Petit bourgeois parisien, proche du milieu mondain, Juan Branco s’évertue à diviser les opprimé·es pour affaiblir les luttes. Son arme favorite  : le confusionisme et les compromissions avec l’extrême droite.

L’auteur du pamphlet Crépuscule, souvent cité comme révélateur de la corruption des plus hautes sphères de l’État, est une personnalité qui a émergé du mouvement des gilets jaunes. Issu de la petite bourgeoisie parisienne, Juan Branco côtoie les personnalités du cinéma et de la politique très tôt dans son parcours.

S’il a pu nous faire parvenir ces «  révélations  », c’est parce qu’il a fait partie de ce monde, l’a intégré et a participé à son renforcement, selon ses propres écrits. Qu’un bourgeois nous raconte les «  secrets  » d’un pouvoir auquel il a participé n’en fait pas un allié du camp social. Et sa présence dans différents médias, notamment d’extrême droite, pose question comme son attitude méprisante vis-à-vis des personnes et organisations en lutte.

L’interview qu’il donne à Denis Robert (directeur du Média et auteur de la préface de Crépuscule) est parlante quant à la mauvaise foi du personnage et son mépris. Il l’interroge notamment sur l’annulation de sa tournée dans le sud de la France. Plusieurs organisations politiques toulousaines avaient alerté sur l’interview douteuse dans l’Incorrect (journal proche de Marion Maréchal ) en février. SUD Éducation Mirail, qui l’invitait, avait choisi de maintenir l’évènement en lui demandant des éclaircissements. La réponse de l’intéressé fut d’annuler.

Mauvaise foi et mépris de classe

Dans l’interview au Média, il revient sur cet événement en insultant le syndicat et les organisations de luttes «  d’idiots utiles  » et de «  relais des paroles du pouvoir  ». Il se justifie  : «  ces personnes-là, […] ont peur de la perte de la pureté et sont paniquées à l’idée de se retrouver dans une situation où on pourrait les dire compromis  ». Comment accepter cet argument alors que c’est justement la compromission des dirigeants avec les puissances capitalistes que Juan Branco dénonce  ? Ne devrait-il pas se réjouir de notre vigilance à l’égard des compromissions avec l’extrême droite  ?

Juan Branco illustre la stratégie de division et de manipulation opérée par la bourgeoisie et ses alliés. Les idées d’extrême droite ne seraient un problème que parce qu’elles détourneraient le peuple du véritable ennemi  : la finance et l’oligarchie. L’objectif de ce populisme tranversal serait de s’adresser à l’électorat populaire pour le faire revenir dans le giron de la gauche de gouvernement.

Toujours selon cette stratégie, il faudrait discuter avec celles et ceux qui votent à l’extrême droite en réorientant leur haine des autres vers l’oligarchie, les 1 %, notions qui n’ont aucune réalité dans une lecture de classe, ou peuvent entretenir des fantasmes antisémites et complotistes. Elle masque complètement le système étatique et capitaliste qui produit des structures d’accaparement du pouvoir et des richesses. Elle infantilise, alimente la confusion, brouille les marqueurs de classe et politiques. Avec quels résultats   ? Quinze ans que ce populisme transversal gangrène les courants de la gauche modérée et pourtant, le capitalisme est toujours plus féroce, les inégalités se creusent et l’oppression continue de s’accroître.

Les fascistes s’installent partout, et les scores de l’extrême droite n’ont jamais été aussi hauts depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Même s’il n’est pas responsable de cet état de fait, Juan Branco, qui propage et applique cette stratégie, ne fait qu’affaiblir les luttes d’émancipation en divisant les personnes opprimées.

Aiphix (UCL Toulouse et environ)


Article publié le 09 Sep 2019 sur Unioncommunistelibertaire.org