protestations et d’indignation mal jouĂ©e : le bateau a dĂ©jĂ  pris l’eau, il s’agit dĂ©sormais de le couler.

Un élément du programme fasciste

Non seulement la proposition de Guillaume Peltier illustre son parcours de petit sorbonnard fasciste, mais elle nous rappelle qu’aucun ravalement de façade ne pourra jamais effacer les liens entre nos ennemis mortels et ceux de nos ancĂȘtres. Et pour cause, le projet que porte Guillaume Peltier est un projet profondĂ©ment fasciste qui fait Ă©cho Ă  l’action judiciaire du rĂ©gime mussolinien, plus prĂ©cisĂ©ment au Tribunal spĂ©cial pour la dĂ©fense de l’État .

Ce tribunal spĂ©cial Ă©tait une Cour chargĂ©e de juger les dĂ©lits commis contre la sĂ©curitĂ© de l’État et du rĂ©gime fasciste en Italie. CrĂ©Ă© en 1926 par une loi portant sur des « mesures pour la dĂ©fense de l’État Â», qui rĂ©tablit au passage la peine de mort, il Ă©tait actif entre 1927 et 1943. Il Ă©tait composĂ© de 7 personnes, sĂ©lectionnĂ©es par le ministre de la Guerre : un prĂ©sident choisi parmi les gĂ©nĂ©raux des diffĂ©rents corps d’armĂ©e (dont la milice fasciste, la MVSN [1]), cinq juges choisis par la milice fasciste, et un greffier issu du personnel militaire. Tous les historiens s’accordent pour dire que ce Tribunal spĂ©cial fut une des armes les plus efficaces pour Ă©craser l’opposition au rĂ©gime.

OĂč va la surenchĂšre sĂ©curitaire ?

Les mĂ©dias de bloc bourgeois rĂ©actionnaire s’activent ouvertement pour rĂ©tablir la peine de mort, en donnant la parole Ă  des raclures condamnĂ©es pour appel Ă  la haine. Les flics militent pour qu’on leur octroie un permis de tuer et qu’on abolisse le droit au silence (so much for the prĂ©somption d’innocence). Face Ă  la surenchĂšre sĂ©curitaire, le bilan de la justice d’exception fasciste doit nous alerter sur les perspectives concrĂštes du pouvoir, et sur l’ampleur de la politique carcĂ©rale que l’État est en capacitĂ© de mener contre les classes populaires et les mouvements contestataires.

En Italie, le Tribunal spĂ©cial pour la dĂ©fense de l’État a jugĂ© 5 619 personnes et en a condamnĂ© 4 596, en grande majoritĂ© des ouvriers. Il a promulguĂ© 978 condamnations pour dĂ©lit politique, 746 renvois vers d’autres tribunaux pour dĂ©lits politiques et 293 renvois vers d’autres tribunaux pour sabotage. Il a ordonnĂ© 42 peines de mort, dont 31 exĂ©cutĂ©es, et 3 peines de travaux forcĂ©s Ă  perpĂ©tuitĂ©. Au total, il a distribuĂ© 27 752 annĂ©es, 5 mois et 19 jours de rĂ©clusion [2].

Le fascisme n’adviendra pas contre la RĂ©publique, mais bien par et dans ses institutions. Vouloir les conserver Ă  tout prix, comme si elles Ă©taient encore capables de « sauver Â» la dĂ©mocratie bourgeoise de son Ă©volution naturelle, traduit au mieux un idĂ©alisme ignorant, au pire un opportunisme coupable.




Source: Paris-luttes.info