Si les colères populaires ne se comparent pas, elles n’en sont pas moins parentes au titre de l’arbre des droits de l’homme où chacune est cet oiseau de printemps posé sur sa plus fière branche.

C’est le plus souvent d’une urgence que sont poussées ces colères. C’est toujours à s’énoncer avec la plus grande clarté et concision qu’on les reconnaît. Pour qui peut, sait, veut bien entendre ce qu’urgence implique de souffrance vécue au point qu’une fin de mois se confonde avec une fin de monde, aucune ambiguïté ne veille, (comme tant de suicidés de la société nous en informent quotidiennement dans la plus grande indifférence).

Tel un éclair dans un nocturne orage, l’urgence recouvre aussitôt ce qu’elle éclaire de la nuit qui l’a fait naître (nuit de désarroi, de doute, de risque, jusqu’au motif de survivre…). Et c’est à cet instant précis que tous les abrités, les protégés, les assurés, les sécurisés mais les inquiets de l’éclair, s’assemblent et se rassemblent, quelles que soient leurs divergences voire oppositions notoires… pourquoi ? Pour protéger d’un « entre chien et loup » savamment orchestré, le fil de l’eau d’un système destructeur, apprivoisant son agonie.

Ainsi d’un extrême à l’autre de l’échiquier « politiquard » des analyses y compris « radicales », est prononcé ce qu’on veut qui soit entendu de l’urgence détachée de sa nuit.

Tous en rang sur les plateaux retiennent, répètent, scandent la légitimité d’un « mieux être », d’une « meilleure fin de mois », d’un « Noël mieux décoré pour les enfants », d’un « avenir mieux acclimaté aux caprices de la nature », le tout, insidieusement inscrit dans un système « mieux adapté au débat » de figure démocratique…

Mais que reste-t-il de ce qui fut entrevu grâce à l’éclair, de la parenté des colères, de l’oiseau, de son droit à l’arbre de l’Homme en tout respect des natures (animales, végétales, minérales…) ? Que reste-t-il ?

Depuis la lucidité recouvrée dans la colère, que discerne-t-on de la fin d’un système, procure de la fin d’un mois comme fin du monde ? Quelle blessure refoulée par le discours « humanitariste » sur la colère légitime, occulte le couteau sous la plaie ? Quel soleil couleur de la colère est ainsi peu à peu associé à un vulgaire projecteur d’événements ? Sous quelle lumière noire, le théâtre politicien veut-il encore obstruer la nuit éclairante de la colère ? Par quelle illusion d’une simple lacune dans la démocratie, efface-t-on ses faussaires ?

Au nom de cette parenté des colères qui résonnent mondialement depuis les si nombreux bords de révoltes, nous n’avons besoin ce jour que de questions inattendues contre des réponses « solutionnantes ».

Nous avons besoin d’interroger nos patiences devant un système qui mène à une fin de monde, et trompe l’Être de toute une humanité par l’attente et l’espoir d’un mieux manger qui viendrait de ce même système.

Nous avons besoin de ne plus entendre le discours consensuel qui veut panser la plaie sans extraire le couteau. Nous avons besoin de ne plus voir les boucles d’informations imagées, faire leurs nœuds-coulants autour des ronds-points débatteurs. Nous avons besoin quelques instants durant, de ne plus toucher « la toile » afin de laisser la révolte de la nuit nous éclairer par toutes les couleurs des visages en colères, ici, à Alger, Athènes, Buenos Aires, Caracas…

Laissez-nous regarder les rires devant les rancœurs, entendre les chants devant les cris, relever les paroles du silence dans les plaintes, citer les gens de peu devant les héros… Osons…osons simplement, peut-être simplement en ces jours incertains mais de méditation, échapper à la mémoire confuse, risquer la mémoire sélective et préférer Vallès à Zola ; ce même Vallès du » cri du peuple », voyant : « cette révolution qui passe tranquille et belle comme une rivière bleue… »

Ecoutons de l’oiseau, son chant de parenté avec l’arbre de tous les printemps d’ailleurs dans l’ici-même.

Reconnaissons du jour son poème futur.

Philippe Tancelin

17 novembre 2019