Décembre 14, 2021
Par CQFD
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Mortibus la poésie ? Que nenni. Cette chronique « Vox Poetik » reviendra régulièrement vous le seriner en vous proposant des extraits qui nous hérissent les chakras. Première salve, un extrait du fabuleux poète québécois Gaston Miron.

Parce que poète de langue française nous parlant d’outre-Atlantique et des rives du Saint-Laurent, le territoire poétique de Gaston Miron est mâtiné de mots dont le sens a été oublié par ici…

Avant lecture, voici donc trois définitions :

Garrocher = lancer, jeter
Maganer = endommager, abîmer, maltraiter
Babiche = lanière de cuir

Le reste relève de la langue du combat, de la colère…
Le reste se passe de commentaires…
Le reste est un bréviaire pour franchir les crevasses.
Elles sont nombreuses.

Vous pouvez me bâillonner, m’enfermer
je crache sur votre argent en chien de fusil
sur vos polices et vos lois d’exception
je vous réponds non
je vous réponds, je recommence
je vous garroche mes volées de copeaux de haine
de désirs homicides
je vous magane, je vous use, je vous rends fous
je vous fais honte
vous ne m’aurez pas vous devrez m’abattre
avec ma tête de tocson, de nœud de bois, de souche
ma tête de semailles nouvelles
j’ai endurance, j’ai couenne et peau de babiche
mon grand sexe claque
je me désinvestis de vous, je vous échappe
les sommeils bougent, ma poitrine résonne

J’ai retrouvé l’avenir

Gaston Miron, extrait de « Séquences », in L’homme rapaillé (© Gallimard, collection « Poésie », 1999.)

Rab de frissons (mis en musique par Babx) :




Source: Cqfd-journal.org