Le procès du Maréchal des logis-chef Vilamanya du Psig de Gaillac pour avoir blessé volontairement une zadiste du Testet qui occupait une caravane avec ses camarades en octobre 2014 a eu lieu le 8 janvier au TGI de Toulouse. Après 7h d’audience, le tribunal delibère en 15 minutes. Le gendarme est jugé coupable de violence volontaire, cependant le juge ne suivra pas les requisitions du procureur et le condamnera seulement à 6 mois de prison avec sursis, 6 mois de suspension de port d’arme et 1000€ d’amende. Bien peu en comparaison avec les condamnations qui pleuvent dans la salle d’à côté où se suivent les comparutions immédiates des militants gilets jaunes qui ont participé aux dernières manifestations.

Devant les grilles du tribunal les flics sont tendus, ils refusent de laisser rentrer les proches de E., méprisent les temoins,… la salle est pleine, 2 ou 3 rangs de gendarmes. Dehors, malgré le froid, il y a la chorale, les crêpes, la banderole et l’infokiosque, les soutiens suivent le procès grâce à celleux qui relaient en direct depuis l’interieur. On peut lire le suivi sur Iaata ici

Le gendarme à la barre fait vraiment pitié, la tête enfoncée, les yeux fixés au sol, il bafouille, il cherche du regard la victime pour demander pardon alors qu’à tout les stades de l’instruction où il a été entendu (par 3 fois) il ne reconnaissait même pas les faits.

Du coté de la partie civile il y a 4 temoins qui permettront de rappeler à la fois le contexte de la ZAD du Testet et de la violente réponse de l’État face à la contestation du projet de barrage inutile mais aussi que les armes de la police mutilent et blessent pour réprimer les mouvements sociaux. Nous reclamons le desarmement de la police !

Le texte qui suit aurait dû être lu en entier par E. mais les juges et procureur s’énervent : « Ce n’est pas une tribune politique ! » crient-ils pour lui couper la parole. Or ce procès est politique, par ce que la repression à Sivens était politique, par ce que l’utilisation des armes par la police est politique, par ce que la complicité de la justice avec la police est politique.

Mais cette condamnation ne suffit pas, c’est l’État qu’il s’agira de condamner pour le maintien de l’ordre ubuesque qui a aboutit à cette blessure et à la mort de Remi Fraisse.

Et puis il s’agissait de ne pas se contenter d’un sermon, il s’agissait de se redonner de la force et de se soutenir, d’inventer des outils, de partager des savoirs et de rester unis, mais aussi de transmettre ce que nous avons appris de cette lutte.

Suite aux discussions qui ont eu lieu autour du procès un groupe de Soin et de Soutien à vu le jour pour travailler sur le soutien collectif face à la repression violente que connait le milieux militant.

Un film vient d’être publié pour raconter un peu ce qui se vivait sur la ZAD du Testet. Il est visible par ici !

« Malgré les quatre années que j’ai passé à ruminer mes mots pour savoir ce que j’allais pouvoir vous raconter de mon malheur dans ce tribunal, j’ai décidé de ne pas livrer en pâture mes états de souffrances les plus intimes. La douleur, la culpabilité, l’angoisse et la colère qui m’ont habité m’ont assez pourri la vie comme ça. M. Vilamanya vous en êtes grandement responsable, mais il y aussi M. Carcenac, M. Gentilhomme, et toute la ribambelle de technocrates éhontées qui ont œuvré pour défendre le barrage de Sivens. Mon histoire si je dois la raconter ce n’est pas pour tenter de faire pitié a un juge ou un procureur, mais pour remercier celles et ceux qui me soutiennent et qui m’entourent de leur solidarité.

Par ce que ce que ce qui m’importe davantage, c’est que, vous qui jugez, vous compreniez les combats dans lesquels je me suis engagé et ceux que je poursuis aujourd’hui. Car vous avez beaucoup trop tendance à condamner mes camarades sans connaître leurs histoires mais simplement en vous basant sur une image floue des idées que vous leur attribuez.

Cet homme en tenue militaire qui m’a blessé représente a lui seul un bon paquet d’oppressions contre lesquelles mes amies et moi luttons. Je vous rappelle que les oppressions sont sources de la souffrance de la plupart des habitantes de ce bas monde, pour les oppresseurs la souffrance est un signe de faiblesse. Je sais que par ce qu’il profite au quotidien des privilèges de sa domination il ne se laissera pas déstabiliser par une femme sans avenir comme moi, que ce soit par ma sensibilité ou par ma force. Mais tout de même, je veux que M. Vilamanya et ses compagnons des forces de l’ordre sachent qu’ils représentent beaucoup de ce que je déteste dans ce monde et je crois que c’est réciproque. Ce qui n’est pas réciproque en revanche c’est notre façon de le faire savoir : je n’ai jamais tenté de vous tuer.

En tout cas sachez que je suis bien vivante et que cette attaque après m’avoir fait sombrer ne m’a rendue que plus forte.

Forces de l’ordre, votre autorité est relative à la dangerosité de vos armes, j’aime trop ma vie pour vous la donner, je pleure ceux que vous avez tués, je ne me laisserai pas terroriser par vos uniformes.

Vous êtes nombreux, gendarmes qui avaient défendu les intérêts d’une entreprise vicieuse et d’un conseil général borné dans la forêt de Sivens. La stratégie de déshumanisation que vous avez mis en place en nous considérant au choix comme des parasites ou des terroristes, vous permettait de ne pas vous interroger sur le sens de votre travail et de votre présence dans cette forêt : il fallait simplement éliminer cette pourriture zadiste. Nul besoin donc de questionner le bien fondé d’une mission de maintien de l’ordre pour garantir l’avancée de travaux controversés. Les auditions des gendarmes présents le 7 octobre m’ont permis de constater que cette mission ne vous a pas laissé indemne, « c’était la guerre » et peut être vous auriez préféré ne pas la faire.

Comment se peut-il que des militaires formés et entraînés aux affrontements et à la guerre soient si effrayés par des idéalistes non violents qui se défendaient par des jets de cailloux et d’artifices artisanaux ? David contre Goliath, le mythe en vrai ?

Peut-être aviez-vous tout de même quelques doutes sur le bien fondé de votre mission ? Ou était-ce par ce que vous constatiez notre détermination malgré la disproportion des dispositifs ? Ou bien par ce que vos cibles ressemblaient plus à vos proches que ce qu’on voulait vous faire croire ?

Sur le terrain c’est vous qui avez gagné, la forêt et toute la vie qui remplissait sa zone humide ont été détruites à jamais, vous nous avez fait reculer, vous nous avez blessé, humilié et traumatisé sans compter, vous avez même tué un homme… et maintenant il vous reste quoi ? La fierté du travail bien fait ?

L’armée utilise des armes qui blessent et qui tuent, la justice punit et enferme, tout cela au service des gouvernements qui étouffent dans un silence éblouissant celleux qui se dressent face aux incohérences, a l’aberration, aux oppressions et a la destruction. Et tout va bien dans le meilleur des mondes. »