Mars 15, 2021
Par Contrepoints (QC)
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Suite au jugement contre Dis son nom cette semaine, le collectif Mettre fin au silence a publiĂ© un texte en rĂ©action Ă  cette dangereuse dĂ©cision judicaire. Le site web de ce collectif est un espace sĂ©curitaire de tĂ©moignage et dĂ©nonciation pour les personnes survivantes de violences sexuelles. Une plateforme pour rassembler les forces, les voix et pour nous soutenir collectivement dans nos vĂ©cus de violences. Pour s’émanciper du gaslighting sociĂ©tal entourant les agressions. Un lieu oĂč nos histoires sont reconnues, valides, visibles, sans « oui, mais ». Sans compromis. Nous partageons ici leur texte.

Si vous en avez l’énergie et l’envie, contactez les Ă  [email protected]

Aujourd’hui, le jugement de la juge Katheryne A. DesfossĂ©s exigeant le dĂ©voilement de l’identitĂ© des administratrices de la page Dis son nom ainsi que de la personne ayant dĂ©noncĂ© l’agresseur Jean-François Marquis est d’une telle violence que les mots nous manquent pour la nommer: seuls nos hurlements de rage semblent adĂ©quats.

On veut d’abord envoyer toutes notre solidaritĂ© aux personnes affectĂ©es par le jugement et les actions de Marquis: la personne survivante, les administratrices de la page Dis son nom et toutes les autres personnes survivantes dont les Ă©changes avec Dis son nom seront mises entre les mains d’un agresseur et de son avocat. On espĂšre tellement que toutes ces conversations se retrouvent malencontreusement perdues ou magiquement effacĂ©es. Se faire dĂ©sapproprier de sa propre dĂ©marche de dĂ©nonciation, c’est extrĂȘmement violent.

Ce travail collectif qui a Ă©tĂ© fait l’étĂ© passĂ©, mais aussi au fil des ans pour trouver des maniĂšres de libĂ©rer nos paroles et pour faire changer la peur de camp se voit grandement Ă©branlĂ© par les Ă©vĂ©nements d’aujourd’hui.

GĂ©nĂ©ralement, le systĂšme et ses acteurices rĂ©pondent avec une violence proportionnelle au danger que nos ripostes prĂ©sentent pour l’ordre Ă©tabli. C’est tellement lĂ©gitime d’avoir peur devant une violence aussi inouĂŻe. D’avoir envie de perdre espoir. MĂȘme si l’heure n’est crissement pas Ă  la fĂȘte, on a le goĂ»t de dire qu’on peut quand mĂȘme se fĂ©liciter: on leur a fait tellement peur aux agresseur.e.s et Ă  leurs complices qu’a Ă©mergĂ© le besoin de rĂ©agir avec virulence pour essayer de nous faire taire. À nos yeux, ça veut quand mĂȘme dire qu’on a un esti de beau pouvoir collectif quand on s’y met.

Pour nous, les Ă©vĂ©nements d’aujourd’hui illustrent avec encore plus d’évidence la nĂ©cessitĂ© de l’anonymat, de plate-formes sĂ©curitaires et d’alternatives Ă  ce systĂšme judiciaire pourri qui protĂšge l’ordre oppressif, les agresseur.e.s, le pouvoir Ă©tabli. La nĂ©cessitĂ© de continuer Ă  dĂ©noncer ces estie de vidanges qui nous pourissent individuellement et collectivement la vie.

PlutĂŽt que de susciter la peur, c’est sur les braises de notre colĂšre que ce jugement souffle avec force. Pour notre collectif, il est hors de question de plier devant la violence du systĂšme, devant les menaces de reprĂ©sailles.

Notre plate-forme restera active, prĂȘte pour la suite. S’il y a des personnes pour qui ça a dĂ©clenchĂ© comme nous une envie de dĂ©noncer et de foutre la marde. S’il y a des personne qui, malgrĂ© la peur, ont ce besoin de tĂ©moigner. En nommant leur.s agresseur.e.s ou non. Maintenant ou plus tard. On sera lĂ . On vous fucking croit.




Source: Contrepoints.media