DĂ©cembre 9, 2020
Par Bure Bure
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Nous relayons ici un article au sujet de Stocamine paru sur rue89strasbourg.com. Cet article fait trĂšs Ă©chos Ă  la lutte contre CigĂ©o. Il est question d’enfouissement de dĂ©chets « ultimes Â» Ă  500m de profondeur, de galeries qui s’effondrent, de rĂ©cupĂ©ration de dĂ©chets, de pollution des eaux et de questionnement sur la mise en danger des ouvrier.e.s. Stocamine c’est un projet d’enfouissement de dĂ©chets industriels en Alsace oĂč des militants pour la rĂ©cupĂ©ration des dĂ©chets sont venus prĂ©senter leur lutte aus festivals Les Burelesques en 2018. Depuis, des opposant.es Ă  CigĂ©o leur ont donnĂ© le change en allant Ă  leurs manifestations. Le lien entre ces deux luttes proches gĂ©ographiquement est Ă©vident. En relayant cet article nous montrons notre soutien Ă  cette lutte, et vous invitons Ă  aller faire un tour sur leur site internet: https://www.destocamine.fr/

La dĂ©cision sur l’avenir des « dĂ©chets ultimes Â» entreposĂ©s dans les anciennes mines de potasse Ă  Wittelsheim est imminente. La pression augmente autour de la ministre Barbara Pompili.

Le gouvernement remontera-t-il Ă  la surface une partie des milliers de tonnes de dĂ©chets toxiques enterrĂ©s de maniĂšre « rĂ©versible Â» dans l’ancienne mine de potasse Ă  Wittelsheim ? Ou laissera-t-il les galeries s’effondrer sur ces barils et Ă  terme communiquer avec la nappe phrĂ©atique d’Alsace ? La dĂ©cision de la ministre de la Transition Ă©cologique Barbara Pompili est imminente, pour la fin de l’annĂ©e 2020 ou dĂ©but 2021. Et nombre de parties prenantes craignent qu’un confinement total du sous-sol soit privilĂ©giĂ©.

Quand François de Rugy gagnait du temps


Rappel du contexte : dĂ©but 2019, le gouvernement annonce avec fracas qu’il s’apprĂȘte Ă  enterrer dĂ©finitivement tous les dĂ©chets entreposĂ©s Ă  Stocamine, le nom du site ouvert en 1997, interrompu suite Ă  un incendie en 2002. Un revirement spectaculaire par rapport Ă  la position de l’ex-ministre Nicolas Hulot, d’un rapport parlementaire transpartisan de 2018 ou d’une Ă©tude du Bureau de recherches gĂ©ologiques et miniĂšres (BRGM) qui avait « mis en Ă©vidence la faisabilitĂ© des opĂ©rations de dĂ©stockage [
] tout en assurant, dans la mesure du possible la sĂ©curitĂ© du personnel, du site et la prĂ©servation de l’environnement Â».

C’était en fĂ©vrier 2019 et le ministre de l’Écologie s’appelait encore François de Rugy. Sous la pression des Ă©lus alsaciens, l’éphĂ©mĂšre ministre concĂšde une nouvelle « Ă©tude complĂ©mentaire Â». Le temps de publier un cahier des charges et d’attribuer le marchĂ©, plusieurs mois passent. DĂ©but 2020, le confinement fait perdre de nouveaux mois et les conclusions des bureaux d’études Antea et Tractebel, « un groupement qui n’est jamais intervenu sur le sujet de StocaMine Â» selon les Mines de potasses d’Alsace (MDPA), Ă©taient attendues Ă  l’étĂ© 2020.

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Quel avenir pour les déchets de l&rsquo;ancienne mine de sel de Wittelsheim, comme ce Bigbag de déchet contenant de l&rsquo;amiante dans une galerie de stockage à -500m. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

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Quel avenir pour les dĂ©chets de l’ancienne mine de sel de Wittelsheim, comme ce Bigbag de dĂ©chet contenant de l’amiante dans une galerie de stockage Ă  500 mĂštres de profondeur sous terre (photo Pascal Bastien / Divergence ).

Deux nouveaux scénarios

Aujourd’hui nous sommes dĂ©but dĂ©cembre et Barbara Pompili, quatriĂšme ministre de l’Écologie du quinquennat, est depuis quelques semaines en possession de ces conclusions. La ministre s’est rĂ©cemment entretenue en visio-confĂ©rence avec des Ă©lus du Haut-Rhin et du Grand Est.

Pour faire simple, trois options sont dĂ©sormais prĂ©sentĂ©es : un confinement immĂ©diat, une remontĂ©e d’environ 10% des dĂ©chets jusqu’en 2025, suivie d’un confinement de la mine jusqu’en 2027, ou encore un dĂ©but de confinement, un dĂ©stockage, suivi de la fin des opĂ©rations de confinement, qui permettrait de remonter jusqu’à 25% des 41 700 tonnes de barils et « big bags Â» entreposĂ©s, ces dĂ©chets « ultimes Â» que l’on ne sait pas traiter.

DĂ©putĂ© de la circonscription et co-rapporteur de la mission parlementaire, RaphaĂ«l Schellenberger (LR) souhaite le dĂ©stockage de 25% et veut « pousser Ă  cet arbitrage Â».

« Nous sommes face Ă  un dossier oĂč la complexitĂ© technique a pris le dessus. Il faut un choix politique fort pour donner un sens Ă  la dĂ©cision et confiance dans la parole de l’État. Surtout qu’il y a un consensus : on ne pourra pas tout remonter, notamment le bloc 15 Ă  l’origine de l’incendie ou encore les Refiom (rĂ©sidus d’épuration des fumĂ©es d’incinĂ©ration des ordures mĂ©nagĂšres, ndlr). Â»

Les arguments du confinement des déchets

Le 17 novembre, le nouveau sĂ©nateur du Bas-Rhin Jacques Fernique (EELV) a eu l’occasion d’interpeller Barbara Pompili lors d’une audition. DĂ©jĂ  en possession de l’étude, elle rĂ©pondait alors :

« On va avoir des choix Ă  faire sur ce qu’il est encore possible de retirer avant que [la mine] ne s’affaisse, combien de temps on a ? Est-ce que ça vaut la peine oui ou non, au regard de ce que l’on peut retirer, et de ce qu’on en fait. OĂč on les met [les dĂ©chets toxiques] ? Et du risque qu’on fait peser sur les hommes et les femmes qui vont aller rĂ©cupĂ©rer ces colis ? Je regarde les rĂ©sultats de l’étude Ă  l’aune de ces Ă©lĂ©ments-lĂ . Â»

Des premiers mots qui n’avaient guĂšre convaincu Jacques Fernique. « Quand j’entends ses rĂ©ponses, j’ai l’impression qu’elle prĂ©pare les arguments pour ne rien faire Â».

PrĂ©sident de la mission parlementaire de 2018, le dĂ©putĂ© du Bas-Rhin Vincent ThiĂ©baut (LREM) avoue avoir « du mal Ă  se positionner Â». Sur le plan technique, il esquisse les arguments pour le confinement. Selon lui, des considĂ©rations diffĂ©rentes s’entrechoquent :

« Si on fait une lecture froide et pragmatique de l’étude, il faut confiner. C’est le moins risquĂ© et rater cette Ă©tape serait le pire. Les projections les plus pessimistes estiment Ă  0,07 m3 de saumure par an, avec des traces de pollution, dans une nappe phrĂ©atique de 35 000 m3. La pire menace pour la nappe est bien l’activitĂ© de surface, notamment la pollution liĂ©e aux mĂ©dicaments, pas celle des anciennes mines. Barbara Pompili s’est engagĂ©e Ă  ce que la somme non dĂ©pensĂ©e dans le dĂ©stockage serait redĂ©ployĂ©e dans la protection de la nappe. Mais il est vrai qu’il y a une volontĂ© des Ă©lus et des citoyens de remonter des dĂ©chets et il faut la prendre en compte. En cas d’accident, il faudra nĂ©anmoins poser la question du partage de la responsabilitĂ© pĂ©nale avec celles et ceux qui souhaitent cette orientation. «

Le confinement immĂ©diat est estimĂ© Ă  environ 60 Ă  80 millions d’euros, contre 120 Ă  160 millions pour les options de dĂ©stockage partiel.

Le risque la perte de confiance

Bruno Fuchs (Modem), autre co-rapporteur de la mission parlementaire de 2018, est d’accord sur un point : le confinement immĂ©diat est moins risquĂ©. Mais c’est nĂ©gliger un autre risque selon le dĂ©putĂ© :

« Quel que soit le scĂ©nario, l’acceptabilitĂ© localement n’est pas acquise. Il faut que la ministre nous dise comment la dĂ©cision sera prise. Est-ce qu’elle dĂ©cide seule dans son bureau, comme François de Rugy, ou est-ce qu’il y a un dĂ©bat public mature, Ă  l’heure de la CollectivitĂ© europĂ©enne d’Alsace qui marque une Ă©tape de dĂ©centralisation ? Il y a un risque politique qui va bien au-delĂ  de Stocamine, qui est la parole de l’État. On sait qu’il est possible techniquement de remonter des choses. Je ne veux pas prendre la responsabilitĂ© d’une dĂ©cision qui permettra de dire que dans 300 ans, l’État n’a pas tout fait pour remonter des dĂ©chets toxiques enterrĂ©s sous la nappe phrĂ©atique. Â»

L’élu haut-rhinois a sa prĂ©fĂ©rence personnelle pour un autre scĂ©nario, proposĂ© dĂšs 2018 par le BRGM, qui permettrait d’extraire 20 Ă  25% « des dĂ©chets les plus dangereux Â». Une piste « plus compliquĂ©e juridiquement Â», reconnaĂźt-il. L’option la plus ambitieuse dĂ©sormais prĂ©voit que seuls les barils et les sacs les plus accessibles soient remontĂ©s.

« Ne plus traĂźner Â»

Porte-parole du collectif d’opposants Destocamine, Yann Flory s’inquiĂšte des premiers Ă©chos de ces Ă©changes entre politiques. Il espĂšre pouvoir faire entendre la demande des habitants pour la remontĂ©e de barils, quitte Ă  ne plus demander le dĂ©stockage total, position pourtant historique de l’organisation :

« Nous voyons bien que le dĂ©stockage massif est le scĂ©nario le plus risquĂ©, mais dans les nouveaux scĂ©narios, certains prĂ©sentent un risque modĂ©rĂ©. Si on a l’occasion de s’entretenir avec la ministre, on aimerait proposer une alternative : se donner comme objectif de tout remonter, quitte Ă  confiner ce qu’il reste si les conditions matĂ©rielles ne le permettent plus. C’est un scĂ©nario qui implique de la confiance rĂ©ciproque, ce qui a fait dĂ©faut dans ce dossier. L’État se fixe la date de 2027 comme limite, mais c’est un argument juridique. La durĂ©e de vie du stockage temporaire Ă©tait de 30 ans, mais le BRGM proposait un dĂ©stockage qui se terminerait en 2031. Le projet a tellement changĂ© que cette date limite peut ĂȘtre repoussĂ©e. Â»

Le 17 novembre, Barbara Pompili assurait que le gouvernement « ne va plus traĂźner sur cette affaire Â». Les eurodĂ©putĂ©s Ă©cologistes français viennent de lui Ă©crire pour lui demander « preuve de bon sens et de courage politique lĂ  oĂč [ses] prĂ©dĂ©cesseurs en ont maquĂ© Â» pour Ă©viter « une bombe Ă  retardement Â». L’ancienne dĂ©putĂ©e Ă©cologiste risque de faire des déçus dans le Haut-Rhin et chez ses anciens amis.




Source: Bureburebure.info