Novembre 28, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Il en est ainsi depuis toujours. L’ĂȘtre humain balance sans cesse entre aspiration Ă  la libertĂ© et peur de la libertĂ©. Son rĂȘve se rĂ©sume Ă  concilier libertĂ© et sĂ©curitĂ©. Louable mais pas simple. Freud parlait Ă  ce propos d’équilibre nĂ©vrotique qui, comme tous les Ă©quilibres, s’avĂšre fondamentalement instable.
Il en est ainsi depuis trĂšs longtemps, les ĂȘtres humains n’arrivent pas Ă  faire sociĂ©tĂ© autrement que dans le cadre de la loi de la jungle. Jadis, brutale, Ă  coups de massue. Aujourd’hui de maniĂšre plus sophistiquĂ©e, les plus forts se contentant de mettre les chaĂźnes de l’aliĂ©nation (consumĂ©riste, mĂ©diatique, valeurs
) dans la tĂȘte des masses qu’ils oppriment et exploitent dĂ©sormais
 avec leur consentement.
Il en est ainsi depuis toujours, quand malgrĂ© tout cela, trop c’est trop, ça pĂšte et l’aspiration Ă  la libertĂ©, Ă  l’égalitĂ©, Ă  la justice
 jaillit alors comme un geyser. Avant de

Mais avant de quoi
 ?

Honoré Daumier. le soulÚvement

LĂ  oĂč il y a jacquerie, il y a confusion
Les jacqueries, ces rĂ©voltes sauvages contre trop d’exploitation, d’oppression, d’injustice
, surgissent toujours Ă  un moment, lors d’un Ă©vĂ©nement particulier. Elles auraient pu Ă©clater avant comme aprĂšs. Ou Ă  propos d’un autre Ă©vĂ©nement plus significatif. Mais c’est comme ça. C’est l’histoire de l’étincelle qui embrase soudain la savane. Bien sĂ»r, cet embrasement est aussi soudain que confus. Il part dans tous les sens. Au fur et Ă  mesure que l’incendie se propage, on voit s’entremĂȘler le dĂ©sir d’approfondir les choses et la peur d’aller trop loin. GĂ©nĂ©ralement, au bout de quelque temps, la peur l’emporte sur le dĂ©sir.
Pour l’heure, aprĂšs le mouvement des gilets jaunes qui a dĂ©marrĂ© pour une « simple Â» histoire d’augmentation du prix de l’essence, on assiste Ă  une rĂ©volte tous azimuts contre la vaccination obligatoire, le manque de moyens de l’hĂŽpital public, le contrĂŽle social via le pass sanitaire instaurĂ© par un gouvernement de plus en plus autoritaire, la rĂ©pression policiĂšre
 Cette rĂ©volte, comme celle des gilets jaunes, agglomĂšre tout et son contraire. Des antivaccins, des anti-contrĂŽle social, des pour davantage de moyens pour l’hĂŽpital public, des fachos, des gauchos, M. et Mme tout l’monde

Les rĂ©volutionnaires, c’est-Ă -dire ceux et celles qui ont compris que les problĂšmes du moment faisaient partie d’un TOUT social et politique et que, dĂ©noncer les effets d’un phĂ©nomĂšne sans chercher Ă  en comprendre les causes et ce qui les relient ne rĂ©soudrait rien, supportent mal, voire dĂ©noncent, cette confusion.
Ils ont Ă  la fois raison et tort.

Peinture à l’huile. Lawers.

LĂ  oĂč il y a confusion, il peut y avoir rĂ©volution
Est-il besoin de le prĂ©ciser, nous autres rĂ©volutionnaires avons raison de l’ĂȘtre et de ne pas nous contenter de rester dans l’émotion du moment. Nous savons pertinemment que la mayonnaise des rĂ©voltes retombe aussi vite qu’elle est montĂ©e. Et c’est notre rĂŽle que d’essayer de les faire mĂ»rir au soleil de nos analyses et de nos projets de sociĂ©tĂ©. Et pour cela, il est impĂ©ratif de ne pas se contenter d’ĂȘtre SPECTATEURS des Ă©vĂšnements mais d’en ĂȘtre ACTEURS. Et des acteurs humbles, car trop souvent, les masses en rĂ©volte ont Ă  nous apprendre.
En 1789, lors de la prise de la Bastille, les futurs révolutionnaires comme Robespierre, Babeuf
 auraient signé tout de suite pour une monarchie bienveillante.
En 1871, au début de la Commune de Paris, nombre de futurs révolutionnaires se seraient largement contentés de surfer sur la vague nationaliste et guerriÚre qui fit se lever le peuple.
En 1917, en Russie, l’écrasante majoritĂ© du parti bolchevik se contentait d’une dĂ©mocratie bourgeoise Ă  la mode Kerenski. C’est LĂ©nine, qui les a ralliĂ©s Ă  refuser cette dĂ©mocratie bourgeoise et Ă  rejoindre l’aspiration populaire de « Tout le pouvoir aux soviets Â». Bon, d’accord, on connaĂźt la suite et le combat des anarchistes pour une troisiĂšme rĂ©volution.
En 1936, en Espagne, les masses anarcho-syndicalistes et leur dĂ©sir de rĂ©volution sociale se sont fait rouler dans la farine de l’antifascisme Ă  la mode de la dĂ©fense de la rĂ©publique bourgeoise et de gagner d’abord la guerre avant de faire la rĂ©volution. Par les rĂ©publicains bourgeois. Normal. Par Les staliniens. Logique. Et par les « chefs Â» anars. Seigneur JĂ©sus ! MalgrĂ© l’avertissement de C. Berneri qui disait : « Le dilemme guerre ou rĂ©volution n’a plus de sens. Le seul dilemme est celui-ci : ou la victoire sur Franco grĂące Ă  la guerre rĂ©volutionnaire, ou la dĂ©faite Â».

En guise de conclusion
Toutes les jacqueries, comme toutes les rĂ©voltes, sont LÉGITIMES. LĂ  est l’essentiel. Leurs excĂšs comme leurs confusions ne sont que les consĂ©quences de l’incapacitĂ© d’une sociĂ©tĂ© Ă  Ă©voluer.
Les jacqueries sont Ă  l’image de l’ĂȘtre humain. Elles sont porteuses du meilleur (une rĂ©volution sociale) comme du pire (le fascisme). Le meilleur comme le pire sont des tendances minoritaires. L’écrasante majoritĂ©, le marais de la rĂ©volte, hĂ©site toujours entre aller plus loin et aller trop loin. Ça se joue toujours Ă  pas grand-chose pour basculer dans un sens ou un autre.
Ce pas grand-chose est du ressort des rĂ©volutionnaires. À eux de pousser Ă  la roue pour transformer la rĂ©volte en rĂ©volution sociale. C’est possible. À condition que

À condition d’ĂȘtre acteur et non spectateur des choses.
À condition de se dĂ©partir de cette morgue propre Ă  tous ceux qui, prĂ©tendant au savoir, prĂ©tendent Ă  diriger les ignorants. Et de simplement, apporter leur concours aux coups de sang, rares, d’une fraction du peuple susceptible de rallier le peuple Ă  son rĂȘve insensĂ© de rĂ©volution tout de suite, ici et maintenant.
À condition de ne pas se contenter de proclamer que l’émancipation des travailleurs sera l’Ɠuvre des travailleurs eux-mĂȘmes et, comme la premiĂšre Internationale, de s’en donner les moyens. Dans l’unitĂ© et le non sectarisme.
À bientĂŽt, donc, dans toutes les manifs et tous les espaces-temps de la vie, pour rĂ©flĂ©chir, s’unir et agir !

Jean-Marc Raynaud




Source: Monde-libertaire.fr