Octobre 21, 2021
Par Contrepoints (QC)
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De tout temps, les terriens ont chanté
De tout temps, les animaux nous parlent
De tout temps, les plantes nous observent

Nous écrivons depuis ici et ailleurs, ensemble. D’espaces où nous pouvons apprécier des formes de lenteurs et de vitesses auparavant inimaginables. 
À la rencontre du vivant, de ce qu’il reste, de ce qui revient, ravive.

Il nous a fallu patience et observation pour écouter parler Geai bleu, Ver de terre et Sauterelle en amis. C’est que comme nous, les vivants – Terriens sont traversés de pratiques, de rapports, d’histoires et de façons comme de manières d’être vivant. De loup qui érige derrière lui laissées en blason, signifiant au reste du cosmos sa présence et ses intentions, à castor qui construit un monde de possibles à partager avec truites et orignaux. C’est en diplomates que nous sommes respectivement venu.e.s à nous rencontrer.

À vouloir joindre nos devenirs, devenant nous-mêmes Colibri à gorge rubis, maillant outils, matériaux, savoirs et vivacité d’esprit à l’élaboration d’un art de la charpente: métamorphosant en oeuvre vernaculaire le noeud de branche qu’on appelle maison, un murmure venant de la terre commençait à résonner plus fort qu’un tonnerre de juillet. C’est que nous commencions à entendre les vivants conspirer, tramer et mettre à jour les avancées d’un ennemi trop puissant. Leur analyse complète, raffinée au fil des siècles par des troupeaux de caribous, est partagée sur le reste du continent par les Esturgeons, Dorés, Femmes, Hommes et enfants qui voyagent d’est en ouest sur le fleuve et en ses terres.

Un ami disait récemment qu’il y a deux camps, ceux qui se battent du côté de la mort, et ceux qui se battent du côté de la vie. Nous tenterons ici de donner la parole à ceux que nous savons liés à nos vies et à celle de nos enfants.

 

21 juin 2021,

un photographe de Saskatoon érige un drapeau canadien sur un sentier quotidiennement emprunté par des familles de castor. Il souhaite capturer l’animal avec le blason colonial par excellence. Le castor avait un autre plan en tête. Il pose, regarde la caméra puis commence à piller le drapeau. Nous le voyons ensuite s’enfuir avec son trophée de guerre. C’est que lui aussi a entendu l’appel au blocage des chefs héréditaires wet’suwet’en, lancé un an plus tôt. #shutdowncanada

27 septembre 2021,

Google est forcé de s’afficher vaincu, face aux volées incessantes de corbeaux qui arrivent continuellement à mettre hors d’usage les drones de livraison de l’entreprise.Cette fois c’est à l’appel des résidents de Bonython auxquels les corbeaux répondent, en effet, les habitant.e.s du territoire avaient affirmé plus tôt cette année : that if the government did not do something about them, they would shoot them down.

 

29 octobre 2020,

un petit orignal est aperçu sur les terres où nous vivons. Chose étonnante puisque les populations d’orignaux sont quasi inexistantes depuis plus de trente ans ici. Nous venions à peine de revenir d’un voyage de quelque temps en territoire anishnabe, rendant visite à une famille de traditionalistes, avec qui nous avons appris les méthodes ancestrales de fabrication de sucre d’érable. L’ainé de la famille nous apprenait qu’ils avaient signé une entente avec le gouvernement pour un moratoire de trois ans sur la chasse à l’orignal sur leur territoire. Un an plus tôt, nous étions à leur côté lorsque des hordes de chasseurs blancs et de flics venaient nous intimider, les défenseurs de la forêt. Nous avons envoyé la photo à nos ami.e.s de  La Vérendrye, voici leur réponse : He’s showing you respect… 
Nous savons que le veau est venu célébrer la victoire du moratoire avec nous. 

S’ il nous est difficile de donner la parole aux espèces non humaines avec qui nous co-évoluons, mais que l’intuition persiste que c’est chose possible, c’est que les Castors, Orignaux et Érables sont toujours humains. C’est nous qui avons cessé d’être animal. Un soir autour d’un feu lors du blocage pour le moratoire sur la chasse à l’orignal, un ami inuit nous racontait un rêve qu’il avait fait quelque temps plus tôt: Il marche dans la forêt, arrivé devant une rivière il rencontre un ami de l’autre côté de la rive. Une discussion s’en suit, les deux potes parlent de la forêt, des coupes à blanc, de colonisation et du taux de suicide effroyable chez les jeunes des premières nations. À la fin de leur discussion, chacun prenant un chemin différent, une dernière question vient à l’esprit de notre camarade: On fait quoi avec les blancs? Son compagnon lui répond- Nous devons leur rappeler qu’eux aussi viennent de la forêt. 

Comment se rappeler les dizaines de milliers d’années de co-évolution? Comment se rappeler le langage qui habite ces terres, nos corps endormis et l’ensemble du vivant? Une langue qui est faite de temps, de partage et de communauté… 
Si nous avons subi une déchirure en cessant d’être animal, il est toujours possible de pousser nos devenirs à se mailler. En développant des relations avec les peuples qui jonchent le sol des forêts. En (ré)actualisant nos traités d’alliance avec les nations d’arbres et de champignons. 

Nous savons que les animaux et les plantes répondent à nos appels, et qu’ils continueront à le faire. C’est qu’un contrat nous lie depuis des temps immémoriaux. Celui de protéger coûte que coûte tout ce qui vit. Beaucoup d’entre nous l’ont oublié. Dans les prochains temps, nous ferons le travail de se le rappeler. 

À suivre




Source: Contrepoints.media