La Confluence des luttes de l’ouest s’élargit : Le village du peuple de Donges

Aprùs un we nantais de retrouvailles, un petit convoi s’est rendu en visite de soutien à La Petite Lande de Donges, au Village du peuple.

Dans ce lieu rĂ©quisitionnĂ© il y a plus d’une annĂ©e, Ă  la suite de l’AssemblĂ©e des assemblĂ©es Ă  la maison du peuple Nazairienne, nous avons trouvĂ© un accueil chaleureux plein de surprises.

Un Ă©crin de verdure nichĂ© entre 9 sites seveso oĂč une dizaine d’habitants rĂ©sistent encore et toujours Ă  l’envahisseur : une eniĂšme ZAC (zone d’amĂ©nagement concertĂ©). Ici, iels essaient de prĂ©server pas moins de 50 hectares abritant des zones humides, des menhirs, blockaus, arbres remarquables etc.

On y trouve une petite ferme pĂ©dagogique, un pressoir, un ancien four Ă  pain, une grande maison collective et un lieu d’accueil pour les soutiens de passage.

La CARENE, (sociĂ©tĂ© privĂ©e) porte ce projet destructeur, un agrandissement des industries gigantesques dĂ©jĂ  prĂ©sentes sous le nom d’éco park. Donges est dĂ©jĂ  une zone industrielle trĂšs polluante oĂč le taux de cancers est nettement supĂ©rieur Ă  la moyenne nationale. Il est urgent de s’opposer Ă  ce rajout de vapeurs toxiques.

Les habitant.es invitent celles et ceux qui entendent prĂ©server la vie et empĂȘcher la bĂ©tonisation chaque mercredi Ă  18h pour les rĂ©unions ouvertes.

Iels souhaitent faire de cet endroit un lieu de vie et d’entraide, de production vivriùre et d’accueil.

Ce 8 juillet, le tribunal d’instance de Saint-Nazaire a tranchĂ© et l’expulsion a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e pour octobre 2020. PrĂ©parons nous Ă  les soutenir !

Tenez vous au courant via leur site internet : levillagedupeuple.noblogs.org

Le projet de surf park en suspens ?

Entre Nantes et Saint-Nazaire, Ă  Saint-PĂšre-en-Retz, des investisseurs ont le projet de construire un surf park Ă  10 km de l’ocĂ©an depuis 2018.

Les chiffres font tourner la tĂȘte : piscine de 200m de long sur 85 de large, coĂ»t estimĂ© Ă  15 millions d’euros, 400kWh de consommation Ă©nergĂ©tique soit l’équivalent en une heure de la consommation d’un foyer moyen en un mois, 50 000 m3 d’eau potable pour remplir le bassin, 9 hectares de terres agricoles bĂ©tonnisĂ©es, etc…

Face Ă  l’absurditĂ© Ă©cologique du projet, l’opposition s’est vite organisĂ©e. Le collectif ZAP la vague appelle en juillet 2019 Ă  une semaine d’occupation. Les militant.es se retrouvent attaquĂ©.es par des fachos sans que les gendarmes rĂ©agissent et doivent changer de lieu. Cela n’a pas empĂȘchĂ© le collectif de rappeler Ă  un week-end de convergence des luttes en Septembre 2019 qui inspirera les week-end de confluence des luttes du collectif Laisse BĂ©ton.

AprĂšs une semaine de chantiers organisĂ©e en octobre 2019, les opposant.es apprennent que le projet est repoussĂ© d’un an : prĂ©vu initialement en 2020, il est repoussĂ© alors en 2021. L’occupation n’est plus nĂ©cessaire et les modalitĂ©s d’action changent. A Nantes, des marches pour le climat passent devant le cabinet d’un promoteur du projet en dĂ©cembre et janvier.

Depuis, le Covid-19 est passĂ© par lĂ  et le projet est repoussĂ© Ă  2022 et les promoteurs se font discrets. Surtout aprĂšs que le dĂ©partement et le prĂ©fet ont demandĂ© des prĂ©cisions sur un projet encore trĂšs flou. Le collectif nantais contre le surf park reste alerte en cas de nouvelles informations. N’hĂ©sitez pas Ă  vous abonner Ă  leur newsletter en envoyant un mail Ă  zaplavague [at] protonmail.com.

Squat fĂ©ministe Ă  Strasbourg : la pigeonne

Mais on a pas dit que c’était les luttes de l’Ouest ? Strasbourg, on ne sait pas vraiment oĂč c’est, certain.e.s la situent de l’autre cĂŽtĂ© du Rhin, cette frontiĂšre qui n’a rien de naturelle (spĂ©ciale dĂ©dicace aux biorĂ©gionalistes !). En fait non, c’est toujours dans ce qu’on appelle la France ou plutĂŽt la fRance ! Peu importe, rien de tel que de crĂ©er des ponts gĂ©ographiques et militants pour nous rendre encore plus fort.e.s ! C’est pourquoi des personnes du squat La Pigeonne de Strasbourg sont venues afin de nourrir les liens dĂ©jĂ  existants entre nos luttes et de participer aux rĂ©flexions en cours.

A la Pigeonne, ce sont des femmes et personnes queers, fĂ©ministes, prĂ©caires, exilĂ©es et marginalisĂ©es Ă  plusieurs niveaux qui occupent un bĂątiment dĂ©laissĂ© depuis plusieurs annĂ©es. Depuis le 27 fĂ©vrier 2020, La Pigeonne est devenue un squat d’habitation et d’organisation en mixitĂ© choisie (sans hommes cisgenres, c’est-Ă -dire sans hommes dont le genre ressenti correspond au sexe assignĂ© Ă  sa naissance). En tant que femmes et personnes queers, nous sommes cibles de violences Ă  la fois physiques, sexuelles, Ă©conomiques, sociales et administratives. Nous subissons davantage la pauvretĂ© et la prĂ©caritĂ©. Nous revendiquons notre droit inconditionnel Ă  avoir un toit. Nous trouvons aberrant d’ĂȘtre Ă  la rue, de manquer de soins ou de nourriture tandis que les possĂ©dants gaspillent et continuent de s’enrichir. La prĂ©caritĂ© n’a jamais Ă©tĂ© un choix pour personne. Elle est le rĂ©sultat d’une volontĂ© politique, organisĂ©e et rĂ©affirmĂ©e des dominants pour entretenir une classe exploitable. Ni les institutions ni les patrons ne veulent notre autonomie. Au contraire ils participent quotidiennement Ă  notre prĂ©carisation.

DĂšs lors, nos prioritĂ©s sont de nous mettre Ă  l’abri, de construire des solidaritĂ©s entre nous, de dĂ©noncer ensemble une sociĂ©tĂ© patriarcale et un systĂšme Ă©conomique qui sacrifie les plus vulnĂ©rables. Pour une transformation sociale et l’émancipation de toutes les femmes et personnes queers, nous privilĂ©gions des initiatives faites par nous et pour nous.

Face Ă  l’incompĂ©tence de l’État, la violence de ses institutions, et sa rĂ©pression policiĂšre sexiste, queerphobe et raciste de plus en plus violente et systĂ©matique, nous nous organisons. Nous occupons l’espace qu’on nous refuse.

Sur les ZAD aussi, nous arrachons aux puissants des espaces qu’ils veulent s’approprier et dĂ©truire pour leur unique profit. Sur les ZAD et dans les squats, nous combattons concrĂštement le principe de propriĂ©tĂ© privĂ©e. Nous reprenons les richesses qu’on nous vole et qui sont nĂ©cessaires Ă  notre survie. La vie collective et solidaire s’y organise dans une perspective d’autonomie.

Le capitalisme exploite les femmes et minoritĂ©s de genre, les personnes racisĂ©es, les pauvres et la nature pour le profit de qui ? toujours les mĂȘmes : des hommes cis blancs riches. Sur une ZAD, on lutte contre un projet d’amĂ©nagement ET son monde raciste, sexiste, homophobe, transphobe, classiste, validiste, spĂ©ciste… On constate nĂ©anmoins que mĂȘme dans ces milieux, les oppressions de tous types perdurent. Les exemples ne manquent pas, des agressions au racisme ordinaire… On peut entendre que les femmes ne devraient pas ouvrir de squat ou participer aux actions et ça passe ! Un mec cis blanc peut prendre l’accent africain et ça passe ! Un mec cis blanc peut agresser une personne trans ou une femme et ça passe ! Sans parler de comportements beaucoup plus « ordinaires Â» comme ne pas participer aux tĂąches quotidiennes, prendre beaucoup la parole en rĂ©union et ainsi invisibiliser d’autres personnes et leurs idĂ©es ou encore remettre la faute sur les personnes oppressĂ©es qui n’ont « qu’à prendre la place Â»… Beaucoup d’entre nous se disent anarchistes.

L’anarchisme c’est lutter contre tout rapport de domination en fait, c’est pas « juste Â» ni dieu ni maĂźtre. Autant conscientiser les rapports de domination qui se jouent quoiqu’il arrive mĂȘme au sein de nos milieux et travailler Ă  les combattre. « Pour avoir des privilĂšges, pas besoin de faire l’aumĂŽne, tu nais avec ou sans mĂȘme si t’es anarcho-autonome Â» comme dirait le groupe de rap Mosca.

Parce que nous ne dĂ©truirons pas le capitalisme sans dĂ©truire le racisme, le classisme et le patriarcat, nous continuerons de travailler Ă  crĂ©er des ponts entre nos luttes, Ă  dĂ©cortiquer tous les schĂ©mas d’oppression et Ă  se battre contre eux, mĂȘme si c’est parfois douloureux. L’avenir des luttes est dans la convergence.

Anti Capitalisme Anti Patriarcat

ACAB cependant

ZAD et squats partout

Pierre prend des vacances, pas nos camarades !

Le dernier week end de confluence nous a permis de rencontrer des camarades de la ZAD de Roybon en IsĂšre. Pour les remercier, un petit Ă©tat des lieux de leur lutte s’impose, particuliĂšrement dans le contexte qui est le leur aujourd’hui !

Cette Zone A DĂ©fendre, dont l’occupation physique va fĂȘter son sixiĂšme anniversaire en Novembre-DĂ©cembre prochains est nĂ©e et vit dans la forĂȘt de Chambaran depuis 2014. Elle rĂ©siste Ă  l’implantation du sixiĂšme Center Parcs Français, dont AndrĂ© Vallini, Ă  l’époque prĂ©sident du Conseil gĂ©nĂ©ral de l’IsĂšre, avait appuyĂ© le projet portĂ© par le groupe « Pierre et Vacances Â» : ModernitĂ© & DĂ©veloppement oblige.

J’suis dans mon Jacuzzi, t’es dans l’autonomie

C’était donc 200 hectares de forĂȘt qui devaient ĂȘtre impactĂ©s par un projet dĂ©truisant, retournant, creusant, bĂ©tonnant la terre sur 123 hectares pour y construire de superbes petits cottages, un bowling, des restaurants ,des commerces et une zone aquatique protĂ©gĂ©e par une Ă©norme bulle gĂ©ante maintenue Ă  29° toute l’annĂ©e.

On aurait pu bientĂŽt se laisser glisser sur les superbes tobogans-jaccuzis-hydrobĂ©tonnĂ©s-Ă -impulsions-Ă©lectroluminĂ©centes, le tout naturellement Ă  « impact Ă©cologique positif Â» pourrait-on dire aujourd’hui [1]. Bref, l’allĂ©gorie de la bulle libĂ©rale autocentrĂ©e et autosuffisante (type Mall amĂ©ricain), bulle d’asphalte dystopique coulĂ©e au milieu d’une forĂȘt classĂ©e en tant que Parc Naturel et Zone Naturelle d’IntĂ©rĂȘt Ecologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF). Rien que ça, et le tout pour la modique somme de 390 millions d’euros payĂ©s par la collectivitĂ©.

Prise de terres

Ce bijou d’industrie touristique aurait pu voir le jour si le 30 novembre 2014 de dangereux anarcho-autonomes tout rouges, mangeant des couteaux et tenant des enfants entre leurs dents (ou l’inverse) n’avaient pas eu l’idĂ©e de pĂ©nĂ©trer illĂ©galement sur les lieux, prenant en plus « La Marquise Â» (bonjour la symbolique !), maison forestiĂšre en dur renommĂ© « La Maquizad Â» pour l’occasion.

La semaine suivante, les opposant.es empĂȘchĂšrent la poursuite des travaux et les entreprises retirĂšrent leurs engins de chantier. Malheur, 40 hectares de forĂȘt avaient Ă©tĂ© prĂ©alablement massacrĂ©s.

Rappelons quand mĂȘme que si les tenants de l’action directe parviennent comme souvent Ă  une efficacitĂ© certaine, le contexte d’une bataille lĂ©galiste depuis 2007 leur Ă  aussi permis de s’ancrer sur les lieux : la PCSCP [2], association locale Ă©mettant des recours contre lesautorisations administratives de la prĂ©fecture depuis 2010. La conjonction d’une diversitĂ© de tactiques Ă©tait en vigueur, lĂ©gales comme illĂ©gales [3].

CotĂ© juridique : la fin d’un Ă©niĂšme GPII, l’abandon d’un projet destructeur est il une victoire ?

S’en est alors suivi une longue traversĂ©e du dĂ©sert juridique pour les porteur.euses de ce Grand Projet Inutile voulant s’Imposer (GPII), baladĂ©.e.s de tribunaux en tribunaux, essuyant les refus, jusqu’à ce que mercredi dernier, on puisse observer avec admiration le dernier jetĂ© d’éponge de Pierre et vacances, tant la longueur des recours juridiques mĂȘlĂ©e Ă  la tĂ©nacitĂ© des copaines Zadien.e.s Ă©tait dĂ©courageante ! ConsĂ©quence ? La lutte acharnĂ©e finit par payer : bravo les copaines et ZAD PARTOUT !

Mais l’abandon d’un projet est il suffisant pour crier victoire lorsque l’on tente en mĂȘme temps d’inventer nos vies hors du systĂšme ultra-capitaliste, dont l’impĂ©rialisme exige en permanence de transformer chaque parcelle de nature et d’humanitĂ© en planche a billets ? Pas si simple : pour certain.e.s Zadien.e.s une victoire ressemblerait plus Ă  l’autonomisation Ă©cologique dĂ©finitive de cette zone occupĂ©e, plutĂŽt qu’a un dĂ©part immĂ©diat consĂ©quent Ă  l’abandon d’un projet ridicule, dĂ©part qui laisserait en plan cinq annĂ©es d’approfondissements et d’inventions d’une vie expĂ©rimentale avec, et Ă  l’intĂ©rieur de la nature dans la forĂȘt des Chambaran.

Continuités de la lutte et appel à soutien.ne.s

Si jusqu’au 8 juillet 2020, date de la rĂ©daction de cet article, aucune procĂ©dure d’expulsion n’était connue des Zadien.ne.s vivant sur les lieux et que les rapports avec la gendarmerie locale Ă©taient relativement inexistants, il est logiquement Ă  attendre que pour les copaines sur zone, les choses risquent de se corser sous peu : une procĂ©dure d’expulsion est Ă  attendre, et dans quelques semaines voir jours, l’intervention des bleus Ă  craindre.

MalgrĂ© cela et vous l’aurez compris, l’idĂ©e d’une zone d’autonomie dĂ©finitive trotte depuis quelques temps dans leur tĂȘte, et de jolies inventions en cours ne demandent qu’a se poursuivre : pour exemple, le potager en permaculture ne souhaite pas autre chose que de continuer Ă  donner ses lĂ©gumes, les ateliers en tout genre Ă  ĂȘtre tenus, et les cabanes Ă  ĂȘtre construites (d’ailleurs un appel est passĂ© pour la construction en mixitĂ© choisie d’une cabane non mixte !). L’idĂ©e c’est donc dĂ©jĂ  de continuer d’Ɠuvrer Ă  la construction d’une zone propre Ă©nergĂ©tiquement, dans un confort de vie pas nĂ©gligeable, Ă  la fraĂźche entre les grands pins protecteurs.

Alors viendez nombreux.ses pour soutenir les copaines sur zones le plus tĂŽt, et le plus longtemps possible !

ZAD PARTOUT.ES !

Des nouvelles de la ZAD de la Dune au 30/07/2020

Un mégalo, une ZAD, un jardin

Le 6 octobre 2019, aprĂšs une belle manifestation ayant dĂ©ambulĂ© dans les rues de Bretignolles-sur-mer en VendĂ©e, ayant rassemblĂ© environ 2500 personnes, des participant.e.s dĂ©cident de rester sur les lieux aprĂšs une assemblĂ©e de quelques minutes seulement. L’occupation d’un terrain privĂ© vouĂ© Ă  l’expropriation ne durera pas moins de six mois, et s’auto-baptisera la « ZAD de la Dune Â».

Contexte

Ce projet contre lequel habitant.e.s et Zadien.ne.s se sont battu.e.s, Ă©tait celui d’un port de plaisance, comprendre : la construction d’une marina de 900 anneaux rĂ©servĂ©e naturellement, Ă  une Ă©lite locale et vacanciĂšre. Un port en pleine terre dont la construction allait « artificialiser Â» une zone naturelle « remarquable Â» classĂ©e ZNIEFF II [4] et loi littoral de 15 hectares. ConcrĂštement, cette « artificialisation Â» (l’autre mot pour dire saccage environnemental) allait consister Ă  ouvrir une dune en deux sur 600 mĂštres de long vers les terres, 150 de large et jusqu’à 15 mĂštres de profondeur. Le tout pourquoi pas Ă  la dynamite [5], et dont les gravas devaient ĂȘtre jetĂ©s dans une ancienne carriĂšre remplie naturellement d’eau douce et pleine de vie, Ă  quelques centaines de mĂštres de la dune. Simple, basique.

Et en plus, entre autres joyeusetĂ©s – comme une accĂ©lĂ©ration de l’érosion sĂ©dimentaire – un risque assurĂ© de salinisation des nappes phrĂ©atiques, dans un dĂ©partement en zone sĂ©cheresse un an sur deux, voir en « Ă©tat de catastrophe naturelle Â» pour les mĂȘmes raisons…

Mais comme souvent, (sauf depuis l’annonce du gouvernement de 78 Zones A DĂ©truire « ClĂ©s en mains Â» pour l’implantation de gros projets industriels dans toutes les campagnes françaises), l’idĂ©e de construire un port de plaisance entre deux communes en possĂ©dant dĂ©jĂ  un [6], n’est pas qu’une fantaisie du maire de BrĂ©tignolles, Christophe Chabot.

Il s’agissait en fait d’un projet de longue date contre lequel des associations comme Surfrider Fondation ou la Vigie, association locale dont le prĂ©sident sait se mettre Ă  l’abri comme il faut, se battent depuis une vingtaine d’annĂ©es en formulant des recours juridiques auprĂšs du tribunal administratif de Nantes. Recours dits « non suspensifs Â» n’empĂȘchent en aucun cas l’avancĂ©e des travaux.

Si, comme il est nĂ©cessaire de le rappeler, la conjonction de plusieurs modes d’action dans une lutte augmente considĂ©rablement les chances de victoire [7], la tendance des lĂ©galistes et du militantisme « citoyenniste Â» Ă  monnayer la lutte via une longue culture du compromis [8], peut porter prĂ©judice aux militant.e.s plus radicaux dans les contextes tendus. Cependant, la longueur procĂ©durale gĂ©nĂ©rĂ©e par les recours de Surf Rider Foundation, a ouvert un espace d’action permettant le lancement d’une occupation physique et dĂ©terminĂ©e par les copaines de la Dune.

Et justement ! Le 23 septembre 2019, pris d’une frĂ©nĂ©sie destructrice sans doute trĂšs virile, et sous couvert de la communautĂ© de communes dont il Ă©tait prĂ©sident, le maire de Bretignolles connu pour ses coups foireux et pressions officieuses sur le voisinage, dĂ©cide de lancer les travaux prĂ©paratoires. La dune est ravagĂ©e : 9000 mÂł de sable sont arasĂ©s, et des centaines d’arbres sont arrachĂ©s, broyĂ©s et laissĂ©s en tas comme des trophĂ©es le long des routes avoisinantes. On admirera la taille des biceps du bonhomme, ayant outrepassĂ© fiĂšrement le cadre prĂ©fectoral pour aller jouer dans une dune avec les pelleteuses de ses potes


TrĂšs mauvais plan cependant : les locaux et activistes sont en rage et leur dĂ©termination redouble d’intensitĂ©.

Naissance de la ZAD

Le 6 octobre des appels sont lancĂ©s pour passer Ă  l’action. Le lendemain, aprĂšs la manifestation dont est nĂ©e l’occupation d’un terrain attenant Ă  la dune, quelques motivĂ©.e.s bloquent Ă  5h30 les engins de chantier. Il leur suffira de s’asseoir sur la route devant l’arrivĂ©e des bulldozers pour que, aprĂšs quelques chamailleries avec les flics, le chantier soit arrĂȘtĂ© pour la journĂ©e.

Le surlendemain le jeu est Ă  peine diffĂ©rent quoiqu’un peu plus corsĂ©, la mairie ayant pris soin d’embaucher une compagnie de sĂ©curitĂ© (Actilium SĂ©curitĂ©, type pseudo-gros bras vidant des boites de nuit), le chantier illĂ©gal et « non sĂ©curisĂ© Â» ne permettant pas aux gendarmes pourtant en nombre d’y pĂ©nĂ©trer. Ces derniers se contentant de traĂźner les opposant.e.s (aussi plus nombreux.ses) par les cheveux, le long de la route menant Ă  la dune Ă  protĂ©ger..

D’une dizaine de personnes le premier jour, on passe Ă  60 le deuxiĂšme. Soixante personnes qui deviendront le double, le triple, jusqu’au millier et plus lors des premiĂšres portes ouvertes. Effervescence vigoureuse, fourmillement d’ñmes rassurant, des locaux et des locales venant apporter nombre de soutiens matĂ©riel et logistique. Les cabanes collectives ou individuelles fleurissent avec d’autres structures : Chienville, 8’6, Chatoto, l’ACABaboum, la cuizine, la salle comm(d)une et le PhareOuest,se dressant contre vents et marĂ©es, le tout en moins d’un mois.

BientĂŽt les bĂątiments en dur attenant au terrain sont pris Ă  l’abordage et renommĂ©s. D’abord l’HP (Haut Potentiel), puis Fuck You, en rĂ©ponse Ă  l’ancien QG des pros-ports rĂ©appropriĂ© par les Zadien.ne.s, Le Porchenil
 Plus tard les bĂątiments d’une colonie de vacances entiĂšre situĂ©e Ă  quelques centaines de mĂštres du terrain, cette derniĂšre ayant provoquĂ© la panique de la mairie qui n’attendra pas longtemps avant d’ordonner son Ă©vacuation et sa destruction, lĂ  aussi Ă  coup de pelleteuse, spĂ©cialitĂ© locale apparemment.

PrĂ©cision, les bĂątiments avaient Ă©tĂ© prĂ©alablement vidĂ©s par les Zadiennes, laissant Chabot et sa clique crier victoire sur un tas de gravas, aprĂšs avoir expulsĂ© des fantĂŽmes. On s’apercevra que dans son empressement, la mairie avait laissĂ© les carottages, Ă©chantillons de terre ayant Ă©tĂ© nĂ©cessaire Ă  une Ă©tude gĂ©ologique prise trĂšs au sĂ©rieux, vu l’endroit oĂč ils se trouvaient stockĂ©s.

Ici encore la tĂ©nacitĂ© et l’acharnement des copaines Zadien.ne.s ayant passĂ© l’hiver dans la boue, sous les tempĂȘtes et les pluies, Ă  payĂ©. C’est bien encore grĂące Ă  elleux, Ă  l’occupation nuit et jour de cette zone que les travaux tant rĂȘvĂ©s par Chabot et quelques bourges (ou bougres) locaux, ont Ă©tĂ© laissĂ©s en plan.

Expulsion : (Voir la belle tribune de la ZAD de la Dune pour plus d’infos)

La ZAD trouvera mĂȘme des copaines qui y resteront durant la pĂ©riode de confinement, jusqu’à ce que le 8 avril, la mairie main dans la main avec la prĂ©fecture de VendĂ©e, prĂ©textent une altercation ayant eu lieu le matin entre deux copains et deux touristes roulant sur une route interdite Ă  proximitĂ© de la zone, pour Ă©vacuer tout le monde.

200 Gendarmes, un hĂ©lico, des drones pour une vingtaine de camarades prĂ©sent.e.s, des milliers d’euros d’argent publique dĂ©pensĂ©s, et la stratĂ©gie de la vĂ©rification d’identitĂ© gĂ©nĂ©rale imposĂ©e Ă  tou.te.s les occupant.e.s et la laissant vide, fut bien appliquĂ©e.

« Main dans la main avec la prĂ©fecture Â», parce que cette pseudo vĂ©rification d’identitĂ© Ă  permis aux flics d’éloigner les quelques personnes pouvant potentiellement s’opposer Ă  sa destruction, destruction perpĂ©trĂ©e et officieusement programmĂ©e par la maire : environ 70 locaux se rassemblĂšrent Ă  son appel pour brĂ»ler les cabanes, dĂ©foncer les camions des Zadien.ne.s et s’emparer de leurs animaux pour en tuer certains par la suite, tous et toutes munies d’une attestation dĂ©rogatoire formulĂ©e par cette derniĂšre en tant que « Participation Ă  l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral sur demande de l’autoritĂ© administrative Â».MĂ©thodes de fachos, donc, motivĂ©es par Chabot, sous l’autoritĂ© bienveillante de la prĂ©fecture.

Abandon

Le 10 juillet 2020, au lendemain d’une rĂ©union de la communautĂ© de communes du pays de Saint Gilles les mairies ont enfin fait leur choix : Christophe Chabot, le petit maire de Bretignolles, Ă  la fois feu prĂ©sident de la com’com’ et glorieux entrepreneur d’entreprises de vĂ©randas en plastique et autres spĂ©cialitĂ©s Ăšs bĂ©ton armĂ©, s’est enfin pris un aller-retour en bonne et due forme : son ambition de cumuler Ă  la prĂ©sidence de la communautĂ© de communes est stoppĂ©e net de mĂȘme que ses lubies urbanistiques, et les 40 millions d’euros d’argent publique insuffisants Ă  la construction du projet serviront Ă  autre chose.

Un moratoire est prĂ©vu par le nouveau prĂ©sident de la communautĂ© de communes, avec Ă©ventuellement un rĂ©fĂ©rendum. On connaĂźt le vide de sens qui fait le terreau de la novlangue politicienne ainsi que l’obsolescence de leurs outils dits « dĂ©mocratiques Â» : François Blanchet ne s’est Ă©videmment pas prononcĂ© clairement contre la construction d’un port Ă  BrĂ©tignolles, et le rĂ©fĂ©rendum est une vieille technique dont nous ne sommes pas dupes. Quant au moratoire, il pourrait tout aussi bien permettre de temporiser jusqu’à la rĂ©vision un peu plus capitalo-verte-compatible d’un projet du mĂȘme type et tout aussi absurde.

Cette novlangue via laquelle on tronçonne le sens des mots et les rĂ©alitĂ©s qu’ils dĂ©crivent, comme on tronçonne les arbres centenaires sans aucune considĂ©ration. Un licenciement massif pour faire du fric s’appelle dĂ©sormais « un plan social Â», le « mensonge Â» n’est plus qu’une « contre-vĂ©ritĂ© Â» lorsqu’il concerne des vellĂ©itĂ©s politicardes, une Ă©niĂšme histoire de corruption devient une « affaire Â» comme celles nombreuses des Balkany, et le saccage d’une zone naturelle Ă  la dynamite permettra l’instauration d’un port « sans aucun impact environnemental Â» (canard 18/09/19).

Non, Chabot et fac-similĂ©s, votre logique de compensation Ă©cologique est une mascarade, planter des arbres par dessus l’asphalte ne suffit pas pour faire une forĂȘt !

Lignes de fuites : En cendres, tout devient po(u)ssible

Fuir le capitalisme et sa sociĂ©tĂ© autophage [9] dans laquelle on nous plonge Ă  grand coups de matraques et autres stratĂ©gie du choc, c’est commencer par exemple Ă  (re)construire nos liens avec « la Nature Â», aussi bien qu’ avec – ou entre – nous tout.e.s,et ce trĂšs concrĂštement,contre la logique violente de sĂ©paration (d’autres diraient « prĂ©dation” ou “dĂ©possession”) de ce qui nous fait Humain.e.s et nous force Ă  tendre vers les limbes dĂ©matĂ©rialisĂ©es de l’utopie libĂ©rale.

Quelques exemples entre mille : sĂ©paration entre nous et la production de notre nourriture, dĂ©possession de nos corps au profit de schĂ©mas physiques crĂ©Ă©s par le monde de l’entreprise, dĂ©possession de l’attention et du soin que nous devons porter Ă  celleux qui nous ressemblent, (responsabilitĂ© accaparĂ©e par un Etat raciste, sexiste, spĂ©ciste…), qu’iels viennent de l’autre bout du monde, du trottoir d’en face, ou de l’abattoir BIO du coin…

En somme une logique qui nous sĂ©pare la rĂ©alitĂ©, de Notre rĂ©alitĂ©, au profit d’une imagede celle-ci, Ă  la fois spectaculaire et absurde : le monde n’est pas une publicitĂ© d’entreprise qui nous propose-impose des « expĂ©riences Â» dans un cadre marchand obligĂ©, narcissique et mortifĂšre.

Bref. Contre le spectacle et son monde, nos mains, nos vies, nos Ă©motions, nos corps, et la mama Tierra ! Enfin
 Pour en revenir Ă  Bretignolles, si l’avenir d’une Zad expulsĂ©e, brĂ»lĂ©e en plein confinement par des imbĂ©ciles fascisĂ©s Ă  coup de BFM et Zemmour, lĂ©gitimĂ©s par l’appel officieux du maire, le tout sous le regard bienveillant et l’aide matĂ©rielle de la prĂ©fecture de VendĂ©e devait ĂȘtre quelque chose, ce serait par exemple cela :

Une lĂ©gende raconte qu’un beau jour de mai, la fin du confinement permettant Ă  nouveau de lĂ©galiser au prĂšs des flics notre libertĂ© fondamentale de dĂ©placement, un habitant nostalgique serait revenu voir les cendres des cabanes, voir la couleur jaune ocrede cette terre sĂ©chĂ©e par un printemps presque caniculaire, voir si quelques traces d’une vie grouillante durant les jours d’hiver persisteraient encore : il dĂ©couvrit avec stupeur que rien de tout cela n’était visible !

Sur la terre dĂ©shabillĂ©e par des mois de piĂ©tinements vivaces, de lĂ©gumes passĂ©s et jetĂ©s aux poules, de graines mal digĂ©rĂ©es par EliZADeth (la truie libĂ©rĂ©e d’un Ă©levage qui n’hĂ©sitait pas une seconde Ă  pratiquer l’auto-rĂ©duction animale dans les rĂ©serves et les plats des Zadien.nes) de graines encore d’herbes aromatiques Ă  lĂ©galiser, tombĂ©es des mains de celleux roulant leurs pĂ©tards, ou mĂȘmes de quelques pĂ©pins Ă©chappĂ©s subtilement des toilettes sĂšches, de tout cela Ă©tait nĂ© un jardin. Un jardin ayant poussĂ© de lui mĂȘme, sauvage et autonome. Comme nous.

Et puis, en quelques semaines, les BrĂ©tignollais.es et Bremois.es n’ayant pas perdu de temps, des enchevĂȘtrements de cucurbitacĂ©es et de potirons d’un mĂštre de circonfĂ©rence, sont nĂ©s des pieds de tomates et autres lĂ©gumes. Et sur les cendres mĂȘmes des cabanes qui avaient elles aussi poussĂ©es comme des champignons, un un potager collectif et gratuitest nĂ©. (Et Toc !)

Si l’on vient, on pourra se rendre compte des liens et amitiĂ©s tissĂ©s entre des voisin.e.s qui ne se connaissaient mĂȘme pas quelques mois auparavant, certain.es s’investissant dans le jardin alors qu’iels n’avaient jamais osĂ© mettre un pied sur la ZAD, on pourra filer deux trois coups de pattes et repartir avec force lĂ©gumes,on pourra aussi se rappeler des soirĂ©es autour du feu Ă  guetter les fafs en refaisant le monde, des aprĂšs midis passĂ©es Ă  jeter de la boue sur les voitures de flics faisant les kĂ©kĂ©s pendant les phases de rĂ©/pression policiĂšres, on pourra discuter manif, radis, patates et autonomie politique…Sortie du capitalisme en fait.

Alors, sous ces conditions, on peut s’autoriser Ă  crier victoire. On se satisfait de l’abandon d’un autre projet ridicule, et on se rappelle qu’on emmerde le vieux monde et ses angoisses d’exponentialitĂ© futile, ainsi que tous les irresponsables qui tentent encore de le faire tenir avec leurs mains mĂ©galomaniaques Ă  grand concours de bite, alors qu’il s’effrite et fuit de partout.

Qu’iels se rappellent qu’on arrĂȘtera jamais le printemps avec quelques pelleteuses. Surtout pas le nĂŽtre. « Tierra y Libertad Â» comme disent les Zapatistes !

ZAD PARTOUT.E.S

« Vous coulez du bĂ©ton ; On crĂšvera la dalle ! Â» (Suvann Photographies)


Article publié le 02 Sep 2020 sur Expansive.info