Février 7, 2018
Par Brest Media Libre
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Invitation à se rencontrer « en OFF » le 10 février, 11h : à La masacrée (FNxD281)

Mouvement, où est ta victoire ?

Invitation à se rencontrer “en OFF” le 10 février, 11h : à La masacrée (FNxD281)

Le communiqué du mouvement du 17 janvier fanfaronne : « Il s’agit bien d’une victoire historique face à un projet d’aménagement destructeur. »

Certes, le projet d’aéroport a été abandonné, et c’est un soulagement dans le monde des tritons et des salamandres. Et encore, nous y reviendrons. Certes, c’est une victoire de la lutte contre l’aéroport de Notre Dame des Landes.

Mais beaucoup d’entre nous avons lutté.e et soutenu la lutte contre l’aéroport et son monde. Le monde capitaliste, pour dire vrai, le monde des inégalités économiques et sociales, le monde de l’oppression et de l’exclusion. Cette lutte-là est-elle victorieuse ? Et si elle ne l’est pas, comment peut-elle quand même rayonner vers d’autres luttes contre de grands projets inutiles et imposés ?

Cette lutte est-elle victorieuse contre VINCI ?

Vinci sort gagnant de cette situation : non seulement, il touchera des centaines de millions d’euros de compensation pour l’abandon du projet, non seulement il engrangera les profits liés à la modernisation de l’aéroport Nantes-Atlantique, mais il va négocier sa montée en capital dans la gestion des Aéroports (ADP), imposant à l’État de devenir minoritaire dans la gestion aéroportuaire… On comprend que Vinci soit des plus conciliants dans cette affaire !

Est-ce donc une victoire remportée sur le monde de l’exploitation, des profits, sur le monde de l’aéroport ?


Cette lutte est-elle victorieuse contre l’État ?

Beaucoup de celles et ceux qui ont lutté contre l’aéroport voudraient que l’abandon du projet signifie aussi l’abandon de la lutte contre le monde capitaliste. Déjà se dessinent les luttes dans le domaine de la propriété privée, pour la mainmise sur le foncier entre les paysan.ne.s de la Confédération Paysanne et les agriculteur.ice.s de la FNSEA. Rappelons que l’agriculture, bio ou conventionnelle, n’existe qu’encadrée par des normes édictées par les administrations de l’État et que la propriété privée n’existe que garantie par l’État. Illes vont négocier avec un État qui organise depuis des décennies la disparition des paysan.ne.s les plus fragiles, notamment par la normalisation des productions. Déjà se pointe à l’horizon la lutte pour le contrôle de la Chambre d’Agriculture 44 (élections en janvier 2019). La ZAD sera un champ de bataille agricole.

Parmi les occupant-es de la ZAD, se dessinent aussi des luttes de pouvoir. L’autogestion a donné lieu a de nombreuses groupes-assemblés-comissions. Les inégalitées de classes n’ont pas disparues pour autant, et certain.e.s profitent de ces structures décisionelles tandis que d’autres s’en sentent exclu.e.s. Dans les assemblées, les positions dominantes sont les moins radicales et les plus diluées.

Ce qui manquait à ces fractions dominantes du mouvement pour obtenir la légitimité de la part du gouvernement, c’est évidemment la démonstration qu’elles étaient en mesure d’instaurer l’ordre sur la Zone, l’ordre du mouvement se rapprochant de celui de l’État. C’est ainsi que l’on peut comprendre le nettoyage de la D281, véritable épreuve de force au sein du mouvement.

Là ou en 2012 l’état s’était embourbé, il peut aujourd’hui compter sur des intermédiaires à l’intérieur du mouvement pour pacifier la résistance radicale et normaliser la zone. Le contrôle qu’exerce l’État se retrouve donc progressivement facilité, et même mis en œuvre, sur la ZAD. Les fractions dominantes du mouvement se sont mises en marche vers l’État qui les reconnaît maintenant comme interlocutrices potentielles. Ce qui ne préjuge pas des suites…

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