Janvier 11, 2023
Par Expansive
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Pendant 2 mois, une 30aine de boulanger·es du rĂ©seau de l’Internationale BoulangĂšre MobilisĂ©e (l’IBM) vont se relayer pour faire du pain Ă  Calais – Dunkerque pour les exilé·es.

Début de la Chronique sur nos activités boulanger·es et les conditions de vie des exilé·es.

Jour 8 et 9.



Lundi. Au saut du lit (ou presque).

Camping-car chargé, aérodynamie (on penche clairement en arriÚre
)

du bois, de la farine, des couvertures, des tentes, des manteaux.

Notre Dame des Landes – Calais

6h30 annoncées

12h envisagées, pied au plancher


Il est pas tout jeune le camion, pfff, la voie véhivule lent nous ouvre les bras,

en 3e on se fait doubler par des convois exceptionnels


Allez on va y arriver ! On est bien dĂ©ter

et finalement 10h Ă  peine et voilĂ  dĂ©jĂ  « c’est Calais Â»

C’est la nuit

il fait froid bien sur

mais on se dit que parfois ça doit ĂȘtre bien pire


On se dirige vers la plage

un front de mer désert

des alignements de petits pavillons

tous identiques et qui semblent dĂ©sertĂ©s pour la saison d’hiver.

Mais ça brille quand mĂȘme, lampadaires design, asphalte neuf,

un bord de mer qui pourrait ressembler Ă  tous les autres.

Ah si tiens, des cabines de plages, alignées par dizaines, toits colorés,

on est bien dans le nord c’est clair !

Et toutes ces lumiĂšres au bout de l’avenue c’est quoi ?

Le port bien sûr.

Et là, à l’horizon, l’immeuble flottant, si lumineux,

si prùs du rivage, c’est à ça que ça ressemble un ferry alors


l’angleterre accoste ici, en pleine ville à Calais,

la notion de frontiùre se rapproche


On imagine les passagÚr.e.s en train de fouler le sol français,

une foule de gens pour qui ce voyage, ce trajet, doit paraĂźtre souvent si anodin, banal,

quotidien peut ĂȘtre

Et quand les lumiùres du ferry s’estompent, on en distingue d’autres à l’horizon,

lointaines, diffuses, 
, la cÎté anglaise.

Ah oui, si prùs


enfin ça semble si prùs


on comprend mieux les espoirs allumĂ©s par ces phares de l’autre terre, de l’Angleterre.

L’humeur s’assombrit aux pensĂ©es qui surgissent

face à cet océan, noir, ténébreux,

cimetiĂšre marin de corps et de rĂȘves oubliĂ©s, tus

Quelques larmes silencieuses, une biĂšre

L’impuissance est dans l’air


Demain ! On se retrousse les manches,

les mains dans la farine ou les bras chargĂ©s d’affaires.

Pour un pti coup de main,

pour une goutte d’eau dans cet ocĂ©an de maltraitance orchestrĂ©e

DĂ©but d’une dizaine de jours en soutien des exilĂ©.e.s Ă  Calais

Du hangar au Channel,
en passant par Philippe Poutou

Pour des raisons d’hĂ©bergement, aujourd’hui on dĂ©place le fournil de Dunkerque Ă  Calais pour les 4 prochaines semaines.

On dit au revoir aux copaines du hangar de Help4Dunkerque (pour les aider dans leurs actions hyper nĂ©cessaires, fais un don ici) et on leur souhaite bon courage pour alimenter les jungles [1] de Dunkerque. Nous on prend la route pour “Le Channel”, un lieu culturel calaisien, armé·es de notre four mobile, de 600kg de farine et d’une tonne de bois.

Arrivé·es Ă  Calais, c’est en face d’un collage massif d’affiches pour Bardella (bienvenue…) que se dĂ©voile notre nouveau lieu de confection de pain : le centre culturel le Channel. Une “scĂšne nationale”, aussi immense que laissait prĂ©sager son nom. Tout est grand, la scĂšne, les bureaux, le restau, y’a un chapiteau bizarre imbriquĂ© autour d’une tour, du bois scultĂ© un peu partout (mĂȘme les poignĂ©es de porte des toilettes !^^). L’accueil est au top et le confort assurĂ©, mĂȘme si c’est un peu Ă©trange quand on sait qu’on va alimenter en pain des personnes qui vivent dans le froid et les expulsions quotidiennes.

En discutant un peu, notamment avec une personne du lieu qui nous hĂ©berge en mode dortoir, on apprend vite que le fonctionnement des distributions par les assos sont pas mal diffĂ©rentes ici. Avec les mauvaises conditions mĂ©tĂ©o et le froid, c’est environ 600 personnes qui vivent dans une dizaine de jungle Ă  Calais (environ 700 personnes Ă  Dunkerque), toutes rĂ©parties en communautĂ©s, principalement des soudanais·es, et aussi un peu des egyptien·nes, des erythrĂ©en·nes, des syrien·nes et des afghan·es.

L’organisation des assos est plus cadrĂ©e car il y a parfois jusqu’à 1 500 personnes. Pour participer aux distributions du petit dej avec le pain qu’on a produit, l’association Salam nous propose de les accompagner sur 2 matinĂ©es dans la semaine, et on commence dans 2 jours.

Ces derniers temps, peu de traversĂ©es ont eu lieu. Les campements Ă  Dunkerque commencent Ă  grossir, et ça se ressent dans l’ambiance de plus en plus tendue entre exilé·es, passeurs & mafia. De ce qu’on a compris, c’est parce que les exilé·es qui vont Ă  Dunkerque sont un peu plus fortuné·es (toutes proportions gardĂ©es) et ont souvent dĂ©jĂ  payĂ© leur passage vers l’Angleterre avant d’arriver. Iels doivent donc attendre quand les conditions de traversĂ©e sont mauvaises.

Contrairement Ă  Calais oĂč beaucoup essaient de s’auto-organiser pour passer en camion (mais avec plus de risque d’accidents) ou en trouvant de l’argent sur place pour payer la traversĂ©e.

A peine arrivé·es, et alors qu’on se balade dans la ville, on tombe sur une affiche d’un documentaire diffusĂ© le soir mĂȘme au cinĂ©ma de Calais “Il nous reste la colĂšre”. En plus, c’est en prĂ©sence d’un des protagnistes principaux, notre failli prĂ©sident de la RĂ©publique Philippe Poutou ! Ni une ni deux on prend nos places pour aller voir la lutte qu’iels ont menĂ© contre la fermeture de l’usine Ford Ă  Bordeaux en 2018/2019.

Il n’est pas que joyeux car les rĂ©alisateur-ices ont pris le parti de montrer aussi les moments difficiles oĂč les personnes en luttes se sentent parfois dĂ©munies, mais on vous le conseille.

Rdv dans 2 jours pour vous raconter notre 1re distribution avec l’association Salam.



Des boulanger·es de l’IBM




Source: Expansive.info