A l’arrivée à Opéra à 14h le ton est donné. Quelques brigades de flics patrouillent et contrôlent tout ce qui ressemble à un sans papier (autrement dit dès qu’un mec noir passe par là). Une nasse d’une trentaine de personne se forme avec un panier à salade à côté. Le dispositif policier est néanmoins très allégé par rapport à ce qu’on a pu connaître. Visiblement, la préfecture a pensé qu’on serait 400. Erreur.

A quelques centaines de mètres de là, un plus gros groupe se rassemble, cette fois sans être nassé. Ce groupe est composé à 95 % de sans papiers et de militants des foyers. L’extrême gauche reste invisible, elle se montrera un peu plus tard dans la manif.

Le groupe grossit sous surveillance policière mais dans une ambiance bon enfant. Une nasse s’est semble t-il créée derrière les lignes de flics. La situation est néanmoins confuse. En parallèle d’autres personnes essaient de se rassembler vers Opéra. C’est un peu plus tendu puisqu’on a des échos de camarades présents là-bas qui se font gazer. On apprend également qu’un cortège de sans papiers au départ de Montreuil et qui tentait de joindre à pied République (le terminus de la manif) depuis Nation s’est fait charger aux alentours de Charonne.

Le cortège au départ de la Madeleine

Du coup le groupe de Madeleine décide après de multiples tergiversations de repartir vers Opéra. On est un gros cortège d’au moins un millier de personnes. La remontée se fait pleine de dynamisme : on nous entend de loin, le pas est déterminé. Une fois arrivé·e·s place de l’Opéra les affrontements qui étaient en cours à ce moment-là continuent un peu mais l’équipe de voltigeurs présents sur place décide sagement de se calmer au vu de la masse de personnes présentes. Il faut dire que le cortège est de plus en plus gros. Le flics ne peuvent rien. Ils avaient visiblement pas prévu ça. On est maintenant plusieurs milliers. Il semble bien que plein de gens attendaient dans les rues adjacentes. Les flics n’ont d’autres option que de nous laisser partir rue du 4 septembre. Rue du 4 septembre c’est justement le parcours qui avait été déposé en préfecture et interdit. On va donc faire une manif dans les clous de ce qui avait été déposé, mais sans autorisation. De toute façon maintenant on est trop nombreux et nombreuses pour que les flics puissent faire n’importe quoi. On est plus de 5000 a priori (c’est le chiffre que donnera la préfecture à l’issue de la journée). L’ambiance est super bonne et le soleil qui tape fort nous aide bien. Les slogans « solidarité avec les sans papiers » résonnent bien haut, le cortège fait du bruit sur tout le parcours. Les distances de plus d’un métre ne peuvent pas être respectés, il y a trop de monde. Par contre on a pas vu une seule personne à cette manif sans masque.

Les flics, impuissants jusqu’à la moelle, ne se montrent quasiment pas le long du cortège et sont contraints d’envoyer un hélico (pas très cop21 tout ça) pour voir où et combien on est dans Paris. En fait ils savent très bien et l’hélico ne sert à rien c’est juste pour nous foutre la pression. Un coup de pression qui coûte cher au contribuable [En 2014 le prix de l’heure d’hélico de la gendarmerie était évalué à 1500 euros environ] et un coup de pression totalement inutile puisqu’il ne sert qu’à enclencher les vivas de la foule à chaque passage.

Le cortège se finit tranquillement à République où d’autres sans papiers nous attendent déjà. L’ambiance, ponctuée de tambour et de chant est au beau fixe. Une vingtaine de minutes après l’arrivée de notre cortège à République, un autre gros cortège venant d’Ivry et ayant fait le parcours après nous arrive. La place de la République est pleine ; on s’y attarde pas beaucoup de notre côté — en revanche du monde reste sur la place — car la pref a semble-t-il mis un peu plus de moyen sur la place : des rangées de CRS sont positionnées sur toutes les sorties, et on sent que ça peut se transformer en nasse.

Place de la République, 30 mai 2020

Arrivée de la marche des solidarités

Serge D’Ignazio

Un peu plus tard, on voit des camions de pompier filer vers République, et on voit un cortège d’une centaine de sans-papiers se faire pousser avenue de la République par des CRS. Là encore, à chaque poussée, on voit le racisme des flics qui n’interpellent que les personnes racisées. Une vingtaine de personnes se feront embarquer au croisement avec la rue Jean-Pierre Timbaud.

Au final, la préfecture a communiqué sur 92 arrestations. C’est beaucoup. On a eu très peur car de nombreuses personnes sont sans papiers. Ces derniers sortaient tous peu à peu. Il était en effet compliqué de leur mettre quelque chose sur le dos. Il n’y a eu aucune dégradation et pas d’affrontements réels avec les flics. Qui plus est, il a été noté une formidable solidarité entre les interpellé.es. Tout le monde a refusé de donner ses papiers (quand les gens en avaient) ce qui a obligé les flics à embarquer tout le monde. Dans les bus, les gens se sont organisés, ont monté une liste de personnes afin de transmettre les identités à la légal team. Très grosse organisation.

En conclusion on peut noter que les sans papiers ont montré une détermination sur laquelle nous devons prendre exemple. Leurs faculté d’organisation et de solidarité contraste avec les difficultés d’organisation inhérentes à leur conditions (horaires de travail, vie dans les foyers…) et jette un éclairage sévère sur l’incapacité à offrir des cadres organisationnels et collectifs de la part de l’extrême gauche dans toute ses tendances. Extrême gauche qui a été encore trop peu présente. Peur des flics ? Nous ne risquons pourtant pas grand-chose par rapport à des sans papiers qui peuvent se faire expulser du jour au lendemain. Peur du virus ? Et eux, ils n’ont pas de raisons de se faire contaminer ?

La séquence de lutte qui s’ouvre va être déterminante. Prochain rendez vous d’ampleur le 16 juin avec les soignant·e·s !!!


Article publié le 01 Juin 2020 sur Paris-luttes.info