16 novembre 2019: Manifestation à Ispahan. Crédit photo: AFP
Depuis le 15 novembre 2019, un soulèvement populaire fait rage en Iran. La répression massive des manifestant.e.s et de leur mouvement fait en sorte que peu d’informations sortent du pays. Malgré tout, nous avons quelques bribes sur ce qui se passe là-bas. La goutte qui a fait déborder le vase est la décision du gouvernement de tripler le prix des carburants. Suite à cela, des dizaines de milliers de personnes sont descendus dans les rues dans plus de 100 localités à travers tout le pays. Toutefois, ça ne serait pas comprendre la réalité de millions de gens en Iran de croire qu’une hausse de l’essence amènerait des milliers de personnes à mettre leur vie en jeu. Depuis 40 ans, la population iranienne subit l’autoritarisme d’une oligarchie de privilégiés. Des millions d’Iraniennes et d’Iraniens vivent dans la pauvreté, le chômage et l’extrême précarité, les privant ainsi des conditions de base de vie comme l’éducation, les soins, l’alimentation et le logement. C’est dans ce contexte qu’une hausse de carburant, produit essentiel au quotidien pour bien des gens, devient l’étincelle qui met le feu aux poudres. Comme l’exprime si bien une affiche chilienne sur le soulèvement qui se déroule en ce moment au pays de Neruda: « ce n’est pas une question de 30 pesos, c’est une question de 30 ans de néolibéralisme » [1].
20 novembre 2019: banque incendiée dans le district de Karaj à Téhéran. Crédit photo: Fatemeh Bahrami – Anadolu Agency
Face aux manifestations pour abattre le régime, la République islamique utilise une violence extrême à l’aide de ses Gardes de la Révolution islamique et de milices habillées en civil connus sous le nom de Bassij. Plus de 200 manifestant.e.s ont été tué.e.s jusqu’à maintenant. La police tire à balles réelles et vise bien souvent la tête ou la poitrine. Afin de masquer le massacre et d’éviter des fuites d’images, de vidéos ou d’informations, Internet fut fermé pendant plusieurs jours par les autorités. Cette réalité est encore plus vraie dans les provinces kurdes et arabes. Ces minorités, réprimées et assassinées depuis des décennies, sont encore une fois aux premières lignes du soulèvement. Devant une répression sanglante, les manifestants et manifestantes ne prônent pas la ligne pacifiste, civile et légaliste que certains tentent de leur imposer (certains médias locaux et franges loyalistes au régime). Pour mettre à terre un régime totalitaire et militaire qui utilise le meurtre systémique, le pacifisme n’est pas la voie. Il faut employer « les grands moyens ».
Banque incendiée à Téhéran. Crédit photo: Reuters/Wana news agency
20 novembre 2019: Magasins incendiés à Téhéran. Crédit photo: Atta Kenare/AFP
16 novembre 2019: Manifestation à Téhéran. Crédit photo: Reuters
Ni impérialisme américain, ni impérialisme iranien! 
Les classes opprimées d’Iran et des autres pays du Moyen-Orient ne se laissent pas berner par le rôle d’anti-impérialiste contre les Américains que peut se donner la République islamique. Les manifestant.e.s dénoncent à la fois l’impérialisme américain via les sanctions imposées et les interventions de l’Iran dans les régions voisines.
16 novembre 2019: blocage dans la ville d’Ispahan. Crédit photo: AFP
16 novembre 2019: blocage d’un autoroute à Téhéran. Crédit photo: Reuters
Dernières nouvelles venant d’Iran 
Le 18 novembre dernier, des étudiants de l’université de Téhéran ont affronté les forces répressives du régime (Gardiens de la révolution, milice Bassij et police anti-émeute). Le but de ce rassemblement était de réunir les étudiants et étudiantes afin de marcher vers la place Enghelab afin de rejoindre d’autres manifestant.e.s. Lors des affrontements, plusieurs personnes ont été arrêtées, dont la militante Soha Morteza’i qui a fait un sit-in le 17 novembre afin d’exiger de pouvoir continuer ses études.
Les étudiants et étudiantes de l’université de Kachan ont également organisé un rassemblement en solidarité avec le soulèvement général, tout comme les étudiants et étudiantes des universités libres de Gohardacht à Karadj, Khorasgan à Ispahan, Oroumieh, Radja’i, Tabriz, Sanandadj et Téhéran. Au total, il y a eu des actions dans 117 villes iraniennes.
Nous apportons notre soutien aux manifestantes et manifestants qui combattent dans le but de mettre fin à l’autoritarisme et à l’impérialisme du gouvernement iranien et à la militarisation de leur société ainsi qu’à tous les systèmes de domination qui limitent leur liberté et leur émancipation.
[1] L’augmentation de 30 pesos du tarif de métro a engendré un soulèvement populaire au Chili.

Article publié le 26 Nov 2019 sur Ucl-saguenay.blogspot.com