Un vent de révolte souffle du côté de Hong Kong. Toutefois, ce mouvement reste difficile à analyser. Les médias français ne permettent pas de comprendre ses véritables enjeux. Les grilles d’analyse de la guerre froide sont dépoussiérées. Pour les médias bourgeois, Hong Kong lutte contre une dictature communiste et défend le modèle de la démocratie occidentale. Pour les débris du stalinisme, la révolte se réduit à un fourrier de l’impérialisme américain dans un des épicentres de la finance mondialisée. Mais la réalité se révèle bien différente. 

D’abord la Chine, loin de l’idéal communiste, est traversées par d’importantes inégalités sociales. A Hong Kong, la jeunesse n’a même plus les moyens de se loger. Le coût de la vie s’ajoute à la précarité et aux bas salaires. Hong Kong ressemble davantage à une métropole occidentale sur ce point. Ensuite, l’Etat chinois reste autoritaire et limite la liberté d’expression.

Des textes comme un entretien avec le Workers Group ou avec des militants anarchistes peuvent permettre d’éclairer ce mouvement. Il existe une lutte dans la lutte à Hong Kong comme ailleurs. Toutes les personnes qui participent au mouvement ne partagent pas les mêmes intérêts. Le mouvement se compose d’une petite bourgeoisie intellectuelle, composée notamment par les professions libérales comme les avocats. Cette catégorie sociale reste la plus visible et la plus médiatique. Elle est à la pointe de la défense des libertés publiques. Elle dénonce surtout l’emprise de l’Etat chinois et son autoritarisme.

Ce groupe social reste pourtant minoritaire. Les prolétaires défendent également les libertés, socle consensuel du mouvement. Mais ils dénoncent surtout la vie chère et les loyers élevés. Cette composante comprend des jeunes et des précaires qui attaquent également le capitalisme, au moins ses excès.

Ces deux composantes expriment également des pratiques de lutte différentes. La petite bourgeoisie très influente s’inscrit dans la lignée du mouvement des parapluies de 2014. Cette protestation se réduit à la défense des libertés publiques sans évoquer les problèmes sociaux. Elle s’appuie sur des leaders et des petits chefs qui réclament le soutien des Etats occidentaux. Son organisation reste hiérarchisée et défend le pacifisme, le nationalisme et le légalisme.

Mais la révolte de 2019 comprend surtout des exploités qui mettent en avant les problèmes sociaux. Cette révolte s’appuie sur la spontanéité et l’auto-organisation. De nouvelles pratiques de lutte émergent. Le mouvement lance des journées de grève active, avec des blocages de flux de circulation. Ce sont surtout les affrontements spectaculaires avec la police qui sont montrés par les médias bourgeois comme par les gauchistes. Néanmoins, le mouvement ne se contente pas de se défendre face à la police d’un régime autoritaire. C’est surtout le capitalisme qui est attaqué.

L’avenir du mouvement reste incertain. Comme le processus engagé en Algérie, de nouvelles perspectives peuvent s’ouvrir. Des grèves actives et des structures d’auto-organisation peuvent permettre d’obtenir des victoires. Mais la lutte à  doit également s’élargir à la Chine continentale secouée par un récent passé de luttes. Mais le racisme anti-immigrés révèle toutes les limites de ce mouvement. La force de ces mouvements peut également encourager d’autres révoltes dans le monde.

Sommaire n°39 :

Anticolonialisme et lutte des classes

Messalisme et nationalisme algérien

Contre-insurrection au Cameroun

Luttes sociales aux Antilles

Mai 68 en région

Le scandale de Strasbourg et les situationnistes

L’explosion de Mai 68 à Lyon

Le gauchisme lyonnais des années 1968

Nouveaux codes amoureux

L’idéologie des magazines féminins

Sites de rencontres et amours numériques

Sex friends et amour moderne

Imaginaires populaires

Fantasy et imaginaire écologiste

Martin Scorcese et le cinéma américain


Article publié le 03 Oct 2019 sur Zones-subversives.com