Mai 20, 2019
Par Lundi matin
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1795, broyer la RĂ©volution

« C’est en vain qu’on voudrait le dissimuler plus longtemps, tout nous prouve qu’une tyrannie nouvelle s’élĂšve sur les dĂ©bris du trĂŽne, tout nous prouve qu’au but sublime de la RĂ©volution, le Bonheur commun, l’on a substituĂ© cette devise atroce, le bonheur du petit nombre fondĂ© sur la misĂšre du peuple. Nous Ă©prouvons dĂ©jĂ  les effets dĂ©sastreux d’un pareil ordre des choses, et les maux iront toujours en croissant Â» [1]

Ainsi s’exprimait Gracchus Babeuf en 1796. Constatant le tournant conservateur, libĂ©ral et ouvertement Ă©litiste pris par la RĂ©volution depuis 1795, le thĂ©oricien du « communisme de rĂ©partition Â» [2] et ses comparses se posaient en vĂ©ritables opposants du Directoire. Souvent dĂ©crite comme le « retour Ă  la normale Â» aprĂšs deux ans de supposĂ©e « Terreur Â», la pĂ©riode du Directoire broie en quelques annĂ©es toutes les idĂ©es sociales, progressistes, Ă©mancipatrices et Ă©galitaires de la RĂ©volution française : fin du maximum des prix qui jugulait l’inflation quotidienne des produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ© ; abrogation de la loi du 10 juin 1793 qui envisageait un partage Ă©galitaire des communaux hĂ©ritĂ©s de l’Ancien RĂ©gime ; mise en place de la libertĂ© de circulation des marchandises chĂšre aux physiocrates, etc. Pour Boissy d’Anglas, leader politique et idĂ©ologique du Directoire, il faut mettre un terme Ă  tout « systĂšme d’attaque contre les propriĂ©taires Â» : conformĂ©ment Ă  ses vƓux, le Directoire sera le gouvernement des propriĂ©taires. La Res Publica est devenue « la propriĂ©tĂ© des puissants et des spĂ©culateurs, une Res Privata des riches Â» [3].

La Constitution de 1795 rĂ©tablit le suffrage censitaire, consacrant de fait la propriĂ©tĂ© privĂ©e comme accĂšs Ă  la reprĂ©sentation politique. Alors que les rĂ©volutionnaires de 1793 bornaient la propriĂ©tĂ© au droit Ă  l’existence, le Directoire tranquillise les propriĂ©taires qui tremblaient deux ans plus tĂŽt Ă  l’idĂ©e de voir leurs domaines communisĂ©s. Ce « retour Ă  la normale Â» dĂ©possĂšde le peuple d’un pouvoir politique en cours d’acquisition, notamment avec lesdites « sociĂ©tĂ©s populaires Â» qui avaient Ă©mergĂ© dans tout l’hexagone depuis 1790. À partir de 1795, toute sociĂ©tĂ© populaire est proscrite. Puisque la pĂ©riode dite de la « Terreur Â» est assimilĂ©e Ă  « l’anarchie Â», on en profite pour liquider sans mĂ©nagement la Constitution de 1793, ce « code de sang Â» selon Boissy d’Anglas : Ă©trange « code de sang Â» – par ailleurs jamais appliquĂ© Ă  cause de la guerre –, soi-disant liberticide et dictatorial, qui permet la dĂ©libĂ©ration des citoyens dans les assemblĂ©es primaires [4], organise l’opposition et reconnaĂźt l’insurrection populaire comme Ă©tant « le plus sacrĂ© des droits et le plus indispensable des devoirs Â». Le peuple de Paris a d’ailleurs vite saisi les intentions du nouveau rĂ©gime, lorsque le 20 mai 1795, il occupe la Convention en exigeant « du pain et la Constitution de 1793 Â», tue d’un coup de pistolet le dĂ©putĂ© FĂ©raud (responsable de l’approvisionnement de Paris), le dĂ©capite et agite sa tĂȘte au bout d’une pique devant Boissy d’Anglas, alors prĂ©sident de l’AssemblĂ©e. « L’insurrection de prairial Â» marque un tournant car, pour la premiĂšre fois, les Ă©meutiers s’en prennent directement Ă  un reprĂ©sentant du peuple, assimilĂ© dĂ©sormais aux contre-rĂ©volutionnaires et autres affameurs du peuple. Plus fondamentalement, c’est « le cycle de la souverainetĂ© populaire en actes ouvert en 1789 Â» qui s’achĂšve. En effet, cette insurrection, reliĂ©e Ă  la Terreur et Ă  « l’anarchie Â» est l’occasion pour le Directoire « d’exclure le peuple du politique et de lĂ©gitimer le projet d’une rĂ©publique sans ’’anarchie’’, c’est-Ă -dire sans dĂ©mocratie, dominĂ©e par les propriĂ©taires Â» [5].

Le Directoire exprime une volontĂ© d’ordre – moral et social. Le Code des dĂ©lits et des peines [6] dĂ©finit la police comme l’autoritĂ© instituĂ©e pour « maintenir l’ordre public, la libertĂ©, la propriĂ©tĂ©, la sĂ»retĂ© individuelle Â» [7]. DĂšs le 2 janvier 1796, un ministĂšre lui est entiĂšrement consacrĂ© : le ministĂšre de la Police gĂ©nĂ©rale de la RĂ©publique. CrĂ©er un ministĂšre de la police pose la question de « l’autonomie technique des pratiques ordonnatrices de la sociĂ©tĂ© Â». En d’autres termes, la police, auparavant moyen et instrument du ministĂšre de l’IntĂ©rieur, devient par la crĂ©ation de son propre ministĂšre une fin en soi. Une nouvelle importance est donnĂ©e Ă  la force rĂ©pressive et au maintien de l’ordre : de service prĂȘtĂ© Ă  la cause de l’État, la force de police devient « un centre de volontĂ© autonome Â» [8].

Truander, c’est d’abord une nĂ©cessitĂ©

Le Directoire, c’est d’abord la montĂ©e des inĂ©galitĂ©s entre les couches populaires et lesdits « honnĂȘtes gens Â». La fin de l’annĂ©e 1794 Ă  l’étĂ© 1796 est probablement le moment le plus dĂ©sastreux de la RĂ©volution [9]. À Nantes, l’arrivĂ©e du Directoire se fait sentir dans la politique menĂ©e par la municipalitĂ©. Alors que la citĂ© compte plus de 77 000 habitant·e·s, l’assistance aux indigent·e·s est peu Ă  peu supprimĂ©e. Le prix du pain augmente et le 12 aoĂ»t 1796, le conseil municipal dĂ©cide qu’il ne sera plus livrĂ© de pain pour les pauvres, comme on le faisait pourtant depuis deux ans [10]. En octobre 1796, la municipalitĂ© lance au dĂ©partement :

« Oui, nous osons l’assurer, Nantes restera tranquille tant qu’elle aura du pain ; mais si elle vient Ă  en manquer nous ne pouvons rĂ©pondre de rien. Quatre vingt mille hommes ne mourront pas tranquillement de faim Â» [11]

Iels ne meurent pas tranquillement de faim et n’ont dĂ©sormais plus aucune attente envers le gouvernement. La vie de nombreux·ses Nantai·se·s peut ĂȘtre qualifiĂ©e de « fragile Â» tant leur existence se trouve Ă  la croisĂ©e des faibles revenus, des logements temporaires, et du pain incertain. La rue est largement investie par les classes populaires qui, faute d’avoir de l’espace Ă  l’intĂ©rieur, vivent essentiellement dans l’espace public. La rue est aussi un espace de travail, pour les artisan·e·s, pour les marchand·e·s, pour les vendeur·euse·s Ă  la sauvette, pour les voleur·euse·s Ă  la tire, pour les travailleuses du sexe. Le pavĂ©, c’est une « ressource stratĂ©gique Â» [12]. Pour les dit·e·s dĂ©linquant·e·s, la rue est aussi protectrice : le guet est en effet bien impuissant face Ă  l’opacitĂ© du tissu urbain [13]. Les possibilitĂ©s sont multiples et variĂ©es mais peuvent avoir tendance Ă  dĂ©boucher sur des agissements et des comportements situĂ©s en dehors de la lĂ©galitĂ© qu’on peut qualifier de « stratĂ©gie de survie Â» [14]. Le vol, le larcin, l’escroquerie tĂ©moignent d’une capacitĂ© d’agir face aux difficultĂ©s de la vie. Il y a lĂ  aussi une forme de contestation sociale, non pas forcĂ©ment pensĂ©e, mais de fait car « l’insĂ©curitĂ© forme une menace, et souligne la disponibilitĂ© d’un assez grand nombre d’individus Ă  se situer en marge des lois Â» [15].

Quoi de plus offensant pour le rĂ©gime des propriĂ©taires qu’est le Directoire que le vol ? Quoi de plus outrancier qu’une atteinte Ă  la propriĂ©tĂ© privĂ©e lorsque la RĂ©publique n’est plus que l’union « de [celleux] qui partagent un mĂȘme intĂ©rĂȘt matĂ©riel Ă  la dĂ©fendre Â» [16] ? Pour Arlette Farge, si cette criminalitĂ© est crainte, c’est qu’elle concentre en son sein « un potentiel d’agressivitĂ© sociale Â» de la part de celleux qui se trouvent lĂ©gĂšrement au dessus du minimum vital mais qui peut facilement se transformer en une forme de contestation sociale [17].

« Le vol est si rĂ©pandu qu’il devient un caractĂšre structurel de la vie Ă  Paris [au XVIIIe siĂšcle] : c’est une Ă©vidence menaçante pour ses habitants, et un indice non nĂ©gligeable du conflit social latent. Paris n’est pas une ville remplie d’assassins et de meurtriers ; ce n’est pas la terreur physique qui rĂšgne dans ses rues ; mais elle fourmille de petits dĂ©trousseurs de toutes sortes, isolĂ©s ou organisĂ©s en bandes efficaces Â» [18]

Ce constat peut ĂȘtre transposĂ© Ă  la citĂ© des Ducs pendant le Directoire. Le vol est le premier motif d’incarcĂ©ration Ă  Nantes entre 1795 et 1799, faisant des voleur·euse·s et prĂ©venu·e·s de vol la premiĂšre population de la prison du Bouffay [19]. Dans le Code PĂ©nal de 1791, une trentaine d’articles sont consacrĂ©s au vol. En 1771, Daniel Jousse dĂ©finissait le vol comme « toute soustraction et enlĂšvement frauduleux du bien d’autrui, dans le dessein de se l’approprier ou de s’en servir, sans le consentement de celui Ă  qui il appartient Â» [20]. Y compris sous l’Ancien RĂ©gime, la justice prit la peine de distinguer les diffĂ©rents type de vols : le vol domestique, le vol de deniers, le vol d’aliments, le vol avec ou sans effraction, le vol qualifiĂ© – c’est Ă  dire commis avec des circonstances aggravantes etc. Ces distinctions sont reprises dans le Code pĂ©nal, amenant Ă  une gradation des sanctions [21].

Sous le Directoire, la loi du 21 mai 1796 accentue la rĂ©pression contre le vol en statuant que « toute tentative de vol (
) sera punie comme si le vol avait Ă©tĂ© consommĂ© Â» [22]. Allant de pair avec l’affermissement du libĂ©ralisme Ă©conomique et l’amoindrissement de la dimension sociale de l’État rĂ©volutionnaire, cette lĂ©gislation se donne pour objectif d’annihiler toute tentative de vol. L’orientation prise par les rĂ©volutionnaires aurait pourtant pu ĂȘtre tout autre. Marat avait par exemple arguĂ© que les lois ne peuvent ĂȘtre justement appliquĂ©es que si tou·te·s les citoyen·ne·s ont les moyens de subsister sans les violer :

« le soin de sa propre conservation est le premier des devoirs de l’Homme ; vous-mĂȘmes n’en connaissez point au-dessus : qui vole pour vivre, tant qu’il ne peut faire autrement, ne fait qu’user de ses droits Â» [23]

Michel Foucault, Ă  travers la notion d’illĂ©galismes, a mis en avant la diffĂ©renciation de la rĂ©pression selon la nature des dĂ©lits, qui corroborent bien souvent la situation Ă©conomique et sociale du « dĂ©linquant Â». Dans Surveiller et Punir, il observe avant la RĂ©volution une montĂ©e de la fraude aux dĂ©pens de la violence physique. Ce mouvement global aurait fait dĂ©river l’illĂ©galisme « de l’attaque des corps Â» vers « le dĂ©tournement plus ou moins direct des biens Â» [24]. Un double mouvement se serait alors mis en place : les crimes semblent perdre de leur violence, tandis que les punitions s’allĂšgent par leur intensitĂ©, au prix d’interventions multipliĂ©es pour des dĂ©lits plus mineurs. Emmanuel Leroy-Ladurie, allant dans le mĂȘme sens, affirme que la justice devient au XVIIIe siĂšcle « plus lente, plus lourde, plus sĂ©vĂšre au vol, dont la frĂ©quence relative a augmentĂ©, et envers lequel elle prend dĂ©sormais des allures bourgeoises de justice de classe Â» [25]. DĂšs lors, la criminalitĂ© des masses tend Ă  ĂȘtre une criminalitĂ© des franges et des marges populaires, autrement dit des pauvres. Et ce, d’autant plus que la rĂ©forme pĂ©nale s’accompagne d’une « nouvelle Ă©conomie du pouvoir de chĂątier Â» oĂč les circuits judiciaires tendent Ă  diffĂ©rencier les peines : alors que les illĂ©galismes des droits tendent Ă  se rĂ©gler par des amendes, les illĂ©galismes des biens se concluent rĂ©guliĂšrement sur des peines de prisons. Ainsi Michel Foucault nous invite Ă  concevoir le systĂšme pĂ©nal « comme un appareil pour gĂ©rer diffĂ©rentiellement Â» les infractions Ă  la loi. Cette diffĂ©renciation rĂ©sulte du principe qui sous-tendrait la peine de prison. Celle-ci serait calculĂ©e non pas en fonction du crime, mais de sa rĂ©pĂ©tition possible. Less incarcĂ©rations ne viseraient pas spĂ©cifiquement l’offense passĂ©e mais le dĂ©sordre futur, qu’il soit rĂ©cidive ou reproduction du geste par autrui. La criminalitĂ© et la dĂ©linquance dont il sera question ici ne sont pas violentes, mais largement reproductibles : on vole plus facilement qu’on ne tue.

La chasse aux pauvres et aux voleur·euse·s n’est en rien contemporaine Ă  la pĂ©riode rĂ©volutionnaire. En 1656 naissait l’HĂŽpital gĂ©nĂ©ral pour enfermer et nourrir les pauvres ; un siĂšcle plus tard, les dĂ©pĂŽts de mendicitĂ© voyaient le jour, mĂȘlant travail forcĂ©, perte de libertĂ© et assistance sanitaire. Dans les villes, prĂ©vĂŽts, archers des hĂŽpitaux, et portiers des villes se donnaient pour objectif de nettoyer les rues : les pauvres devaient devenir invisibles. On passait ainsi « de la visibilitĂ© accusatrice de la mendicitĂ© errante Ă  l’invisibilitĂ© tranquille de la pauvretĂ© enfermĂ©e Â» [26].

DerriĂšre le malheur de ces gen·te·s, l’incarcĂ©ration des voleur·euse·s est pour nous la parfaite anti-chambre pour les rencontrer. Ce qui arrache ces vies de la nuit, c’est la rencontre avec le pouvoir, ce pouvoir

« qui a guettĂ© ces vies, qui les a poursuivies, qui a portĂ©, ne serait-ce qu’un instant, attention Ă  leurs plaintes et Ă  leur petit vacarme, et qui les a marquĂ©es d’un coup de griffe, c’est lui qui a suscitĂ© les quelques mots qui vont nous en rester Â»

 [27].

Ces noms inscrits sur les registres des prisons, ce sont ceux des indignes, des infĂąmes, des truand·e·s, des chapardeur·euse·s, des filou·e·s, des malandrin·e·s. Ce sont celleux qui, n’ayant rien, dĂ©cident de prendre, au dĂ©pens de toute propriĂ©tĂ©. Celleux qui, dĂ©lié·e·s de tout, rompent un supposĂ© contrat social qui n’eut jamais cure d’eux.

Rencontre avec les voleur·euse·s nantais·e·s du Directoire [28]

Ce ne sont pas, pour la plupart, des dĂ©lits violents : on ne braque pas Ă  main armĂ©e pour voler du linge ou un cordage. Dans la rue, on repĂšre les lieux, on tend la main pour attraper le linge, puis l’on disparaĂźt dans la foule. Marie Colas, dite « sans-Ă©tat Â» est Ă©crouĂ©e pour avoir seule :

« furtivement volĂ© de dessus l’étalage, et en dehors de la boutique du citoyen Sirois, marchand, rue Fontanelle, une piĂšce de mouchoir pour en faire son profit Â»

On détrousse subtilement les passants tel le journalier Jean-Marie Hervé

« prĂ©venu d’avoir [
] fouillĂ© dans les poches de plusieurs citoyens qui Ă©taient sur la promenade la bourse et d’y avoir volĂ© un mouchoir qu’il cacha prestement dans la ceinture de sa culotte Â»

On guette les cargaisons des charrettes qui traversent la chaussĂ©e et l’on s’empare d’un paquet mal attachĂ© comme Catherine Vilain

« prĂ©venue d’ĂȘtre voleuse ou receleuse de toiles Ă  tamis et pleins de soye volĂ©es [
] au citoyen Dufort sans effraction de neuf Ă  onze heures du matin sur la charet en une malle dans la cour de l‘Auberge de la Boule d’or sur les ponts [sic] Â»

Les boutiques et Ă©choppes sont aussi des lieux propices au vol, surtout en hiver lorsque la rigueur du froid fait dĂ©serter les trottoirs. Elles sont le plus souvent exiguĂ«s et Ă  l’abri des regards. Pierre-Jacques Sarrasin, serrurier nantais, est mis en dĂ©tention

« prĂ©venu d’avoir volĂ© un fer Ă  repasser exposĂ© dans la boutique du citoyen Garin demeurant rue Rubens n°60. Vol vers 1 heure de l’aprĂšs midi [sic] Â»

Certains semblent d’ailleurs revenir plusieurs fois dans la mĂȘme boutique pour agrandir leur butin telle la veuve Bonamy

« sans Ă©tat demeurant en cette commune Rue de l’Orme prĂ©venue de s’ĂȘtre introduite dans la boutique ouverte du citoyen Boileau Ă©picier de la rue Bon Secours et d’y avoir volĂ© successivement environ 100 livres de tabac Â»

Au travail, on glisse subrepticement dans sa poche ou dans un sac l’objet dĂ©sirĂ©. Les domestiques incarcĂ©rĂ©s pour vol le sont tou·te·s pour des dĂ©lits commis sur leur lieu de travail. Perrine Renaudin, domestique demeurant Nantes, entre au Bouffay

« prĂ©venue d’avoir pendant l’absence du citoyen Pomerai et femme chez qui elle servait dans le mois de vendĂ©miaire dernier volĂ© des hardes et des effets de leur domicile [sic] Â»

Certains domestiques ont la main lourde comme Mathurin Guibert

« accusĂ© d’avoir volĂ© des couettes, des bas des mouchoirs dans les maisons de diffĂ©rents particuliers et soupçonnĂ©s d’avoir volĂ© deux livres de laines blanches dans la maison ou il est Ă  servir Ă  la Limouziniere Â»

Les ouvriers et journaliers rĂ©cupĂšrent eux aussi du matĂ©riel et des objets en tout genre sur leurs lieux de travail. ClĂ©ment Gabory est ouvrier forgeron et habite Ă  Nantes, dans le quartier de Bel Air. À l’automne 1796, il entre au Bouffay

« prĂ©venu d’avoir Ă  diverses fois volĂ© du fer et de l’acier dans les ateliers de la manufacture de Belair oĂč il est employĂ© comme ouvrier Â»

Anne Leroy est, elle, ouvriĂšre chez un cordonnier. Elle profite visiblement de ce travail pour organiser un grand systĂšme de recel, vues les quantitĂ©s volĂ©es. Le 10 aoĂ»t 1797, la voilĂ  en prison, accusĂ©e d’avoir :

« pendant qu’elle Ă©tait au service chez Claude Penchon, marchand cordonnier Ă  Nantes, Rue Gretry n°17, volĂ© deux paires de bas de laine, un bonnet rond de dentelle, deux chemises neuves de femmes, deux mouchoirs Ă  rayures rouges et blanches, un troisiĂšme de coton rouge et bleu tous lesquelles effets trouvĂ©s dans son paquet gros de son dĂ©part de chez le dit Penchon et d’avoir volĂ© en outre environ 80 paires de souliers d’hommes, de femmes, et d’enfants pendant qu’elle Ă©tait chez lui Â»

De nombreux vols ont aussi lieu dans les habitations temporaires occupĂ©es par les prĂ©caires que sont les chambres garnies. Ces chambres sont louĂ©es avec un peu de mobilier et du linge, notamment de la literie. Le vol en chambre garnie offre l’avantage d’éviter toute effraction : on se trouve lĂ©galement sur les lieux et il ne reste plus qu’à prendre les objets escomptĂ©s. De nombreux autres vols s’effectuent sans la moindre violence, notamment dans les jardins et les cours. Pierre Boutin, condamnĂ© Ă  six mois de prison par le tribunal correctionnel, est jugĂ© coupable d’avoir

« volĂ© dans les premiers jours du mois de ventĂŽse dernier sans fracture et de jour des linges et des vĂȘtements dans le jardin du citoyen Forestier Â»

La lingĂšre Marie Latouche guette, elle, les habits et vĂȘtements qui sont Ă  sĂ©cher dans les jardins et les cours intĂ©rieures. Elle est mise en maison de correction pour avoir

« volĂ© dans la cour de la veuve Renard une jupe blanche que Louise GuetĂ© avait mise Ă  sĂ©cher sur la haye, d’avoir le lendemain volĂ© une jupe brune qu’on avait mis Ă  sĂ©cher dans la cour de la femme de Jean Marhai aubergiste du Vieux bailler d’avoir en outre le mĂȘme jour volĂ© deux oreillers que la femme de Michel Poulet avait mis Ă  l’air sur la fenĂȘtre de sa chambre size Rue de Rennes [sic] Â»

Les voleur·euse·s n’hĂ©sitent aussi pas Ă  s’introduire dans les demeures et les manufactures par effraction. Ces vols ont le plus souvent lieu la nuit. François Desmortiers est ainsi prĂ©venu

« d’avoir le [4 mai dernier] entre neuf Ă  dix heures du soir, seul et sans arme, escaladĂ© la muraille du jardin de la manufacture de coton Ă©tablie Ă  Bel Air n°30, d’avoir volĂ© deux cents neuf Ă©chevaux de coton blanc filĂ© (
) lesquels Ă©taient Ă©talĂ©s sur l’herbe dans diverses allĂ©s de ce jardin et de les avoir ensuite vendus en affirmant se les ĂȘtre procurĂ©s par le moyen d’échange d’autres marchandises qu’il avait en sa possession Â»

Vivre par le vol, vivre pour le vol ?

La prĂ©dominance des vols de linge et de matĂ©riel en tout genre indique le but premier de ces vols : le recel et la revente. Le vol permet d’avoir un complĂ©ment de revenu. Ce ne sont gĂ©nĂ©ralement pas des vols de subsistances. Louise Saladin, infirme, est par exemple prĂ©venue d’avoir

« seule, et pendant qu’elle Ă©tait en journĂ©e chez le Citoyen Danet nĂ©gociant, Rue Jean-Jacques Rousseau, volĂ© quantitĂ© de trois piĂšces de mouchoirs des Indes (
) un parapluie gorge de pigeon et du beurre qu’elle a vendu a son profit, le tout sans effraction Â»

La revente de produits volĂ©s nĂ©cessite bien souvent une organisation : il faut une personne pour voler, une autre pour receler, une autre pour vendre. Certaines organisations peuvent ĂȘtre l’histoire d’un soir, d’autres sont sĂ»rement plus structurĂ©es. Jean Cornet, ouvrier cordier est prĂ©venu d’avoir

« [Ă ] environ neuf heure du soir en complicitĂ© de deux inconnus enlevĂ©s de la grande corderie du Citoyen BrĂ©e tenant indirectement Ă  la maison habitĂ©e de ce dernier plusieurs paquet de chanvre et de les avoir ensuite jetĂ©e dans une corderie de couverte du mĂȘme propriĂ©taires ou ces deux inconnus devaient se trouver pour les jeter en dernier lieu au domicile du dit Cornet [sic] Â»

Les trois individus semblent donc assez organisĂ©s – quoique pas suffisamment pour Ă©chapper Ă  la police – : Cornet est cordier et vole dans la corderie oĂč il travaille, les lieux lui sont connus. Les deux autres « inconnus Â» l’attendent Ă  un point Ă©tabli auparavant. MalgrĂ© leur coordination, l’opĂ©ration Ă©choue. L’objectif Ă©tait a priori de revendre les paquets de chanvre volĂ©s.

On peut dĂ©celer, Ă  travers le registre d’écrou, certains rĂ©seaux. Madeleine Guigo, aussi appelĂ©e Marie-Louise Proust ou Veuve Proust, semble baigner dans ce type de milieu. De 1795 Ă  1798, elle est incarcĂ©rĂ©e Ă  quatre reprises, Ă  chaque fois pour du vol, avant d’ĂȘtre condamnĂ©e Ă  plusieurs annĂ©es de prison pour des faits de prostitution. Les diffĂ©rentes mentions du registre d’écrou permettent d’entrevoir les liens de cette femme que rien ne semble arrĂȘter, pas mĂȘme la prison. Le 20 novembre 1795, elle entre au Bouffay pour ĂȘtre « prĂ©venue de vol Â» : visiblement acquittĂ©e, elle sort de la maison d’arrĂȘt le 3 dĂ©cembre. Cinq mois plus tard, elle rĂ©apparaĂźt dans le registre, prĂ©venue

« d’avoir recelĂ© et vendu plusieurs des effets volĂ©s au domicile de Jean Ory en cette commune Â»

Ce rĂŽle de voleuse-receleuse se confirme ensuite. Le 21 janvier 1797, elle est arrĂȘtĂ©e pour un vol de tabac. Elle est prĂ©venue

« de s’ĂȘtre introduite dans la cour ouverte du Bon pasteur d’y avoir volĂ© un poids de 50 livres et d’avoir colportĂ© sciemment chez Le Gros Ă©picier de tabac volĂ© par la Bonamy Â»

Cette fois-ci Madeleine Guigo ne s’en sort pas et purge une peine de six mois de prison ferme Bouffay : elle sort en 30 juillet 1797. La peine ne semble pas la dissuader de cesser ses activitĂ©s de vol et de recel. Le 14 mai 1798, elle rĂ©apparaĂźt sur l’écrou, prĂ©venue

« d’avoir [19 septembre 1797] en complicitĂ© de Joseph Winkler avec qui elle vivait, volĂ© plusieurs effets dĂ©pendant des deux chambres garnies qu’ils avaient louĂ©es au citoyen Doche, tailleur au port au Vin, n°1 en cette commune, dans lesquelles ils ont demeurĂ© pendant deux jours et d’avoir recelĂ© huit chemises trouvĂ©s en son dernier par le juge de paix du 5Ăš arrondissement lors de sa prĂ©sentes, lesquels font partie du vol commis le deux de ce mois chez la Citoyenne Vrillard Rue Jean Jacques Rousseau n°12 en cette commune par Joseph Winkler qui demeurait chez elle [sic] Â»

Joseph Winkler, prĂ©posĂ© aux douanes, avait lui Ă©tĂ© incarcĂ©rĂ© le 25 avril 1798 prĂ©venu de cinq vols diffĂ©rents. Les deux comparses parviennent Ă  Ă©chapper Ă  la condamnation et sortent libres du Bouffay le 29 mai 1798. Madeleine Guigo sera Ă  nouveau incarcĂ©rĂ©e le 5 dĂ©cembre 1798, accusĂ©e d’ĂȘtre « une femme publique Â» ainsi que de « receler un Ă©vadĂ© des chiourmes de Brest Â» : elle dĂ©cĂšde Ă  l’hospice du Bouffay le 11 fĂ©vrier 1809.

Si le recel semble ĂȘtre l’objectif de la plupart des vols, certains larcins semblent toutefois rĂ©pondre Ă  des besoins primaires. Julie Morion, fileuse habitant rue CrĂ©billon, entre ainsi au Bouffay

« prĂ©venue d’avoir volĂ© des fruits et lĂ©gumes dans la campagne avec un sac aprĂšs le coucher et avant le lever du soleil avec rĂ©cidive depuis moins d’une annĂ©e du 29 au 30 prairial de ce mois Â»

Elle sort de prison un mois plus tard. Marie Duffay est pour sa part

« prĂ©venue d’avoir le [3 septembre 1798] environ sept heures et demie du matin dans la vigne du Citoyen Viaud cuilly des raisins qu’elle emportait dans plusieurs paniers Ă  mains [sic] Â»

JugĂ©e Ă  la fin de l’étĂ© 1798, elle est convaincue de vol de fruits et de viol de propriĂ©tĂ© : elle Ă©cope Ă  ce titre de trois mois de prison ferme. Des vols a priori spontanĂ©s ayant pour but d’assouvir des besoins immĂ©diats ont aussi lieu au cƓur du centre-ville nantais. Louis Lamant, « marchand sans patente Â» demeurant dans le Marchix, est arrĂȘtĂ©

Similairement, la journaliĂšre Anne Clauziers arrive au Bouffay le 9 dĂ©cembre 1796

« prĂ©venu[e] de s’ĂȘtre introduite dans l’intĂ©rieur de l‘appartement du citoyen Quenille aubergiste place des agriculteurs n°22 environ 6 h du soir d’y avoir volĂ© trois ou quatre tasses de terre, une bouteille de biĂšre et deux morceaux de lard dont elle a Ă©tĂ© trouvĂ©e saisie Â»

Les « sans-parts Â» et l’Histoire

On peut s’approcher de ces Nantais·e·s du XVIIIe qui, par le vol, trompent un rĂ©el fait de misĂšre, s’auto-organisent pour survivre, et subvertissent le quotidien. Leurs vols dĂ©voilent les difficultĂ©s rencontrĂ©es par une partie de la population qui ne parvient pas Ă  couvrir ses besoins par l’unique voie lĂ©gale. On peut attraper ce « monde grouillant et quasi-insaisissable que la justice immobilise le temps d’un procĂšs et d’une condamnation Â» [29], ces individus qui battent le pavĂ© pour survivre, qui faute d’avoir vĂ©cu la RĂ©volution, vivent sous la RĂ©volution – ou peut ĂȘtre les deux.

Ce sont essentiellement des stratĂ©gies de survie qui sont criminalisĂ©es une fois la RĂ©volution embourgeoisĂ©e et vidĂ©e de son contenu social. DĂšs lors apparaissent des portraits de Nantais·e·s qui mettent un pied de nez au Directoire en passant par l’illĂ©galitĂ© pour subsister. Si l’on considĂšre qu’un groupe fait machine de guerre « lorsqu’il devient hétérogène aux appareils d’État et à leurs procédures d’administration et de contrôle du champ social Â» [30], l’apprĂ©hension de nombreux individus par le systĂšme policier peut dĂšs lors apparaĂźtre comme un acte de guerre sociale, voire de guerre civile, si on accepte – avec Sophie Wahnich – d’élargir la notion de guerre civile Ă  l’ensemble des pratiques sociales et politiques qui anĂ©antissent le lien social, « qui dĂ©truisent la libertĂ© comme rĂ©ciproque, fondement de l’égalitĂ©, et conduisent Ă  un Ă©tat de guerre, c’est-Ă -dire de rapports de forces et non de droit Â» [31].

Guerre sociale pendant le Directoire surtout, ce rĂ©gime ayant pour principal objectif d’asseoir la rĂ©publique bourgeoise et ses valeurs : la propriĂ©tĂ© privĂ©e et l’ordre public. Il faut avoir Ă  l’esprit que deux ans auparavant, les gen·te·s faisaient des taxations populaires sans ĂȘtre inquiĂ©té·e·s : iels arrĂȘtaient les convois de denrĂ©es, fixaient le prix eux-mĂȘmes, et en cas de refus du prix imposĂ©, iels se servaient. Sous le Directoire, voler du pain et un morceau de lard peut conduire en prison. La rĂ©pression du vol Ă  la fin de la RĂ©volution française indique l’importance sociale de la propriĂ©tĂ© et le potentiel subversif intrinsĂšque au vol. Le dĂ©veloppement de l’incarcĂ©ration fait entiĂšrement partie de la naissance de l’État français sur les cendres de la RĂ©volution. Enfermer, c’est en partie crĂ©er l’État. Voler, c’est rompre avec l’État ?

Se plonger dans les archives de la rĂ©pression, c’est aussi historiciser une pratique, la replacer dans un temps long pour finalement peut ĂȘtre pouvoir se dire : « au fait, on a toujours volĂ© non ? Â» RĂ©cits du pire et de l’ordinaire, d’audace mais surtout de misĂšres, les archives rĂ©pressives – police, justice, enfermements – sont des portes ouvertes vers l’autre passé·e. C’est la possibilitĂ©, « Ă  ras de drame Â», de se confronter aux existences et singularitĂ©s passĂ©es des prĂ©caires, des galĂ©rien·ne·s, des filou·e·s, des marginaux en tout genre. Les archives rĂ©pressives s’érigent en « lieu-frontiĂšre Â» oĂč l’on voit des mondes s’affronter et un ordre s’affirmer. C’est aussi un « lieu-frontiĂšre Â» entre l’avant et le prĂ©sent. Lire ces archives, c’est dĂšs lors peut-ĂȘtre toucher et voir la scĂšne, se faire complice et ami·e. C’est accepter que s’établisse un partage entre « [celleux] qui sont parlé·e·s dans les textes et [celleux] qui lisent ces textes Â» [32]. C’est l’irruption des « sans-parts Â» d’avant dans le bavardage historique des dominant·e·s [33]. C’est l’énonciation de scĂšnes d’urgence et du dĂ©rangement d’un ordre impossible Ă  respecter.

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[1G. Babeuf dans L’éclaireur du peuple, 12 ventĂŽse an IV, citĂ© par M. Ragon, Histoire de la littĂ©rature prolĂ©tarienne de langue française, Paris, Albin Michel, 1986 [1974], p. 71.

[2M. Belissa, Y . Bosc, Le Directoire. La RĂ©publique sans la dĂ©mocratie, Paris, La Fabrique, p. 68 – 78. On appelle communisme de rĂ©partition la collectivisation des fruits des propriĂ©tĂ©s particuliĂšres de chacun en vue d’une redistribution gĂ©nĂ©rale. Ce communisme est distinct du communisme de production qui prĂ©suppose une collectivisation prĂ©alable des moyens de production. Pour aller plus loin sur Babeuf et la « Conjuration des Ă©gaux Â», voir C. Mazauric, Babeuf et la conspiration pour l’ÉgalitĂ©, Paris, Éditions Sociales, 1962.

[3Ibid., p. 134.

[4L’article 59 de la Constitution de 1793 stipule qu’une loi ne peut ĂȘtre validĂ©e si, dans la moitiĂ© des dĂ©partements plus un, le dixiĂšme des assemblĂ©es primaires s’y oppose. Dans les grandes villes comme Paris, les assemblĂ©es primaires correspondent aux sections. Ibid., p. 38.

[5Ibid., p. 35-36.

[6Promulgué par 1796, le Code des Délits et des Peines est une réactualisation du Code Pénal de 1791. Il sera remplacé par le Code Pénal napoléonien de 1810.

[7Code des délits et des peines, livre I, art . 16 .

[8P. Napoli, Naissance de la police moderne, Paris, La DĂ©couverte, 2003, p. 233-240

[9G. Lemarchand, L’économie en France de 1770 Ă  1830. De la crise de l’Ancien RĂ©gime Ă  la rĂ©volution industrielle, Paris, Armand Colin, 2008, p. 154.

[10G. Blandin, Le pain du pauvre Ă  Nantes, 1789-1799. De la charitĂ© Ă  l’assistance publique ou la RĂ©volution face Ă  la pauvretĂ©. Nantes, Ouest-Editions, 1992 p. 78 – 82.

[11Archives DĂ©partementales de Loire-Atlantique (ADLA), L. 318 – Police générale du canton de Nantes, Correspondance et rapports, dossier n°2, f°21 : Compte rendu sur l’esprit public Ă  Nantes, 3e dĂ©cade de vendĂ©miaire an IV.

[12C. Plumauzille, Prostitution et révolution. Les femmes publiques dans la cité républicaine (1789-1804), Paris, Champ Vallon, 2017, p. 50.

[13A. Farge, Vivre dans la rue à Paris au XVIIIe siùcle, Paris, Gallimard, 1992 [1979], p. 191 – 245, ici p. 194.

[14L. Fontaine , « Une histoire de la pauvretĂ© et des stratĂ©gies de survie Â», Regards croisĂ©s sur l’économie 2008/2, n° 4, p. 54‑61.

[15A. Farge, Le vol d’aliments à Paris au XVIIIe siùcle, Paris, Plon, 1974, p. 115.

[16M. Belissa, Y . Bosc, op. cit., p. 47. Lucide, Boissy d’Anglas ajoute que seuls ceux qui possĂšdent une propriĂ©tĂ© seront attachĂ©s aux lois qui la conservent et au rĂ©gime qui la protĂšge, alors que « l’homme sans propriĂ©tĂ© Â», celui qui n’est rien « a besoin d’un effort constant de vertu pour s’intĂ©resser Ă  l’ordre qui ne lui conserve rien.  Â».

[17A. Farge, op. cit., p. 115.

[18Ibid., p. 112.

[19La prison du Bouffay – situĂ©e entre l’actuelle place du Bouffay et la place Sainte-Croix, Ă©tait la principale prison nantaise pendant tout l’Ancien RĂ©gime ainsi que pendant le Directoire. On y trouvait en moyenne entre 100 et 200 dĂ©tenu·e·s.

[20D. Jousse, Traité de la justice criminelle, Paris, Debure, 1771, cité par A. Farge, Le vol (
) op. cit. p. 31

[21A.C. Guichard, Dictionnaire de la police administrative et judiciaire et de la justice correctionnelle, T.I Paris, Librairie CloĂźtre HonorĂ©, 1796, p. 423 – 429. (Consultable sur https://archive.org)

[22Idem, p. 429.

[23J-P. Marat, Plan de lĂ©gislation criminelle, Paris, Rochette, 1790, PremiĂšre partie « De l’obligation de se soumettre aux lois Â» p. 5.

[24M. Foucault, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975, p. 78-80.

[25E. Leroy-Ladurie, Contrepoint, 1978 citĂ© par M. Foucault, op. cit. p. 79.

[26G. Chamayou, Les chasses à l’homme, Paris, La Fabrique, 2010, p. 121.

[27M. Foucault, « La vie des hommes infĂąmes Â», Dits et Ă©crits, 1954-1988. Paris, Gallimard, T. III (1976-1979), 1994, p. 237-252, ici p. 240.

[28Les piĂšces d’archives prĂ©sentĂ©es ici proviennent des archives carcĂ©rales nantaises de la fin du XVIIIe siĂšcle. Archives dĂ©partementales de Loire-Atlantique (ADLA), L. 865 Ă  L. 874.

[29A. Farge, Le vol (
) op. cit. p. 120.

[30Voir G. Sibertin-Blanc, « Ă‰tat et gĂ©nĂ©alogie de la guerre : l’hypothĂšse de la ’’machine de guerre’’ de Gilles Deleuze et FĂ©lix Guattari Â», AstĂ©rion, 3 | 2005.

[31S. Wahnich, « Sauver ceux qui pleurent Â», LibĂ©ration, 8 fĂ©vrier 2017

[32A. Farge, Le cours ordinaire des choses dans la cité du XVIIIe siÚcle, Paris, Le Seuil, 1994.

[33Le mois de fĂ©vrier 2019 est, Ă  cet Ă©gard, plutĂŽt riche : le 13 fĂ©vrier 2019, Gauthier Aubert, historien moderniste « spĂ©cialiste des rĂ©voltes populaires Ă  l’époque moderne Â», mais bien incapable de comprendre les rĂ©voltes de son temps, s’est illustrĂ© par une agression raciste envers un Ă©lĂšve mobilisĂ© contre la hausse des frais d’inscription pour les Ă©tudiant·e·s Ă©trange·re·s. Le 7 fĂ©vrier, sur France Inter, Patrick Boucheron, spĂ©cialiste de l’histoire culturelle des Ă©lites mĂ©diĂ©vales dĂ©crivait le mouvement des gilets jaunes comme « une surprise, un vacillement Â» : « surprise de classe Â» lui rĂ©torqua magistralement un auditeur.




Source: Lundi.am