Crédit photo: Gimmy Desbiens pour Le Quotidien.
Devant les différentes mobilisations de plusieurs collectifs, groupes environnementaux et associations étudiantes pour la préservation de la vie et la lutte aux changements climatiques, les puissances de l’argent tentent de riposter. En effet, un nouveau « mouvement » a vu le jour la semaine dernière au Saguenay-Lac-St-Jean. Il s’agit d’un groupe de soutien aux divers projets industriels prévus dans la région. C’est sous le nom de Je crois en ma région que se présentent ces individus ayant comme porte-parole nul autre que l’ancienne « social-démocrate » du NPD, Karine Trudel. Il n’y a rien d’étonnant dans cette « nouvelle » puisque lors de la dernière campagne électorale, Trudel appelait déjà à rassembler les citoyens « opposés » aux projets et les promoteurs afin de trouver un terrain d’entente: « Il faut arrêter de se polariser soit pour un oui ou pour un non parce que c’est là qu’on se bloque dans le débat. C’est là qu’on bloque notre vision ». [1] Elle n’hésitait pas à se dire ouverte au projet (et son parti aussi), mais avec plusieurs conditions afin de rendre les projets acceptables (en gros, mettre un vernis vert sur cette destruction de la vie. Ajouter des « mesures et garanties environnementales »). Mais il ne faut pas se laisser duper. Nous savons très bien que malgré les belles promesses de carboneutralité, de sécurité du gaz naturel, d’études environnementales vigoureuses et de décontamination du terrain une fois le projet terminé, ces projets ne pourront jamais être verts. Il fut démontré que les répercussions sont nombreuses. Que ce soit via les fuites de gaz et de méthane lors de l’extraction, de la déforestation, du trajet du gazoduc qui passe dans plusieurs écosystèmes fragiles et près de municipalités, du transport du gaz liquéfié par méga bateau ou encore de la destruction du fjord engendré par le va-et-vient des méthaniers, les impacts sur les territoires vont être multiples et irréversibles. [2]
Ensuite, le nom de ce « mouvement » est hautement trompeur. Il laisse croire que ceux et celles qui sont contre les projets n’aiment pas leur région. Mais bien au contraire, c’est pour sauver le territoire et nos milieux de vie que nous luttons contre ces abominations. La gang de cravatés derrière Je crois en ma région devrait renommer son « mouvement » afin de le rendre plus collé à la réalité. Des noms comme Mouvement pour la destruction de la vie, Quand l’argent achète tout ou bien Bienvenue à l’ère des dinosaures sont de bons noms pour leur groupe de lobbying pour les divers projets extractivistes prévus dans la région.
Avec tous ces partenaires, il ne s’agit certainement pas d’un mouvement citoyen…
Karine Trudel n’a pas eu à attendre bien longtemps avant de se trouver un nouvel emploi. L’offre était trop belle pour l’ancienne du NPD. Elle qui soutien GNL et compagnie, elle ne pouvait pas avoir une meilleure offre. 33 000$ pour 4 mois afin de défendre et représenter les divers projets. It’s a win-win situation! Elle est payée grassement par Promotion Saguenay (et donc à même les fonds publics!) afin de faire la promotion de projets qu’elle soutien. Rien de trop beau. Après la mairesse, c’est maintenant à Promotion Saguenay de soutenir ouvertement la brochette de projets destructeurs. La position de la ville est claire et elle est dans le camp des ennemis.
Régions ressources et dévitalisation 
Comme au Saguenay-Lac-St-Jean, la situation des paroisses marginales, des villages et villes mono-industrielles présente une contradiction importante de l’économie capitaliste : une localité et ses ressources naturelles sont exploitées par une industrie (les taux de profits augmentant sans cesse sans qu’en profite les travailleurs et travailleuses) et cette localité vit une dépendance envers la même industrie pour l’emploi et la simple survie économique de la place! Plusieurs régions périphériques du Québec ont été colonisées pour répondre aux intérêts de grands capitalistes qui souhaitaient en extraire les ressources naturelles, pour ensuite les transformer et les commercialiser dans les régions centrales et à l’étranger, et y entretenir une main-d’œuvre à bon marché, disciplinée par la rareté des emplois de qualité. Les menaces de fermetures de lieux de travail, courantes en cette ère de mondialisation, et la hausse du taux de chômage ont pour conséquences concrètes la précarité, la pauvreté, la violence et tout un lot de problèmes sociaux qui touchent davantage les femmes que les hommes. Il n’est donc pas surprenant de voir que la chambre de commerce et autres organismes de développement économique soient dans le coup. Pilier du capitalisme dans la région, ces groupes sont toujours prêts à donner de l’argent et à soutenir des projets quand ils servent leurs intérêts. D’un autre côté, nous ne pouvons pas en vouloir à une frange de citoyens et citoyennes qui voient d’un bon oeil l’arrivée de cette brochette de projets. Dans l’économie capitaliste, de tels projets sont vus comme un moyen de relancer une région ressource en difficulté. Mais ces personnes ne sont pas figées dans le temps. Nous pouvons les convaincre que l’avenir de la région ne passe pas par GNL, BlackRock ou Arianne Phosphate. Nous avons un monde à construire.
Et après? Que voulons-nous? 
Puisque le système capitaliste les condamne à une subordination perpétuelle aux grands profiteurs, les habitant-e-s des régions périphériques ont tout intérêt à se regrouper pour mener une lutte pour défendre la vie qu’elles et ils veulent bien mener, là où ils et elles le veulent. Les expériences des Opérations Dignités dans le Bas-du-Fleuve et l’Association coopérative des travailleurs de Guyenne en Abitibi ont bien prouvées que les citoyen-ne-s pouvaient prendre en charge la planification du développement de leur milieu et même s’autogérer. Pour dépasser les limites qu’elles ont atteintes, les prochaines luttes doivent chercher à s’étendre et mener une bataille contre les solutions superficielles des élites locales afin de confronter le système capitaliste. Mais attention, la critique du développement inégal ne peut s’accommoder de l’esprit de clocher chauvin ou d’un régionalisme étroit qui profitent toujours, en fin de compte, à des élites qui ont intérêt à préserver leur pouvoir en défendant l’alliance « stratégique » des classes populaires et ouvrières avec les élites dans de telles causes. Le problème n’est pas à chercher dans une présumée nature avaricieuse des habitant-e-s des centres urbains et des quartiers huppés, mais dans la structure même du système économique puisque le développement inégal est un phénomène socio-économique qui s’observe à travers l’histoire à de multiples échelles au Québec et au-delà. La création de comités de quartiers et de municipalités autonomes, qui pourraient éventuellement se fédérer à l’échelle des villes et des régions, permettrait aux habitant-e-s des périphéries de s’organiser sur des bases à la fois locales et régionales pour faire front contre les problématiques que nous avons en commun et développer un contre-pouvoir à la gestion et l’aménagement du territoire d’« en haut ». La révolution ne pourra être complète sans un désengagement des périphéries, à quelque échelle qu’elles soient, par rapport à leurs centres. La revitalisation par la décolonisation : Notre action se doit d’être locale et axée sur la satisfaction des besoins réels de la population (notamment par la souveraineté alimentaire) et non selon les dictats fixés par un marché qui engendre et maintient les inégalités. Toutefois, nous ne pouvons repenser nos régions sans inclure dans notre démarche les Premières Nations. La colonisation du « Saguenay-Lac-Saint-Jean » s’est fait sur des terres volées, le Nitassinan, qui n’a jamais été cédé. La revitalisation passe par la décolonisation du territoire. La réflexion et les actions doivent se faire avec les Premières nations, sous peine de ne devenir qu’une recolonisation de terres déjà colonisées.
[2] Le but de ce texte n’est pas de réécrire plusieurs paragraphes sur les dangers de ces projets. Une petite recherche sur Internet va suffire pour vous donner l’information. La Coalition Fjord a aussi fait un très beau travail à ce sujet.

Article publié le 19 Nov 2019 sur Ucl-saguenay.blogspot.com