Juin 3, 2022
Par Contretemps
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Dans leur livre d’entretiens croisĂ©s DĂ©faire le racisme, affronter le fascisme (La Dispute, coll. « Entretiens Â», 2022), Ugo Palheta et Omar Slaouti proposent de rendre accessibles au plus grand nombre les expĂ©riences et outils, acadĂ©miques et militants, issus des luttes antiracistes et antifascistes passĂ©es et en cours. Nous publions ici une section du premier entretien, intitulĂ© « Islamophobie, fascisation, racisation Â», dans lequel les auteurs analysent certaines des spĂ©cificitĂ©s de l’islamophobie en France, dĂ©finissent des concepts tels que la fascisation et le racisme institutionnel, puis discutent du rapport entre les luttes antifascistes et antiracistes.

La Dispute – Pouvez-vous en dire plus sur cette spĂ©cificitĂ© de l’islamophobie en France ?

Omar Slaouti – Quand on parle de racisme, il faut en souligner les dĂ©clinaisons. L’antitsiganisme, le racisme antiasiatique, en particulier dans cette pĂ©riode de Covid, la nĂ©grophobie et l’islamophobie n’ont pas les mĂȘmes ressorts et, en fonction des contextes, certains sont plus activĂ©s que d’autres, sans que cela signifie qu’il y ait de concurrence ou de compĂ©tition entre les uns et les autres du point de vue des racisé·e·s d’en  bas. S’agissant de l’islamophobie [
], il y a quand mĂȘme des spĂ©cificitĂ©s françaises: Ă  l’étranger, on ne comprend pas ce qui se passe en France, sur   la question de l’islam et de l’islamophobie en particulier. Et ce n’est pas non plus sans lien avec la dimension impĂ©rialiste Ă©voquĂ©e et avec la dimension coloniale que souligne SaĂŻd Bouamama dans son dernier livre[1]  ou qu’Olivier Le Cour Grandmaison traite dans l’un de ses ouvrages[2] : la France a une histoire coloniale dont elle ne se dĂ©fait pas et qui continue Ă  la structurer. Des Ă©vĂ©nements comme les 4 000 perquisitions organisĂ©es pendant l’état d’urgence ou les dĂ©clarations de Darmanin expliquant qu’il Ă©tait temps de donner des signaux aux musulman·e·s mĂȘme s’ils et elles ne sont pas impliqué·e·s dans des actions terroristes ne sont Ă©videmment pas sans lien avec la pĂ©nĂ©tration et l’appropriation des sphĂšres privĂ©es et des corps pendant les pĂ©riodes coloniales.

Il y a eu pendant un moment chez beaucoup de musulman·e·s, ce que je nomme le « syndrome de la porte cassĂ©e». On pouvait se sentir visĂ©, pour n’importe quoi, une sensation de terreur en habitait quelques-un·e·s juste parce qu’ils et elles sont musulman·e·s. De lĂ -haut, on sentait qu’ils nous convoquaient. « Au nom du fĂ©minisme, on t’empĂȘchera de te vĂȘtir comme tu veux » : on dĂ©bat du port du foulard partout, mais sans les premiĂšres concernĂ©es. Au nom de la libertĂ© d’expression, on est capable de fermer une maison d’édition. Au nom de la laĂŻcitĂ©, on pĂ©nĂštre l’organisation du culte musulman et Ă©dicte une Charte des principes de l’islam que doivent ratifier les imams et les organisations cultuelles, et oĂč il est prĂ©cisĂ© (article 9 de la Charte) :

« Les actes antimusulmans sont l’Ɠuvre d’une minoritĂ© extrĂ©miste qui ne saurait ĂȘtre confondue ni avec l’État ni avec le peuple français. DĂšs lors, les dĂ©nonciations d’un prĂ©tendu racisme d’État, comme toutes les postures victimaires, relĂšvent de la diffamation. Elles nourrissent et exacerbent Ă  la fois la haine antimusulmane et la haine de la France. »

On a lĂ  une dĂ©clinaison parfaite d’une injonction islamophobe d’État. Enfin, au nom de la lutte contre le racisme, on dissout des associations qui luttent contre le racisme, en particulier si le racisme combattu est prĂ©cisĂ©ment l’islamophobie. La Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI) a Ă©tĂ© dissoute en octobre 2021 : les motivations avancĂ©es pour justifier cette dissolution – et c’est la mĂȘme excuse qui est utilisĂ©e dans le cas du CCIF, soit la plus grosse association antiraciste de France et mĂȘme d’Europe en nombre d’adhĂ©rents – pointent en particulier le fait que la CRI dĂ©nonce l’islamophobie en France.

La spĂ©cificitĂ© de cette islamophobie en France tient dĂ©jĂ  Ă  sa matrice coloniale. Si on prend Ă  nouveau l’exemple du port du foulard, pendant que les militaires Bugeaud et Massu Ă©taient en train de torturer et d’assassiner, leurs Ă©pouses respectives convoquaient le 16 mai 1958 une douzaine de femmes algĂ©riennes « afin d’Ɠuvrer Ă  l’union des cƓurs» et provoquaient cette sĂ©ance du dĂ©voilement, au nom de la libĂ©ration de la femme musulmane et de la mission civilisatrice. Des images de ces « cĂ©rĂ©monies» circulent. L’idĂ©e aussi selon laquelle l’islam est une religion qui, intrinsĂšque ment, est potentiellement dangereuse et signe d’une infĂ©rioritĂ© civilisationnelle relĂšve de l’islamophobie savante dans la IIIe RĂ©publique. DĂ©jĂ  Ă  l’époque, la religion musulmane Ă©tait perçue et construite comme un frein Ă  l’expansion coloniale de la France, donc il fallait l’occidentaliser et, aujourd’hui encore, cette religion est montrĂ©e comme barbare et s’opposant au progrĂšs et Ă  l’émancipation, contrairement bien entendu aux « valeurs judĂ©o-chrĂ©tiennes»  blanches – d’oĂč  cet « islam de France» qui s’oppose Ă  l’«islam en France». C’est prĂ©cisĂ©ment par cette construction essentialisĂ©e et stigmatisĂ©e de l’islam que s’opĂšre sa racialisation et  que son traitement politique relĂšve de la politique de la race.

Dans ce contexte, l’une des prioritĂ©s serait de dĂ©noncer cette islamophobie d’État qui dissout ou menace nos structures cultuelles et nos solidaritĂ©s organiques, et qui fait de nous des ennemis de l’intĂ©rieur avec la loi sur le sĂ©paratisme. Au lieu de ça, les organisations qui luttent contre l’islamophobie ont Ă©tĂ© isolĂ©es, lĂąchĂ©es par un grand nombre d’organisations qui habituellement se mobilisent contre toutes les discriminations. Les cadres d’organisation des manifestations massives contre la loi « sĂ©curitĂ© globale» n’ont pas souhaitĂ© mobiliser avec la mĂȘme ardeur contre cette loi dite « sĂ©paratisme » alors mĂȘme que son article 36 rĂ©introduit l’article 24 abandonnĂ© dans la loi « sĂ©curitĂ© globale». Finalement, cette loi inique et ces dissolutions racistes se passent en silence, celui-lĂ  mĂȘme qui accompagne les processus de fascisation.

Ugo Palheta – Il y a aussi une spĂ©cificitĂ© française, Ă  mon sens, dans le degrĂ© d’institutionnalisation de l’islamophobie. Sur le plan idĂ©ologique, en Italie par exemple, des bouquins d’une islamophobie absolument dĂ©lirante et conspiratoire, comme ceux d’Oriana Fallaci, se sont vendus Ă  des millions d’exemplaires[3]. En Allemagne, le mouvement Pegida – un mouvement spĂ©cifiquement islamophobe – a rĂ©ussi Ă  mettre des dizaines de milliers de gens dans la rue en 2014 et 2015, alors mĂȘme que les mouvements Ă©quivalents en France n’ont jamais rĂ©ussi Ă  le faire. En Angleterre et aux États-Unis, il y a aussi  des idĂ©ologues islamophobes qui ont un rĂŽle important dans le dĂ©bat public. Mais c’est vrai qu’en France, et c’est lĂ  sa singularitĂ© Ă  mon avis, l’État est un acteur central de l’islamophobie. La loi du 15 mars 2004 sur le port de signes religieux dits « ostentatoires» dans les Ă©tablissements scolaires, la circulaire Chatel sur les mĂšres accompagnatrices ou plus, rĂ©cemment, la loi dite « sĂ©paratisme » (devenue « loi confortant le respect des principes de la RĂ©publique») et l’article de la loi Travail qui permet aux entreprises d’imposer des chartes de la laĂŻcitĂ©, tous ces dispositifs juridiques visent de fait les musulman·e·s. C’est souvent ce degrĂ© d’institutionnalisation qui Ă©tonne Ă  l’étranger. Les mĂ©dias Ă©tatsuniens ne dĂ©couvrent pas l’islamophobie, mais, par exemple, imaginer que des Ă©lus locaux prennent la dĂ©cision d’interdire le «burkini» sur les plages de leurs communes, pour des AmĂ©ricains ou des Anglais, ça semble assez impensable.

Et je  pense  que  l’histoire  ne  se  serait  pas  passĂ©e comme ça si toute une partie de la gauche en France n’était pas aussi empreinte de colonialisme. Comme le rappelait Pierre TĂ©vanian dans Le Voile mĂ©diatique, en 2005[4], quand le dĂ©bat sur le foulard Ă  l’école commence, les sondages montrent que la population est trĂšs partagĂ©e sur la question de la nĂ©cessitĂ© d’une nouvelle loi sur les signes religieux Ă  l’école, c’est Ă  peu prĂšs 50/50. Au dĂ©but, les gens sont globalement sceptiques, d’ailleurs ils le sont plus dans les classes populaires que dans les classes dominantes, beaucoup plus d’ailleurs parmi les partisans de gauche que de droite, il y a des variations sociologiques et politiques de ce type. Mais aprĂšs un an de pseudo-dĂ©bats orchestrĂ©s par les grands mĂ©dias, aprĂšs le « travail » d’une commission parlementaire dont on pouvait savoir dĂšs le dĂ©part  quelles seraient les recommandations finales, et surtout  avec une gauche qui soit se montre trĂšs favorable Ă  la loi (PS, LO), soit, dans le meilleur des cas, est divisĂ©e sur la question (PCF, Verts, LCR), un retournement s’est opĂ©rĂ© et une trĂšs large majoritĂ© des gens sondĂ©s s’affirment alors favorables Ă  une nouvelle loi.

Il y a eu un travail idĂ©ologique trĂšs puissant de la part du personnel politique, des grands mĂ©dias, pour imposer l’idĂ©e, lĂ  encore, que l’islam et les musulmans constitueraient un « problĂšme » pour la France, nĂ©cessitant une « nouvelle laĂŻcitĂ© » (en fait une « laĂŻcitĂ©  falsifiĂ©e », pour reprendre les mots de l’historien Jean BaubĂ©rot) permettant de protĂ©ger « la RĂ©publique ». C’est aussi ce que disait le sociologue Pierre Bourdieu, mais presque quinze ans auparavant, au moment de ladite « affaire de Creil » en 1989 : « Un problĂšme peut en cacher un autre[5]. » Autrement dit, le prĂ©tendu problĂšme du foulard dissimule ce qui fait rĂ©ellement problĂšme pour les racistes, ce qui est insupportable pour eux, Ă  savoir la prĂ©sence  durable  de  millions de personnes issues de l’immigration postcoloniale. Bourdieu dit ça en 1989, ça paraĂźt terriblement de bon sens et c’est d’ailleurs amplement validĂ© par l’évolution du dĂ©bat politique en la matiĂšre (on est passĂ© en quinze  ans de la question des signes religieux Ă  l’école Ă  celle  du « grand remplacement» ), mais si tu dis ça dans  le dĂ©bat public aujourd’hui en France, tu as toutes les chances d’ĂȘtre taxĂ© d’«islamogauchiste», de soutien du « sĂ©paratisme», d’alimenter le terrorisme, donc d’ĂȘtre disqualifiĂ© d’emblĂ©e et une fois pour toutes.

La Dispute – Vous avez utilisĂ© plusieurs fois des termes qu’il serait utile de dĂ©finir prĂ©cisĂ©ment: racialisation, racisme d’État, racisme structurel, mais aussi fascisation, fascisme, nĂ©o-fascisme
 Pouvez-vous les expliquer et interroger leurs rapports ?

Ugo Palheta – Commençons peut-ĂȘtre par dĂ©finir rapidement le fascisme, qui dĂ©signe essentiellement un certain type de projet ou d’idĂ©ologie, qui peut se concrĂ©tiser ou non dans des organisations (dont les formes varient selon les contextes historiques et nationaux) et un certain type d’État (un pouvoir dictatorial dont je ne dĂ©velopperai pas les caractĂ©ristiques spĂ©cifiques ici, ça nous emmĂšnerait trop loin). Le projet fasciste consiste Ă  prĂ©tendre rĂ©gĂ©nĂ©rer une  communautĂ©   imaginaire (en gĂ©nĂ©ral la « nation», mais potentiellement aussi la « civilisation» ou la « race») par une vaste opĂ©ration de « purification», d’« Ă©puration» ou de « nettoyage » :  purification ethnoraciale (ciblant les minoritĂ©s ethno-raciales, religieuses, etc., lesquelles empĂȘcheraient la nation d’ĂȘtre elle-mĂȘme, fidĂšle Ă  son passĂ© ancestral, Ă  ses racines profondes, Ă  son identitĂ© quasi Ă©ternelle et glorieuse, etc.) et purification politique (ciblant les mouvements accusĂ©s de diviser la nation et donc de l’affaiblir : ceux qui pratiquent la lutte des classes, les fĂ©ministes, les antiracistes, etc.). Il va sans dire qu’un tel projet repose sur une vision complĂštement fantasmatique de la nation (essentialisĂ©e, Ă©ternisĂ©e, fĂ©tichisĂ©e) et sur une conception mythologique de son passé 

Dans notre livre Face Ă  la menace fasciste, Ă©crit avec Ludivine Bantigny, on a cherchĂ©  Ă   dĂ©velopper une approche en termes de fascisation. D’abord, l’idĂ©e  principale,  c’est  que  le  fascisme  n’advient  pas du jour au lendemain, mais qu’il y a, en quelque sorte,  tout un processus qui intervient en amont et en aval  de la conquĂȘte du pouvoir politique par les fascistes. Le fascisme, en tant que rĂ©gime, en tant que pouvoir fasciste, fondĂ©  sur  l’écrasement  de  toute  forme  de contestation sociale, syndicale, politique, artistique, etc., ne peut advenir sans toute une phase historique d’imprĂ©gnation Ă  la fois idĂ©ologique et matĂ©rielle, sans une sĂ©rie de transformations qui vont Ă  la fois modifier les Ă©quilibres internes Ă  l’État au profit des appareils de rĂ©pression (en particulier la police), dĂ©multipliant   sa capacitĂ© d’intervention autonome (donc arbitraire), et justifier idĂ©ologiquement, lĂ©gitimer, cette vaste entreprise de « purification» dont je viens de parler. Le  concept de fascisation sert justement Ă  dĂ©signer cette phase de prĂ©paration idĂ©ologique et matĂ©rielle. Une des idĂ©es que l’on dĂ©veloppe ensuite, c’est qu’il y a deux Ă©tapes de fascisation: la premiĂšre qui prĂ©cĂšde l’arrivĂ©e  au pouvoir des fascistes (et je pense que c’est dans ce type de phase qu’on se situe en France) ; la seconde qui   succĂšde Ă  la conquĂȘte du pouvoir politique (c’est Ă  ce stade que se situe par exemple le BrĂ©sil de Bolsonaro ou l’Inde de Modi).

Sur la prĂ©paration idĂ©ologique, on le voit de mille maniĂšres et Ă  partir de mille indices en consultant les mĂ©dias dominants et en observant le dĂ©bat politique actuellement en France ; je ne m’y attarde pas parce que   c’est l’aspect le plus visible. Sur la prĂ©paration matĂ©rielle, c’est le fait que les gouvernements ont construit tout un arsenal juridique et toute une base institutionnelle qui permettraient Ă  un pouvoir d’extrĂȘme droite d’écraser toute forme d’opposition sans avoir Ă  sortir de la « lĂ©galitĂ© rĂ©publicaine ». L’exemple de la dissolution du CCIF est trĂšs significatif de ce point de vue. On a une organisation essentiellement constituĂ©e de  juristes, qui faisait Ă  la fois un travail de recensement statistique d’actes et de discours islamophobes, et un travail juridique de dĂ©fense des musulman·e·s. Cette  organisation se retrouve dissoute du jour au lendemain, sans aucun motif sĂ©rieux. VoilĂ  quelque chose de proprement ahurissant et qui devrait paraĂźtre scandaleux Ă  toute personne un tant soit peu attachĂ©e aux  libertĂ©s publiques, mais qui n’a pas suscitĂ© de mobilisation d’ampleur.

La seconde phase de fascisation, c’est la transformation de l’État dans le sens du passage d’une dĂ©mocratie capitaliste au sens traditionnel (rĂŽle important du Parlement, respect des libertĂ©s publiques, etc.) ou d’une forme trĂšs dĂ©gradĂ©e de dĂ©mocratie capitaliste (« dĂ©mocrature», « dĂ©mocratie autoritaire», « dĂ©mocratie illibĂ©rale», etc.) Ă  un État fasciste. On s’imagine parfois que dĂ©tenir le pouvoir politique, c’est dĂ©tenir le pouvoir et avoir la capacitĂ© d’en faire ce qu’on veut, mais cette  idĂ©e a Ă©tĂ© rĂ©guliĂšrement dĂ©mentie parce que les dĂ©tenteurs du pouvoir politique peuvent ĂȘtre confrontĂ©s Ă  des secteurs de l’État hostiles, au pouvoir Ă©conomique (le capital ou certaines fractions du capital), mais aussi Ă©videmment aux luttes populaires. Par exemple, Trump  ou Bolsonaro arrivant au pouvoir respectivement aux États-Unis et au BrĂ©sil n’ont pas pu faire exactement ce qu’ils voulaient. Donc il y a une seconde Ă©tape de fascisation, qui peut ĂȘtre victorieuse pour les fascistes ou aboutir Ă  leur dĂ©faite. Si l’on prend l’exemple du fascisme historique, Mussolini ne parvient rĂ©ellement Ă  fasciser l’État que trois ou quatre ans aprĂšs son arrivĂ©e au pouvoir (Hitler ira quant Ă  lui beaucoup plus   vite dans le cadre de ce que les nazis eux-mĂȘmes ont nommĂ© la « Gleichschaltung », c’est-Ă -dire la « mise au pas»). Pendant trois ou quatre ans en Italie, il y a encore des oppositions politiques, y compris au Parlement (le dirigeant communiste Antonio Gramsci est mĂȘme dĂ©putĂ© jusqu’à son arrestation en novembre 1926), il y a des mouvements sociaux, des grĂšves, qui sont Ă©videmment rĂ©primĂ©s plus durement que dans la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente, mais on ne se situe pas encore dans le cadre  de l’État fasciste tel qu’il s’impose Ă  la fin des annĂ©es 1920.

Effectivement, comme Omar l’a soulignĂ©, la fascisation procĂšde de maniĂšre diffĂ©rente selon la position dans la sociĂ©tĂ© et notamment selon l’appartenance ou non aux minoritĂ©s religieuses et ethnoraciales qui sont en gĂ©nĂ©ral la cible principale non seulement des fascistes, mais aussi de l’État en phase de fascisation: toutes ces personnes qu’on peut perquisitionner sans motif rĂ©el ; toutes ces personnes dont on peut dissoudre les organisations; toutes ces personnes qu’on peut contrĂŽler dans la rue, palper, violenter, humilier, etc. C’est pourquoi nous disons avec Ludivine Bantigny que le fascisme est  Ă  la fois lĂ  et pas lĂ  : il n’est pas lĂ  au sens oĂč il n’y a pas Ă  proprement parler d’État fasciste, sinon il n’y aurait pas de mĂ©dias indĂ©pendants ou de syndicats indĂ©pendants de l’État, les organisations fĂ©ministes, antiracistes et antifascistes ne survivraient sans doute pas trĂšs longtemps, la gauche radicale non plus
 Mais le fascisme  est lĂ  au sens oĂč il y a des Ă©lĂ©ments et des processus de fascisation qui sont Ă  l’Ɠuvre et qui touchent en particulier les minoritĂ©s, les Rrom·e·s, privé·e·s par exemple de leur droit de scolarisation dans certaines communes, les migrant·e·s Ă©videmment (sans cesse pourchassé·e·s et violenté·e·s), les musulman·e·s, les habitant·e·s des quartiers populaires et d’immigration, etc.

C’est pourquoi il est difficile de trouver les termes adĂ©quats pour dĂ©finir le rĂ©gime politique dans lequel nous nous trouvons actuellement. Est-ce que c’est une dĂ©mocratie? On voit bien que si l’on prend les mots  au sĂ©rieux, c’est-Ă -dire la dĂ©mocratie comme pouvoir populaire (au sens Ă©tymologique du terme), ça semble difficile de prĂ©tendre que nous serions en dĂ©mocratie. Est-ce qu’on est dans une dictature? Non. Avec Ludivine, nous avons voulu mettre des mots derriĂšre cette situation qui nous semble intermĂ©diaire, dans un entre-deux, entre une dĂ©mocratie capitaliste classique (disposant d’institutions politiques relevant du libĂ©ralisme au sens classique) et une dictature de type fasciste. Une des hypothĂšses liĂ©es Ă  l’idĂ©e de fascisation, c’est que le nĂ©olibĂ©ralisme autoritaire, que Macron incarne parfaitement, n’est pas le stade ultime de ce processus parce qu’il constitue un mode de domination politique structurellement instable. Ce pourrait n’ĂȘtre qu’une Ă©tape vers la construction d’un autre type de  pouvoir, une maniĂšre d’ouvrir la voie Ă  un pouvoir de type fasciste, si du moins le processus n’est pas enrayé 

Omar Slaouti – Ou alors il y aura peut-ĂȘtre une transformation interne de l’État, qui s’accĂ©lĂšre avec un pouvoir nĂ©olibĂ©ral des plus classiques et qui va accentuer encore la fascisation, selon les rapports de forces avec les mouvements sociaux, ce dont on a dĂ©jĂ  discutĂ© au dĂ©but de l’entretien. À mon sens, c’est un premier point. Le deuxiĂšme, c’est qu’il y a un Ă©cueil Ă  Ă©viter et qui consisterait Ă  s’interroger sur le moment de la croisĂ©e des chemins pour dĂ©terminer si « on y va ou on n’y va  pas » pour en dĂ©coudre avec ce systĂšme. Notre prĂ©occupation du moment, c’est qu’on a une tendance fascisante contre laquelle il faut dĂšs maintenant Ă©videmment s’opposer. Je dis ça parce que certains disent : « On n’est quand mĂȘme pas en pĂ©riode fasciste, il n’y a pas obligatoirement urgence dans la pĂ©riode. » C’est trĂšs dangereux parce que ça a des consĂ©quences extrĂȘmement graves dĂšs maintenant, pour les migrant·e·s, pour tous les racisé·e·s et pour toutes nos libertĂ©s syndicales, politiques et associatives. Mais c’est aussi dangereux car la fascisation prĂ©pare le fascisme si rien ne s’y oppose. L’autre Ă©cueil Ă  Ă©viter, je crois, c’est qu’on ne doit pas ĂȘtre prisonnier de l’histoire, c’est-Ă -dire qu’on ne gagnerait rien Ă  apprĂ©hender les temps prĂ©sents en essayant de faire un copier-coller avec les scĂ©narios historiques hĂ©ritĂ©s du passĂ©. Les fascistes ont une capacitĂ© d’adaptation face aux nouvelles configurations du moment, y  compris par rapport Ă  ce qui existait hier. Leurs discours et leurs pratiques ne peuvent pas ĂȘtre les mĂȘmes: c’est la raison pour laquelle le FN, fasciste par nature, adapte son discours. Bien sĂ»r, il existe des constantes. L’une des constantes des pĂ©riodes fascistes ou fascisantes, c’est que la bourgeoisie puisse continuer Ă  faire ce qu’elle doit faire, c’est-Ă -dire dĂ©gager de la plus-value dans le rapport capital-travail et financiariser davantage l’économie Ă  partir des dividendes. Une autre constante est que la fascisation ne peut s’appuyer que sur une construction essentialisĂ©e et stigmatisĂ©e de ceux qui reprĂ©senteront le « eux», opposĂ© Ă  un « nous» moderne, pur et civilisĂ©. C’est pourquoi le racisme institutionnel est si important, car il prĂ©pare un terreau favorable Ă  ce processus total et totalitaire.

Si le racisme institutionnel, lui, relĂšve finalement de la non-intentionnalitĂ©, au sens oĂč il ne s’agit pas, pour les institutions, d’écrire noir sur blanc ou de dire ouvertement qu’il faut discriminer les gens Ă  partir d’une couleur de peau, d’une religion supposĂ©e ou rĂ©elle (mĂȘme si, dans les faits, ces institutions vont discriminer: ça c’est factuel et largement documentĂ© par de nombreux sociologues, juristes, syndicalistes et y compris par des structures trĂšs centre droit), le racisme par l’État est quant Ă  lui ouvertement assumĂ© par les propos et l’arsenal juridique. Bien sĂ»r, ces modalitĂ©s d’expression du racisme peuvent tout Ă  fait se croiser et s’enrichir mutuellement. Au point oĂč, par exemple, les musulman·e·s en France sont plus discriminé·e·s  Ă  l’emploi que ne le sont les Noir·e·s aux États-Unis, ou encore que la quatriĂšme gĂ©nĂ©ration hĂ©ritiĂšre des immigrations postcoloniales reste elle aussi victime du racisme. Le racisme Ă©tatique dans sa triple dimension – racisme dans l’État (racisme institutionnel), racisme d’État (racisme propre Ă  la crĂ©ation de l’État-nation), racisme par l’État (ensemble des propos et textes de lois racistes) – incarne, finalement, ce qu’une grande partie de la gauche n’a cessĂ© de nier, Ă  chaque fois qu’elle a rabattu la question du racisme sur la dimension individuelle, en psychologisant et donc en dĂ©naturant cette oppression structurelle et systĂ©mique.

La Dispute – Dans le prolongement des dĂ©finitions que vous venez de proposer, une derniĂšre question d’ordre gĂ©nĂ©ral : comment voyez-vous le rapport entre luttes antifascistes et antiracistes ?

Ugo Palheta – Une dimension souvent mĂ©connue de nombreuses luttes antifascistes  historiques,  c’est  la participation centrale des minoritĂ©s. Et ça renvoie bien  Ă  ce que tu disais, Omar, sur l’occultation des luttes des populations minorisĂ©es, racialisĂ©es, d’ailleurs que ce soient les juif·ve·s dans le contexte europĂ©en ou les Africain·e·s-AmĂ©ricain·e·s aux États-Unis ou Ă©videmment les immigré·e·s postcoloniaux dans le contexte français. Dans l’entre-deux-guerres, effectivement, le mouvement ouvrier prenait en charge l’antifascisme Ă  une Ă©chelle de masse, avec par ailleurs en son sein   de nombreux travailleurs immigrĂ©s (qu’on pense par exemple au rĂŽle, dans la rĂ©sistance au nazisme et Ă   la collaboration vichyste, des Francs-tireurs et partisans – main-d’Ɠuvre immigrĂ©e, FTP-MOI). Mais si tu  prends une mobilisation antifasciste aussi importante historiquement en Angleterre que la bataille de Cable Street, en 1936, quand les quartiers de l’Est londonien mettent dehors les fascistes et empĂȘchent leur dĂ©monstration de force, cette victoire est inconcevable sans la mobilisation des juif·ve·s de ces quartiers (organisĂ©s notamment dans le cadre du Jewish People’s Council Against Fascism and Antisemitism), en alliance avec des dockers irlandais (qui ont aidĂ© Ă  construire des barricades) et avec des groupes plus liĂ©s au mouvement  ouvrier, Ă  la gauche du Labour. Ce qui a permis cette mobilisation et cette victoire, qui a eu un rĂŽle important dans le recul de la British Union of Fascists de Mosley, c’est donc l’alliance entre la gauche du mouvement ouvrier et les minoritĂ©s.

En France, l’antifascisme est souvent perçu comme un mouvement essentiellement blanc, mais l’antifascisme aux États-Unis, dans les annĂ©es 1960-1970, est en grande partie un antifascisme noir. C’est le moment oĂč le Black Panther Party (BPP)[6] dit explicitement qu’il y a une dimension fasciste dans l’État amĂ©ricain dans la mesure oĂč celui-ci rĂ©prime trĂšs brutalement l’essentiel des mouvements militants afro-amĂ©ricains, allant parfois jusqu’au massacre. Les militant·e·s du BPP proposent ainsi l’idĂ©e qu’il y aurait des Ă©lĂ©ments de fascisme prĂ©sents  au  sein  de  l’État,  dans  une sociĂ©tĂ© structurĂ©e par l’esclavage puis l’apartheid (lois Jim Crow). Ce que n’a pas rĂ©ussi historiquement le mouvement antifasciste dans pas mal de pays, c’est la connexion nĂ©cessaire avec celles et ceux qui subissent en premier lieu l’autoritarisme et la rĂ©pression d’État, qui sont la cible principale des extrĂȘmes droites, et qui   sont, de maniĂšre disproportionnĂ©e, les membres des minoritĂ©s ethno-raciales. Que ce soit les juif·ve·s dans les sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes de l’entre-deux-guerres, avec un antisĂ©mitisme absolument central et endĂ©mique dans la culture politique de ces sociĂ©tĂ©s, en particulier dans les Ă©lites d’ailleurs mais avec une imprĂ©gnation de l’ensemble des populations, les Noir·e·s aux États-Unis, et les musulman·e·s aujourd’hui en Europe de l’Ouest notamment.

Il n’y aura pas de renforcement de l’antifascisme, en France en particulier, s’il n’y a pas une connexion qui se crĂ©e, organique, avec les collectifs antiracistes, les collectifs de familles contre les violences policiĂšres, ou les fronts contre l’islamophobie, etc. Et d’ailleurs certains groupes antifascistes se donnent aujourd’hui cet objectif avec raison. Pendant trĂšs longtemps, on a dit : « Le FN est le pire ennemi des travailleurs.» Ce n’est pas faux, mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. La premiĂšre cible des fascistes actuels, ceux et celles qu’ils pointent comme leur « ennemi principal », ce sont les migrant·e·s, les musulman·e·s, les Rrom·e·s, et c’est en les attaquant de maniĂšre systĂ©matique (verbalement  et parfois physiquement) qu’ils bĂątissent leur rĂ©cit de la nation menacĂ©e, submergĂ©e, assiĂ©gĂ©e, en phase de dĂ©litement, etc. Si on rate ça, et si on n’est pas capable de pointer l’articulation avec le racisme systĂ©mique, de mettre en Ă©vidence le rĂŽle de l’État, on ne peut pas combattre sĂ©rieusement le fascisme, on ne peut pas s’adresser Ă  celles et ceux qui sont ciblé·e·s par l’extrĂȘme droite, et on ne peut pas non plus s’attendre Ă  ce qu’ils et elles se sentent mobilisé·e·s par le danger que reprĂ©sente le fascisme.

Omar Slaouti – Ce que j’entends souvent de la part de celles et ceux qui sont victimes du racisme en continu, c’est : « Moi, le FN/RN ne m’a rien fait dans mon quotidien. Ce que je vis en continu, c’est ce racisme dans telle ou telle institution, c’est l’islamophobie dans les mĂ©dias, dans la bouche, les actes, les dĂ©crets et les  lois, ce sont les violences policiĂšres, etc. C’est cela qui me plombe, et toutes les inĂ©galitĂ©s produites par ce systĂšme qui me prĂ©carise, m’insĂ©curise socialement, casse l’école de mes enfants et ruine notre santĂ©. » Et rĂ©guliĂšrement, elles et ils sont amené·e·s Ă  s’opposer  Ă  cette logique du systĂšme. C’est le cas de la lutte des femmes de l’hĂŽtel Ibis Batignolles: bien sĂ»r qu’il y a une dimension de classe, mais, Ă©videmment, il y a aussi une dimension de genre et de race. Et elles tiennent tous les  bouts de la lutte, ces femmes racisĂ©es, et pas de maniĂšre mĂ©canique! C’est ça la force de l’intersectionnalitĂ© : il n’y a pas de curseurs prĂ©Ă©tablis du type oĂč commence la race, oĂč commence la classe et oĂč commence le genre,  il y a une interpĂ©nĂ©tration dynamique de toutes ces oppressions jusqu’à en faire des singularitĂ©s nouvelles. Celles et ceux qui se vivent dans une lutte de confrontation avec la fascisation de l’État, mĂȘme si ce n’est pas les termes utilisĂ©s, ce sont en premier celles et ceux qui luttent aujourd’hui dans les quartiers populaires.

Les rĂ©sistances des mouvements des sans-papiers, extrĂȘmement fortes, ont contraint les syndicats Ă  devoir les suivre, et c’est une bonne nouvelle. De mĂȘme, les collectifs de lutte contre les violences policiĂšres ont  mis en exergue le racisme structurel dans la police,  et c’est ce qui a permis aux Gilets jaunes de libĂ©rer la parole sur cette violence institutionnelle : ce sont lĂ  des cadres de rencontres et d’articulations prometteurs.

Ces rĂ©sistances se retrouvent y compris dans les solidaritĂ©s alimentaires mises en place durant le couvre-feu. On a Ă©tĂ© obligĂ© de construire des solidaritĂ©s actives, communautaires, Ă  l’échelle d’un quartier, d’un arrondissement ou mĂȘme d’une ville comme Marseille, avec cette  lutte exemplaire de l’AprĂšs M oĂč la lutte des travailleurs d’un McDo a donnĂ© lieu Ă  la rĂ©quisition du restaurant pour en faire un espace solidaire. Donc ces solidaritĂ©s vivantes,  Ă©videmment,  font  peur,  et  ce  d’autant  plus lorsqu’elles sont teintĂ©es de religion musulmane, pour les raisons historiques Ă©voquĂ©es prĂ©cĂ©demment.

Je ne veux pas faire des habitant.e·s des quartiers populaires des sujets rĂ©volutionnaires par nature ou par  essence, mais objectivement, parce qu’elles et ils sont au  carrefour d’une exploitation capitaliste violente et en mĂȘme temps d’un autoritarisme raciste indĂ©niable, elles  et ils ont toutes les raisons d’en dĂ©coudre avec ce systĂšme  nĂ©olibĂ©ral en cours de fascisation. Si les quartiers populaires en France, peuplĂ©s de gens du Sud global, sont les premiĂšres victimes du nĂ©olibĂ©ralisme, ce n’est pas sans lien avec cette histoire mondiale. Le pays qui a servi de laboratoire au nĂ©olibĂ©ralisme, c’est le Chili sous Pinochet dans les annĂ©es 1970. En 1975, c’est lĂ  oĂč on en expĂ©rimente les grandes lignes, ce qui montre, pour celles et ceux  qui  en  douteraient  encore,  que  l’État  nĂ©olibĂ©ral capitaliste, probourgeois, et l’État fasciste, tortionnaire, dictatorial et militaire, ça se marie trĂšs bien ensemble. Rien d’étonnant Ă  ce que le potentiel de rĂ©sistances puisse se rĂ©vĂ©ler et exploser aux confins du monde blanc. Et en  effet, ce n’est pas Ă©tonnant que, dans l’histoire, on ait des groupes racisĂ©s d’en bas de la hiĂ©rarchie raciale, qui se retrouvent aux avant-postes de la lutte antifasciste.

On peut dire sans risque que les Noir·e·s, les Arabes, les Tsiganes opĂšrent dĂ©jĂ  des luttes antifascistes, mĂȘme si elles et ils n’y accolent pas forcĂ©ment le nom, car ils s’opposent dans tous leurs combats Ă  la police et Ă  l’armĂ©e d’un État fascisant. Restent les articulations qu’il faut construire avec toutes les rĂ©sistances  en cours ici, dans les Outre-mer colonisĂ©s et ailleurs dans le monde du Sud global, et qui sont si nĂ©cessaires  Ă  la perspective d’un monde dĂ©racialisĂ© et conjuguant toutes les Ă©galitĂ©s.

Notes

[1] SaĂŻd Bouamama, Des classes dangereuses Ă  l’ennemi intĂ©rieur, Syllepse, Paris, 2021.

[2] Olivier Le Cour Grandmaison, « Ennemis mortels». ReprĂ©sentations de l’islam et politiques musulmanes en France Ă  l’ Ă©poque coloniale, La DĂ©couverte, Paris, 2019.

[3] Sur Oriana Fallaci, voir Bruno Cousin et Tommaso Vitale, « Les intellectuels italiens et l’islamophobie», Contretemps, fĂ©vrier 2012, URL: https://www.contretemps.eu/intellectuels-italiens-islamophobie/.

[4] Pierre TĂ©vanian, Le Voile mĂ©diatique, un faux dĂ©bat : « L’affaire du foulard islamique », Raisons d’agir, Paris, 2005.

[5] Pierre Bourdieu, « Un problĂšme peut en cacher un autre. RĂ©flexions sur les affaires de voile islamique», in Interventions, 1961- 2001. Science sociale & action politique, Éditions Agone, Marseille, 2002.

[6]  Parti rĂ©volutionnaire noir fondĂ© en 1966 Ă  Oakland (Californie), notamment par Bobby Seale et Huey P. Newton.

Illustration: Syfotag Celiwe, 2016

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Source: Contretemps.eu