Novembre 10, 2022
Par Paris Luttes
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Nous devons gagner la jeunesse !

L’UPML a pu interviewer un camarade de l’UPC-Manidem [1] concernant la situation de le jeunesse au Cameroun et leurs activitĂ©s militantes. Les deux organisations sont membres et coopĂšrent dans la Coordination internationale des organisations rĂ©volutionnaires (ICOR). La confĂ©rence continentale de l’ICOR Afrique a dĂ©cidĂ© d’organiser une confĂ©rence de la jeunesse africaine en 2023 Ă  Nairobi au Kenya.

UPML : Quelle est la situation de la jeunesse au Cameroun ?

Samuel [2] : Le Cameroun a 25 millions d’habitants et les trois quarts de cette population sont jeunes c’est-Ă -dire l’ñge varie entre 15 et 40 ans. Comme dans beaucoup de pays, la jeunesse supporte des problĂšmes les plus dures de la sociĂ©tĂ©. Elle est au premier rang pour affronter les problĂšmes de prĂ©caritĂ©, de chĂŽmage, d’exploitation et surtout de chair Ă  canon dans les diffĂ©rentes guerres que nous impose la dictature de YaoundĂ© (la capitale du Cameroun) car elle est en avant des belligĂ©rants.

Comme beaucoup de pays, le Cameroun subi ce que l’on appelle la « mondialisation Â». Notre pays doit faire face Ă  deux adversaires. L’impĂ©rialisme Français, sa volontĂ© de dominer les Africains d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale et les camerounais en particulier, n’existe pas du fait d’une sorte de dĂ©sĂ©quilibre mental dont seraient frappĂ©s les reprĂ©sentants de l’État français et des Ă©lus français. La volontĂ© de dominer naĂźt du seul fait des intĂ©rĂȘts français Ă  prĂ©server en Afrique et au Cameroun. Or ces intĂ©rĂȘts sont AVANT TOUT ET EN GRANDE PARTIE ceux des grands groupes qui opĂšrent dans les secteurs miniers, financiers, industriels. Ces groupes exigent de l’État français, pourtant « garant des grands principes de la RĂ©publique Â» (Egalite, LibertĂ©, FraternitĂ©, Droits de l’Homme, etc.), qu’il veille Ă  leur rĂšgne en Afrique, afin que leurs affaires prospĂšrent indĂ©finiment.

DeuxiĂšmement les serviteurs des nĂ©o-colons qui ont remplacĂ© les anciens colonisateurs. Ce sont des individus qui ne sont venus Ă  la politique que pour le pouvoir et la fortune – comme cela se trouve aussi ailleurs dans le monde –, et qui par leur faible implantation populaire font d’emblĂ©e le choix de se mettre sous la protection de certains États impĂ©rialistes plus prĂ©cisĂ©ment l’État français. En vertu de quoi de tels dirigeants africains s’engagent Ă  servir les intĂ©rĂȘts prĂ©tendument de ces États-lĂ  qui ne sont pourtant que ceux des groupes monopolistes ; mĂȘme si ces intĂ©rĂȘts sont contraires Ă  ceux de leurs propres populations. Plusieurs puissances y sont impliquĂ©es, dont toujours la France avec ses partenaires. C’est le grand capital qui agit Ă  travers les nĂ©o-colons et qui travaille pour pouvoir perpĂ©tuer sa domination.

La jeunesse se bat et rĂ©siste. Une partie de la jeunesse malgrĂ© toutes les difficultĂ©s pense que les choses vont bouger un jour. Elle y travaille au niveau local et dans diffĂ©rents secteurs. Ce n’est pas la majoritĂ©, mais elle donne de l’espoir.

UPML : On voit en Europe des jeunes immigrĂ©s arriver aussi du Cameroun

Samuel : Les problĂšmes d’existence font qu’au Cameroun, il y a divers mouvements de migration : l’exode rural, la campagne se vide et les personnes ĂągĂ©es seules restent dans les villages. Il y a aussi la migration dans les pays voisins et enfin il y a l’émigration vers l’Europe Ă  travers la mer dangereuse et en prenant beaucoup de risques parce qu’ils pensent y trouver l’Eldorado. Tout cela Ă  cause de l’absence d’alternatives : car, pour beaucoup ils ne peuvent faire de bonnes Ă©tudes Ă  cause de la vie dure, pas faire du sport Ă  cause des infrastructures ni s’évader dans les loisirs. La boucle est bouclĂ©e.

UPML : Mais actuellement s’ouvre le Coupe d’Afrique des Nations (CAN), compĂ©tition de foot-ball au Cameroun ?

Samuel : Pour la CAN, 4 stades flambant neufs ont Ă©tĂ© construits dans le pays et d’autres rĂ©novĂ©s – pour le prestige du pouvoir, pas pour la masse des jeunes qui manque du minimum pour se soigner et s’alimenter. Le stade d’Olembe BaptisĂ© Paul-Biya proche de YaoundĂ© a coĂ»tĂ© entre 300 et 350 millions d’euros, c’est le stade le plus cher d’Afrique ! Pour comparaison, les coĂ»ts du stade de France proche de Paris ont Ă©tĂ© de 260 millions d’euros. Un nouveau scandale politique s’ouvre dans un pays, oĂč deux tiers de la population vit sous le seuil de pauvretĂ©.

UPML : que pense la population, surtout la jeunesse de la crise dans votre pays. Quelles idĂ©es existent sur un changement Ă  venir ?



Image : Une foule de Camerounais·es faisant face Ă  la camĂ©ra lĂšve leurs mains et scande.

Samuel : Au Cameroun, la situation n’est pas trĂšs diffĂ©rente que dans d’autres pays africains. Beaucoup sont occupĂ©s par la survie au quotidien ce qui les Ă©loigne de rĂ©flĂ©chir sur le futur. Une frange de la jeunesse espĂšre dans la religion, c’est un grand problĂšme. Les Ă©glises et mosquĂ©es sont majoritairement frĂ©quentĂ©s par les jeunes et les femmes. Les Ă©glises vendent de l’espoir et leur message est que plus tu crois en JĂ©sus ou Mohamed, mieux tu iras demain. Il y a plein de charlatans-pasteurs qui les trompent et en abusent en vendant des rĂȘves dans des miracles. Il y a mĂȘme des nouvelles formes d’églises qui apparaissent et prospĂšrent, comme l’Église du rĂ©veil.

UPML : Et des positions plus politiques, une opposition contre Biya ?

Samuel : Le gouvernement Biya est un sujet, mais il reste souvent tabou Ă  cause de la rĂ©pression sur la population. Par exemple plusieurs jeunes camarades ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s aprĂšs une rĂ©union et ont passĂ© plus de quatorze mois en prison et jugĂ©s au tribunal militaire oĂč ils ont Ă©tĂ© accusĂ©s d’attroupement rĂ©volution et tentative de rĂ©bellion. Avec cet acte de la dictature, plusieurs jeunes voient la politique comme un potentiel danger pour leur vie. Ainsi, militer dans un autre parti politique que celui au pouvoir parait ĂȘtre Ă©tiquetĂ© et tu ne risques jamais trouver un emploi.

UPML : Comment travaillez-vous dans des conditions difficiles ? Vous organisez les vendredis noirs pour la libĂ©ration des camarades en prison ou l’appel des mĂšres contre la guerre dans le Nord-Est/Sud-Est.

Samuel : Notre mot d’ordre est « Un autre Cameroun est possible, d’autres choix sont nĂ©cessaires. Â» Pour pouvoir faire d’autres choix, il nous faut aider les masses Ă  s’organiser et les Ă©duquer. MĂȘme si les conditions sont difficiles, cet engagement, il nous faut le tenir parce que seulement par cette voie le peuple camerounais peut ĂȘtre libĂ©rĂ©. Nous allons le plus possible vers les masses, faire un travail de persuasion dans un contact Ă©troit. Certains jeunes vont aussi dans les villages plus grands, y vivent pendant un un certain temps avec la population et surtout les jeunes pour apprendre Ă  les connaĂźtre et pour leur prĂ©senter le programme de l’UPC. Une fois la confiance installĂ©e, c’est plus facile de convaincre.

Nous travaillons avec les jeunes filles et femmes sur les violences de genre, par exemple dans le nord du Cameroun oĂč ces violences sont frĂ©quentes liĂ©es Ă  la culture et aux conflits avec les groupes fascistes-terroristes comme Boko Haram.

UPML : Merci beaucoup pour cet interview, camarade, qui montre toute l’importance de la confĂ©rence ICOR pour la jeunesse. On vous souhaite beaucoup de succĂšs pour ce projet !




Source: Paris-luttes.info