Juin 30, 2021
Par Contretemps
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La progression des droites en Italie n’est pas un simple reflet de la situation internationale. Cette consolidation sur le sol italien peut ĂȘtre interprĂ©tĂ©e comme un produit du recul progressif des institutions dĂ©mocratiques et de la gauche. Nous devons ĂȘtre prompts Ă  en tirer les leçons, car cette histoire est aussi la nĂŽtre. 

Cet entretien a Ă©tĂ© initialement publiĂ© par Jacobin AmĂ©rica Latina en janvier 2021, donc avant le changement de gouvernement qu’avait analysĂ© Stefano Palombarini pour Contretemps

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La montĂ©e de l’extrĂȘme droite italienne en 2018 a suivi un schĂ©ma dĂ©jĂ  familier sur le continent europĂ©en : celui de partis nationalistes et xĂ©nophobes conquĂ©rant soudainement une grande partie du vote populaire. Si cette tendance a Ă©tĂ© accueillie avec un certain Ă©tonnement en Europe, en Italie, elle a Ă©tĂ© prise tout naturellement : l’arrivĂ©e au gouvernement d’un homme de droite radicale comme Matteo Salvini semblait confirmer une vieille image qui dĂ©peint la pĂ©ninsule comme un « pays de droite Â», arriĂ©rĂ© et enclin Ă  la dĂ©magogie.

Dans son nouveau livre First They Took Rome (Verso, 2020), l’historien David Broder revisite l’histoire politique rĂ©cente de l’Italie pour contrer le rĂ©cit culturaliste selon lequel les maux du peuple italien dĂ©coulent d’un « retard de naissance Â» qui trouve son corrĂ©lat dans le domaine politique et Ă©conomique. David Broder, qui est Ă©galement membre de la rĂ©daction du magazine Jacobin, soutient que le cas de l’Italie reprĂ©sente en fait le contraire : plutĂŽt qu’un signe « d’arriĂ©ration Â», son dĂ©clin socio-politique reprĂ©sente une image de l’avenir. Un avenir qui, en fait, a dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  prendre forme dans certains pays comme les États-Unis et le BrĂ©sil.

Jacobin AmĂ©rica Latina s’est entretenu avec lui sur les leçons que l’on peut tirer, tant en AmĂ©rique latine que dans d’autres parties du monde, de la dynamique de la politique italienne dans l’histoire rĂ©cente.

Denis Rogatyuk : Vous dites que la montĂ©e de la droite populiste en Italie est une image de l’avenir sous d’autres latitudes, un avenir caractĂ©risĂ© par la domination de l’extrĂȘme droite fondĂ©e sur le recul de la gauche et la dĂ©tĂ©rioration des acquis de la classe travailleuse depuis la Seconde Guerre mondiale. Est-ce un avenir envisageable pour l’Europe et le reste du monde ?

David Broder : L’une des choses que je fais dans mon livre est de rejeter la proposition selon laquelle l’extrĂȘme droite en Italie est forte en raison d’une sorte de « caractĂšre national Â» qui persisterait dans le temps. Une partie du rĂ©cit concerne la radicalisation de la droite sur une base nationaliste, mais au-delĂ  des stratĂ©gies ou de la rhĂ©torique, le changement fondamental est la dĂ©sarticulation du vote de gauche de la classe travailleuse.

Dans les annĂ©es 1990, le centre-gauche post-communiste, dirigĂ© par des banquiers et des technocrates libĂ©raux, a expliquĂ© aux Ă©lecteurs qu’il violait les droits du travail et privatisait les actifs publics afin de prĂ©parer l’Italie Ă  rejoindre l’euro : « se sacrifier aujourd’hui pour une vie meilleure demain Â». Vingt ans plus tard, les travailleurs sont plus pauvres et le PIB est plus faible.

Les architectes de ce dĂ©sastre ont refusĂ© catĂ©goriquement d’ĂȘtre confrontĂ©s Ă  cette histoire et ont plutĂŽt cherchĂ© des raisons « culturelles Â» pour expliquer la force de l’extrĂȘme droite. En ce sens, ils ont choisi de prĂ©senter l’Italie comme un « pays de droite Â» dysfonctionnel dans lequel la dĂ©magogie a pu rallier les masses depuis l’époque de CĂ©sar et de Mussolini. C’est pourtant le pays qui abritait le plus grand parti communiste de l’Occident, atteignant 1,6 million de membres il y a seulement trente ans ! Depuis lors, aprĂšs tous les efforts dĂ©ployĂ©s pour « moderniser Â» la gauche et la prĂ©senter comme une force pro-marchĂ© et pro-europĂ©enne, son vote populaire (allant des sociaux-dĂ©mocrates nĂ©olibĂ©raux Ă  l’extrĂȘme gauche) a diminuĂ© de plus de moitiĂ© en termes absolus.

Le changement Ă  droite est diffĂ©rent. Depuis l’effondrement de la DĂ©mocratie chrĂ©tienne au dĂ©but des annĂ©es 1990 et les scandales de corruption de Tangentopoli, qui a donnĂ© le signal de dĂ©part de l’OpĂ©ration Mains propres,  la droite a Ă©galement connu une intense volatilitĂ© organisationnelle depuis de brĂšves vagues de soutien Ă  Silvio Berlusconi, Ă  la Ligue du Nord originale (la rĂ©gionale), Ă  la Ligue nationale de Matteo Salvini plus rĂ©cemment et, maintenant, aux FrĂšres d’Italie (Fratelli d’Italia) post-fascistes. Mais au-delĂ  de tous ces Ă©piphĂ©nomĂšnes, l’électorat de droite a Ă©tĂ© globalement plus stable, Ă  peine plus fragmentĂ© et radicalisĂ© qu’à l’époque de la DĂ©mocratie ChrĂ©tienne.

Contrairement Ă  l’approche stĂ©rĂ©otypĂ©e qui postule que le vote traditionnel de la classe travailleuse bascule Ă  droite (ce que l’on peut Ă©galement observer avec Trump, le Brexit, Le Pen, etc.), je pense que ce qui est beaucoup plus important, c’est la dynamique de l’abstention du vote. Lors des Ă©lections gĂ©nĂ©rales en Italie dans les annĂ©es 1970, le taux de participation a atteint 95 %. Aujourd’hui, il est d’environ 70 % et la baisse se concentre en grande partie dans la classe travailleuse et les chĂŽmeurs. À mon avis, ce phĂ©nomĂšne est appelĂ© Ă  se rĂ©pandre dans le monde entier et a d’ailleurs dĂ©jĂ  commencĂ©. La diffĂ©rence avec l’Italie est seulement que l’on a observĂ© cette abstention massive un peu plus tĂŽt, dĂšs le dĂ©but des annĂ©es 1990.

Une grande leçon de l’Italie est que l’absence d’un parti communiste n’affaiblit pas l’anticommunisme mais le renforce. S’il est vrai que l’anticommunisme rĂ©pressif visera toujours les structures les plus organisĂ©es, lorsque le capitalisme ne parvient pas Ă  offrir un meilleur avenir aux majoritĂ©s, ses reprĂ©sentants institutionnels peuvent au moins tout mettre sur le dos des « communistes Â» (en les associant gĂ©nĂ©ralement aux minoritĂ©s raciales, soupçonnĂ©es de « vouloir nous voler quelque chose Â»). Nous l’avons vu en Italie avec Berlusconi, lorsqu’il a qualifiĂ© toute l’opposition de « communiste Â» et nous le voyons maintenant au BrĂ©sil, nous l’avons vu avec Corbyn au Royaume-Uni ou avec les attaques de Trump contre les Antifa


DR : Votre nouveau livre souligne le rĂŽle que le sentiment « anti-politique Â» des masses et la prĂ©tendue « lutte contre la corruption Â» en Italie ont jouĂ© en tant que terreau pour l’apparition de nouvelles figures de droite et la renaissance d’autres. Diriez-vous qu’en AmĂ©rique latine, la lutte contre la criminalitĂ© et le retour des autoritarismes indiquent que nous assistons Ă  quelque chose de similaire ?

DB : En Italie, au dĂ©but des annĂ©es 1990, les « politiques anti-corruption Â» ont permis une alliance entre les libĂ©raux centristes et la version originale de la Ligue du Nord dans le cadre d’un projet de rĂ©volution contre les Ă©lites dans un combat pour un faible taux d’imposition. La « classe politique corrompue Â» est au fond prĂ©sentĂ©e comme un Ă©lĂ©ment extĂ©rieur et parasitaire de la sociĂ©tĂ©, de sorte que (comme au BrĂ©sil) mĂȘme les dĂ©penses sociales pour les travailleurs peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme « corrompues Â» dans la mesure oĂč elles sont « volĂ©es Â» aux contribuables les plus aisĂ©s qui se plaignent de devoir les payer. Pour la Ligue, l’idĂ©e de dĂ©penses publiques excessives est associĂ©e Ă  l’imaginaire de « la mafia du Sud qui pille le Nord productif Â».

Les vĂ©ritables cas de corruption correspondent Ă  la connivence d’agents publics avec des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques privĂ©s ; par exemple, si vous me payez une certaine somme d’argent, je vous donnerai le contrat pour construire tel ou tel projet public dont les normes seront gĂ©nĂ©ralement infĂ©rieures aux nĂ©cessitĂ©s. Toute vĂ©ritable solution au problĂšme devrait commencer par la remise en question de l’absence de contrĂŽle des entrepreneurs privĂ©s et du triste hĂ©ritage de la privatisation plutĂŽt que par des recherches sans fin de pommes pourries et de dirigeants plus honnĂȘtes.

Dans le cas de l’Italie, les politiques de lutte contre la corruption ont Ă©tĂ© utilisĂ©es pour attaquer l’hĂ©ritage politique de la PremiĂšre RĂ©publique (1946-1994), un État dirigĂ© par la DĂ©mocratie ChrĂ©tienne dans lequel les socialistes ont jouĂ© un rĂŽle mineur aux cĂŽtĂ©s de l’opposition communiste. Dans cette impasse institutionnelle, dominĂ©e par une coalition perpĂ©tuelle de partis anticommunistes, bon nombre des vĂ©ritables affaires de corruption ont prospĂ©rĂ©. La « lutte contre la corruption Â» dans les annĂ©es 1990 faisait nĂ©anmoins partie de l’arsenal idĂ©ologique de ceux qui voulaient faire reculer l’État lui-mĂȘme.

DR : L’ascension de Berlusconi au pouvoir semble reflĂ©ter celle de Trump : un magnat des mĂ©dias qui est arrivĂ© au gouvernement Ă  partir d’une plate-forme de « l’élite anti-politique Â» aprĂšs des annĂ©es de construction de sa marque par le biais de diverses interventions mĂ©diatiques avec un style qui combine la posture d’un animateur de jeu tĂ©lĂ©visĂ© avec une Ă©vasion de la rĂ©alitĂ©. Pensez-vous que l’empreinte de Trump sur la scĂšne politique puisse durer aussi longtemps que celle de Berlusconi ?

DB : Il existe certainement des similitudes entre les deux personnages. Il est Ă©galement vrai que le style politique privilĂ©giĂ© par Berlusconi, une machine mĂ©diatique centrĂ©e sur le leader, dont la reprĂ©sentation parlementaire est assurĂ©e par des associĂ©s personnels plutĂŽt que par un parti de masse structurĂ© en dĂ©lĂ©gations, congrĂšs et ainsi de suite, a rĂ©ussi Ă  façonner le paysage politique italien. Ce que Berlusconi a fait avec ses chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision a ensuite Ă©tĂ© imitĂ© par le Mouvement 5 Ă©toiles (Ă  travers le blog de l’humoriste Beppe Grillo) et, par la suite, par Matteo Salvini sur les rĂ©seaux sociaux ; Il s’est agi de l’utilisation d’une plateforme mĂ©diatique personnelle et incontestable pour mener le dĂ©bat public et, en mĂȘme temps, contrĂŽler l’agenda de l’opĂ©rateur public RAI, etc.

Il est cependant compliquĂ© de faire une comparaison avec les États-Unis car, au-delĂ  de sa radicalisation au sein du parti rĂ©publicain, je ne pense pas que Trump ait eu un effet similaire sur les dĂ©mocrates. Cela s’explique en partie par le fait que bon nombre des changements introduits par Berlusconi Ă©taient, d’une certaine maniĂšre, une adaptation italienne de la politique amĂ©ricaine, Ă  savoir le remplacement d’un systĂšme de partis de masse et de premiers ministres peu visibles (qui changeaient gĂ©nĂ©ralement plusieurs fois par mandat) par un systĂšme plus prĂ©sidentialiste, centrĂ© sur le leader, basĂ© sur ce que les politologues appellent une structure de parti « plus lĂąche Â», qui Ă©tait inhabituelle en Italie mais courante aux États-Unis.

Le Parti dĂ©mocrate italien qui a Ă©tĂ© crĂ©Ă© en 2007 est une copie carbone du modĂšle amĂ©ricain. Ayant hĂ©ritĂ© de la structure du parti communiste en 1991, les « DĂ©mocrates de Gauche Â» post-communistes ont progressivement abandonnĂ© des questions telles que la formation politique, les congrĂšs, les liens avec les syndicats, etc. au profit de primaires Ă  l’amĂ©ricaine et ont finalement optĂ© pour le nom de « Parti dĂ©mocrate Â» ce qui a conduit au fil du temps Ă  un remplacement progressif de ses membres et de sa base Ă©lectorale. Aujourd’hui, c’est un parti libĂ©ral dans lequel plus vous ĂȘtes riche, plus vous avez de chances de voter.

Si une comparaison peut ĂȘtre faite entre les dĂ©mocrates amĂ©ricains et Trump, elle repose davantage sur le glissement vers la droite qui a lieu en gĂ©nĂ©ral et, liĂ©e Ă  cela, la dĂ©cision des dĂ©mocrates de prĂ©senter Trump comme une figure rĂ©prĂ©hensible uniquement pour des raisons morales, ce qui ne se produirait pas, soi-disant, avec les « rĂ©publicains honnĂȘtes Â» du passĂ©, tels que George W. Bush ou Reagan. Au lieu de s’opposer Ă  une droite de plus en plus radicalisĂ©e, les Clinton et Biden sont partis Ă  la recherche de « rĂ©publicains modĂ©rĂ©s Â» avec la promesse de dĂ©fendre leurs intĂ©rĂȘts Ă©conomiques et, en mĂȘme temps, d’armer la « rĂ©sistance Â».

En Italie, nous avons dĂ©jĂ  connu tout cela dans les annĂ©es 1990 : l’appel soi-disant « antifasciste Â» contre Berlusconi a livrĂ© pieds et poings liĂ©s la gauche au centre-gauche libĂ©ral et pro-europĂ©en dont les dĂ©cisions dans le domaine Ă©conomique ne cessaient de basculer Ă  droite. Tout comme Ellen DeGeneres accueille George W. Bush en tant qu’alliĂ© dans la lutte contre Trump, Berlusconi a ces derniĂšres annĂ©es de nouveau Ă©tĂ© estampillĂ© comme alliĂ© des dĂ©mocrates contre Matteo Salvini et, plus important encore, comme dĂ©fenseur de la zone euro.

Il y aurait une analogie si, dans quatre ans, le néo-nazi Richard Spencer était le candidat du Parti Républicain à la présidence et que les démocrates disaient que son extrémisme était en conflit avec des républicains plus modérés comme Trump.

DR : Il semble que les trois partis d’extrĂȘme droite (Liga, Fratelli d’Italia et Forza Italia) jouent un jeu de chaises musicales pour voir qui pourra diriger la coalition de droite. Selon vous, comment la pandĂ©mie actuelle et la crise socio-Ă©conomique ont-elles affectĂ© les paramĂštres Ă©lectoraux de chaque force ? Qui a pu profiter de la situation et qui en a souffert ?

DB : AprĂšs les Ă©lections gĂ©nĂ©rales de mars 2018, la Ligue de Salvini a rapidement conquis la majoritĂ© du vote de droite restant, aprĂšs avoir battu Forza Italia par 17 points contre 14. Salvini a rĂ©alisĂ© un bon score sur la base de sa plateforme gouvernementale, ainsi que des gains dans les Ă©lections rĂ©gionales en dehors de ses bastions Ă©lectoraux du Nord, comme la Lombardie et la VĂ©nĂ©tie. Lors de l’élection europĂ©enne de mai 2019, la Ligue a obtenu 34 % des voix, Forza Italia de Berlusconi 9 % et Fratelli d’Italia (Fd’I) 6 %. Salvini semblait ĂȘtre sur le point de devenir premier ministre.

Cependant, depuis sa tentative ratĂ©e de pousser Ă  des Ă©lections anticipĂ©es en aoĂ»t 2019, qui a conduit Ă  la formation d’une nouvelle coalition entre les DĂ©mocrates et le Mouvement 5 Ă©toiles et surtout aprĂšs la courte dĂ©faite de la Ligue aux Ă©lections rĂ©gionales d’Émilie-Romagne en janvier 2020, son parti n’a cessĂ© de cĂ©der du terrain au Fd’I, de sorte qu’ils pĂšsent dĂ©sormais autour de 25% et 15% respectivement (une diffĂ©rence de 10 points en un an).

Cette situation s’explique par l’incapacitĂ© de la Ligue Ă  Ă©tendre significativement son organisation territoriale en dehors de ses bastions Ă©lectoraux du Nord. En 2018-2019, de nombreux opportunistes ont voulu ĂȘtre parachutĂ©s Ă  la tĂȘte de nouvelles dĂ©lĂ©gations dans le centre-sud de l’Italie (oĂč sa cote de popularitĂ© dans les sondages Ă©tait en hausse grĂące au profil mĂ©diatique de Salvini) mais la Ligue n’a jamais gagnĂ© le contrĂŽle des gouvernements rĂ©gionaux du Sud ni construit de solides structures militantes comme elle l’a rĂ©ussi Ă  le faire dans le Nord. Cela l’a rendu beaucoup moins apte Ă  rĂ©agir Ă  des revers temporaires sur la scĂšne politique nationale comme elle pouvait le faire auparavant. La dirigeante de Fd’I, Giorgia Meloni, est la « nouvelle grande figure Â» et Matteo Salvini semblant avoir perdu sa touche magique, une partie du soutien qu’il avait gagnĂ© rĂ©cemment se dĂ©place vers elle.

Ajoutez Ă  cela le coronavirus et la crise Ă©conomique qui en dĂ©coule. La rĂ©ponse de Matteo Salvini lui-mĂȘme a Ă©tĂ© clownesque : il s’est d’abord opposĂ© au fait que le virus empĂȘche les gens de partir en vacances, puis a appelĂ© Ă  la fermeture des frontiĂšres. Le gouvernement rĂ©gional de VĂ©nĂ©tie, prĂ©sidĂ© par Luca Zaia a rĂ©ussi Ă  maintenir les affaires Ă  un faible niveau, marquant ainsi une grande diffĂ©rence avec son pair de gauche Attilio Fontana en Lombardie (qui fait maintenant face Ă  des allĂ©gations de fraude). La critique de Salvini Ă  l’égard de l’UE en ce qui concerne le plan de soutien europĂ©en et ses conditions est pleine de contradictions et se trouve incapable de galvaniser les diffĂ©rentes parties de sa base Ă  la diffĂ©rence de ses positions traditionnelles contre l’immigration.

L’affaiblissement de la Ligue n’est pas une bonne nouvelle en soi car cela favorise directement Giorgia Meloni, une figure au passĂ© fasciste. Il ne s’agit pas cependant d’un simple processus de radicalisation car le Fd’I se prĂ©sente comme une force « conservatrice et conventionnelle Â» avec des nuances dĂ©mocrates-chrĂ©tiennes, similaire au post-franquisme du Parti Populaire dans l’Etat espagnol. Elle entretient de meilleures relations avec le Parti rĂ©publicain qu’avec la Ligue elle-mĂȘme et partage avec Berlusconi un certain nombre de positions directement anti-Poutine, anti-Chine et pro-atlantiste. Giorgia Meloni pas plus que Matteo Salvini n’est favorable Ă  l’Italexit, mĂȘme si dernier l’a dĂ©fendu dans le passĂ©.

En bref, la plupart des conservateurs de la classe moyenne n’y sont pas favorables et Salvini est incapable de donner une vraie rĂ©ponse. Il se limite par consĂ©quent Ă  dĂ©noncer les dĂ©tails secondaires de ce que fait Giuseppe Conte. On pourrait rappeler l’émergence rĂ©cente de ces grandes coalitions qui ont Ă©tĂ© encouragĂ©es tant par Romano Prodi (le principal adversaire centriste dans les annĂ©es 1990 et 2000) que par le dĂ©putĂ© de Forza Italia Renato Brunetta. Les commentaires de Brunetta, en particulier, suggĂšrent que Forza Italia ne permettra pas la chute du gouvernement actuel, mais il s’agit davantage d’une force d’appoint que d’une force capable de prendre la direction du bloc de droite.

Giuseppe Conte est apparu comme celui qui a rĂ©ussi Ă  gĂ©rer Ă  la fois la crise sanitaire et les relations avec Bruxelles, affaiblissant ainsi l’offensive de Salvini et Ă©rodant son image de « jeune prodige Â» ce qui a entraĂźnĂ© des tensions avec les dirigeants rĂ©gionaux de la Ligue. MalgrĂ© tout, dans l’ensemble, les partis d’opposition de droite reprĂ©sentent toujours environ 50 % des voix et l’Italie est confrontĂ©e Ă  une baisse du PIB de plus de 10 %, en plus d’une dette de 2 500 milliards d’euros. Aucun gouvernement ne peut ĂȘtre construit sur cette base. Le fait que la Ligue perde si rapidement le soutien qu’elle a obtenu (comme cela s’est produit prĂ©cĂ©demment avec 5 Etoiles) montre Ă  quel point le soutien que les partis reçoivent aux Ă©lections est volatile et superficiel.

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Denis Rogatyuk est un Ă©crivain, journaliste et chercheur basĂ© Ă  Londres. Il a Ă©crit pour Tribune, Green Left Weekly, TeleSUR, LINKS, International Viewpoint et d’autres publications.

Cet article a été traduit du castillan par Christian Dubucq.

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Source: Contretemps.eu