Jan De Cock, l’homme aux 163 prisons

Travailleur social, Jan De Cock effectue depuis 25 ans un véritable “tour du monde des prisons”. Un voyage au bout de l’enfer, dont il témoigne aujourd’hui.

1987. Jan De Cock effectue un travail humanitaire au Chili, auprès des enfants des rues. Sniffeurs de colle, ils se retrouvent régulièrement derrière les barreaux et c’est là que leur rend visite l’Anversois. Il rentre en Belgique et poursuit son engagement auprès des détenus. Il devient le visiteur “attitré” des Latinos, et d’autres étrangers, n’ayant plus aucun contact avec leurs proches.

Un jour, Jan De Cock décide d’écrire un livre sur l’univers carcéral. Il espère démonter certains clichés. Les prisonniers qu’il côtoie l’incitent à visiter d’autres prisons, hors de la Belgique. Il faudra 3 ans à l’Anversois pour obtenir les autorisations nécessaires et embarquer pour ce “tour du monde” des prisons. Rwanda, Burkina Faso, Inde, Chili, Madagascar, Slovénie, Nouvelle Zélande… Il affiche aujourd’hui 163 prisons au compteur. Dans la majorité d’entre-elles, il a affronté la faim, la maladie, la soif. Au Japon, il était interdit de parler. En Afrique du Sud, 90% des détenus étaient malades du sida. Sans parler des conditions d’hygiène, ces toilettes qui débordaient (quand il y en avait), ces rats,ces sauterelles, ces puces dans dortoirs surpeuplés !

Après avoir vécu pareille plongée en enfer, on pourrait s’attendre à ce qu’il relativise les conditions de vie des détenus en Belgique. “Il y a des initiatives encourageantes, par rapport à la justice réparatrice, par exemple. Mais il reste des défis”. Il pointe la surpopulation carcérale (752 prisonniers à Anvers, la semaine dernière, pour une capacité totale de 440), le nombre de nationalités à accueillir (70 à Anvers, 50 langues parlées). “J’entends souvent les gens dire que les prisons sont des hôtels. J’invite les gens à venir voir ! J’espère qu’ils n’auront jamais à payer pour vivre dans de telles conditions !”.

Un livre, une fondation…

Aujourd’hui, Jan De Cock partage son temps entre les visites de prison et l’accompagnement des patients en soins palliatifs. Il a écrit un livre (“Des prisons comme des hôtels”), monté une Fondation (“Within-without-walls”) et donne des conférences. Son but ? Changer le regard porté sur les détenus, sans les excuser pour autant, faire en sorte qu’ils soient considérés comme faisant partie de la société.

“Ce que je vis depuis 25 ans, la main sur le cœur, je vous dis que ça vaut la peine. Je suis devenu beaucoup plus heureux grâce à ma rencontre avec ces personnes. Et j’apprends encore de ces personnes. Je ne veux pas être aveugle, et excuser tout ce qu’ils ont fait (…) mais je ne veux pas donner le dernier mot aux faits, aux crimes”.

Écoutez ci-contre l’intégrale de cette interview, réalisée par Charlotte Legrand au Collège Saint-Vincent de Soignies ce 9 décembre. Jan De Cock répondait à l’invitation du groupe local d’Amnesty International et de la Fraternité Franciscaine.

Charlotte Legrand