Et c’est par chance, grâce à la lutte du collectif Lutte des MNA qui occupe en ce moment la Maison des Arts du Grütli que l’enquête menée patiemment par le Silure depuis des années peut aujourd’hui faire éclater la vérité. Vous trouverez ci-dessous la preuve de cette terrible évidence.

En 2015, le Collectif No Bunkers occupait le Grütli (voir ici) pour s’opposer au transfert de personnes en exil du foyer des Tattes dans des abris PCi et pour exiger une vie digne. Quatre ans et demi plus tard, sans réponse des autorités depuis plus de six mois, le Collectif lutte des Mineurs non accompagnés prend ses quartiers dans le même lieu pour que ces jeunes soient pris en charge par l’État jusqu’à 25 ans avec un hébergement, pour obtenir un soutien financier et socio-éducatif et pour un accès à une formation.

Pierre Maudet, en charge de la sécurité en 2015 (c’était avant « les événements »), avait d’abord superbement ignoré le mouvement, avant de « sonner la fin de la récréation » avec un interview dans la Tribune de Genève, prélude à un déferlement répressif sur les personnes en exil du collectif.

En 2019, c’est Anne Emery-Torracinta qui est aux premières lignes en tant que cheffe du département de l’instruction publique, et qui refuse obstinément d’accorder à des mineurs le droit à la formation. Elle s’exprime le 23 mars 2019 face à la Commission des Droits de l’Homme du Grand Conseil et est interviewée le 30 octobre 2019 par Léman Bleu.

Nous reproduisons ci-dessous en miroir des extraits de ces déclarations :

Pierre Maudet :

« L’État se décarcasse depuis des mois pour trouver des solutions ! »

Anne Emery-Torracinta :

« On prend très au sérieux cette problématique. [Celle-ci] a préoccupé le département et le Conseil d’État depuis plusieurs mois. »

Anne Maudet

« Ce ne sont pas des requérants, mais en large majorité des déboutés du droit d’asile ou des personnes frappées de non-entrée en matière (NEM), en instance de renvoi. Certains sont ici depuis dix ou quinze ans ! Leur expulsion devient donc difficile, mais elle est nécessaire. »

Pierre Emery-Torracinta :

« On est pas du tout dans le cas des jeunes requérants d’asile qui vont faire à terme faire leur vie en Suisse. Pour ceux qui sont mineurs, l’objectif est de voir quel objectif est réaliste, avec un probablement, il faut être clair, un retour chez eux. Leur avenir n’est pas en Suisse, il n’est pas à Genève. »

Pierre Emery :

« Il s’agit notamment de jeunes célibataires, venus pour des raisons économiques, ayant commis en Suisse des actes de violences, des vols ou du trafic de drogue, et sont donc des délinquants. »

Anne Maudet-Torracinta :

« Ce n’est pas une problématique qui ne concerne que le DIP mais au moins également le DCS et le DS, la majorité de ces mineurs posant un problème de délinquance. »

Finalement, les déclarations de 2015 dans la Tribune critiquaient l’absence « de la liste des noms des migrants », que le collectif refusait de transmettre sans garantie pour la sécurité de ces derniers alors que les persécutions policières se multipliaient et que les renvois de la quasi-totalité d’entre eux allaient bientôt commencer. En 2018, on clame devant la Comission des Droits de l’Homme que l’absence de suivi n’est pas de la responsabilité des autorités car « certains ont disparu ; les jeunes ne se sont jamais présentés au SPMi ou sont partis sans prévenir. » Sans évidemment mettre ces disparitions en lien la pratique décrite peu après et mise en place par les autorités : « L’objectif était d’envoyer ces jeunes au SPMi, puis de prendre des empreintes afin qu’ils soient connus et identifiables, et ensuite ils pouvaient être placés au foyer de l’Étoile avec qui il y avait une collaboration. A. Emery-Torracinta constate qu’il y a aussi eu des problèmes car, suite à la prise d’empreintes, certains ont été gardés par la police avant d’être relâchés, alors que l’idée n’était pas de les garder mais de savoir qui ils étaient. » Et on dit vouloir éviter que les jeunes disparaissent…

En conclusion, l’enquête devra se poursuivre pour connaître l’exacte vérité. Existe-t-il deux corps distincts pour un seul esprit ? Ces visages différents ne sont-ils que des masques interchangeables ?

Est-ce vraiment une coïncidence que des arguments aussi semblables – refus de prendre ses responsabilités et d’agir, différence entre requérants et migrants économiques, accusation de délinquance – soient utilisés avec presque les mêmes mots ?

Mais surtout, Pierre-Anne Emery-Maudet-Torracinta est-elle la seule créature de son espèce au Parlement ? Existe-t-il véritablement plusieurs partis au Grand Conseil ?

Quoiqu’il en soit méfiez-vous si vous élisez encore, car ce n’est plus du transfuge du Parti socialiste vers le Parti libéral-radical dont il s’agit, mais bien de forme de clonage ou de contrôle mental qui n’est sans doute pas inédit.

La seule nouvelle qui pourrait mettre en doute une si puissante démonstration serait une prise de position franche de la part de Torracinta quant aux revendications du Collectif lutte des MNA, notamment sur les questions d’accès à la formation. En attendant, et quoiqu’il arrive, restez vigilant.e.s !

Collectif Silure

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Article publié le 14 Jan 2020 sur Renverse.co