À 500 mètres à peine de l’usine Lubrizol, les habitants de l’aire d’accueil de Petit-Quevilly ont été les premiers à subir les préjudices de l’incendie. Comme ils l’ont dit alors publiquement [1], ils souhaitent que les aires d’accueil ne soient jamais plus localisées en mitoyenneté des usines Seveso. Aucune mesure de protection n’a été prise au moment de l’incendie : nul ordre d’évacuation de l’aire d’accueil n’a été donné et le confinement n’a pas pu être possible dans les caravanes. Livrés à eux-mêmes, les habitants ont essayé tant bien que mal de protéger leurs enfants. Depuis l’accident industriel, l’aire est visiblement très polluée. Dans un courrier adressé à la Métropole de Rouen, les habitant.e.s ont lancé officiellement un appel au secours (voir annexe ci-dessous).

Se manifestant le 11 octobre seulement, soit 16 jours après l’incendie, la Métropole n’a pas répondu à leur demande, n’envisageant aucun relogement d’urgence sur un terrain provisoire. Par l’intermédiaire du gardien de l’aire, elle a seulement fait savoir aux habitants qu’ils pouvaient déménager à leurs frais sur les emplacements libres des autres aires d’accueil du département dont elle a la gestion.


Précisons que Petit-Quevilly est l’aire d’accueil la moins chère des environs et que ses habitants n’ont pas tous les moyens de faire face à des tarifs plus élevés. La Métropole ignore en outre la demande des parents d’une continuité dans la scolarisation de leurs enfants. Elle ne se soucie pas non plus du sort de Madame ****, handicapée. Enfin, depuis l’incendie, malgré des conditions sanitaires effroyables sur place, la Métropole a continué d’exiger le paiement des loyers, comme si de rien n’était…

Depuis 1997, l’aire d’accueil du Petit-Quevilly ne répond ni aux recommandations des lieux situés près d’une zone Seveso, ni aux normes sanitaires fondamentales. Pour 2 euros 50 par jour (sans compter l’eau et l’électricité), les habitants de l’aire d’accueil ne disposent sur leur emplacement ni d’eau chaude, ni d’évier, ni de douche individuelle, ni de prise électrique dite « caravane ». Ils peuvent prendre une douche dans un local collectif qui est ouvert deux heures par jour et cela seulement cinq jours par semaine (quand les gardiens sont présents).

Précisons également que depuis plus d’un an, des dépôts sauvages d’amiante se sont multipliés autour du périmètre de l’aire d’accueil, mais que la Métropole n’a jugé bon de faire venir le désamianteur que le vendredi 11 octobre après le passage d’un expert et d’un huissier envoyés et payés par les habitants eux-mêmes.

Dépôts sauvages où se trouvent plus de trois types d’amiante différents. © Valentin Merlin
Les habitants ont fait expertiser les dépôts avec constat d’huissier. © Valentin Merlin
Au cours de l’expertise, la police nationale a demandé l’identité de l’expert et de l’huissière, créant un climat de tension. © Valentin Merlin

Sous le choc de l’incendie, le 2 octobre 2019, les habitants de l’aire d’accueil avaient porté plainte contre personne non dénommée pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « omission de porter secours ». Si l’indifférence de la Métropole se confirmait, les habitants de l’aire n’auraient d’autre choix que d’envisager une nouvelle plainte. Faudra-t-il en venir au procès ? Il est pourtant encore temps de réagir d’une façon plus digne et plus humaine !

Lettre des habitants de l’aire d’accueil à la Métropole

Habitants de l’aire d’accueil de Petit-Quevilly

1, rue Turquié de Longchamp

76000 Rouen

À l’attention du service gens du voyage de la Métropole de Rouen

Petit-Quevilly, le 7 octobre 2019

Madame, Monsieur,

Lors d’une conversation téléphonique du 4 octobre 2019 entre notre avocat, Maître ***, et Monsieur ***, il a été suggéré que, nous, habitants de l’aire d’accueil de Petit-Quevilly adressions un courrier commun à l’agent de gestion locative afin de faire connaître notre souhait de relocalisation. En effet, il y a urgence.

Les conditions de vie sur l’aire d’accueil de Petit-Quevilly étaient déjà éprouvantes avant l’incendie de l’usine Lubrizol, ce dernier épisode les a rendues impossibles. Avant l’incendie, nous avions des difficultés à accéder au minimum sanitaire (douche et toilettes inaccessibles pour la plupart) et l’environnement était très mal entretenu (tas de déchets, verres, non ramassés autour de l’aire d’accueil). Depuis l’incendie, nous avons conscience de vivre dans un endroit où le principe de précaution (local de confinement, sortie de secours) n’avait pas été respecté. Pendant l’incendie, si l’on s’en tient à la déclaration de la préfecture, 12 700 fûts de produits Lubrizol ont brûlé, et à ce jour aucune précision n’a été apportée quant à la teneur exacte de ces produits. Nous sommes inquiets par rapport à notre santé et à celle de nos enfants. Les travaux de déblaiement ont commencé et des produits toxiques sont sans doute en train d’être remués. Nous, habitants de l’aire d’accueil de Petit-Quevilly, sommes aux premières loges de ces émanations.

Catégorisés comme gens du voyage, nous sommes tenus par la loi de stationner dans des terrains qui nous sont dédiés par les communes – tout comme l’emplacement de l’aire d’accueil de Petit-Quevilly a été choisi par la commune et la métropole. Depuis l’incendie, nous souhaitons nous éloigner le plus vite possible de cet emplacement. Nous souhaitons déplacer nos caravanes dans un environnement sain, mais nous avons besoin urgemment de votre aide. Comme nos enfants sont scolarisés, le nouveau terrain provisoire devra se trouver dans un rayon proche de leur école. Egalement, Madame ***, de part sa condition physique qui lui impose un fauteuil roulant, vit actuellement dans un chalet aménagé. Comme Madame *** ne peut monter dans une caravane, il faudrait que le nouveau terrain dispose d’un Algeco. Enfin, il va de soi que le terrain provisoire devra répondre aux normes minimales d’hygiène (branchement électrique, eau et accès aux latrines).

Ce terrain provisoire devra nous être accessible jusqu’à la construction d’une nouvelle aire d’accueil qui répond aux critères demandés par les schémas départementaux d’accueil des gens du voyage. La plupart de nos familles, qui ne voyagent plus, vivent toute l’année sur la commune de Petit-Quevilly, la construction d’un terrain familial serait sans doute plus appropriée à notre mode de vie.

Avec tout le respect que l’on vous doit, Madame, Monsieur, nous vous demandons de nous relocaliser le plus vite possible dans un terrain à l’environnement sain où nos enfants pourront continuer à aller à l’école, où Madame **** pourra vivre, et où l’accès à l’eau, à l’électricité et aux latrines sera possible.

En espérant que vous répondrez positivement à notre appel au secours, veuillez recevoir, Madame, Monsieur, nos salutations les plus distinguées,

Les habitants de l’aire d’accueil de Petit-Quevilly


Article publié le 13 Oct 2019 sur Lundi.am