Round Robin / mercredi 29 juillet 2020

Vendredi 24 juillet et ensuite samedi 25, aux premiers lueurs du jour, des agents de la police antiterroriste, ainsi que de la DIGOS [la police politique italienne ; NdAtt.] se prĂ©parent Ă  l’action. Pour cette importante opĂ©ration, ils sont prĂŞts Ă  tout : cagoules et flingues braquĂ©s, ils rentrent dans les demeures de dangereux subversifs. Leur but ? Trouver des preuves pour identifier les auteurs d’un dĂ©lit très grave, terrorisant : un lancer de peinture rouge sur l’ambassade du Chili, le 30 octobre 2019.
Mais qu’est ce qui se passait au Chili, ces jours-lĂ  ?

Le 7 octobre 2019 c’était un lundi : ce jour-lĂ , quelques centaines de lycĂ©ens de Santiago sautent, en criant « Evade ! Â» [« Fraude ! Â» NdAtt.] les tourniquets des stations du mĂ©tro, contre l’augmentation du prix du ticket, et amorcent Ă  une rĂ©volte sociale parmi les plus larges et importantes qui caractĂ©risent cette Ă©poque, partout dans la planète. Dans un pays qui, sous la dictature sanglante de Pinochet, a Ă©tĂ© transformĂ© en laboratoire de recettes libĂ©ristes et voit, aujourd’hui, le 1 % le plus riche de sa population dĂ©tenir plus d’un quart du revenu national, tandis qu’à une moitiĂ© de la population ne reste que le 2 % de la richesse, avec un système sanitaire et scolaire privĂ©s, loyers et pris libĂ©ralisĂ©s et la moitiĂ© des salaires qui sont juste en dessus du minimum, cette protestation est devenue une rĂ©volte. Le lundi suivant, 14 octobre, les stations du mĂ©tro de Santiago ont commencĂ© Ă  fermer, Ă  cause de l’intensitĂ© des affrontements ; les jours suivants elles ont commencĂ© Ă  se faire dĂ©truire par les manifestants et vendredi 18 octobre tout le centre-ville de Santiago Ă©tait rempli de barricades et de combats de rue contre la police militarisĂ©e des Carabineros. Le soir du 18, le prĂ©sident facho-libĂ©riste Sebastián Piñera, après avoir Ă©tĂ© surpris, souriant et relaxĂ©, lors d’un dĂ®ner dans un restaurant de luxe, proclamait l’état d’urgence pendant 15 jours et dĂ©ployait l’armĂ©e dans les rues. Le 19, Ă©tait imposĂ© le couvre-feu dans la capitale, puis dans toutes les grandes villes du Chili, Ă  cause de la constante extension des protestations et des affrontements. Le 25 octobre 2019, malgrĂ© la fermeture des Ă©coles, dĂ©cidĂ©e le 22, et une longue liste de morts, tuĂ©s par le feu des militaires, plus d’un millions de personnes sont sorties dans les rues de Santiago. Le 26 octobre, le bilan de la rĂ©pression depuis le dĂ©but de la rĂ©volte Ă©tait de 19 morts, environs 2500 blessĂ©s, dont des nombreuses personnes Ă©borgnĂ©es par les balles en caoutchouc tirĂ©s par la polie anti-Ă©meute, et 2480 personnes arrĂŞtĂ©es. Le 27, Piñera Ă©tait obligĂ© de demander les dĂ©missions du gouvernement et le 28 huit ministres Ă©taient remplacĂ©s, dont celui de l’IntĂ©rieur Chadwick. En novembre, la tentative de calmer la rĂ©bellion sociale par l’annonce d’un referendum constitutionnel qui aurait dĂ» se tenir en avril (mais renvoyĂ© Ă  l’automne Ă  cause de l’épidĂ©mie de Covid-19) a Ă©chouĂ©e : le 28 dĂ©cembre, le nombre des victimes de la rĂ©pression avait grimpĂ© Ă  29 et en fĂ©vrier dernier, après un pic de protestations en janvier, Ă©tait arrivĂ© Ă  36. Les personnes qui ont perdu un Ĺ“il Ă  cause des tirs des forces rĂ©pressives sont des centaines. Dès la dernière semaine d’octobre 2019, il y a eu une forte solidaritĂ© internationale avec la lutte de la population chilienne et contre la rĂ©pression fĂ©roce qu’elle subit, avec des manifestations, des rassemblements et des actions partout dans le monde.

On pourrait faire de l’ironie sur l’action grotesque des forces de l’ordre et de la Justice italienne qui, face Ă  ce qui se passait au Chili, ouvre une enquĂŞte et dĂ©range l’antiterrorisme parce que le siège diplomatique du pays sud-amĂ©ricain a Ă©tĂ© barbouillĂ©e. Mais on comprend le but de ces perquisitions : faire peur et, au mĂŞme temps, amasser du matĂ©riel pour des futures enquĂŞtes.
Comme ils font depuis toujours.
Ce n’est pas un hasard si le Procureur est ce même Dall’Olio qui a signé les arrestations de 7 compagnonnes et compagnons pour l’opération Bialystok, dans laquelle les accusations d’association avec finalité de terrorisme tournent avec insistance autour d’initiatives de communication, de relations, d’écrits, de publications, de journaux, etc… Des choses qui sont graves car elles expriment des idées que la Justice considère dangereuses et passables de punition.
Dans un pays au bord d’une crise qui pourrait mettre sérieusement en doute l’hégémonie du capitalise sur le vivant, ce n’est pas surprenant que les apparats d’État essayent de marginaliser et de mettre de côté de façon préventive toutes les réalités qui pourraient être des catalyseurs de rage et de désir de transformation. C’est pour cela que nous pensons que cet épisode ne doit pas être sous-estimé ni tourné en ridicule, justement parce qu’il fait partie d’une époque où ouvriers, journaliers, personnes détenues en lutte et réalités militantes sont attaqués de façon de plus en plus féroce par les gardiens de l’ordre constitué.
Peu importe qui a barbouillé ces murs, il a notre solidarité et complicité.
Tout notre amour va aux rebelles chilien.ne.s.

juillet 2020
compagnons et compagnonnes


Article publié le 11 AoĂ»t 2020 sur Attaque.noblogs.org